Voyez le chapitre yii
mftE QUATRIÈME
POLITIQUE BXTBRIBURB
CfiAPlTRE Xll .
fitat de l'Europe à l'avénemeni de Sixie-Quint.
 répoque de son élection au trône pontifical^ le 24 avril i585, le nouveau pape trouva l'Europe profondément agitée par les conséquences de la Réforme de Luther et de Calvin.
En France, le souvenir récent de la funeste journée de la Saint-Barthélémy avait^ plus que jamais, envenimé les haines entre les prolestants et les catholiques. Henri III, d'abord roi de Pologne, puis successeur de son frère Charles IX, flottait irrésolu entre les conseils de sa mère, Catherine de Medicis> et les inspirations capricieuses et intéressées de ses deux principaux favoris, les ducs de Joyeuse et d'Épernon. Plus puissant que le roi, Henri, duc de Guise, aidé de ses deux frères, Louis, cardinal de Lorraine, et Charles, duc de Mayenne, soutenait et encourageait la Sainte-Ligue, espérant par elle se ménager l'accès à la couronne. Le roi de Navarre, Henri de Bourbon,
plus tard Henri IV, revenu, avec son cousin le prince de Gondé, au culte calviniste, qu'ils avaient abjuré par terreur le lendemain de la Saint-Barlhélemy, était à la tête du parti protestant, et luttait à main armée contre la Ligue et contre les catholiques restés fidèles à Henri III. Tout était trouble et confusion dans ce beau pays de France, si florissant moins de trente années auparavant sous le sceptre de Henri II. L'ambition effrénée des grands, le fanatisme du clergé et d'une partie du peuple catholique, Tappréhension des protestants, justifiée par les massacres, et leur désir de vengeance, le mépris déclaré de Tautorité royale de la paTt des uns comme des autres, tout contribuait à fomenter et à entretenir une guerre civile acharnée.
Le pape, trompé par le caractère du roi de France, qu'il ne connaissait pas à fond, essaya, dans le commencement de son pontificat, de Tencourager à reprendre d'une main ferme l'exercice de Fautorité souveraine. Mais ses conseils échouèrent devant la force d'inertie, la dissimulation et l'avilissement de ce triste monarque, indigne, par ses vices, de gouverner un grand peuple. Ne pouvant redresser la ligne de conduite de Henri dé Valois, Sixte dut chercher à en atténuer les conséquences, surtout lorsqu'elles lui semblaient nuisibles à la religion catholique et aux prérogatives du Saint-Siège. C'est pourquoi sa politique, à l'égard de la France, ne s'écarta jamais de ces quatre points fondamentaux :
1° Faire prédominer dans l'esprit faible de Henri III ridée de l'obéissance au souverain pontife, vicaire de Jésus-Christ sur la terre, et supérieur à toutes les puissances temporelles ;
2** Extirper Thérésie, c'est-à-dire anéantir entièrement le calvinisme en France, même par le fer et par le feu, selon la règle de l'Inquisition ;
b® Écarter à tout prix du trône de France, comme successeur de Henri de Valois, qui n'avait pas d'enfants, tout prince protestant, et particulièrement Henri de Navarre, et y faire asseoir, au contraire, un prince catholique, même le roi d'Espagne ;
A? Obliger le roi de France et les États-Généraux du royaume à publier et recevoir, sans aucune réserve, comme loi^ de TÉtat, les décrets du concile de Trente et ceux du tribunal de Tlnquisition, et à renoncer aux libertés de TÉglise gallicane.
Tels furent, à Tégard de la France, les principes de conduite que Sixte adopta aussitôt après son intronisation : il les suivit avec une constance inébranlable pendant tout son pontificat, subordonnant à ces quatre objets principaux toutes les autres questions, regardées par lui comme secondaires.
Au point de vue des grands intérêts du catholicisme, la situation de TAngleterre était encore plus triste que celle de la France. En effet, depuis près d'un demi-siècle, ce royaume s'était violemment séparé de l'Église romaine, et tous les efforts des prédécesseurs de Sixte avaient échoué pour le ramener au catholicisme. Attachée au protestantisme, aussi bien par les traditions d^ sa naissance que par les résultats heureux de son gouvernement, la reine Elisabeth occupait le trône de ce pays, depuis plus de vingt-sept années. Elle avait résisté avec avantage à toutes les tentatives des catholiques, encouragés et soutenus par l'Espagne et la cour de Rome. Afin de mieux déjouer les complots de ses ennemis, elle entretenait,
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jusque dans le Sacré-GoUége, des espions à gages^ qui lui rendaient compte des projets que le pape communiquait aux cardinaux' dans les consistoires ^ Elle tenait depuis longtemps en prison Tinfortunëe Marie Stuart, qu'elle devait bientôt faire condamner au dernier supplice. Liée avec Henri, roi de Navarre^ elle le secourut souvent soit par des subsides, soit par renvoi de troupes auxiliaires. Appuyée sur Tamour de sonpeuple, elle repoussait facilement toutes les attaques du roi d'Espagne, et elle eut Theureuse chance de voir la fameuse Armada détruite et dispersée par les tempêtes, avant d'avoir causé aucun mal à son royaume. Sixte échoua complètement dans ses tentatives pour ramener la reine d'Angleterre et son peuple, soit par la persuasion, soit par la force des armes espagnoles, sous la sujétion du Saint^Siégei et la perte de V Armada lui enleva, de ce côté, ses dernières espérances.
Philippe II, fils de Charles-Quint, lui avait succédé comme roi d'Espagne, mais non comme empereur d'Allemagne. Ce prince fut, après son père, le plus puissant souverain de son siècle. Il avait épousé la reine Marie d'Angleterre, avec l'ambition déclarée de régner sur ce pays. Mais il ne put jamais parvenir à s'y faire reconnaître roi. Quelques années avant l'élection de Sixte, il avait fait la conquête du Portugal, réunissant ainsi sous sa domination toute la péninsule ibérique. En Italie, il possédait le duché de Milan el le royaume de Naples avec la Sicile. Charles-Emmanuel, duc de Savoie, avait épousé sa fille Marguerite, et secondait la politique de son beau-père, dans Tes-