Tempesti, 1. 1, lib. H, n» X/p
Compagnie de Jésus, cela me rappelle un événement célèbre, arrivé en la personne de Filippo Giusliniani, patricien génois, lequel, après avoir abandonné le monde pour passer sa vie dans cette vénérable compagnie, fut renvoyé par la suite, à cause de ses infirmités incurables, de cette même société, qui a besoin de sujets sains et capables de soutenir les fatigues continuelles qu'elle s'impose au bénéfice du prochain. Ce Giustiniani, avant de retourner dans sa patrie, se présenta, tout couvert de laplus affreuse lèpre, devant Sixte. La vue de cet homme , ressemblant déjà à un cadavre, émut le pontife jusqu'au fond des entrailles. Après l'avoir exhorté à supporter en paix le fléau que Dieu lui avait envoyé, il le congédia, avec le signe de la bénédiction apostolique, et Giustiniani sortit guéri. —Beaucoup racontent ce fait, ajoute Tempesti, et, entre autres, Giovanni Pinadello le rapporte ^ Les ennemis jurés de Sixte tournèrent en ridicule Tadmiration de Rome, et dirent que ce Giustiniani, étant un hypocrite fieffé, avait feint d'avoir la lèpre, pour tromper Sixte, et lui arracher des mains quelque dignité. Mais les écrivains qui l'accusent de cette fourberie, reconnaissent cependant que Giustiniani avait été renvoyé de la Compagnie de Jésus, à cause de ses infirmités incurables. Le fait est qu'il demeura guéri. » Au nombre des pièces de vers remarquables, qui
I . Dans son ouvrage intitulé : Invicti Quinarii numeri séries, etc., Roma 1589.— BibUothèque imp. de Paris, H, 1012.— Voici ce passage, p. 36.— « Kal, Januariif MDLXXXIX... eoipso diefelicissimo, Philippus Giustinianus, Genuensis, Societaiis Jesu, cnm per sepiennîum graviter lepra laborasset, ubi primum a Sixto Qiiinto, sanctiasimo pontifice, benedictionem accepity tum mundatus est, atque illicb sanitali pristina est resiitutus. Proinde dicent posteri uberius sanctitatem in tanto pontijice prœcipue enituisse.
VIE DE SIXTE-QUINT. i3i
furent publiées à Rome et envoyées dans les autres pays, pour célébrer cette guérison miraculeuse, la suivante mérite d'être rapportée :
t Ergo fugas asgro veterem de corpore morbum Cum dextra signas^ maxime Sixte, crtwem? Hoc Christi, hoc Fetri est ; Christi nam sceptra, viasque
Rite gens, Pétri jura thronumque tenes.
Magna fides œgri, major tua, Sixte, potestas,
VtraqiAB languorem^ ccu medicina levât.
Bine œdes alii, ductus mirentur aqiuirum,
Fontes, atque obelosy templaj sacella, vias, Miror ego solo sanari corpora Signo ;
Scilicet illa hominis sunt opéra, ista DeiK
— a Ainsi, grand Sixte, tu chasses une maladie invétérée d'un corps qui souffre, en faisant de lamain droite le signe de la croix. C'est l'œuvre du Christ, c'est l'œuvre de saint Pierre, car tu tiens avec honneur le sceptre du Christ, tu suis ses voies, et tu occupes le trône de saint Pierre. La foi du malade est grande, mais ton pouvoir. Sixte, est plus grand encore : l'un et l'autre enlève la souffrance, mieux que le remède le plus efficace. Que d'autres admirent ici tes monuments, tes aqueducs, tes fontaines, tes obélisques, tes temples, tes palais, les rues que tu as ouvertes : pour moi, j'admire le pouvoir de guérir les corps avec le seul signe de la croix ; car les premières œuvres sont celles d'un homme, la dernière est l'œuvre de Dieu. »
Quoi qu'on puisse penser de la guérison de l'ancien jésuite Giustiniani, Sixte aurait fait un plus grand miracle, si sa bulle Onus avait pu être exécutée. Il
l. TempesU, t. 11, llb. VU. n»' xxvii, xxviii, p. i06-10î.
l'avait fulminée pour venir en aide à ses sujets, opprimés par les abus et les excès de toutes sortes contre les personnes et les propriétés, commis par les seigneurs, les riches et les fonctionnaires publics. Il se proposait surtout, par cet acte, de secourir les mineurs, les jeunes filles et les veuves. Pour y parvenir, il avait député les trois cardinaux Santa-Croce, san- Marcello et Lancelotto, afin d'écouter leurs plaintes. Il voulait que ces députés lui fissent tout connaître fidèlement, et il se réservait de pourvoir, avec son autorité, aux réclamationsdontla vérité serait démontrée, « afin que ses sujets ne fussent plus opprimés et tourmentés contre toutes les règles de la justice, » selon les termes de sa bulle ^ « Il espérait, qu'à son exemple, les autres princes chercheraient à bien mériter de leurs sujets, en accomplissant les préceptes de la charité chrétienne. » Malheureusement, rien n'indique que ces excellentes intentions aient produit le moindre résultat.
Il porta son attention sur le régime des prisons. Jusqu'alors, la même prison avait renfermé les prêtres, les juifs et les chrétiens, accusés ou condamnés. Le cardinal Rusticucci, vicaire, ayant trouvé qu'il était convenable de faire cesser cette confusion. Sixte approuva son projet de bâtir de nouvelles prisons, pour séparer les détenus. A cet etîet, par une bulle, Quœ ordini^ du 4 septembre 1589*, il autorisa son ministre à faire l'acquisition d'une maison attenant au collège
1 . Ne contra jus et fas, justitixque normam vexentur et oppri'meniur,,. et alii principes ad bene de suis subdiiis merèndum, ac charitati christianx complexendum, nostri eiiam exemplo invitentur. — Tempesti, t. I, lib. IX, n? xxix, p. 143, eiad notant (32).