I. Temtmdli, I; IJib. VU, n^tm, p
poir d'en profiter ponr s'agrandir. Le Roussillon, la t'ranche-Comté, TÂrtois, les filandres, les Pays-Bas, faisaient partie des Ëtats de Philippe IL Mais, depuis environ vingt-cinq ans, une guerre terrible désolait les provinces Belgiques et la Hollande, soulevées contre l'oppression et le fanatisme intolérable de la domination espagnole. Au commencement de la lutte, bien que la disproportion des forces parût énorme, les confédérés, soutenus par la haine de l'étranger et par leur patriotisme, avaient résisté, sans trop de désavantage. Secourus bientôt par les protestants du nord de TÀllemagne et par la reine Elisabeth, ils ne tardèrent pas à gagner du terrain, malgré les efforts du roi d'Espagne et du pape, réunis pour maintenir dans ces provinces la foi catholique., h Texclusion du protestantisme. En Amérique, comme dans les Indes, Philippe II avait d'immenses possessions. Sa marine, jusqu'à la perle de V Armada^ dominait dans les deux hémisphères; tandis que l'or et l'argent du Mexique et du Pérou mettaient, constamment, à la disposition de sa politique des ressources presque inépuisables. Le fils de Charles-Quint avait hérité de l'ambition de son pèi'e, et on le soupçonnait d'aspirer à la royauté universelle. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il visait au trône de France : les circonstances favorisaient singulièrement cette prétention. A YnïAe de subsides et de promesses, il avait fortement contribué à la formation de la Ligue ; il s'était ensuite fait prier par les chefs ligueurs, mis dans ses intérêts, d'intervenir dans le royaume, pour la défense de la foi catholique \
1 . « Rogaturus état nisi togaretur, — il ÏH en aurait priés, ë^Jlg ne l'en eus8«nl paB priéi — Donditll, -^ Dr reêks ht Qnilia ^esth afi Âtexnndro FarnesiOf — cité par Tempusli, < . 1 , p. i\'4jad iwiatn (7j.
et il n'y avait pas manqué. Ses soldats se tenaient prêts à entrer en France, et même à occuper la capitale. Le duc de Guise, principal fauteur de la Ligue, qui aspirait à la dominer, ne voyait pas avec calme les Espagnols prêts à venir contre-balancer son influence et son autorité. Mais il était obligé de les ménager. Philippe, grâce au fanatisme, à Taveugle*ment et à la corruption de la majorité des catholiques, se flattait d'écraser les protestants et le roi de Navarre, leur chef; ensuite, il espérait bien pouvoir facilement se débarrasser du duc de Guise et de ses partisans. L'assassinat de ce prince et de son oncle, le cardinal de Lorraine, parurent rendre probable la réussite des desseins du roi d'Espagne ; mais la bravoure chevaleresque de Henri IV, le patriotisme de ses partisans et le génie de la France triomphèrent encore cette fois de la domination étrangère.
La politique du pape, à l'égard de Philippe II, fut, dans le commencement, entièrement conforme aux vues et aux intérêts de ce prince. Mais, bientôt, la crainte de contribuer à augmenter une puissance aussi formidable refroidit l'ardeur du souverain pontife. Placé entre le royaume deNapleset le duché de Milan, il craignit pour lui-même Textension des possessions espagnoles en Italie. Le souvenir de la prise de Rome, en 1527, par le connétable de Bourbon, et le ressentiment de l'humiliation subie par Clément VII, étaient encore très-vifs chez les Romains et parmi les membres de la haute prélature. D'un autre côté, la France ne possédant plus rien en Italie n'y paraissait plus à craindre. Au contraire, ce royaume, bien gouverné, semblait naturellement destiné à faire contrepoids à la puissance espagnole. D'ailleurs, avec le
temps, les é^iénements tournèrent contre Philippe. Son Armada invincible fut dispersée par les vents ; la résistance prolongée des Provinces-Unies affaiblit ses forces, et Henri de Navarre, dans plus d'une rencontre, battit la Ligue et les troupes espagnoles, bien qu'elles fussent commandées par le Romain Alexandre Farnèse, adversaire digne du Béarnais. Le courage, l'esprit supérieur du roi de Navarre plaisaient à Sixte, juste appréciateur des événements et des hommes. Dans les derniers temps de son pontificat, le pape penchait vers Henri IV, et il s'éloignait de jour en jour de Philippe IL
Les princes du nord de l'Allemagne, le roi de Danemark, les électeurs protestants, les villes libres hanséatiques, les cantons suisses luthériens et calvinistes, excités par Théodore de Bèze, favorisaient de tous leurs efforts les protestants français et le roi de Navarre, ainsi que les confédérés des Provinces-Unies.
Rodolphe, roi de Hongrie et de Bohême, fils aîné de Maximilien II, était empereur d'Allemagne et roi des Romains. C'était un prince apathique, d'un caractère irrésolu, flottant tantôt du côté des luthériens, tantôt du côté des catholiques. Sa position, au milieu des prétentions opposées, le plus souvent inconciliables, des deux sectes rivales, était extrêmement embarrassante. Il craignait encore plus les protestants que les Turcs, car il pouvait combattre avec avantage ces derniers par la force des armes , tandis que l'expérience de Charles-Quint avait démontré que la force vient presque toujours se briser contre les idées et les consciences. Rodolphe était mal disposé à l'égard de Henri III, et il unissait ses efforts à ceux du roi catholique pour favoriser la Ligue. La haine qu'il
portait au roi de France avait son origine dans le mariage contracté par Henri avec Louise de Lorraine, lllle de Nicolas, comte de Vaudemont, qu'il avait épousée pour sa beauté. L'empereur s'était flatté que le roi de France aurait pris pour femme sa fille, la veuve du roi CharlesIX.il considéra comme un affront la préférence accordée à une princesse d'un rang moins illustre que celui de la famille impériale, et, à partir de ce moment, sans déclarer la guerre au roi de France, il encouragea et excita ses ennemis. Ainsi, loin de s'opposer aux levées des reitres protestants, qui allaient rejoindre le prince de Condé et le roi de Navarre, il ne fit rien pour les empocher, bien que Sixte les eût défendues sous les peines les plus sévères.
Parmi les princes allemands, trois se faisaient remarquer par leur zèle pour la cause de la réforme : l'électeur de Saxe, chef des luthériens, l'électeur Palatin, chef des calvinistes, et le marquis de Brandebourg, qui préparait la grandeur de sa maison. Ces princes étaient presque en lutte ouverte avec l'empereur: ils avaient reçu, au mépris de la défense promulguée par la diète d*Augsbourg, les envoyés du roi de Navarre, tandis qu'ils faisaient un reproche au faible empereur d'avoir accueilli à sa cour un des gentilshommes du duc de Guise.
L'électeur Palatin cherchait à propager de tout son pouvoir les opinions calvinistes. Cette propagande était encore plus redoutée du souverain pontife que celle de la doctrine de Luther : « Car ce dernier, dit l'historien Tempesti, s'était toujours maintenu dans son repaire empesté, tandis que Calvin ne connaissait ni terme ni limite, foulant aux pieds, comme un cheval sans frein, toute sujétion, répandant partout son fiel
et sa fureur, irréconciliable ennemi de toute paixV » Le calvinisme iivail pénétré jusqu'en Hongrie, et les ministres y avaient remplacé, dans un grand nombre d'églises, les prêtres et les religieux catholiques.
Bans les cercles du Rhin, les choses n'étaient pas en meilleur état : enfin, dans presque toute V\]lemagne, la Réforme avait poussé des racines tellement profondes, que le nonce Malaspina écrivait au pape que c'était à peine s'il lui paraissait possible de la combattre avec avantage *.
Au point de vue du catholicisme, la Pologne présentait au chef de TËglise un spectacle plus consolant. Les Polonais formaient alors une nation puissante, fort attachée à la religion romaine; aussi, les papes s'étaient efforcés, depuis le commencement de la Réforme, de maintenir ce pays dans le sein de la foi, et d'en éloigner énergiquement tous les germes des idées nouvelles. Dans ce but, ils étaient intervenus plusieurs fois entre les chefs de la noblesse , alors investie du privilège d'élire le roi , pour maintenir la paix entre les différents compétiteurs au trône. En i575 , après le départ de Henri HI , qui laissait la couronne vacante, la lutte s'était engagée entré Etienne Bathori et Maximilien^ archiduc d'Autriche, frère de l'empereur. Le mariage de Bathori avec Anne Jagellon, fille de Sigismond II Auguste, assura le triomphe de sa candidature. Mais ce prince mourut bientôt au milieu des préparatifs d'une expédition contre le grand-duc de Moscovie, regretté de Sixte, qui lui avait conseillé cette entreprise. Sa mort excita
\, T. I, Hb. Vn, n« uvii, p. U6-tt7.
2. Vi^ videbatur esse depelU, TempesU, loc, cit.t p. lU, «<l noiam (8).
de nouveau la convoitise des préteiidanls au trône de Pologne, et ce malheureux pays redevint le théâtre d'une guerre civile furieuse. Les nobles polonais étaient divisés en trois factions : Tune soutenait Farchiduc Maximilien ; l'autre portait Sigismond, prince de Suède; la troisième voulait pour roi un Polonais. Ce fut Sigismond qui l'emporta. Maximilien, battu et fait prisonnier, fut gardé longtemps dans une forteresse par le vainqueur, et n'en sortit que grâce à l'énergique intervention de Sixte.
En Italie, si le duc de Savoie, gendre de Philippe II, et le duc de Parme, Octave Farnèse, père du gouverneur des Pays-Bas, étaient dévoués, par intérêt, 4 la politique espagnole, la république de Venise, le duc de Ferrare et le grand duc de Toscane, Ferdinand de Médicis, restaient les fidèles alliés de la France. Les Vénitiens, par peur de Philippe, maître du duché de Milan qui confinait à leurs frontières; le duc de Ferrare, Alphonse II, à cause des anciennes traditions de la famille d'Esté et des avantages qu'elle avait reçus de la France ; le griand-duc, par haine de la maison de Lorraine et du roi d'Espagne, ennemis déclarés de Henri III, dont il était le parent par la reine mère Catherine de Médicis.
Tel était l'état de complication dans lequel se trouvait l'Europe, lorsque Sixte s'assit sur le trône pontifical. Il avait dû son élection à l'accord des cardinaux partisans de la France et de l'Espagne, ordinairement opposés entre eux. Mais les derniers étaient les plus nombreux et les plus influents, car ils comprenaient même les cardinaux français , attachés aux intérêts de la Ligue. Ils étaient dirigés par le comte d'Olivarès, ambassadeur de Philippe II, dont les intrigues,
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les sollicitations réitérées et même les menaces étaient, suivant les expressions du cardinal Santorio, (f comme autant de coups d'éperons donnés au pape, en faveur du roi son maître *. » Le marquis de Pisani, ambassadeur de Henri III, soutenu par le cardinal de Joyeuse, faisait tous ses efforts pour lutter contre la prépotence de l'envoyé de Philippe : mais l'irrésolution du roi de France, sa faiblesse et sa duplicité compromettaient presque toujours les démarches de son fidèle et habile représentant.
Nous allons essayer d'expliquer, avec la plus scrupuleuse impartialité, à l'aide de documents diplomatiques peu connus en France, quelle fut, au milieu de toutes ces complications, la ligne de conduite adoptée par Sixte-Quint, pour sa politique extérieure.