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apostolique, le sénat vénitien s'était empressé de lui en faire cadeau. Néanmoins, malgré ces différents témoignages de bon vouloir, le pape n'hésita pas : il fit venir à son audience l'ambassadeur de la république à Rome, se plaignit de la conduite du sénat qui osait empiéter sur les droits du Saint-Siège, réclama la révocation des anciens décrets relatifs à l'abbaye dé Murano, et ajouta que si sa réclamation n'était pas accueillie, il était résolu à faire ce qu'exigeait l'honneur du siège apostolique. L'ambassadeur ayant informé le doge des exigences du souverain pontife, l'affaire fut portée au sénat, où elle fut l'objet, pendant plusieurs jours, d'une discussion animée ; car il était contraire aux habitudes de ce corps de revenir contre ses précédentes délibérations. Néanmoins, dans cette circonstance, il céda, parce qu'il coimaissait le caractère du pape, et qu'il avait appris sa résolution inflexible de rappeler son nonce de Venise, après avoir congédié de Rome l'ambassadeur de la république. Cet acquiescement des nobles vénitiens aux désirs de Sixte était toutefois plus apparent que Féel : il n'avait eu lieu qu'en vue de procurer un notable avantage au commerce maritime de la reine de l'Adriatique. En effet, le sénat, par son ambassadeur, fît déclarer au pape que le dévouement de la république pour sa personne était tel, que, uniquement en considération de lui seul, il s'était déterminé à ne pas faire exécuter ses anciennes décisions : ce qui voulait dire, en langage diplomatique, qu'il se réservait d'y revenir plus tard, sous un autre pape. Mais, en retour de cette satisfaction accordée, l'ambassadeur était chargé d'obtenir du souverain pontife le redressement des griefs et des dommages aux-
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quels les vaisseaux marchands vénitieils ne cessaient d'être exposés de la part des chevaliers de Tordre de Malte. Ceux-ci, qui avaient fait vœu de guerre perpétuelle contre les sectateurs de Mahomet, non-seulement attaquaient les bâtiments turcs et barbaresques, mais s'arrogeaient le droit de visiter les navires vénitiens , pour s'assurer qu'ils ne transportaient pas des armes, des vivres et des munitions de guerre destinés à leurs adversaires. Les chevaliers s'emparaient de ces objets, sans tenir compte de l'opposition des capitaines vénitiens, ni même des déclarations consignées sur les registres du bord. En rentrante Venise, les armateurs se voyaient exposés à des procès intentés par les expéditeurs et les destinataires, et se trouvaient quelquefois obligés de rembourser le prix de la cargaison qui leur avait été enlevée de vive force. Le grand Seigneur, de son côté, offensé de ces agressions réitérées, menaçait de rompre la paix établie avec la république.
Le sénat vénitien avait retenti souvent des réclamations présentées par les victimes de ces actes de spoliation. Mais il n'avait trouvé aucun moyen d'y porter remède. A la fin, lassé des attaques réitérées des chevaliers, il s'était décidé à répondre à leurs hostilités par des représailles. Il avait fait armer des bâtiments pour combattre ceux de Tordre de Malte, et il en était résulté une véritable guerre, dans laquelle les vaincus étaient faits prisonniers, et, quoique chrétiens, réduits comme les Turcs captifs à ramer sur les galères. Ainsi, Filippo Pasqualigo, gouverneur de Tile de Candie, avait enlevé aux chevaliers trois de leurs navires, et son prédécesseur, Jean-Baptiste Contarini, leur avait pris un grand galion. Mais les chevaliers
s'étaient vengés en s'emparant du vaisseau la Sul^ tane^ et, vers la fin de l'année 1586, d'un très-beau galion appelé Santa-Maria^ appartenant à un certain Colombo, lequel étant chargé de famille, et se voyant ruiné entièrement par cette perte, en mourut de chagrin quelque temps après.
Ce dernier événement irrita si vivement la république^ qu'elle fit séquestrer toutes les marchandises destinées à Malte, existant à Venise, et elle se plaignit avec tant d'amertume à tous les princes chrétiens et au pape en particulier, qu^il promit de s'interposer pour terminer à l'amiable ce différend. Aussi, dès que Tambassadeur vénitien eut fait connaître au souverain pontife la satisfaction accordée à sa réclamation au sujet de l'abbaye de Murano, il le sollicita en même temps de tenir sa promesse à l'égard des chevaliers de Malte. Sixte s'empressa d'écrire au grand maître de l'ordre qui était alors Ugo de Lubeux Verdala, rinvitant à se rendre à Rome, pour conférer avec lui au sujet des difficultés pendantes entre ses chevaliers et la république de Venise. Mais le grand maître s'excusa de ne pouvoir répondre à cette invitation, et répondit sur le fond avec une certaine ambiguïté. Cette réponse mécontenta le pape : il adressa une seconde lettre intimant l'ordre exprès au grand maître, en sa qualité de religieux sujet du Saint-r Siège, de mettre fin aux hostilités. La négociation, commencée dans les premiers mois de 1587, se prolongea jusqu'à la fin de juillet suivant. Il intervint alorsi entre la république et l'ordre de Malte, un traité, qui garantissait aux navires de Tune et l'autrç partie une entière liberté de commerce dans toutes les mers, et interdisait toutes visites de ces navires
dans les ports et autres lieux soumis aux deux puissances. Le sénat fut Irës-salisfait de cet accord, qui délivrait les vaisseaux vénitiens de la crainte du renouvellement des actes de piraterie dont ils avaient souffert pendant plus de trente ans. Le doge, au nom de la république, en remercia le souverain pontife '.
Avec le duc de Savoie, Sixte sut également maintenir intacts les droits du Saint-Siège. Ce prince avait élevé la prétention, conforme au privilège qu'il soutenait avoir été accordé à ses ancêtres par Nicolas V, de nommer les évoques de ses États. A la mort de celui de Verceil, le pape avait conféré ce siège au cardinal Sarnano, sans aucune présentation du prince. Après avoir protesté par son ambassadeur à Rome, le duc avait fait inscrire ses réserves sur la bulle d'institution du nouvel évéque. Mais Sixte refusa de les admettre, il fit savoir qu'il n'y avait en Italie que le Roi Catholique qui possédât le droit de pourvoir à vingt-quatre évéchés dans le royaume de Naples, en exécution d'une bulle de Clément VII; mais qu'aucun autre souverain ne jouissait d'une semblable concession du Saint-Siège. En conséquence, le duc de Savoie ne poussa pas plus loin sa protestation.
Sixte n'eut pas si facilement raison de la résistance du chapitre de l'église métropolitaine de Besançon. Cet archevêché avait perdu, le 21 septembre 1586, son titulaire, le cardinal Granvelle. Dès que le pape eut reçu l'avis de sa mort, il s'empressa de nommer à ce siège Ferdinand Rie, prêtre qu'il affectionnait beaucoup, tandis que, de son côté, le chapitre et le clergé de Besançon élisaient François de Grammont, doyen
t. Tempeâll, t. I, lib. XXIVdii n« xxgf, p. 381, à la fin du livre.
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des chanoines, très-aimé dans le diocèse, et fort considéré pour ses vertus. Ce choix fait, le chapitre le notifia au souverain pontife. Sixte répondit qu'il regrettait que la nouvelle de cette élection lui fût parvenue trop tard, puisqu'il avait déjà pourvu lui-même au remplacement de Tarchevôque. Le chapitre vit dans cette réponse la violation de son droit, et ne voulut pas admettre le titulaire nommé parle pape : il ajouta, pour donner plus de force àson refus, que le roi d'Espagne, auquel la Franche-Comté appartenait alors, désirait, comme le chapitre, voir valider l'élection du doyen. Le pape, bien que son parti fût pris de maintenir la nomination de Ferdinand Rie, renvoya la réclamation à l'examen de trois cardinaux et de plusieurs casuistes, dont l'opinion fut conforme à la sienne. Par suite, il adressa au chapitre un bref rédigé en termes sévères, dans lequel il repoussait sa prétention d'avoir le droit d'élire l'archevêque, faisant remarquer que cet usage n'était qu'une simple faveur qu'il tenait du chef de l'Église : qu'ils devaient donc lui obéir et non chercher à plaire aux princes séculiers. Il terminait en les exhortant à recevoir leur pasteur Ferdinand, nommé par lui, et le leur ordonnait même, avec son autorité apostolique, les avertissant de se tenir pour certains, s'ils s'y refusaient, qu'il les châtierait sévèrement de leur désobéissance. Effrayé à la réception de cet ordre, le chapitre céda, et reçut l'archevêque envoyé par l'impérieux pontife.
Le chef de l'Église s*empressa ensuite d'apaiser une controverse élevée sur une des questions les plus délicates et les plus ardues de la doctrine catholique. Depuis plusieurs années, il s'était engagé entre l'université de Louvain et l'ordre des Jésuites une discus-
sion très-animée sur le libre arbitre. L'université avait envoyé un de ses professeurs à la Sorbonne de Paris, pour obtenir de ce corps célèbre l'approbation de l'opinion qu'elle soutenait. Mais la Sorbonne s'était, au contraire, montrée favorable à celle des Jésuites. La querelle s'envenimait et commençait à troubler, dans les Pays-Bas, les consciences catholiques : Sixte comprit qu'il était urgent de l'arrêter. Il fit rédiger un bref, qu'il notifia aux deux parties, et par lequel il leur témoignait son déplaisir de ces controverses dangereuses pour la foi des fidèles, et il leur enjoignit de les faire cesser, ce qui eut lieu surle-champ.
Dans les cantons suisses restés catholiques. Sixte essaya de régler des démêlés qui remontaient aux premières années de la Réforme. Par suite des changements survenus pour cause de religion, il était arrivé que Tautorité civile s'était attribuée l'administration des biens ecclésiastiques, la collation des bénéfices, la juridiction sur les prêtres accusés de crimes et de délits, toutes matières que la Cour de Rome revendiquait, comme étant de la compétence exclusive de l'autorité ecclésiastique. Au mois d'août 4586, le pape avait envoyé dans ces cantons un nouveau nonce, Jean-Baptiste Santorio, son maître de chambre, nommé depuis peu évêque de Tricarico. Ce choix n'avait pas été généralement approuvé par les cardinaux, qui reprochaient au nouveau nonce sa hauteur, son inflexibilité, jointe à une complète inexpérience des négociations politiques. Dans cette circonstance, Sixte avait cédé aux obsessions du cardinal Santorio di Santa-Severina , qui protégeait son parent.
A peine arrivé à Lucerne, le nonce eut à répondre aux réclamations du sénat du canton, ayant pour objet : 1» d'obtenir le droit de nommer lui-même -et de révoquer, au besoin, un vicaire apostolique pour administrer les biens ecclésiastiques , attendu que Farohevéque, le cardinal Altemps, dont le siège était à Constance, résidait à Rome; 2^ de juger les crimes commis par les ecclésiastiques; 3« d'appliquer les amendes résultant de ces délits à des aumônes en faveur de pauvres séculiers, d'églises ou autres œuvres pies.
Le nonce répondit que ces demandes étaient contraires aux saints canons et aux droits du Saint-Siège, et qu'elles ne pouvaient être prises en considération. Indigné de ce refus, le sénat de Lucerne, dès le mois d'avril 1587, renouvela ses réclamations, en faisant valoir le zèle et le dévouement dont les cantons catholiques avaient fait preuve pour le soutien de la religion et du Saint-Siège. Informé de ce qui se passait, le pape craignit d'irriter les Suisses en refusant ce qu'ils demandaient, et, par sa bulle In eœna Domini^ il essaya de les apaiser, sans leur faire néanmoins aucune concession. Mais le conflit recommença, et pour calmer TelTervescence populaire, Sixte se vit obligé de rappeler l'èvôque de Tricarico^
En Espagne, le pape eut à résoudre une question singulière. H paraît que Tusage, établi depuis longtemps dans ce pays, y autorisait le mariage des eunuques. Ces unions donnaient lieu aux plus graves désordres; car les femmes ainsi 'mariées s'empressaient
1. Tempe^li, l. I, lib. XV. n»» xix à xxii, p. 24r6, el lib. XIX, n*" xxvii ad finem libri, p. 306 à 310,
de réclamer le divorce, et il en résultait des procès scandaleux. Informé de ces abus, Sixte réunit à Rome une congrégation composée de théologiens et de médecins, dont la conclusion fut que les eunuques n'étaient point aptes à contracter mariage. En conséquence, par sa constitution Cum fréquenter^ le souverain pontife déclara nulles ces sortes d'unions, et plus tard, il rejeta les réclamations qui lui furent adressées pour laisser subsister celles précédemment contractées ^ Dans le cas de mauvaise conduite des maris ou des femmes ainsi séparés, il édicta contre eux la peine de mort, La même peine devait être infligée aux mères qui vendraient Thonneur de lears flUes, et aux parents au degré prohibé qui commettraient le crime d'inceste ^ Il défendit de recevoir dans aucun ordre religieux les enfants naturels ou adultérins, et il menaça d'excommunication tout supérieur qui les admettrait à prendre l'habit et à prononcer des vœux*.
En i589, le pontife confirma les résolutions d'un concile provincial tenu à Mexico, qui avait élaboré un grand nombre de règlements sur la police ecclésiastique de ce pays.
Cédant aux instances de la compagnie de Jésus, Sixte créa au Japon, dans la ville de Funaï, un archevêché, avec droit de juridiction sur toutes les îles voisines, faculté de nommer des chanoines et de conférer des bénéfices. Le premier titulaire fut le père Sebastiano Morali, que le pape recommanda aux princes de Bungo et d'Arima, dont les ambassadeurs