TempesU, t. 1, 1U>. XIV, n^ xxxiii àxL, p. 234 à 23G
en 1108, par Pietro Gradenigo, Tancien, doge dejVe nise, qui lui légua des propriétés importantes. En 1307, un autre doge Gradenigo obtint du pape Clément V une sorte de patronage sur celte abbaye, et depuis, la famille Gradenigo avait élevé la prétention d'exercer le droit de présentation de Tabbé. De leur côté, les Trevisani, également illustres à Venise, étaient en possession, depuis plusieurs siècles, de fournir les abbés commendataires acceptés par le Saint-Siège. Les prétentions des deux familles rivales avaient agité plus d'une fois la sôrénissime république: en 1549, le sénat, reconnaissant que le droit de patronage sur l'abbaye de Murano appartenait aux Gradenigo, avait ordonné aux Trevisani de renoncer à toutes les prétentions qu'ils appuyaient sur des décisions de la cour de Rome, sous peine de voirmettre les revenus de l'abbaye en séquestre. Cependant, sans tenir compte de cette sentence, Jean Trevisani, après la mort de son oncle, précédent titulaire, s'était mis en possession de ces revenus, et avait pris lé titre d'abbé de Saint-Cyprien, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique. Le sénat, indigné d'une conduite qui affectait le plus grand mépris pour les lois de la République, l'avait fait avertir, par les deux awagadori de la commune , qu'il eût à renoncer à toutes ses prétentions, sous peine d'exil et de confiscation des biens. En sa qualité de noble Vénitien, Jean Trevisani connaissait trop l'inflexible volonté du sénat, pour oser lui résister; il se soumit donc à ses ordres. Plus tard, il fut lui-môme nommé par cette assemblée patriarche de la basilique de Saint-Marc, dignité qu'il occupa pendant un grand nombre d'années.. Mais sur la fin de sa carrière, influencé par sa famille, il essaya
en secret de faire nommer abbé de Saint-Cyprien un de ses neveux, Jean-Èmo, accepté par la cour de Rome. La police vénitienne ayant eu connaissance de ses démarches, le sénat renouvela son ancien décret. C'est alors que le patriarche espéra pouvoir intéresser à sa cause le souverain pontife, dont l'autorité spirituelle lui paraissait méconnue par le premier corps de la république. Il écrivit à Sixte, lui exposa la conduite du sénat, et se plaignit de l'excès de pouvoir qui privait son neveu du bénéfice de l'investiture accordée par le chef de l'Église.
Sixte n'avait pas oublié avec quelle hauteur et quelle ténacité le sénat savait maintenir ses lois et ses décisions à rencontre des prétentions de l'autorité ecclésiastique : il en avait fait lui-môme l'expérience^. Aussi, depuis son avènement, il s'était appliqué à éviter toute occasion de conflit avec les patriciens de Venise. Aussitôt après son intronisation , ils lui avaient envoyé une ambassade extraordinaire, composée de quatre sénateurs, qui avaient été reçus par le nouveau pape avec le plus grand empressement et créés par lui chevaliers de l'Éperon d'or. En échange de cette distinction accordée à ses envoyés, la république avait nommé sénateurs les deux petits-neveux du pape, le cardinal Alessandro Peretti et son frère Michel, gouverneur du Borgo*: nominations purement honorifiques, puisque les deux nouveaux titulaires n'avaient pas l'âge pour prendre part aux débats du sônat vénitien. De plus. Sixte ayant manifesté l'intention d'acheter à Venise, comme il l'avait fait à Naples, un palais pour servir de résidence au nonce