Histoire de Soissons
Ives de Nesle devait sans doute la couronne de comte moins h ses droits d'hëritîer collatéral qu^krestime générale dont il était revêtu parmi les barons de France. Il était cousin-germain du dernier comte de la maison d^Eu, par sa mère Ramentrude de Soissons , fille ainée de Guillaume-Busac, lacjueUe avait épousé Raoul P' du nom, sire de Nesle
et de Falvy ; mais de plus, il passait pour un seigneur magnifique , prudent^ libéral ,' et, comme il joignait à cette noblesse de caractère et a cette supe'riorité d'esprit tous les avantages de la beauté corporelle, il avait acquis beaucoup de crédit a la cour. On peut penser d'ailleurs que, dans son élection où il éloigna , au moyen d'une somme d'argent , la concurrence de Mathieu de Montmorency , sa générosité naturelle trouva matière à s'exercer*.
L'année de la mort de son prédécesseur Rainauld^ il prit la croix des mains de St-Bemard , dans l'assemblée solennelle deVezelay en Bourgogne , où Louis-le-Jeune se croisa lui-même avec la reine Eléonore de Guyenne et les principaux seigneurs du royaume. Ce fut le dimanche de Pâques (31 mars) de l'année 1146*, que le comte de Soissons alla recevoir, immédiatement après Robert, comte
* Guillaume de Tyr ne tarît pas en éloges sur le compte d'Ives deNesle, qu'il appelle rir /!£?&/»« etprudens^ dans le l?"" livre de son histoire {Historia helli sacri , 1. 1, du Recueil de Boogars), et plus loin, au livre 18", tjir magni ficus, prudena et diacretus , cujus in regno Francorum plurimaerat auctoritas. Un autre historien {Gesta Ludovid régis) loue à peu près dans les mêmes termes le nouveau comte de Soissons : Homo formœ elegantis et pollens sapieutiâ naturaliter. Guibert de ?iogBnt (t. xni des Historiens des Cet de la Fr.) vaBte la sagesse et la libéralité dlves vir nobilis , etpptens , et largue in donis , et omnium baronum Franciœ sapientissimu-s, Baudouin d'Avesnes {Chronioon Hinnoniœ) répète ce jugement : famosus erat in liberalitate et prudentid super omnes harones Franciœ,
* Nous rectifions tontes les dates diaprés le calendrier réformé , sans nous arrêter à celles que donnent les chartes elles histoires, écrites à une époque où l'année commençait le jour de Pâques.
ide Dreax, frère du roi, le sig^ne du voyage d^oo^ tre-mer pour la défense du glorieux Sépulcre dé la passion du divin Sauveur^ selon la lettre du pape Urbain III. Mais Tëvéque de Soissons, Gos- «elin, ji^imita pas Ives de Nesle ni les évéques de Pf oyon, de Langres et de Lisieux qui se croisèrent aussi dans ce concile diux cris unanimes delà Croix! la croix ! Gossehn ^ ami de Fabbé Suger qui dé« ^approuvait fort cette guerre sainte, resta étranger à ce qui s'était passé a Yezelay. H s'entremit seidement auprès du comte, dès qu'il apprit que ce seijgneur irait à Jérusalem , pour obtenir de lui la cesssion ou la restitution des dixmes d'Estrées en faveur Tabbaye St<Crépin-le-6rand. Ives se laissa toucher par les représentations de Tévéque {sœ^ pius^ sœpius que pertractcms) et par les prières de Tabbé £mand,.qui étaient venus ensemble le trou- Ycr; non-'seulement il donna, du consentement de ses frères, Drogon de Nesle et Raoul II dunom^ châtelain de Bruges , les dixmes qu'on lui demandait , mais encore la chapelle de fieai4ieu ^ érigée depuis en prieuré , avec tout ce qu'il possédait au diocèse de l'évéque de Noyon qui confirma cette donation dans une charte scellée de son sceau. La charte du comte^ dans laquelle il cède à perpétuité au couvent V église d'Estrées , commence ainsi : attendu que les choses de ce monde varient et ne durent pas long-temps ^ etc^.
Mais si le comte était prodigue de son propre bien (pro remédie animœ suœ) pour gagner des
' Les deux chartes sont daas les preuves de Mel. Regaault.
4 HISTOinB
indulgences, il ne ménageait pas les reyenus de Tabbaye St-Mëdard, et il voulut lui imposer une coniribuition extraordinaire pour la croisade. Kab-* bé de St-Médard se plaignit de cette exigeance au pape Eugène III qui écrivit à Tabbë Suger, le priant de se (aire V avocat et le protecteur du monastère ^ Ives de Nesle employa Tannée qui s'écoulait avant r époque de son départ , à s'affermir dans son comté et a faire actes de seigneur suzerain, en frappantnne monnaie a son coin. Cette monnaie soissofi" naise désignée sous le nom de nérets {nigri ou mgellt) , soit , comme nous l'avons déjà dit, a cause de sa couleur, soit à cause des comtes qui la faisaient frapper (Nesle, en latin Nigolla)^ portait sur la face une croix ancrée avec cette légende Iv O G^niEs et sur le revers une sorte de porte de ville ou d'église avec ce mot Suessionis. On ne connaît pas de monnaie des comtes aiitérieure à celle-ci, .et on a lieu de croire que les rois de France ne faisaient plus fabriquer la leur à Soissons depuis Hugues-Capet; car Soissons manque dans la liste des lieua où sont faites les monnaies tant d'or comme i/'ar^en^ au commencement du XV^ siècle^. Ives de Nesle n'oublia pas, dans ses prérogatives
' Hiêt. des G. et delà Fr. t. xv. p. 4^36.
' Tobiesen Duby, Traité des tnannaiee des barons, oomtes^ etc. Dormay, t. ii, p. 6. Cosmographie de Thevet, t. ii, liv. XV. Montfaacon , Biblioiheca manuscripioném , p. 1146. Selon un registre cité par Ducange (jerho Moneta)^ la monnaie dea comtes de Soissons devait être de 3 deniers 12 .grains d'aloi d'argent royal , et de 23 sols de poids au marc de Paris : et vaudrotU les deniers des susdits à parisis petits et h mailles parisis , les 20 noiris 1 parisis petits. Peut-être
DB SOlâSOMS. 5
de comte , de (aire graver un sceau sur lequel il est représenté k cheval , couvert d^une cotte de mailles, embrassant son écua sept faces et tenant son sabre levé : le cheval, que n^ enveloppe pas une housse traînante, semble arrêté, au lieu d^étre lancé au galop comme dans la plupart des sceaux de ce temps-là. Au reste, le sceau doives est très grossier de dessin. Ce sceau accompagnait partout le comte qui n^ avait pas de chancelier, mais un clerc-secrétaire. Quant à la monnaierie , suivant une supposition peu admissible de Dormay , elle occupait rhôtel du Change où Fut établie ensuite la boucherie, vis-à-vis du pilori ou échelle du comte*.
Ivcs de Nesle partit avec Louis VII pour la croisade, après la Pentecàte de Tannée 1147. En son absence, Fexemplede la Commune deSens, que le roi avait effacée dans le sang des habitans après la leur avoir vendue , n^effraya pas le petit village de Bemy-Rivière (Jliparia Sàncti-Medardt)^ près de Vie-sur - Aisne « soumis à la seigneurie de Tabbé de St-Médard : « une Commune y fut faite pour la seconde fois et anéantie de nouveau ( tterûm dUsipatd)^» dès sa naissance , en 1148. Suger était alors régent du royaume, de concert avec Samson , archevêque de Reims , et RaouI-le-Riche, comte de V^rmandois.
L'abbé de St-Denis détourna de TO rient l'atten tion delà France, en la fatiguant à suivre un grand
la monnaie des évéqaes de Soîssons était-elle semi-royale , comme celle de» évéques de Laon , laquelle portait la tète do roi d'un côté , la tête ^e Tévéqae de Tautre? ' MSS. dom Grenier, paquet 20, n" 6.
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tour de Bourges, lorsque Tabbë Suger, voyant fr royav/me troublé par les artifiaes et les émotions desperverSj et craignant de plus graves ëvénemens, pria son collègue Tarcbevéque de Reims , comme une perle précieU'Se de la couronne royale^ de con^ voquér les seigneurs ecclésiastiques et laïques pour une assemblée générale fixée au cinquième dimanche après Pâques (1149). Cette assemblée, dans laquelle on aurait pourvu aux intérêts communs du royaume et de TEglise de France, devait se tenir à Soissons; mais on présume qu^elle n^eut pas lieu, malgré la solennité des préparatife faits pour imposer aux rebelles. Le pape avait envoyé des lettres aux évéques et aux comtes, en invitant ceux-ci a soutenir parles armes la régence de Suger, et ceuxlà, leurs auxiliaires spirituels , a frapper d^ excommunication quiconque troublerait la paix de Fétat. Ces menaces suffirent sans doute au maintien de la tranquillité publique jusqu^au retour de Louis VII, que le fidèle ministre pressait de songer à son trône ébranlé plutôt qu^au siège de Damas^r
Ives de Nesle ne revint qu'avec le roi vers k fin de Tannée 1149; sa renommée de sagesse s'était encore accrue pendant cette désastreuse ex* pédition qui moissonna plus de cent mille Français et qui n'améKora pas la situation des chrétiens d'Orient. Sur la fin de Tan 1151^ Raoul!*', comte de Vermandois, qu'on appelait tour k tour le VaiU
* Hiii, de$ G, et de la /V. t. xv, p. 453, 51i et «uît. epiet. Sugerii,
DB SOISSOMS. 9
tant y le Borgne et le Riche ^ se sentant mourir ^ et, tremblant de livrer k Tinexpërience de ses jeunes hentiers les trésors immenses qu'il avait amassés (car il était d^une avarice incomparable) ^ laissa la garde de sa terre et la tutelle de ses enfans au comte de Soissons, qu'il connaissait pour un iage^ intré^ pide et vénérable seigneur. Ives de Nesle se mon* tra digne de cette marque de confiance ; car la mort du comte de Vermandois ayant encouragé ses voisins à insulter sa terre , le tuteur du petit Raoul II la défendit vigoureusement et ne puisa, dans les coffres du défunt, que pour T entretien des possessions de son pupille , sans jamais appliquer cet argent à son propre tuage. Une pareille conduite était bien rare dans ces temps de violences et de mauvaise foi^.
L'évéque Gosselin , que Suger avait mis fort avant daas les bonnes grâces de Louis VII, ne survécut pas long-temps a son bienfaiteur et à son ami. Suger, au lit de mort, avait désiré voir encore une fois Gosselin ; mais celui-ci était alors si malade lui-même qu'il ne pouvait être transporté et qu'il prévoyait sa fin prochaine ; cependant il fit un effort, qui avança peut-être le terme de ses jours , et il écrivit, au moment de partir, cette lettre touchante au moribond : c( Au digne ettévéré seigneur Suger, abbé de St-Denis par la grâce de Dieu, Gosselin, par la même grâce , nommé évêque de Soissons, salut en Dieu et bienfait de la vie étemelle :
' Lambert. Waterloftii chronîc. Gisleberti montcnsiê Hannonîœ chronic. Hiit. des G, et de la Fr, t. xiii<
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voici que je viens , soutenu par le désir de vous voir plutôt que par les forces de mon corps! Priez donc le bienheureux Denis , à qui Di*eu ne saurait rien refuser, pour qu'il obtienne que je vous trouve encore vivant. Que le Seigneur vous accorde de vivre jusqu à ce que je vienne à vous, et au-delà ! » Suger mourut le 13 janvier 1151, et Gosselin , le 9 novembre 1152. Ce saint ëvéque, qui, dans la Vie de St-Godefroy, est appelé joére de la justice et dénotabreux monastères , ennemi des vices et grand admirateur de la chasteté , eut pour épitaphe cet éloge d'un contemporain , laquelle fut gravée plus tard sur son tombeau , dans Féglise de cette nouvelle abbaye deLongpont qui devait son lustre et ses richesses à la protection spéciale de Tami de Suger. Le successeur de Gosselin fut Ancoul de Pierrefonds, qui était, non-seulement prévôt de la cathédrale , mais encore neveu de Févéque Hugues P', et qui avait, parmi ses ancêtres , deux comtesses de Soissons^.
C'est vers Tannée 1152 qu'il faut placer le second mariage d'Ives de NeSle avec Yolande , fille ainée de Bauldouin IV, dit VÉdifieur , comte de Hainaut. Cette alliance en amena bientôt deux au* très : l'aînée des pupilles d'Ives de Nesle , £Usa»beth de Vermandois, épousa Philippe d'Alsace, depuis comte de Flandre, et sa soeur Aliénor fut fiancée à Godefrôy, fils puiné du comte Bauldouin. Ce triple mariage paraissait avoir uni pour long-temps
' Hiai. des G. et de la Fr, t. xv, p. 531 et 632. Dormay, t. 2. Gallia Christiana ^ t. ix.
DE'SOISSOHS. 11
les maisons de Hainaut , de Flandre • de Y ermandois et- de Soissons : la mort dénoua prompte* ment ces liens formés par la politique féodale , et mcxme lignée ne les vint consacrer ^
Les seigneurs féodaux avaient besoin de se faire ainsi des soutiehis et des alliés naturek , pour se rendre respectables à leurs égaux comme à leurs inférieurs ; car le règne de la force matérielle n^était point encore passé ! L^intelligence humaine avait pris un large essor depuis la fin du XP siècle : le progrès de la civilisation était incontestable a certains égards ; mais Tesprit violent de la féodalité ne s^était guère amélioré : les pèlerinages d^ outre- mer avaient donné aux basses classes le goût du désordre et du vagabondage , et les barons, de leur coté, appauvris parla croisade, en étaient devenus d^autant plus turbulens et plus pillards. Le Soissonnais n^était pas plus exempt que les autres provinces de ces guerres continuelles : tous les feudataires à donjon , néanmoins , qui se querellaient entre eux et qui cherchaient à se nuire mutuellement pour s^ entretenir au métier dega/rmes^ n^avaient pas des forteresses aussi puissaates que celles des châtelains de Pierrefonds et deCoucy; ils n assemblaient pas d'armée sous leur pennon comme ce terrible Enguerrand I*', que les foudres de ll^glise poursuivirent sans résultat dans
■ «Tôlénde flit donnée en mariage à Iron, comte de Soî«- «ons, lequel était réputé entre tous le» prince» de France le pins notable » Illustrations de la Gaule Belgique , par Jacq. de Guise. L'Art de vérifier les dates.
son manoir inexpagnahie ; mais les seigneurs de Busancy, d'Oulchy, d^Ostel, etc., disposaient de quelques gens d^armes qui suffisaient pour garder leurs créneaux et ruiner le pays. La France entière se trouvait de même h la merci de mille petits tyrans qui ne reconnaissaient de Tait que la suprëroatie du glaive.
Dans ces circonstances difficiles , Louis VU ima* gina de remettre en vigueur la trêve de Dieu du onzième siècle : le vendredi 10 juin 1155, il réunit à Soissons un célèbre concile auquel assistèrent les archevêques de Reims, de Sens, et leurs suffragans, le duc de Bourgogne , les comtes de Flandre , de Champagne, de Nevers et de Soissons, avec beaucoup d^ autres. Dans cette assemblée , on décida que , pendant dix ans , depuis la Pâques de Tannée suivante , « toutes les églises du royaume et toutes leurs possessions, et tous les gens de labour (agri^ colœ) ainsi que leurs troupeaux de gros et de petit bétail, et tous les marchands en tous lieux. Fa sûreté des chemins étant rétablie, et tous les hommes quels qu^ils fussent , tant qu'ils seraient prêts à paraître devant la justice de ceux qui leur doivent faire justice , auraient paix absolue et pleine sécurité. » Les assistans, et le roi le premier, jurèrent alors, deva/nt les sacrées reliques et en présence de tout le concile , de tenir cette paix inviolablement et de châtier ceux qui la rompraient au mépris de leur serment. Le roi publia ensuite, par lettres patentes, Isiteneur de cette paix qui, si elle eut été mieux observée, aurait comblé les voeux des misérables
hommes de corps et depoeHe (poteêtatii)^ sur lesquels tombaient les maux de la guerre civile S
Ce concile tourna les esprits vers la Terre Sainte, qui offrait un champ ouvert à la religion étala chevalerie : l'année suivante , le vieux comte de Flandres , Thierry , qui avait déjà fait deux voyages outre-mer, présida dans la cathédrale d'Arras une grande réunion de princes et de seigneurs , au nombre desquels figurait Ives de Nesle. Tous prirent la croix des mainsde Tévéque , et ne purent se défendre de verser des torrens de larmes , a Fexceptien du comte de Flandre , qui , animé par l'esprit saint , était aussi joyeux et alègre que les autres étaient tristes et abattus : ce fut une pluie de larmes, dit le chroniqueur , et le ciel , qui sembla vouloir les partager, fondit en eau tout-à-coup, de telle sorte qu'on ne se souvenait pas d'avoir vu sem-
blable déluge : plusieurs personnes furent noyées dans les chemins inondés'.
Ives de Nesle, qui s'était croisé comme les autres, ne partit pourtant pas avec le comte de Flandre qui emmenait sa femme et ses feudataires en Pa* lestine : il se prépara toutefois à le rejoindre , en faisant son testament sous la garantie du roi , et
' JSiêi, deê G, et de la Fr, t. xiv, p. 388. Les lettres patentes promulguées alors n'existent plus.
• Hiêt. des G, et de la Fr, t. xiii. Ex Waterlosii ehronic Cette chronique met Simone suessionis prciaule f mais on est bien forcé de reconnaitre Ivei» {Tvone) dans ce nom et ce titre défigurés. Dans une charte de St-Jean-dcs-Vignes, citée parDormay, t. ii, p. 159, le même comte est nommé consul.
sanctionnant ainsi les droits de ses he'ritiers , pour prévenir les difficultés auxquelles sa succession pourrait être exposée. Ce testament ftit fait, en présence des légataires , sous la forme d^une charte royale , signée par le • grand-maître dé France , le grand-^boutciller, le grand-chambellan et le con-* nétable ', scellée par le chancelier Hugues de Champfleury. a C'est mie louabje prévoyance dans la vie d'un homme , dit le préambule de cette pièce, de constituer par testament ce qu'il veut léguer à chacun, en sorte qu'après sa mort (post mortem plutôt que postmodum qu'on lit dans le texte) la paix soit conservée entre ses proches. » Le roi fait donc savoir à tous présens et à venir, que, par son conseil et avec son assentiment , Ives de Nesle a disposé ainsi de ses biens. Ives, le jour de son mariage, avait donné en dot à la comtesse Yolande la moitié de la seigneurie de Nesle et de toutes ses dépendances , tant en revenus qu'en vignes et champs, eœcepté les hommages ^ et de plus , le domaine de Falvy et tout ce qu'il possédait audelà de la Somme, son frère Raoul de Nesle , de qui relevait ce fief, consentant à la donation ; depuis, il avait, dans un premier testament, ajouté de nouveaux dons au profit de sa femme , entre autres les hommages de qitarante chevaliers^ avec le consentement de son troisième frère Thierry de Nesle, et de fonon, son neveu, qu'il déclarait son héritier, dans le cas où il mourrait sans enfant; mais , pour satisfaire sa conscience , le comte or-
DE 50ISS0NS. 15
donna que toutes ses dettes seraient payées après sa mort, sur son bien , honnis le fief de Falvy ap* partenant a la comtesse ^ et que les droits de son frère Thierry, dans le partage delà terre de Nesle, seraient rachetés par les deux autres héritiers , moyennant cent Uvres de droit d'obole (Dormay traduit une obole d'argent) ; quarante muids de froment , vingt d^avoine et \ingt de vin ; afin qu'ail ne pût faire passer ces droits dans une main étrangère, au dommage de Théritier principal. Cette clause fut confirmée et jurée par la comtesse, par Gonon et par tous les hommes du comte, tant chevaliers que bourgeois , en présence de l'archevêque de Reims, de Tévéque de Noyon, et du jeune Raoul de Yermandois, qui se portèrent garansdece traité. En outre , la comtesse et Vhéri' lier devaient défendre , à frais communs d'hommes et d'argent , le domaine de Nesle , et, si l'un des deux entreprenait injustement sur l'autre , les chevaliers et bourgeois de tout le territoire de Nesle, qui juraient aussi de maintenir ces conventions irree;0caj&/em6n^, s' engageaient à demander réparation dans le terme de quinze jours, ou bien à se ranger du parti de l'offensé, jusqu'à ce que les choses fussent rétablies dans leur premier état. Cette ordonnance^ dressée publiquement à Paris, dans le Palais du roi, Tan de l'Incarnation 1167\ eut pour but d'associer au comté, Conon de Nesle,
' Historiœ Franconim scripi. éd. de Duchesne , t. iv, p. 584.
qui semble en effet avoir été appelé dès-lors a confirmer et approuver la plupart des actes du gouvernement de son oncle. •
Le chancelier Hugues, qui n^était certainement pas étranger à T entremise du roi dans les affaires privées du comte de Soissons, éprouva sans doute la reconnaissance doives deNesle, quand il se présenta pour recueillir rhéritage épiscopal de son ami G osselin. L' évéque Ancoul de Pierrefonds était mort en 1158, après avoir signé quelques chartes de confirmation relatives aux possessions des abbayes de son diocèse, et fulminé une excommunication contre le comte deBraine qui s^était permis des injures graves à regard de Tabbaye de Coincy* Cependant, cet évéque honorait particulièrement la cotntesse de Braine k cause de sa dévotion ; or, la comtesse aimait beaucoup une fille Juive qui avait promis de se convertir si elle voyait dans Thostie la présence réelle de Jésus-Christ : Ancoul de Pierrefonds, que la comtesse pria de s^intéresser à une conversion si difficile, ordonna une procession au monastère de Braine, et s^ rendit avec Tarchevéque de Reims ; on chanta la messe du Saint-Esprit : au moment de la consécration, Fhostie que tenait le prêtre s^illumina et Ton vit dessus se colorer et s'animer Timage du fils de Dieu crucifié. Les Juifs, qui étaient là en grand nombre , crièrent au miracle et demandèrent le baptême : Ancoul les baptisa tous après la messe. Quoiqu'il en soit de ce miracle , tant de fois répété au Moyen*Age , Thostie, où apparaissait encore le crucifix vivant , disait«on , fut
conservée dans le monastère , et la procession annuelle eut lieu le dimanche de T octave duSt*Sacrement, jusqu^k la fin du XVIP siède*.
Les miracles attiraient nécessairement aux égli* ses et aux abbayes les dons des fidèles. Le comte de Soissons ne se montra pas moins généreux que ses devanciers pour les maisons de Dieu : en 1157 , prêtant l'oreille aux conseils de rdigieux personnages qui sHntéressaient au salut de son âme , il exempta de tout péage et de tout impôt les marchandises et les denrées, destinées à Fusage des frères de Tabbaye de Longpont , et cette exemption perpétuelle fut reconnue par Conon que nous avons déjà nommé héritier de notre comté (honoris nostri)^ dit la charte de donation ; en 1160, il rendit aux religieux de St-Ived le droit de vinage qu'il avait sur leurs terres ; en 1161 , il confirma la fondation de St-Léger,«et il protégea spécialement cette abbaye qu'on bâtissait alors dans Fintérieur des remparts , entre la rivière de Crise et la rue de Longpont^ et qui était devenue paroissiale, aux dépens de l'église de St-Léger des faubourgs, que l'évêque Ancoul avait supprimée, et par la réunion delà paroisse de St-Pierre-à-la-Chaux, changée en prieuré et donnée au couvent de Coîncy , avec juridiction sur un quartier de la ville et siège de Justice à la porte Bérald ; enfin, Ives de Nesle fit beaucoup de dons
* Gall. Ckriêi. t. ix, p. 360. Dormay, liv. u, p. 160. MSS. de Rousseau. Snivant ce dernier, a à la fia du 17' siècle, un archidiacre de Reims toucha cette hostie avec la pointe d^une épingle et les restes se fondirent. »
à Tabbaye Notre-Dame , qui , selon une bulle du pape Eugène III , possédait d'immenses biens en terres, en rentes, en aideU et en hofnmes ; car ceuxci {hospites) appartenaient à la glèbe et étaient comptés parmi les richesses du sol : on échangeait ces malheureux lorsquHls obtenaient de leurs seigneurs la permission de se marier , on les séparait de leurs familles et de leurs enfans, on les vendait, on les donnait con^me du bétail, témoin cette charte de Conon de Nesle et de sa femme Agathe de Pierrefonds : « Pour le remède et salut de notre âme, nous donnons en aumône au monastère de St-Grépin et Grépinien, Odeline , fiUe d'Elisabeth de Taillefontaine , qui était notre femme de corps {fœmina nostrd) *. »
Les abbayes de Soissons reçurent un hôte illustre pendant Tannée 1165. Thomas Becket , archevêque de Ganterbury, ce prélat au caractère fier et indomptable, qui s'était fait chef de parti en Angleterre pour défendre les privilèges ecclésiastiques avec le pieux enthousiasme des saints confesseurs , ne put tenir tête au roi Henri II dans son propre royaume : condamné au parlement de Northampton, dégradé de son rang archi-épiscopal et poursuivi comme un rebelle , il passa sur 1« continent pour continuer la guerre contré le souverain dont il avait été chancelier et qu'il avait servi naguère
' jibboHœ Longipontis chronicon , collecture Moldrae ,, p. k&, Hi$t. génèal. des gr. Ofjic. par le P. Anselme et Dofourny, t. ii, p. 500. Dormay-^ t. ii, p. 112 etsuiv. MSS. de Cabaret. Hist. de Vabb. de N.-I)., p. 149 et 153. Mel. Regnault , preuves , F* 3.
en ministre habile et dévoué; Thomas Becket trouva en débarquant de puissans amis qui se dis* putèrent Thonneur de lui donner asile. Louis Vn surtout,' que des négociations politiques avaient mis en rapport avec le chancelier anglais , appréciait la capacité de ce grand homme , et encore plus ses mœurs austères et sa rigoureuse ^lévotion ; lise réjouit donc de posséder dans ses états Farche^ véque exilé, et il n^eut garde d^accéder aux désirs du roi d'Angleterre , qui lé priait de chasser de France cet audacieux adversaire de la royauté : — ^cc Certes ! dit-il , je suis roi de même que le roi des Anglais; néanmoins je ne voudrais pas déposer le moindre des clercs de mon royaume! » Il ajouta, en accordant au contraire paiœ et sécurité au fugitif: — « C'est une vieille prérogative] de la couronne des rois de France de défendre les exilés et priacipalemefnt les ecclésiastiques contre les injures de leurs persécuteurs. »
Thomas Becket , qui attendait la réponse du roi .dans l'abbaye de St-Bertjn, en sortit pendant la nuit, à cause des embûches qu'il craignait de rencontrer en plein jour, et entra sur les terres de France, à cheval eC accompagné d'une grosse escorte que conduisaient l'évêque de Térouenne et l'abbé de St-Bertin : « Il l'amenèrent dans la célèbre cité de Soissons, où. Dieu aidant , le lende** main de son arrivée , le roi des Français arriva aussi. Le roi, dès qu'il entendit dire que l'archevêque de Canterbury était dans la cité , descendit au lieu oii il logeait et prévint sa visite , en allant
au-devant de lui avec joie et empressement , com^ pâtissant avec une royale clémence k la persécution de ce martyr , et , avec une royale munificence , le forçant de laisser au trésor le soin de subvenir à tous les frais nécessaires , tant qu'il serait exilé. L'archevêque , voyant que le cœur du roi était ainsi à son égard , rendit de pieuses actions de grâces au roi et à Dieu. » Le roi et Tarchevéque demeurèrent ensemble à Soissons durant plusieurs jours, après lesquels ils se séparèrent , et Thomas Becket s'en alla seul à Sensoii était le pape Alexandre m.
Le pape encourageait, assez timidement cependant, la résistance de Tarchevéque contre le roi d'Angleterre , et le monde catholique s'émut au bruit de ce différend que Louis YII s'efforçait d'apaiser, malgré les nouveaux brandons de discorde que le prélat inflexible jetait sans cesse entre les partis , du fond de sa cellule au monastère de Pontigny. Thomas Becket , tandis que l'on traitait i par ambassadeur , sa réconciliation avec son maître, menaça d'excommunication les évêques Anglais qui se déclaraient pour le roi d'Angleterre : affermi dans son dessein d'employer les armes que ses ennemis redoutaient le plus , « il prit la route de Soissons pour aller se mettre en prière dans cette ville^ et recommander le succès de son entreprise a la bienheureuse Vierge, qui y est honorée d'un culte particulier, (dit Jean de Salisbury^ confident et panégyriste de Thomas), au bienheureux Drausin, que viennent intercéder ceu:^ qui doivent com-
battre, et au bienheureux Grégoire, fondateur de TEglise anglicane , lequel repose en cette même Tille(àSt-Mëdard). Or , le bienheureux Drausin est un très glorieux confesseur , qui , suivant la croyance des Français et des Lorrains, rend invin-^ cibles les champions qui veillent la nuit en mémoire de lui, tellement que, d^Italie et de Bourgogne , on accourt dans cette intention vers son tombeau ; car Robert de Montfort y veilla , lors* qu'il dut se battre contre Henri d'Essex. » Uarchevéque passa donc trois nuits en oraison dans les églises des abbayes Notre-Dame et St-Médard ; après avoir accompli son vœu , il partit , plein de confiance, le lendemain de TAscension de Tannée 1 166 , et il s^achemina vers Yezelay où il se promettait de lancer ses excommunications , le jour de la Pentecôte. Son passage dans Sobsons avait produit une si grande impression parmi le clergé , que, six siècles plus tard, on montrait encore à St- Jean-des-Yignes une chi^pelle dans laquelle Thomas Becket avait célébré la messe , et qui lui fut dédiée ensuite, quand ce terrible défenseur des droits de l'Eglise eut succombé dans la lutte , sous le poignard des assassins, armés par un cri de colère échappé a Henri II, qui s'indignait de céder à ce brouillon âe prêtre^.
Le roi d^Ângleterre se débattit cinq ans , avant
' VitaS, Thomao oantuarienaia quadHpariit, dans le t. xiv des Hist, des G. et de la Fr. Epis, Joan, Saresberiensis^ dans le t. XV du même recueil. Histoire de Vabbiiye de St-Jean^ deS'Fïgneê , par de Louen , p. 45.
de subir la paix humiliante que lui imposait ce sujet audacieux, et peut-être ne se rési^a-t-il a en accep~ ter Faffront, que pour obtenir une autre paix plus honorable et non moins utile avec le roi de France ; car le traité de 1161 , conclu entre eux par les soins de Hugues de Champfleury , chancelier de France et évéque de Soissons , qui fut surnommé Hugues d* Angleterre , à cause de cette paix moins agréable à la nation qu'a Louis YH, ce traité n^ayait jamais été observé , et, depuis lors , a travers les démêlés relatifis a Tarchevêque de Canterbury, on travaillait à réunir les deux couronnes rivales , quoique de chaque coté on se préparât à la guerre, quoique les hostilités eussent été plus d'une fois reprises et interrompues. Une conférence entre les deux rois n'avait pas beaucoup avancé les choses , parceque Louis-le-Jeune et le pape Alexandre HI s^obstinaient à exiger des conditions inadmissibles pour leur protégé Thomas Becket, qui hésitait en* core à excommunier son roi. Hugues de Champfteury, qu'un contemporain (Guillaume , archevêque de Sens) représente comme un prélat discret^ honnête^ lettré et très constant dans les affaires de l'Eglise^ ne se lassait pas de s'occuper de cette paix si nécessaire au repos de la chrétienté, affligée alors et divisée par la lutte scandaleuse des antipapes, que soutenaient l'empereur contre le pape Alexandre III. Les comtes de Flandre et de Champagne , qui étaient en grande considération auprès de Louis Yn , ofiFrirent leur intervention officieuse au roi d'Angleterre , et , dans ce but , ils allèrent
DE SOISSOIVS. 23
à SoissoQs où le roi avait assemblé ses barons. Les bases, de la paix , qu^on arrêta dans ce pctr^ kment^ étaient moins désavantageuses pour la France que celles d^un instrument de paiœ qu^on avait rédigé dès Tannée 1160^ et que le roi ne semble pas avoir jamais ratifié , bien que les principaux seigneurs du royaume l'eussent consenti^ Ives de Nesle un des premiers, a Le roi d' Angleterre devait retourner à Thonimage du roi de France, et^ sa foi donnée corporellement et publiquement devant tous, s^ engager à le servir comme son seigneur a cause du duché de Normandie , comme ses prédécesseurs avaient coutume de servir les rois des Français ; il serait tenu de céder à son fils Henri, TÂnjou et le Maine et les hommages des seigneurs relevant de ces deux comtés , lequel Henri ferait hommage et fidélité au roi de France contre tous, et ne serait plus obligé à rien envers son père et ses frères, sinon a ce qu^ exige le droit (le la nature ; en revanche^, le roi de France concéderait le duché d'Aquitaine , à Richard , fils du roi d'Angleterre , et lui donnerait en mariage sa fille , sans autre dot qu'un présent de noce a la volonté du père ; enfin , on rendrait de part et d'autre les cbevaliers qui avaient été pris a la guerre. » Mais à peine ces conditions furent-elles approuvées par les intermédiaires , que Henri H prétexta un départ imprévu pour ne pas les ratifier , pendant que \^ parlement de Soissons était réuni.
Tout ne fut pas rompu cependant ; Hugues de Champfleury fil agir adroitement le pape Alexan-
dFe III, qui, durant sa longue résidence en France, avait eu beaucoup h se louer des services duchancelier-ëvéque. Thomas Becket , qui négociait toujours pour son compte avec le roi d^ Angleterre , aida aussi les desseins pacifiques de Hugues en tenant T excommunication suspendue sur la tête de Henri II ; enfin , beaucoup de prélats et de pieux seigneurs, qui regardaient la paix comme un acheminement â une nouvelle croisade , pressèrent impérieusement le prince Anglais de tenir sa parole et de se réconcilier avec le roi de France , en prenant la croix : Henri promit encore d'aller cornbattreles Infidèles et songea sérieusement à la paix quUl avait éludée jusque là par toutes sortes d'arti* fices.Versla fin de 1169, Thibauld de Champagne et Bernard, prieur de Grand-Mont , vinrent de sa part a Soissons, oii Louis VU avait convoqué ses barons pcmr traiter les affaires du royaume : les conditions de la paix furent bientôt réglées, d'après les pourparlers précédens, et Ton convint d'une entrevue des deux rois pour TEpiphanie de l'année suivante. Cette entrevue n'échoua pas comme plusieurs autres où Henri II avait manqué, de peur d'être entraîné a promettre plus qu'il ne voulait : il se rendit en personne à Montmirel ou Montmirail, château du diocèse de Soissons, appartenant à une ancienne Famille qui en portait le nom et qui avait souvent eu pour hôte le grand St- Bernard ^ avant de recevoir deux rois dans son do* maine. Henri II aborda , en suppliant , le roi de France qui Taccueillit avec bonté : le roi d'Angle-
terre , cf offirant soi, ses eiifeins , ses terres , ses armées et ses trésors y remit toutes ces choses à la discrétion da roi Louis, afin qu'il en usât , abusât à son gré, les retenant, les enlevant , les donnant a qui bon lai semblerait , sans atUcher d'ailleurs aucune conditicfti à cet abandon » ; Louîs VII rendit grâce à Dieu qui avait amolli le cœur de son ennemi et qui le persuadait de demander une paix utile aux peuples et à TEglise. Ensuite, Henri d'Angleterre ayant fait hommage de son duché de Normandie et juré à son suzerain de lui garder fidélité contre tous les hommes, les deux princes se donnèrent la main et se baisèrent. Le jour suivant , les deux fils de Henri firent hommage à leur tour , Tun pour les comtés du Maine et d'Anjou , l'autre pour le. duché d'Aquitaine, en s' engageant a épouser la fille du roi *aw* dot.Vms^ on s'occupa d'une autre réconciliation plus épineuse, celle de l'archevêque de Canterbury avec son souverain : celui-ci proposa de s'en rapporter à l'arbitrage du clergé de France ; Thomas Becket , fléchit les genoux devant le roi son maitre , et promit de faire la volonté de son seigneur temporel, mais sauf l'honneur de Dieu et de l'Eglise ; rien ne put l'obliger de reiKmcer à cette restriction , et le débat s'envenima au point que le roi d'Angleterre se retira fort irrité et que l'archevêque partit pour se réfugier à Rome auprès du pape. Louis VII, désolé de perdre toutà-coup l'espoir de la paix, obtint de son royal feudataire une seconde conférence qui s'ouvrit quinze jours après la première; Thomas Becket , que le&
envoyés du roi de France avaient rejoint auprès d'Etampes , revint avec eux , et se relâcha un peu de son opiniâtre protestation, en disant qu41 était prêt à retourner en Angleterre et à rendre à Henri II tout ce qu'il devait à son roi , son prince et son seigneur. On ne parla de la croisade projetée que pour l'ajourner à Tannée suivante ^
Pendant que Louis VU tenait son parlement à Soissons j il accommoda deux différends qui existaient depuis plusieurs années entre Tévéque et son Chapitre. Le pape Adrien IV , sur la requête du doyen et du Chapitre de St-Gervais^ en 1157 ^ leur avait envoyé une bulle conçue en ces termes : ce Désirant pourvoir utilement à vous et à votre Eglise , nous confirmons II votre dévotion et à votre Eglise^ par l'autorité apostolique de l'Eglise , et nous fortifions de la protection de cet écrit, les coutumes et les libertés que vous avez eues jusqu'ici dans l'évéché (comme nous l'avons appris) d'interdire ou d'absoudre, sans consulter l'évéque, les malfaiteurs et leurs terres ; ajoutant que, quand votre Église aura cessé les offices divins pour une injure a vous faite , les autres églises (de la ville) les cesseront aussi, d'après le mandement de votre Chapitre , suivant ce qui est établi par vos anciens droits. Donc , nous ordonnons que nul ne se permette d'enfreindre notre charte de confirmation ou d'aller à l' encontre en quelque façon que ce soit. » Les évéques Gosselin et Ancoul ne cher-
* Hist, des G. ei de la Fr. t. xvi, p. 21, 685, 595 et suiv.
cbèrent point à infirmer cette balle qui empiétait sur les droits de leur ëvéché ; mais Hugues de Champfieury eut occasion de s'ëlever contre les prétentions du Chapitre , sans doute à cause de quelque interdit lance' par celui-ci pour satisfaire une vengeance particulière. Les interdits , à cette époque, étaient si fre'quens, que l'histoire ne les a pas tous einregistrës, etTon voit ainsi, par une lettre de Hugues de Champfleury, que Henri , archevêque de Reims, en avait mis un sur TEglise de Soissons, avant Tannée 1167 où il fut levé a la sollicitation de cet évéque. Dans ses réclamations contre le pouvoir que s'arrogeaient les chanoines en s'appuyant de la bulle d'Adrien , Hugues de Champfleury adoptait sans doute le texte de cette bulle, et ne contestait que l'explication de certains passages assez vagues: en effet, inconsulto episcopo ne dit pas positivement que l'interdit fut entièrement valable sans Vautoritéde P évéque. Les chanoines soutinrentleur coutume d'interdit et appelèrent de la décision épiscopale au pape Alexandre HI , qui entendit leurs plaintes et promit d'y faire droit. Cependant le différend continuait à Soissons entre l'évêque et le Chapitre avec de grands frais {non mocRc» ea^ensœ). Un chanoine ayant été député d Borne pour plaider la cause de ses collègues , ce fut sur ces entrefaites que Louis VII résolut de pacifier une querelle qui troublait le diocèse soissonnaîs et dH extirper jusqu'à la racine tous g^mes de discorde : il mit les deux parties en présence devant les honorables hommes qu'il avait
choisis pour juges, et, par sa sentence, les chanoines restèrent saisis de leur droit, en sorte qu^ik rendraient la justice dans leur chapitre avant Té* véque {ante epincopum) ; mais qu^ils se réuniraient pour entendre son jugement , si Févéque voulait remettre en question ce qu'ils auraient décidé. Cette sentence, dont le roi fit part au pape, ne satisfaisant pas le Chapitre, Maurice de Sully, évéque de Paris, les abbés de St-Germain-des-Prés et de St'Victor furent nonamés arbitres, et décidèrent, dans une conférence tenue à Paris au Palais royal, que les chanoines de Soissons jouiraient en paix de leurs coutumes sans contradiction ni revendication {calumnia ) de la part de Tévéque. Hugues se conforma humblement a cette décision , et signa lui* même Tacte qui la consacraitS
'Hist des G, et de la F., t. 15, p. 681; t. 16, p. 140; t. 15, p. 876. L'éditeur des Historiens ^e trompe en rapportant à Pennée 1 155 le parlement- de Soissons, dont Louis VII fait mention dans sa lettre au pape Alexandre : en 1155 , lo différend de TéTeque et des chanoines n'avait pas commencé, puisque Hugues do Ghampfleury n'était pas encore évêque. La date de cette lettre est certainement 1169. Gailia Christiana, t. 9. Instrumcn. p. 124. Dormay, t. 2^ p. 131 et suiv. Rousseau prétend que ce fut à la suite de ce différend^ que les justices de l'é véque et du Chapitre furent séparées: « L'évéquc, dit-iî, eut sa justice ecclésiastique pour son diocèse, exercée par un officiai et un promoteur , et sa justice temporelle tenue à Pevéché par un bailli et un procureur fiscal ; le Chapitre eut comme lui deux justices, Vune dans la salie du chapitre et Tautre dans une maison du cloître appelée la Chartre. » La sentence de Louis Yil semble confirmer, du moins en partie , les faits allégués par Rousseau « Clerici remanserunt saisiti de querela , Ua quod fâchèrent in capitula ante episcopumjusticiam, si aliquando épiscopus super hoc movere voluùrit questionem , et canonioi starent ibidem adjudicium ejus.
DE soissoifs. 29
Le second débat, que Tëvéque eut avec le Chapitre, reposait aussi sur une bulle d^ Adrien IV, qui avait donne au doyen certaine prébende, en considération de la médiocrité des revenus du doyenné ; mais Hi:^ues de Champfleury refusait de se dessaisir de cette prébende, ainsi que de Vautel de Bosserre , qui appartenait au chantre de la cathédrale, puisque tous ses prédécesseurs Pavaient possédé viagèrement. Le doyen alla en personne à Rome, et Alexandre III prit tellement a cœur cette a£Faire , qu^il écrivit d^abordà Tévéque, en lai ordonnant de restituer la prébende au doyen, sous peine d^ encourir la peine de sa rébellion ; pois à Farchevéque de Reims , en T autorisant a ne pas sooffrir que les chanoines fussent opprimés injustement, et a interdire quiconque oserait entreprendre contre eux. Le chantre , accompagné de quatre chanoines , vint lui-même plaider sa cause à Paris devant le grand-conseil et présenta au chancelier-évéque des lettres du pape qui lui enjoignaient ai îih^xidonner Vautel de Bosserre; mais, le chancelier, qui était alors en mauvaise intelligence avec Alexandre III, ne daigna pas ouvrir ces lettres, et ajourna sa réponse. Louis YII termina cette contestation, en déclarant que Tévéque serait maître de disposer de la prébende revendiquée par le doyen, et que Fautel de Bosserre lui reviendrait aussi après la mort du chantre. Hugues de Champfleury ne conserva pourtant aucun ressentiment des embarras qu'on lui avait suscités , car il donna en différentes fois au chapitre de St-Gervais des rentes, des terres, desornemens d^ église et des
livres destinés a la bibliothèque ^ dans laquelle on remarquait un recueil des premiers conciles d^ Espagne, écrit en caractère lombards du VHP siècle et un beau manuscrit de St-Âmbroise, du X' siècle*. L'évéque de Soissons n'avait pas toujours trouvé de la malveillance en cour papale : avant qu^il eut réuni dans sa main la crosse épiscopale aux sceaux de France, il entretenait avec 4drien lY un échange de bons offices réciproques, etsHl servait chaudement les intérêts du St-Père auprès de Louis VII, Adrien, de son côté, l'aidait a conserver ses bénéfices ecclésiastiques, son archidiaconné d' Arras et ses prébendes, enle dispensant de la résidence. Quandil devint évêque et qu'Alexandre III eut remplacé AdrienlV, il continua de se maintenir dans la faveur du nouveau pape, qui eut bientôt besoin d'un appui effica* ce durant le schisme causé dans l'église par l'élévation de l'anti-pape Victor IV, L'empereur Frédéric avait embrassé le parti de ce dernier et ne dédaignait pas d'écrire à Hugues de Champfieury, avec in^ tinte et sincère dilection^ pour le prier de faire en sorte que le roi de France ne reçut point en ses états le fugitif Alexandre III, chassé de Romepar son compétiteur, etn' emportant que vingtmillelivresdedettes, sans savoir où reposer sa tête ; mais Hugues, qui avait pris des engagemens antérieurs avec Alexandre, lui ouvrit au contraire les portes de laFrance>
' Hist. des G. et de la Fr., t. 15, p. 874 et 875. Dormay , t. 2, p. 65. Il semble , d\iprè8 une lettre d'Alexandre III (Hiat, des G. et de la Fr. t, xv, p. 812) qui prie l'évêque de Soi88onft d'agréer une composition relative à ces deuic prébendes, que le différend était antérieur à Tannée iiô^. BibL manuscrip, t. 2, p. î\9Q.FoyJittf de deux bénédA.ipAd.
ainsi que le trésor et le cœur du roi. Ce Fut certainement à Févéque de Soissons que le pape , privé de son siège apostolique, dut le bonheur inespe'ré d'y être réintégré après cinq ans d'exil , en 1165, quoique le scandale des anti-papes ne finit point avec la carrière de Victor IV. « Ton cher fils , le chanoine Pierre, venant vers nous, écrivait Alexandre au chancelier Hugues en 1163, a eu soin de nous insinuer que tu brûlais de foi catholique et que tu tenais une sincère dévotion à ta mère, la sainte Église romaine.. • C'est pourquoi nous chérissons ta fraternité avec une vive affection en Dieu, et nous désirons te conserver une dignité (l'épiscopat) à toi conférée par le Seigneur même, et accroître tes honneurs. Quanta ce qui se passe auprès de notre très cher fils en Jésus-Christ , Louis , illustre roi des Français , tu apprendras que nous avons pareille sollicitude et adresse; car personne, si le Seigneur le veut, ne pourra nous induire à ce que ta charge doive être enlevée ou ta dignité abaissée par nous ; mais plutôt, voulant les augmenter, nous nous efforcerons volontiers de départir le conseil et le secours que nous pourrons honnêtement, afin que l'intégrité de ta dévotion ait ce qu'elle mérite et reçoive la récompense qui est promise aux grands prélats et aux zélateurs de la justice. »
Alexandre III était encore exilé en France, lorsqu'il adressait au chancelier ces promesses d' amitié et de dévouement ; il changea de langage , quand il eut reconquis l'héritage de St-Pierre , soit que Tévêque de Soissons eût changé de conduite à l'é-
gard de la cour de Rome , soit que T exigence du pape fut alle'e au-delà du pouvoir que Louis VII confiait à son chancelier : les rapports qu^ils avaient de pape à évéque et de ministre d'un roi à prince étranger^ s'aigrirent par degre's , et Alexandre en vint à e'crire au turbulent archevêque de Reims , sous prétexte de remplir un devoir qui lui commendait Ôl aspirer avec zèle aux intérêts et profits des églises : (c II importe qu'un évéque veille d'un œil attentif sur le troupeau, à lui confié, pour qu'il ne soit pas exposé aux morsures des loups. Comme notre vénérable frère , l' évéque de Soissons , ne peut exercer a la fois convenablement l'ofiice de la chancellerie eties soins de l'administration pontificale , puisque l'une et Tautre charge exige qu'une seule personne s'y livre entièrement, nous lui avons mandé qu'il abandonne la chancellerie pour s'occuper diligemment de la garde de son église et de son peuple. Donc, nous vous prions de lui remontrer ceci et de l'admonester sévèrement , si notre très cher fils en Jésus-Christ, le roi des Français, vous en donne licence. » Louis YII se laissa facilement persuader par les gens d'Eglise, que le pape faisait agir, et il ôta les sceaux à Hugues de Champfleury, en le renvoyant aux affaires de son diocèse, quoique l'archevêque de Reims, au lieu de servir les intentions du St-Père , se fût rendu caution de la fidélité du chancelier qu'on était parvenu ànoircir dans l'esprit du roi; quoique d'autres évéques eussent élevé la voix pour défendre ce loyal serviteur de l'Eglise et de la couronne. « Je vous prie,
DE SOISSOMS. [33
je vous supplie, écrivait à Louis VII Tarchevéque de Reims, de ne pas vous éloigner de votre chancelier et de ne pas retirer à des mains fidèles votre personne et vos affaires, pour les mettre dans d^infidèles mains !» Le roi né daigna pas écouter ces hoaorables justifications, et, pendant plus de trois ans, il suppléa lui-même à Fabsence de son chancelier, en gardant les sceaux, comme s^il eût dessein de les remettre plus tard à Hugues de Champfleury. Tous les actes de cette époque portent : vacank mncellariâ.
MaisTévéque deSoissons, frappé d^une disgrâce non moins injuste cju^imprévue , ne s^en consola point et passa quatre années a se consumer en regrets auxquels Tambition n^avait pas autant de part que la douleur de se voir méconnu ; enfin le roi, éclairé par le temps et la réfiexion, rendit les sceaux, avec sa confiance, à son ancien chancelier : c'était une réparation trop tardive ; Hugues allait mourir: il fut visité sur sonlit de mort par Louis VU, et, troublé par le mA{morbo turbatus)^ il put a peine exprimer sa joie a son maître qu^il voyait pour la dernière fois; il lui fit écrire une lettre d adieu, ainsi qu^àson ami Tarchevéque de Heims^ pour leur recommander le chanoine Pierre, son parent, qu'il avait nourri et qu'il aimait comme, son propre fils : a J'espérais demeurer pluslong'temps dans le champ du Seigneur , disait-il à l'arebevéque, et porter vos labeurs avec une ebarité intérieure qui m'eût prêté des forces ; mais, maintenant, appelé en présence du Juge sévère , je me
recommande à vos prières. >) Il ëcrivaitàLouis VIT : fi A son très cher seigneur Louis, roi des Français, Hugues, dit évéque de Soissons , toujours sien , salut, et, même après la mort, dilection! Je dis la vérité avant la mort : depuis que je suis en votre service, jamais je ne me suis écarté , à mon escient , de la fidélité que je vous ai vouée. Je m'étais proposé de vous servir encore plus fidèlement ayec la permission du Seigneur ; mais maintenant , Dieu en a disposé autrement. » Il miourut au mois de septembre 1175, et fut enterré probablement dans Fabbaye de St-Victor à Paris. Nivelon de Cherisy, chanoine et archidiacre de la cathédrale , fut élu à la place de ce grand prélat ei zélateur de justice ^ qui avait peut-être négligé quelquefois le soin de son évéché pour se consacrer tout entier aux affaires du gouvernement : Tévêque disparaissait derrière le chancelier*.
Cette mort retentit , dans le Soissonnais , plus que celle de Raoul II de Yermandois qui acheva , Tannée suivante', sa misérable existence, sans doute
' ffiêtaire Mccîés. de Fleury, llv. 70. Bist. des G. et de la Fr,, t. XVI, p. 202, t. XV, p. 806, 902 858, 164, 206, 162. Sist. des Chanceliers de France^ par Dachesne. Gallia ChrisHana, t. ix.
* Nous adoptons cette date , de préférence à toutes celleg qu'on a données à la mort du comte de Yermandois. C'est aussi le sentiment de Muldrac, dans sa Chronique de Tabbaye de Longpont: « Constat autem dics ojus mortis ex antîquo Longipontis obitiario ; annus vero Ofertd colligîtur ex daabus cartis Pbilippi Alsatiâ Flandreosium comitis, ElisabethsB Viromandensis sponsi; quarum prima annîll76,se tantum Fiandriœ comitem nominans cum conjuge...; secundâ autem anni sequehtis 1177 , non modo Fiandriœ ,
(Sans une léproserie de son comté, après avoir transféré son héritage à. son beau-frère Philippe ^ comte de Flandre , ainsi que cela s'était passé pour la succession deRainauld-le-Lépreux. Raoul se fut trouvé danslasituationkplus favorable^ grâceà latutellede ce noble juste homme et sage Monsieurlves de Nesle, si Féléphantiasis, la plus terrible des lèpres, nePavait forcé de se retrancher du commerce des vivans. Ives l'avait marié à Marguerite d'Alsace , veuve de deux maris dans une extrême jeunesse , pour for-
aedetîam'\^roinandi{ecoinitcm8eappe1lan8.»C«tteda(earQit été si bien établie par tradition qu'elle fut gravée sur le tombeau de Raoul II, bien postérienreraeint à la mort de ce prince. Il est vrai que le même Muldrac, dans son Valois royal, semble pencherpour la date de il 69, et que depuis^ Collietto, dans ses Mémoires du Vermandois, cite une charte de Tan 1167,. portant, Philip fo Flandrenai et Viromandenai comice. Carlier , dans sa judicieuse hisioire de Valois, ûxe cette mort à Fan 116S environ j et son opinion a été suivie dans Vuirt de eérifier les dates ; mais Dor'may dit positiveront que Raoul mourut à Tâge de vingt- cinq ans, et VHist. généai. des Gr, ope, par le P. Anselme, se contente de placer après 1163 cette mort qu'on est forcé de reculer bien au-delà pour rendre vraisemblables les deux mariages qne c^e Généalogie , si rarement fautive, attribue au comte , le premier avec Marguerite d'Alsace et le second avec Sybille d'Aragon. A défaut de date certaine » il faut consulter les faits qui portent avec eux quelque lumière : Louis YII, qui prit Tavis et le consentement de Raoul de Vt'rmandois, en 1157, pour reconnaître le testament doives de Nesle, aurait-il appelé en garantie un euFant de cinq ans, si, comme le rapporte Meyer {Chronic, Flandriœ), Raoul II n'avait survécu que quinze ou seize ans h son père , mort en 1152?Bien plus, Raoul aurait-il pu être marié avant Page de puberté? Enfin , un enfant aurait-il épousé une femme qui avait eu déjà deux maris? (Marguerite d'Alsace avait épousé en premières noces Henri , comte de Limbourg , et en secondes Ivain, comte d'Alost). Nous supposons donc que Raoul était au moins âgé de vingt cinq ans à Vcpoqu<^ de sa mor(, et que probablement, attaqué de la lèpre qui
tifier Talliance de la maison de Vermandois avec celle de Flandre; Ives avait défendu ses terres assaillies et molestées dé guerres ^ administré ses biens et dirigé sa tutelle diaprés Tavis des barons du Vermandois, comme on l'apprend d'une charte de 1158 qui se termine en ces termes : i< Fait en tour de Vermandois (à St-Quentin) , devant Ives de Nesle, régissant et administrant diligemment le comté de Vermandois, et devant les barons de ce même comté. • . ratifié par la puissance consulaire, sous la garantie des plus nobles et honnêtes seigneurs. • . » Raoul II de Vermandois fit beaucoup de donations aux couvens , surtout a Fabbaye de Longpont où il fut inhumé à côté de son père , dans un magnifique tombeau. Le nom d'Ives de Nesle se retrouve dans toutes les chartes qui signalèrent le gouvernement de Raoul , et Philippe d'Alsace, héritier du comté de Vermandois par le fait de sa femme , Elisabeth , conserva toujours une grande déférence pour le vieux comte de Soissons qui l'avait marié ^.
séparait de la société le malhetireux atteint de cette incurable maladie, il avait renoncé de son vivant à son îcomté en faveur de son beau-frère, Philippe de Flandre. N 'avons-nous pas vu Rainauld-le-Lépreux nommer son héritier en 1 141 et se dessaisir du comté de Soissons, cinq années avant 8a mort réelle? Quant à la fin de la tutelle dUves de Nesle, Muidrào {iTal. roy.) prétend qu'elle fut; antéiieure à 1163, parcequ'il a vu une charte de cette année au nom seul du jeune comte : cette charte qui concerne !e monastère de Longpont, se trouve dansTouvrage de CoUiette ; maisr, le comte de Soissons figurant à la tète des témoins de cette charte et de pltxsieurft autres données an nom de Raoul jusqu'en 1167, on peuteroire que le tuteur exerçait toujours une sorte de surveillance sur son pupille»
' Mém, du Vermandois^ liv. 12 et les notes. Hist. du Va-
DE SOISSOIVS. 37
Ives de Nede, tout vieux qu'il fût, se plaisait encore au spectacle delà guerre, a lacpielleil ne prenait plas part en personne: d'ans Tannëe 1175, il avait fait crier un tiyurnoi qui ne ressemblait pas aux joutes resserrées d'ordinaire dans Tenceinte des lices : ce tournoi ou behourt eut pour théâtre tout le pays qui s^ étend de Soissons à Braine , et pour acteurs plusieurs milliers de combattans; le comte de Hainaut, j^udouin Y dit le Courageux, y vint (riompharmment avec deux cents chevaliers et douze cents hommes de pied très ewperts , entre lesquels Près espéoiai/ut compagnons étaient Raoul de Coucy, Bouchard de Montmorency, compagnons d'armes, et Raoul de Germont : il prit son camp dans la ville de Soissons , chez son beau- frère Ives de Nesle. Le camp opposé, tenu par les Français et Champenois , était établi dans les murs de Braine. « Le comte Baudouin avec tous ses gens issit de la ville de Soisscms et s'en vint a tout (avec) sa bataille jusques aux vignes de Braine où il logea ses gens et y demeura tout le jour en attendant les Français et Champenois. Quand ce vint vers levépre, que ledit Baudouin vit que nul ne vidait de ladite ville de Braine, il se disposa de retourner très aigrement vers Soissons : a donc les Français vidèrent de leur ville et commencèrent k poursuivre par derrière ces Hannuyers. Laquelle chose voyant ledit Baudouin , de courage hardi et cruel , s'en vint envahir ces Français et en eut la victoire.
loti, Hv. 3, p. 498 et saiv. Illustrât, de la Gaule Belg,^ li vre 17, ch. Lxxvii.
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' Illust, de la Gaul, Belg, liv. 18, ch. iv.
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DE SOISSOBS.
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^assés par le diable*.
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^K ^ le peuple de crier au
Il ics se succédaient alors en
avec tant d*édat, surtout dans ame, que ces prodiges semblaient j^rochc du règne funeste de TAnte- >û Hugues Farsit qui écnyait alors son Miraculù ganctœ Dei genitricis Mariœ.
' 1146, un enfant, guéri par les mérites du ^^Smdier, s'écria que la Vierge Marie deman- ^lone nouvelle église, et la princesse Malhilde de ^^mt, qui était abbesse de Notre-Dame, résolut floteir à Tordre du ciel, en construisant un édifice plus capable de contenir la foule des pèlerins et p& digne des reliques qu'on y adorait. Tout ce 7"^ possédait cette illustre abbesse n'aurait pas *ûffi à la prompte exécution de ce grand travail , ^ fe dévotion de ses parens et de son oncle Ws VII, ne fût venue augmenter les ressources du monastère : dans Tîntervalle de quinze ou ^âgt ans, une église neuve remplaça l'ancienne, et l'architecture de ce magnifique "monument , qui i'éleva comme par miracle sur le même terrain, ne )arait pas avoir eu la moindre affinité avec le style )g;ival qui luttait déjà contre la vieille architecture •omawe,^et qui devait la détrôner entièrement ivant la fin de ce siècle. Les croisées ^ plein-cintre
' Hist. du Falots, parCarlier, t. i,p. 362, d'après la obrouique d*Alberic ( Aulbry de Trois Fontaiues).
Après laquelle , il s'en retotima en la ville de Soissons à très grand honneur et triomphe au salut de ses gens..» L'histoiVe ne mentionne pas d^ autre tournoi de ce genre, caries combats À/a/bt<2e avaient lieu en champ- clos ^é
Cette fête guerrière laissa un long souvenir dans le pays, moins pourtant qu'un événement tnerveil-* leux qui s^ était passé au diocèse de Soissons deux ou trois années auparavant , et dont la mémoire s^est perpétuée {usqu'à nos jours dans cl proverbe local : Entre Vauœ et Bemy ^ont les trésors du roi Henri. La tradition â| sans doute mal conservé le nom du possesseur de ces trésors mystérieux, et le roi Henri peut bien avoir succédé dans ce dicton populaire au roi David ou à St-Anserik. QuôiquUl en soit, pendant Tépiscopat de Hugues de Champfleury, une jeune paysanne de Berny-Rivière, menant paître une truie près de l'ouverture d'un profond souterrain où personne n'avait jamais osé pénétrer, l'animal s'y glissa et fut suivi par la porcbière qui aperçut dans les ténèbres un grand vieillard assis au milieu d'immenses trésorSé Cette fille , effrayée d'une telle vision, s'enfuit hors de la grotte; mais, depuis ce moment là, elle lut dans l'avenir et se mit à prophétiser , si bien qu'on la venait consulter de toutes parts. L'évêque de Soissons défendit, sous peine d'excommunication, d'interroger cette devineresse, attendu que le démon , ditil > prend mille formes diverses pour séduire les simples. Les prédictions cessèrent , mais les gens
' Ilîust, de la Gaul. Belg. liy. 18, ch. iv.
du lieu ne Furent pas désabusés de la prétendue existence de ces trésors amassés par le diable ^
L^interdit lancé par Pévêque contre la visionnaire de Bemy , empêcha le peuple de crier au miracle ; car les miracles se succédaient alors en si grand nombre et avec tant d'éclat, surtout dans Tabbaye Notre-Dame, que ces prodiges semblaient annoncer Tapproche du règne funeste de l'Antéchrist, selon Hugues Farsit qui écrivait alors son livre de Miraculis êanctœ Dei genitticis Mariœ. Vers 1146, un enfant, guéri par les mérites du Saint-Soulier^ s'écria que la Vierge Marie demandait une nouvelle église, et la princesse Mathilde de Touloase, qui était abbesse de Notre-Dame, résolut d'obéir à l'ordre du cieJ, en construisant un édifice plus capable de contenir la foule des péleriiis et plus digne des reliques qu'on y adorait. Tout ce que possédait cette illustre abbesse n'aurait pas suffi a la prompte exécution de ce grand travail , si la dévotion de ses parens et de son oncle Louis VII, ne fût venue augmenter les ressources du monastère : dans l'intervalle de quinze ou vingt ans, une église neuve remplaça l'ancienne, et l'architecture de ce magnifique^monument , qui s'éleva comme par miracle sur le même terrain, ne parait pas avoir eu la moindre affinité avec le style ogival qui luttait déjà contre la vieille architecture Tùmane ^^eX. qui devait la détrôner entièrement avant la fin de ce siècle. Les croisées à pleîn-cintre
' Hist, du Valois, parCarlier, t. i,p. 362, d'après la chronique d'Alberic ( Aulbry de Trois Fontaines).
étaient bordées d'upe riche sculpture composée d'oves , de feuillages et de figures d'animaux ; au mur extérieur de la nef, s^appuyaient de grosses colonnes semi-corinthiennes , qui paraissaient avoir été plantées de distance en distance pour suppprter la toiture ; la façade , nue et sérère , avec ses deux clochers d'égale hauteur, ses trois portes cin^ trées et son fronton a anguleux , avait le caractère des basiliques {H'imitives où la richesse des orne-* t
mens était réservée pour les encadremens des fenêtres et les chapiteaux des colonnes. Quant a la lanterne que le bénédictin Michel - Germain ne nous fait point assez connaître en l'appelant une pièce des plus hardies et des plus délicates, cette haute tour, terminée par une flèche ouverte.de tous côtés et comme découpée à jour, avec sçs trèfles et ses ogives aiguës, fut certainement postérieure d'un siècle environ au reste de l'édifice* L'architecte, qui en fut chargé, s' étant aperçu qu'elle penchait, craignit de la voir s'écrouler et s'enfuit sans réclamer le salaire qui lui était du : cette circonstance prouve que l'architfBcte de la lanterne n'était pas originaire du Soissonnais. La construction de cette église, dans laquelle on changea déplace les tombeaux de St-Drausin et de St- Wouè'l, fut signalée par un prodige: un serrurier de Laon , qui avait passé un marché avec l'architecte pour l'entretien des outils de tailleurs de pierres, voulut rompre son marché , qu'il trouvait désavantageux, et retourner chez lui ; mais à peine arrivat-il à la montagne de Crouy , que ses pieds resté-
DB SOISSOKS. 41
rent enchaînes au sol , sans qu'il put faire un pas , et il n^ en recouvra Tusage que devant Fimage de la Ste-Vierge. Lia dédicace de Fëglisesefit avec beaucoup de solennité, du vivant de Tabbesse Matbilde, et les abbesses suivantes .continuèrent d'orner, d'embellir ce beau vaisseau roman , remarquable par scm abside ou coquille a quatre étages de colonnes* L'abbaye Notre-Dame s'appuyait sur la protection spéciale des papes et des rois: Alexandre III leva l'interdit qui avait été mis sur le monastère par les délégués de l'ordre de St-Benoit, à la visite desquels les religieuses n'avaient pas voulu se soumettre ; Louis YII^ ayant égard it l'augmentation des moniales, défendit d'en recevoir au-dessus du nombre de quatre-vingts , sans comprendre celles qui prendraient l'habit in articulo mortis^ et ce, sous peine d'encourir son indignation royale et sa rigoureuse censure ^ Ce n'était plus le temps de Charles-le-Chauve , où le règlement de l'an 858 fixait le nombre des filles de chœur à deux cei^ seize!
Il y eut d'ailleurs peu de fondations pieuses à Soissons , pendant qu'Ives de Nesie était comte : les couyens , depuis les premières croisades , travaillaient à se maintenir dans la possession des biens qu'on leur avait donnés ; ils demandaient k chaque comte, à chaque pape, à chaque évéque la confirmation deleurs droits temporels et spirituels. Un de ces privilèges, accordé à St-Jean-des-Vi-
* Itist. deVahh. roy.do iVofr^- JDawie, par Michel Gcrmoiu, p. Metsuiv., U9 et suiv., 4M , 486.
gnes par Alexandre III ; renferme des particularrtés curieuses: « Lotsque Tévéque célébrera un synode dans la ville , les chanoines ne pourront ni dormir , ni manger hors du cloître , sinon dans la maison épiscopale ou chez une personne de distinction (aliqud majore persond) ; à la bénédiction d^Un abbé , comme Tarchidiacre a coutume d^exiger un palefroi , redevance qui n'a pas d'autre origine que la cupidité, celui qui donnera ce cheval et celui qui le recevra seront également coupables de simonie et livrés à la vengeance divine.» L'abbaye St-Léger obtint aussi des bulles et des lettres de confirmation. Ives de Nesle , qui avait signé plusieurs chartes de celte espèce , ne cédait pourtant pas à toutes les prétentions exorbitantes des églises et des ecclésiastiques: en 1157 , il tint tète aux évêques de Noyon et de Beauvais , qui étaient autorisés par le pape Adrien à défendre totiê les ofiîces divins sur les terres du comte , si celui-ci s'obstinait à soutenir W. d'Incy et sa femme, usurpateurs de certaines rentes appartenant au chantre de l'église de Péronne ; en 1168 , il eut avec les chanoines un différend relatif aux mesures c/u t;m dans la ville, et le pape, Alexandre III, s'interposa pour amener une composition amiable entre les parties. Cependant, Ives de Nesle était souvent choisi comme arbitre, à cause de sa réputation d'équité : il termina ainsi, en 1152, un débat entre l'abbaye St-Crépinle-Grand et Robert de Baisy, qui avait donné aux religieux la foret de Fruity à défricher, en se réservant le droit de terrage, et qui
DB soissoirs. 43
voulait là reprendre ; les religieux oflb'aienl de le recevoir lui et son fils dans la communautë , plutôt que de se dessaisir de ce domaine ; Robert de Baisy consentit a cet accommodement , entra dans le Chapitre de St-Crëpin , accepta la société des moines et mit ensuite son présent sur l'autel. Ce fut sans doute pour faire une bonne mort , que le comte de Soissons assigna au monastère de St- Prix , près de St-Quentin , sept vingt-trois muids de vin à prélever chaque année a perpétuité sur ses yignes , par une charte datée de Soissons , l'an 1177.
Ayant la mort du comte^ qui eut lieu Tannée suivante au commencement du mois d'août 1178 , l'évêque Nivelon de Cberisy enleva aux prêtres séculiers la paroisse de St-Waast , et y fonda une collégiale de douze chanoines et quatre chapelains* Le curé de cette paroisse , nommé par le Chapitre de la cathédrale , était le second des douze curés-cardinaux : le Chapitre fut dédommagé par les dîmes de Nanteuil et de Chelles ; le doyen du nouveau prieuré hérita du titre de curé-cardinal , à charge d'assister tous les dimanches à la procession de la Mère-Eglise. Le prieuré de St- Waast devint bientôt florissant , grâce aux bienfaits de dame Helvide de St-Aubin , des sires Gobert de Cherisy , Pierre Tristan de Pacy , Ancoul de Cramailles, Giron de Septmonts et autres chefs delà noblesse soissonnaise. Louis-le- Jeune joignit ses aumônes à celles de ces seigneurs et donna aux chanoines de St-Waast, par une charte datée de
SenliSf Tan 1111^ pour le remède de son âme $t d^ son fils Philippe^ deux muids de vin eit de froineBl à prendre tous les ans dans son grenier et son cel-* lier, à la fête de St-Remy« L'ëvéque de Soissons établit un autre monastère dans une cure des faubourgs, qui étaient bien diminués du côté de Guffies : la paroisse de St-Etienne , dont le desservant avait le rang de curé-cardinal , devint une abbaye de Tordre de St- Victor de Paris et reçut d'abord quelques chanoines de ce monastère ; le nombre s'en accrut à proportion des revenus de cette fondation^ que plusieurs historiens rapportent à Hugues de Champfleury*.
Conon ou Conrad, fils de Raoul II de Nesle, châtelain de Eruges , qui était mort long-temps avant son frère Ives de Nesle , avait été associé au comté par son oncle, puisqiVil prenait le titre de co-héri-tier dans tous les actes que le comte lui faisait ratifier. Conon ne s'occupait qu'à combler de bienfaits les prêtres et les abbayes, avec l'agrément de sa femme, Agathe de Pierrefonds^ dernière descendante de cette grande maison qui avait fourni deux évéquesau diocèse soissonnais. Dès l'année IXll^
' Hist, de Vabb, Si -Jean -des -Vignes , par de Louen. Hist. dêê G. et de la F., t. xr, p. 662 et 858. Hist de i'abb. StCrépin-le-Grand^yarJean'HjéUe^ MSS. Melch. RegnauU, p. 106, 107 et preuv. Dorinay, t. n, p. 122 et 134. Cabaret, MSS. « iiro, bûnœ memoriœ , iniroitu mensis AugusH , seeu' lo migravit. » dit la Chron. de Gilbert de Morts. Ives de Ncsle mourut en 1178 et non pas 1177 , comme on le voit dans Dormay , dans VHist, gêné, des Gr, e^o.y dans Coliieftte,etc. Muldrac, dans la Chronique de Longpont , cite une charte de 1178 où Conon ne prend pas d'autre titre que celui de seigneur de Pie^refonds.
à Isi prière de son oncle ^ le eomte Ives, il avait reçu en tutelle et protection toutes les concessions fiaites à Tabbaye de Longpont , principalement les granges de Valberon et de Gorges; en 1175, il ajouta le don de plusieurs champs à ces granges; en 1178, il confirma les donations faites à la même abbaye par Dreux de Vic-sur-Âisne. Conon et sa femme, qui est appelée dans les chartes compagne légitime de son lit^ firent encore d'autres aumônes aux monastères de Valsery et d'Orcamp ; de Vaucelles en Cambraisis, etc. Us confirmèrent aussi les privilèges de St-Léger, du vivant d'Ives de Nesle *•
Cependant Conon , malgré cette pieuse prodigalité , ne se montra guère reconnaissant pour la mémoire de son oncle ; car il fit plusieurs dommages et détrimens à la comtesse Yolande sur son douaire, qu'il devait posséder de moitié avec elle. L'intervention du comte de Hainaut , Baudouin V ^ ne réussit pas à foire reconnaître tous les droits de sa sœur , qui ne resta pas long-temps veuve et qui épousa Hugues , comte de St-Paul : elle eut deux filles de ce second mariage et vivait encore en 1202».
Le comte de Soissons n'eut certainement aucune part au secours que les Soissonnais prêtèrent à la Commune deLaon, en 1178. Cette Commune, dont la première érection coûta tant de sang, avait
' Hisi, du Falois^ t. i, p. 360. Chron, abb. Longipont. p. 58 et MitT. Melch.' Regnanlt, p. lOS et 109. ffist. génial, de la maiêon royale de Fr, et des Gr. oMc^t, n, p. 500.
* Dormay, t. 2, p. 124. Chronic. Gislebcrti, dans le t. xiu des Bist. des G. et de la Fr.
ëtë rétablie en 1128, sous Louis-le-Gros. Roger de Rosoy, évéque de Laon, ne pouvant obtenir de Louis-le-Jeune la suppression des chartes de Laon et des communes rurales du diocèse , appela ses parens et ses amis à son aide. Les communiers, de leur côté , convoquèrent leurs alliés , la Commune de SoissonSy celles de Vailly et de Crépy avec les hommes de St-Médard, et se préparèrent à défendre leurs privilèges. Mais cette foule inhabile aux armes ( rusticana multitudo^ dit le chanoine anonyme de Laon), n^ était pas en état de tenir tête en plaine à des chevaliers : aussi le combat qui se donna le premier dimanche du carême , au moulin de St-Martin appelé Comporte , fut-il pour les communiers une sanglante défaite dans laquelle beaucoup furent tués ou noyés , beaucoup , faits prisonniers. On accusa sans doute Févéque de s^étre signalé dans cette boucherie; car les gens des Communes ayant imploré F appui du roi qui se mit en campagne pour les venger, et Févéque demandant protection a Baudouin Y, comte de Hainaut , qui vint aussi avec sept . mille homm.es alarmes et soixante mille hommes de pied (ce nombre doit être très exagéré) à la rencontre de Louis VU, une composition fut signée entre les parties, et Févéque, par Fintercession du comte Baudouin, rentra en grâce auprès du roi, après avoir déclaré, sous le sceau d'un serment solennel , qu'il n'avait ' tué ni blessé personne dans la bataille où il s'était montré avec des armes offensives*.
' Ex chronic. Gislebert. Montens. Ex chron. anonymi
Conon mourut vers Tannée 1181 , sans laisser d^enfont, et sa yeuve, Agathe de Pierrefonds, reprit tous les droits qu'elle avait sur le château de Pierrefonds et ses dépendances, sans conserver le titre de comtesse douairière de Soissons : elle s^inlitula seulement dame de Pierre fonds par légitime succession de ses f progéniteurs , dans les différentes chartes de donation , qui témoignent de sa dévotion particulière à Tégard des monastères de'Yalsery et de Longpont ; elle ne se remaria pas pour mieux s'adonner à la piété , et avec elle s'éteignit Tillustre maison de Pierrefonds , son frère puiné , Tévéque Nivelon , ayant cédé au roi dès Tannée 1181 cette seigneurie dont il était unique héritier, depuis la mort d'un frère aine nommé Gérard qui s'était fait moine à Longpont.
Raoul de Nesle , troisième du nom , qui hérita du comté de Soissons , comme second fils de Raoul II , châtelain de Bruges , et de Gertrude d'Alsace , se rendit si agréable par ses vertus et bonnes nucurs , dit Melchior Regnault, qu'il fut surnommée le Bon. Cependant son avènement semble avoir porté ombrage aux bourgeois de Soissons, qui craignirent pour l'existence de leur Commune et demandèrent des lettres de confirmation au nouveau roi Philippe-Auguste , qui probablement les leur fit payer. Ces lettres sont ainsi con-* çues : « Au nom de la Sainte et indivise Trinité ^ Nous Philippe, par la grâce de Dieu roi des Fran-
Lauduneneîs épiscopi, dans le t. xii[ des Hiat, dus G. et de la Fr, Hisf» du diocèse de Laofij par. N. Lelong, p.- 272.
çaîs. Tous ont su que notre très cher ayeal Louis a octroyé aux bourgeois soissonnais une Commune à établir entre eux, et Ta confirmée par Tautori té de son sceau ; après le décès dUcelui, notre père Louis de bonne mémoire leur a maintenu et gardé cette Commune , et Nous , attaché aux traces de nos pères^ octroyons et confirmons la charte de Commune octroyée par notre dit ayeol , et les coutumes de cette Commune, ainsi que notre père les a tenues. Fait à Soissons, Tan du Verbe incarné 1181. »
La Commune de Soissons était gouvernée par un mayeur assisté de douze jurés et de deux procureurs. Le clergé , sachant bien que les Communiers obéiraient envers et contre tous , aux magis* trats de leur choix, s^ était efforcé d^imposer un frein religieux a» pouvoir du corps municipal^ et d^ enchaîner les maires par un serment annuel : le mayeur, élu annuellement à la fête de St< Jean- Baptiste , jurait , le jour de son élection , dans la salle du Chapitre^ qu^il n^attenterait jamais aux personnes ni aux droits des chanoines et des ecclésiastiques. Ce serment de sûreté (juramentum assecuratioms ) n^ empêcha pas de graves débats entre là Con;iimane et les différentes églises de la ville^ depuis la charte de confirmation^.
PhiUppe-Âuguste , qui donna cette charte à Soissons , était peut-élffe venu rendre visite au-
' Melcb. Regnault , F". 9 deé preuves. Pormay, t. 2i p. 86.
comte Raoul avec leqael il était presque parent d'alliance, le roi ayufit épouse Isabelle de Hainaut, nièce de la veuve du comte Ives de Nesle, et Raoul se trouvant marié à Alix de Hreux , fille de Robert de France , oncle du roi. Raoul , en cette qualité de parent, avait été présent (ad fuit) au mariage de Philippe à Rapaume, en 1180 ; il devait , avant cette époque, avoir déjà pris pour femme Alix , nommée dans les chartes Acdes , Adélaïde» et Aelides^ qui fut mariée en premières noces à Walem de Rreteuîl , <m secondes k Guy de GhâtiI|on et r en troisièmes k Jean de Torote , châtelain de Noyon. Alix de Dreux apporta des enfans de ses trois mariages a son quatrième mari qui devint leur tuteur et qui n^eut d'elle que deux filles , Tune m&riée k Jean de Reaumont-sur-Oise et l'autre au comte de Sancerre. Raoul de Nesie ajoutait au titre de comte de Soissons celui de seigneur de Montjaij a cause de cette terre qu'Alix avait coiiservée de Théritage de son second mari^.
^ Ex anctario aquicintino, t. xifi des Hùt. des G\ ei de la Fr. Hist. génial, de la maison de, Dreux ^ par Andr. Duchcsoe, p. 232 , 241 et 242. Les différentes manières dont le nom de la pi^mière femme de Raoul, est orthographié, avaient induit everreur le savant Dncheane^ qui , dans ses belles Histoires des maisona de. Châtillon et de Montmorency, imagina une Alix, fille de Mathieu I**" de Montmorency et d'Adèle de Savoie , veuve de Louis-le-Gros ; mais éclairé par un passage trèa explicite de la chronique d'Albertc, il se corr%ea lui-même dains Thiétoire de Châtillon , et établit avec certitude les quatre mariages d*Alix on d'Adélaïde de Dreux. Regnault et Dormay adoptèrent cette rectification que ne rend pasmoins vraisemblable la différence d'âge qu'on doit supposer enite le comte et sa femme «laquelle avait en trois filles de son premier mari , trois fils et trois
£n 1182, le comte Raoul et son Frère Jjean de Nesle répondirent a Tappel de Baudouin de Hainaut qui avait a tirer vengeance du duc de Louvaiii et qui les convoqua dans son ost comme ^9es a/nUs et cousins à ses enfcms ; mais le comte Philippe de Flandre , que Baudouin avait voulu entraîner à la guerre comme à lui sujet et allié par serment^ suspendit les hostilités en demandant une irèye, pendant laquelle le comte de Hainaut « fut à un tournoi sans armes, qui ^tait entre Braine et Soissons , la où il attira plusieurs chevaliers et .ëcuyers de toutes parts à so^ aide, tant par prières comme par promesses. •» Cette trêve , par Tintervention de Philippe de Flandre, fut prolongée jusqu'au retour du duc de Louvain partant pour la croisade. On a lieu de croire que révêque,.Nive- Ipn de Cherisy , qui avait publié dans son diocèse une sentence d'excommunication contre les totir* noyeu/rs (torneatores) ^ parce qu'ils empêchaient la croisade, en détournant les esprits de ce but unique, mit sous l'interdit le comté de Soissons avec le côirite Raoul , a cause du tournoi de 1182 , ainsi qu'il avait excommunié déjà, en 1175, Robert de Dreux , comte de Braine , à la suî|:e du premier tournoi célébré entre Braine et Soissons \
filles da second, une fille et deux fiUda troisièine ! Ne vaudrait-il pas mieux présumer que cette Alix de Dreax , a?ec ses onze enfans, ire fnt pas la première femme de Raoul de Nesle, et que celle qui est désignée sous. le nom à^Aaies n^est pas la mémo personne P
' Ex Gisleb. Chronic. Hist. des G, ^t de ïaFr. t. xvu. Hiuêtrat, delà . Gaule Belgique , liv. 18, ch. xxi et xxu.
Nivelon était un esprit bouillant, audacieux, plein de zèle pour FEglise et anime d^une vive foi qui éclate dans ses écrits, de même que dans les actions de sa vie* Il avait été chevalier avant de se Faire prêtre , et il se servait souvent de sa crosse épiscopale comme d'une arme ofiFensive; il fut toute sa vie possédé du désir de défendre les chrétiens d'Orient et de combattre pour la caugedela justice et de la vérité: « Qui donnera de l'eau à ma tête et une source de larmes à mes yeux, écrivaitil en H92 , pour que je pleure , non sur ces meurtriers de mon peuple , mais ^ur le prince des pas-* teurs?... Déjà, ce juge (le pape), à qui Tondit souvent : Tes yeux voient V équité! entre sur la terre (de St-Pierre) par deux voies et boite dans chacune d'elles! » Nivelon alla au concile œcuménique de Latran, en 1179 , avec Bernered, abbé de St- Grépin-le- Grand, qui avait donné des preuves de capacité et de sagesse, dès le temps de Hugues de Champfleury au nom auquel il gouvernait le diocèse de Soissons , en qualité de coadjuteur, Bernered, dont la vertu était connue de la reine et du roi, selon le témoignage de Pierre de la Celle, son contemporain et son ami, et qui avait mérité la vénération du clergé et de la noblesse, eut les honneurs de ce voyagea Rome où il fut
Hist, des G. et delà Fr., t. xti, p. Hi; t. xix, p. 289 et 492. Ces menaces d'excommunication contre ceax qui tourfioteraien/sont rappelées dans une lettre du pape lunoceut III à Nivelon, etTinterdit du comté de Soissons (pro culpa comitis) pendant deux ans, se trouve marqué dans une lettre d*£tiennc, évêque de Tournay.
créé cardinal par Alexandre III : le pape ne lui permit pas de revenir à Soissons avec Nivelon de Cberîsy , et il mourut au Mont-Cassin après avoir été promu a Févéché de Palestrine ; ses reliques , honorées comme celles d'un saint en Italie, firent des miracles, dit-on , et sa mémoire resta tott}04irs chère aux moines de St-Crépin, qui se régalaient à chaque anniversaire de sa mort en mangeant un mets de poisson. Nivelon rentra dans son diocèse, accompagné de Hugues, abbé de St-Jean-des-Yignes, qui Tavait suivi, moins pour assister au concile que pour débattre devant le pape un grave différend élevé entrerévêqueetFabbaye: Févéque prétendait que Fabbé n'avait pas le droit de révoquer à sa volonté les chanoines de St-Jean qui tenaient des bénéfices rt<ra2/^;Fabbé, aucontraire, soutenait que ces bénéfices avaient toujours été amovibles. Etienne, abbé de Ste-Géneviève de Paris, ami deFabbé Hugues, écrivit au pape pour réclamer son intervention dans cette cause qui fut plaidée en sa présence par les deux parties adverses : le pape décida que des prêtres séculiers seraient établis dans les paroisses de.la campagne appartenant à Fabbaye, et que les chanoines vivraient dorénavant renfermés dans leur cloître selon la régie de St-Victor^ Mais le Chapitre de St-Jean-des-Vignes appela de cette décision en déclarant que son abbé avait outrepassé ses pouvoirs, et, par le consentement d'Urbain III, on nomma de nouveaux arbitres qui examinèrent k fond les statuts de Fabbaye et qui cassèrent Farrét des premiers juges , en mainte-
nant les anciennes cojutumes des chanoines , d'à-* près la règle de St-Augustin et non pas diaprés les constitutions de St-Victor ; Nivelon de Cherisy reconnut et publia dans une charte de Fan 1187 la nouvelle sentence , en vertu de laquelle des chanoines réguliers seraient institués a la présentation de Tabbé dans les églises paroissiales de Fabbaye. Nivelon, dans cette longue querelleuse lia d'amitié et d'estime avec Etienne', abbé de Ste-Géneviève, depuis évéque de Tournay , qui Tavait pourtant desservi auprès du pape , en l'accusant de soutenir la révolte. Le célèbre Pierre le Chantre, dit le Vénérable, qui se fit moine à Longpont où il fut enterré {egregius ca/ntor , parisiense decus) , était un des arbitres choisis par l'évéque de Soissons*.
Nivelon avait une si haute réputation d'intégrité, que souvent on le choisissait lui-même pour arbitre : en 1177, ilmit d'accord les moines de Nogent et de St-Michel enThierrache; en 1178, il termina devant le comte de Soissons (Conon) une contes* tation di| monastère de Longpont avec Jean de Roye, et, en 1170, un autre démêlé du même couvent avec les chanoines de St-Léger ; ces deux jugemens rendus par l'évéqAe en présence du comte (coram)^ semblent indiquer qu'ils eurent lieu dans la cour de justice de ce dernier. En 1188, Nivelon approuva une auniône de deux maisons , situées au faubourg St-Waast, lesquelles furent données piei^-
* Hisi. des G. et de la Fr,, t. xix, p. 293. Gallia Christiana, t. ix. Hiit. de St-Crépin, MSS. Dorniay, t. ii, p. 139 «t«iiiv., 167 et 8uiv. Les deux hisloires de St-Jeaa-dcs- Vigueê.
sentent etlouablement par Christophe , chanoine de St-Waâst , Odeline de Bucy sa sœur et Colard , fils de cette dame, pour faire un hôpital où les pauvres seraient reçus ^ et ce, dans Fespoir d'obtenir rémission de leurs pèches. Cette donation fut confirmée par plusieurs bulles d'évéques et de papes : les âmes charitables suivirent Pexemple des fondateurs, et rhôpital s' enrichit peu à peu en biens meubles et inuneubles. Parmi les bienfaiteurs , il faut citer Jean de Tlsle et Agnès sa femme, qui se vouèrent au service des pauvres de cet hôpital (en 1233), après s'être dépouillés de tout à son profit. En 1189, Nivelon fonda lui-même dix prébendes dansTéglise de Notre-Dame-des- Vignes, et, comme le revenu de la paroisse n'était pas suffisant pour l'entretien des chanoines , il leur donna les dîmes de Vésaponin, Rhuys etTannières: le doyenr qui représentait l'ancien curé en qualité de premier des douze curés-cardinaux , était élu par les chanoines , et ceux-ci étaient tous à la nomination du trésorier de la cathédrale, parceque Geoffroy, neveu de Nivelon, se trouvant alors, comme trésorier, en possession des revenus de Notre-Dame- des- Vignes, les abandonna et se résArva la collation des prébendes. II. y eut quelques disputes entre le doyen et les chanoines, au sujet du casuel de la paroisse: ces chanoines, dit-on, dépendaient de l'évéque pour tout ce qui concernait leurs devoirs ecclésiastiques , et du Chapitre de St-Gervais pour les mœurs^.
* Gallia Christiana, t. ix , p. 363. Do'rmay, t. ir, p. 149 et 8uiY. Mcl RegnauU, P. 16 des preuv. Cabaret, MSS.
DE SOfSSOliS. 55
Dans ce temps là, te comté de Soissons, qai était un des principaux barons de France, devait résider moins souvent en sa comté ^ puisqu^il se montre auprès du roi dans toutes les circonstances oii le bernage (baronage) du royaume se réunissait en parlement soit à Paris, soit ailleurs. Ces parlemens ambulatoires , qui se tenaient quatre fois par an et qui se composaient des prélats , barons et cheva> liers formés en cour^ du roi , furent Forigine de l'institution d'un parlement sédentaire pour administrer la justice et seconder le pouvoir royal. Au mois de février dje Tannée 1 188 , le comte Raoul assista au parlement des rois de France et d^Ângleterre, entre Trie et Gisors : a peine commençaiton à discuter les prétentions des deux rois sur le Yexin, que le cardinal d'Âlbano, légat du pape Grégoire VIII, et Guillaume, archevêque deTyr, accompagnés d'un cortège de prêtres et de templiers se présentèrent dans l'assemblée; on fit silence autour d'eux, et l'archevêque de Tyr raconta les derniers malheurs des Chrétiens de la Palestine , la prise^^de Jérusalem par le sultan Salah-Eddin. Cet éloquent récit réveilla , chez tous les assistans , le sentiment d'indignation qu'avaient fait naître en Europe les triomphes des Infid^es , et aussitôt après la lecture d'une lettre touchante dé Grégoire VIII , au cri unanime de la Croiœ ! la Croix l (( li dui rois se'croisièrent par divine inspi ration, si comme l'on caida, por délivrer la terre de promission, des mains des Sarrasins, dont tuit cil qui là élaient assemblés se merv cillèrent moult de
Geste chose : car celle croisièpe fat faite contre IVpinion de toz ceus qui là étaient, mais elle fui faite aussi comme par miracle et parla force dou Saint-Esprit, qui es[Hre là où il veut, d Le comte de Soissons se croisa comme les autres avec ses amis et Toisins les comtes de Flandre , de Champagne, de Dreux, de Beaumont, de Clermont, etc» Au mois de mars suivant, le comte Raoul ne manqua point à un second /^or/em^n^, pour lequel Philippe-Auguste fit assembler toz les prélats de son règne en la cité de Paris , et toz les princes et ba^ rons. Ce fut dans cette assemblée solennelle que les prélats accordèrent au roi , pour les frais de Texpédition d^ outre-mer, la dixme partie des biens de Sainte-Eglise^ d'une année seulement', cildixiè-^ me^ qui là fut octroyé^ fut appelé lesDixmes Salehadin. Les couvéns de l'ordre de Citeaux , de Tordre de Fontevrault et des Chartreux , ainsi que les léproseries, obtinrent seuls d'être exemptés delà dime , qu'on étendit à tout clerc ou laïque qui ne prendrait pas la croix ; au contraire , ceux qui la prenaient furent autorisés à ne plus payer les t<#ure^ (intérêts) de leurs dettes aux Juifs ou aux Chrétiens, dès celle heure qu'ils orent les croiw prises^ et le paiement de ces dettes fut renvoyé au retour delà croisade \
La dime salacjiine trouva beaucoup de mécon-
' Hist. de G. et de la Fr., t. xvii, p. 3B6 el 367. Lef Chroniques de St-Denis ne sont que la traduction abrégée de ^histoire dePhilippe->AugU8te par Bîgord. //m^ de France, par Henri Martin, 1834, t. iv, p. 20& etsuiv.
f eds et de rebeUes dans le Soissonnais comme dans les antres provinces^ la perception ne s^en fit pas sans difficulté et sans arbitraire ; car les seigneurs suzerains ayant le droit d^imposer à leur gré les Communes de leur justice^ et les évéques pouvant seuls mettre la main sur les biens ecclésiastiques , bien des abus d^ autorité , bien des tyrannies occultes , bien des exactions odieuses signalèrent la levée de cet impôt que le clergé supporta moins patiemment que le peuple. On peut supposer que les évéques ne se montrèrent pas aussi rigoureux que les seigneurs laïques, et nombre de maisons religieuses, en dépit de Texcommunication portée contre ceux qui n^acquitteraient pas la dime , en furent exemptées par faveur spéciale ; car les évéques , leâ plus chauds partisans de la croisade , se plaignaient de voir les fils de V Eglise payer les tributs et les dîmes comme des étranger s. lEtiemie^ abbé de Ste-Géneviève de Paris, qui se prononçait hautement contre ces taxes nouvelles et indues, écrivit a son ami l'évéque de Soissons , pour le prier d'avoir égard à la pauvreté des chanoines de St- Waast, de la Ferté-Milon, lesquels n'étaient pas en état de rien jeter dans le gouffre du fisc ^.
Les préparatifs de la croisière durèrent plus de deux ans , pendant lesquels Richard-Cœur-de- Lion, qui s'était croisé avec Philippe- Auguste , succéda, sur le trône d'Angleterre, à son père Henri II. Le comte Raoul se disposait à entreprendre le saint
' Hist des G. et de la Fr., t. xvn, p. 25 et t. xtx, p. 289.
58 HISTOIKE
voyage en fréquentani les églises et en leur faisant du bien. Le monastère de Longpont , auquel il avait déjà concédé , en 1185 , du consentement et à la louange de sa femme AaleSy le sesters^e (droit prélevé parle seigneur sur chaque septier de blé ou de grains) de soixante muids d^ayoine ou de légumes, reçut encore d^autres bienfaits dans la visite que le comte y alla faire en 1100 , peu de temps avant son départ: en présence de la communauté réunie dans la salle du Chapitre , il donna au couvent'une vigne qvConSi^pelait Peteicse^Petosa)^ à condition que trois muids de vin seraient réservés chaque année pour Tusage des messes , et il se désista en même^temps d^une rente de dix-huit deniers que lui devaient les moines comme censitair res de la Tour des Comtes. La comtesse Alix et ses deux filles ratifièrent cette donation. Baoulde Nesle ne fut pas moins généreux envers Pabbaye Notre-Dame ,. à laquelle il avait précédemment ( ea 1184) accordé la permission de faire passer des égouts sous les rues de la ville jusqu^à la rivière d^Âisne: au moment de son départ pour Jérusalem,. (inprccinctu itineris) il donna au couvent six besans d'or à prendre tous les ans à la fête de St- Remy (sans doute surses revenus), tant que les Juifs habiteront Soissons. Cet acte , . muni du sceau du comte et du sceau de noble dame son épouse Alix , louant et approuvant avec ses deux filles la donation, prouve que le comte Raoul n'avait pas suivi a Fa lettre, dans son comté, l'ordonnance de Philippe-Auguste , contre les Juifs bannis de France ,
en 1182. Les Juih de Soissons ayaient leur synagogue dans la Grande-Rue, vis-à-vis de laHure^ âan% un lieu qu^on nommait encore le Sabbat des Juifs au XVII* siècle, etleur Boite ou Change était situe'e près de Téglise ' de St-Quenlin , dans une maison qui s^appela long-temps Videbourse après leur expulsion ^
Enfin , le comte de Soissons partit , en laissant probablement son comté et sa Tour sous la garde de son frère, Jean de Nesle, tuteur naturel des deux filles, Comtesse etAliénor, nées du mariage de Raoul avec Alix de Dreux'. Raoul faisait sans
' Chronic, abbiU, Longip,, p. 77 et S3. Histoire du b, Jean seigneur de Monimirel , par le père Jean-Baptiste de Maehaut, 1641, în-8., p. 522. Melc. Beg^nault , p. 111 et 112, et f* 15 des preuv.
* On peut même croire gne Raoul de Nesle , n^espérant pas avoir d'enfant mâle , arait pHs des mesures pour que son comté passât, après lai , dans * les mains de son frère Jean , qui s'intitulait aussi comte de Soissons ; car le père Hélie , dans son Histoire manuscrite de Tabbaye de St- Grépin-le-Grand , assure qu'en l'année 1200 , Jean,* fils du comte , lequel portait aussi la qualité de comte de Soisêonsy ûi plusieurs donations à cette abbaye. Or, Jean qui fut comte après son père, n'était pas né en 1200 , puisque la première femme do RaouI n'était pas encore mo^te en 1204 (il y a d'elle une charte datée de cette année là dans les preuves de YHist, généal, de la ntaison de Dreux ^ par Duchesne, p. 24.2) et puisque ce Jean eut pour mère Yolande de Joinville , seconde femme de Raoul. Ce n'est donc pas le fils, mais le frère de Raoul de Nesle , qui s'intitulait comte de Soissons en 1200 , suivant l'historien de StCrépin. On doit s'étonner en outre , que presque toutes les généalogies donnent pour fille aînée à Raoul et à sa première femme Alix , une Gertrude , mariée avant 1196 à Mathieu de Montmorency , tandis que la donation faite par le comte à l'abbaye de Longpont^ en 1190, ne cite que ses deux filles ComiHssa et Aanor, Duchesne . qui a imaginé de rattacher à la mai8C)n de Nesle cette Gerirudo
doate partie de la grande compagnie qui accompagna le roi allant prendre F oriflamme dans Tabbaye de St-Deiiis , le 24 juin 1100: il passa en Sicile avec Philippe-Auguste et n'arriva qu'au printemps suivant sous les murs de St-Jean-d'Acre , assiégé depuis deux ans par les Chrétiens. Sa ban- , nière , aux armes de Soissons qui étaient d'or au lion de gueulas, et ses pennons, aux armes de Nesie , qui étaient de gueules a la panthère d'argent, flot- , taient dans le camp des croisés parmi les étendards , des rois, des princes et des grands seigneurs de la j chrétienté ; car les armoiries , imaginées pour dis- , tinguer les nobles entre eux et rappeler leurs hauts faits, leurs titres et leurs rangs , commençaient à y fonder la science héraldique qui s'égara d'abord { au milieu de ces pavillons venus de tous les pays du ^ monde chrétien. La capitulation de St-Jean- y d'Acre, qui fut signée le 3 juillet , sembla l'unique ^ but que s'était proposé le roi de France dans cette , lointaine expédition ; car il n'attendit pas même , que Salah-Eddin eût payé les deux cent mille be- , sans d'or demandés pour la rançon des prisonniers , musulmans, et il se rembarqua , en laissant ses ba- |
rons sous le commandement du duc de Bourgogne. La guerre et l'épidémie décimèrent , dans l'espace de quatorze mois, cette brillante armée , qui n'était presque composée que de gentilshommes ba-
dont il n^avait point trouvé le surnom^ en fit une sœur de Raoul, comte de Soissons , sans aucune espèce de preuve jii de probabilité. Il faut donc établir que cette Gertrude de Nesle n^a jamais existé, du moins qu'elle n'était pas fiHe de Raoul.
vheliers et bannerets ; les principaux cheb étaient morts : il fallut accepter y des ennemis de Jésus- Christ , une trêve de trois ans, trois mois et trois jours, après laquelle ce qui restait de la croisade se dispersa tristement. Raoul de Nesle , qui avait vu succomber, aux atteintes des maladies , ses amis et ses compagnons d^armes les comtes de Flandre , de Clermont et de Sancerre , les sires de Montmorency, d*Avesnes et de Coucy, eut le bonbeur de revoir son comté , où il était de retour en 1197, puisque, dans le cours de cette année 1^ , il donna, de concert avec sa femme Alix , à Tabbaye de St-Crépin-le-Grand le droit de foûé ( fouage sans doute), certain revenu qui se levait sur le bois et le eharbon entrant à Soissons^. Raoul de Nesle avait retrouvé probablement devant St-Jean-d'Acre plusieurs cbevaliers de son nom et de sa famille, issus de quelque bâtard doives de Nesle , lesquels s'étaient établk en Syrie et formaient le lignage de Soissons-d^Outremer , branche illustre dans la noMesse française d'Orient , et alliée successivement aux maisons de Barut (Beirout; Fancienne Bery the), de Letor et de Mongisard : le premier auteur de cette branche de Soissons-d Outremer, parait avoir été Renauld , qui fut maréchal du royaume de Chypre, en 1210, et qui épousa Julienne, princesse deCésarée\
' Hisi. de France^2iv Henri Martin, t. iv, p. 225 et8ai?. HUt. dêVahb. deSt-Crépin. MSS.
' Dunnay, t. ii, p. 190. Le pèro Labbe et le savant Ducange, qui rapportent !a généalogie des SoiMOus-d^Oiitrcmer, n^ont rien découvert sur leur origine. Ducange , qaoi-
Pendant Tabsence de Raoul , la ville de Soissons fut troublée par une querelle de la Commune avec Tabbaye Notre-Dame. La Commune gardait rancune au monastère que Philippe - Auguste avait exempté de fournir des gens de guerre, malgré les réclamations du mayeur et des jurés : il arriva que les bourgeois refusèrent de payer, en 1100, le cens d^une terre appartenant à Fabbaye^ et, comme Tabbesse, Helvide de Cherisy , nièce de Févéque Nivelon, exigeait cette redevance , ils cernèrent le couvent et empêchèrent qu^on y portât des vivres. Les religieuses furent obUgées de se réfugier à la campagne pour ne pas mourir de faim. L^abbesse
adressa de vives plaintes a la mère du roi et régente du royaume, Adèle de Champagne ; celle-ci, indignée de Faudace des communiers , se préparait à les punir, lorsqu^on en vint a un accommodement qui évita toutes représailles. Un autre di£Férendj qui ne fut pacifié qu^au retour du comte , avait mis en feu toutes les petites passions des chanoines de la cathédrale et des moines de F abbaye St- Crépin-le-Grand : les premiers voulaient défendre aux seconds de sonner leurs cloches le samedi-saint^ avant que celtes de la cathédrale eussent été sonnées ; cette contestation , qui reposait sur un motif
qaUl connût bien tout ce quia rapport aux établifiseniens deé Français en Orient , suppose que BeoAuld de Soisnonsd'Outremer était fils de Ranul de Nesie ; mais on ne voit nulle part que Raoul ait eu un fils de son premier mariage, et d'ailleurs , si ce Renauld de Soissons avait eu quelques droits sur le comté dont il portait le nom , il ne les eût pas abandonnés pour ^onder une maison nouvelle dans le royaume de Chypre.
si léger, s^eavenima au point que les parties en référèrent au pape, et une bulle de Clément III pennit a Pabbaye de disposer de $es cloches , sans attendre le bon plaisir du Chapitre de St-Gervais ; en outre^ cette bulle menaçait de la colère de Dieu et de rindignation des bienheureux apôtres St- Pierre et St-Paul, quiconque oserait mettre en interdit cette abbaye , ce qui fait supposer que les chanoines de la cathédrale avaient essayé de vaincre la résistance des moines en lançant Tinterdit sur leur église*.
Le comte et Tévéque de Soissons , quoique leur intervention ne suffit pas toujours dans ces débats de préséance ecclésiastique et de pouvoir communal^ étaient alors tellement considérés à la cour de France , que Philippe- Auguste les faisait participer àsesactes politiques : en 1198,ce fut lamaindans la nain de Nivelon, que le roi des Romains , Philippe de Souabe , jura d'observer de bonne foi les clauses de la confédération qu'il avait conclue avec le roi de France contre son compétiteur Othon et contre Richard d'Angleterre ; ce traité , que Nivelon avait été faire ratifier a Worms , eut encore pour garans les barons du Saint-Empire , un archevêque etunévéque, quilejurèrentaussi^danslaméme con-
' Hist. de Vahh. de Notre-Dame, p. 156 et 160. Hist de rahb. de Si-Crèpin^ MSS. La dispute entre Tabbayo et la cathédrale n'avait pas conimencé à propos de cloches; «nais, comme le jour de la fête de St Crépin , le Chapitre allait chanter les premières vêpres et la gprand'messo à Tabbaye, les moines voulurent occuper la droite au chœur: une convention faite en 1196 leur assig^nal^g^auche. MSS. de Cabaret.
férence. En 1200, c^'fiit Raoul de Ne&le que Philippe-Auguste choiëit pout' éti^ un des témoins de rhomiKiag^ féodal ^iie BlâticKe * de Navarre, veuve de TbH^aaM'ilI, eomie deChampâigne, dcTSlit rendre du roi en^èltUtif sous lir gstrde de ce suzerain le colrïOéiei'ttiiedUtët^eUe'àiruii de son mari défunt, bes bavons, plè^9Bfâertftt axicojtà qu'ils jurèrent avec le roi , s^eng^geaient persomiellement à ce que cette fille fût élevée à la cour sans niau^ vaise intention^ et mariée à Fâge de douze ans avec leur consentement joint à celui desamère. Le roi, dans le cas où la comtesse serait grosse d'im fils posthume , s'engageait à reconnaître ce fils comme héritier de Thibauld TII , sous la {^^arantie des mêmes harons au nombre de dix-sept , entre lesquels Raoul de Nesle était nommé le quatorzième avant Mathieu de Montmorency *
Ce comte Thibauld de CLampagne , qui mourut à yingt-trois ans , en 1200 , avait été le principsd instigateur d'une croisade que la mort ne lui permit pas de conduire à Jérusalem. Au printemps de Tannée 1100^ Foulques de Neuilly , ce nouveau Pierre l'Hermite qui parcourait la France en appelant les Chrétiens a la délivrance* du Saint-Sépulcre, apparut dans un tournoi que le comte de Champa-
' Higt. d98 Cet de la F, y t. xvîi, p. 49. Hisi, de la maietmde Moni/norency , par Dochesne, p. 72 despreaves. On «ura idée des inexactitades qui déparent les meilleurs livres d'iûstoire, en remarquant que Tadmirable chef-d^œuvre des Bénédictins, VArt de vérifier les Dates ^ ne fait aucune mention de cette fille de 'Thibauld III , comte de Champagne, qui eut pour fils posthume Thibauld IV, dit le Grand.
gne ^yait oa:^eJçb à E<;cy ou A.ys^ia-ia'yiUe , «yr la rivière d'Âi^ef.]|pnJioù^4e Clu^^tt-^occien : Ifis , comtes.de; jChfi^p^gne.G^ de Blois.pirirent la cçqûc; etayeç.e«vx,«^ cr,<ii^èir^ dffi .nfult ka^ ( djÇHX ^çs
^enauld^f MpJSl^rJ>||r,L'.^ttousiasaw^Rç V» pr^^
l»y'fi^«:'*»i8fftjW*i»api4ei»fint l«s nPWea lW«we» de i^^agp^^^ ^\. d« Flwdrç,: Jean de ^.e«le, .eh^t*- Iâij;i.deBr«g^„fr^ç^J^coiiî*e d^^aï^S^^, f^A H» d!^re^^ç»ç 4j9HiyrftÇiaÇ,^^qWf)le^ 9|>,d'afttrfl».ich^v*ljiers,/iH{pûïft^.,j5î^le, j»j«-àreiit ^e £aijrie.un ;p«Uçinage g^^e4ft^p•p^e4^i•e5.av^^^ fa^t;,W #*«»<?«,
.de, Mpi»jtm^g9cy, -G^y, içlwteiam 4^ .ÇQ««yy «t b^afiçaif|>,-de;>7{^Af>!'><>nfffir(E)^t vœi», d« con^ba(tre les Ii^^èlciç. Iiia..moFt'dti çom^e T!}vifA^f)4iM .SïP5t(Hil ripj^it ^»e },e pape Lanoc^t;, {11.1)0^ 8»r
dessein 'Ji^i(ASP^\*XO*f,\i J*»t 4«',sîtmp?n|iws,4ws
içS<^»9ÉPflftai§f, ,. . , ,.,
PMiflpMftgM^e Msitéppusé, efii 1193, If^f^- Wgp, É^.i49;)C»i»>it yi, roi dejD«aepi.sff«k > et
.pr^t^tie . de 794(^/^ef , q^e TbijApire n'ii., Captais bien appréciés. Depuis, le divorce avait, çjté pro- ^(Sa<>é.pqr W ^ipflijÇ^Uabule d' é.têqOîÇS , pf ^ rffÂ^^ait
tinùpolis heîgicus , 1638; cité par M. Capcfiguc dao» l Hist, d^^^l^a^ugMJf^.9mlQ9iiït^tXo^BUi^wnt pas toujours exactes.
cru pouvoir stt remarier avec Marie ou Agnès de Merante, pendant qu'Jn^çlborge gémissait et priait dans lin couveht voisin, àe .Tpùrnay. Innocent III entendit les plaintes de cette épouse outragée ; il envoya en France, auipbis Ae décembre de Pannée 1199, un légat qui prononça sentence d'interdit contre le roi et son royaume , dans un concile général de touê les prélats , d' a/tckétéques , d'éviques, d'abbés et de prieurs conventtumx. La sentence fût publiée vingt jours après et misé a'exëcution. ce Li roi , courroucé de cette chose , bouta hors de leurs sièges tos les prélats de son coyaumè, pour ce qu'ils s'étaient consentis à l'interdit ; à leurs chanoines et b leurs clercs tollit tos leurs biens, et Commanda qu'ils fussent tuitchasses.de sa terre. .1»; les prêtres ihéihe qui manaient (demeui^âîent} aux paroisses fit-il bouter hors et les fit dépouiller de tos leurs biens : ainsi troubla tote la France , ché*valiers , borgeois et paysans ; il tierça les chevaliers et leurs hommes etteur toUit à force la tierce partie de tos leurs biens , et leva de ses borgeois tailles et exactions plus grands qu!ils ne pouvaient
souffrir. » Le courroux du ror excoi!hmunié s'étendit sans doute au comté de Soissons , comme
l'interdit s'était .étendu b toutes les églises du
royaume*.
Durant cet interdit qui affîgeait lès émes pièûl^e's, Soissons retentit d'un miracle qui dut consoler le peuple privé des offices divins. Le prieur de
* Chroniques de Si-Denis, Hisi, de Fronce ,"par-H. Martin,
t. IV.
St-Jean-des-Vignes et troîs de ses clianomes , gens
lèrent ;énièi^feu^^^ montagne prochaine où il y avàii; eu auVretois un erxnite. X|9f dans celieude'sert, us ctântèrentles vêpres, et, après avoir fait un frugal repas avec du pain et de l'eau , ils se couchèrent par terre afin de reposer un peu ; la nuit, ils se relevèrent pour chanter les matines ; mais , au. moment où le prieur finissait seul la neuvième leçon , tout-à-coup un chœur d'anges entonna le répons Félix namque es sacra Virgo , et la nuit , quatre de ces esprits célestes repétèrent le vefset Gloria patri^ que reprenait une multitude innombrable de voix ângéliques. Les auditeurs de ces divins concerts versaient des larmes de joie et mêlaient leurs prier es à cette inefiFable harmonie, en mémoire de Faquelle les quatre plus vieux, chanoines, revêtus de leurs cappes et debout devant les degrës de Tautel , chantaient ce répons tous les ans à la Notre-Dame d'août. L'interdit ne fut levé que plusieurs semaines après ce miracle , dans un concile tenu le 7 septembre à Nesle en Verm^ndois , où Philippe-Auguste promit de recevoir en reine In|felborge qu'il avait enferme'e dans le château d'Etampes. Un autre concile fut indict a Soissons pour le mois de mars suivant, afinde terminer cette grave afiFaire de divorce, et, dans l'intervalle de ces deux conciles , Agnès de M éranie mourut au couvent de Pobsy*.
^Bonum univeraale de u4pibua, Thonià Canlipratensi.-ffw^
L^évé(][Ue de Soissops , qui s^ était opposé d^abord presque seul 'a Tinterdit daos Fasseniblée synodale de&évéquesdeFra^Qe^ avait été choisi par lô roi pour plaider s^ q wae ailprès d^Iimocent III : Nivelon se.rendit)i<^^m<e^jea 1198, avec Tévêque de Noy on , pour 'suspièddiie les foudres apostoliques, et, quand eUes furent lancées^ il ne discoiatinua pas son rôle 4e médiateur, en 6'a,ppuyant sur réstime que lui portaient x^ement le roi et le pape. Lorsque, par ses conseils, Philippe'^ Auguste eut déclare qu^il sesoumeltr^t à Tautorité du Saint- Siège, Nivelon obtint du légat que TEglise de France cesserait d^étre mttiette : on recommença la célébration des offices divins , et Ja liesse du peuple fut aussi grande qçii.e. L^ avait été sa 4Q9l^ur pendant leur interrruption. Les.évequie^de Noyon et de Soissons, à qui le roi confiait ^çes ifitéréts dans cette lutte de son autorité avec-deUe du pape , se firent sans doute un hopneur djç do^aer, chacun dans son diocèse , ^assignation a un concile. Au milieu du mois de mars^ le légat Octavien,
ahbai. S.Joann, Petro Gristo-. Legris, etsoQ traducteui*, Ch. de Louen , rapportent naturellement ce miracle à Tinterdit Ju divqrpede Philippe Augunte. Dormay, t. n,.p. 226 , s'efforce envain de prouver que Tinterdit dont parLeThomas de Gantimpré, e8t celai de 1234' :' selon Dormait Thoma^^', qui dit pourtant expressénnent : Vidi SuesHonem cwitafein in Galliâ excommunicatione ^uhj acuisse diuiiiké^JV'Q ^zmii né qa'en 1202 ; mais on sait que ce moine avait suivi Richard Gœar-^Ç'Lion en Palestine, et, vraisemblablement, il se trouvait à Soissons pour la nouvelle. croisade , pondani Tinterdit : au reste , cet interdit dura long-temps , ^ui^ moia^ et celui de 1234 n^eut pas une assez longue durée ^ pour que le chroniqueur lui appliquât ce mot diutiiiê.
DE soissons. 0J9
lesarcheTéques et le^ëréques, suivis d*une foule immense de olevffé* ôli de peuple , arrivent à Soissons; Pkîbppe^^Aûguilie et ses garons y viennent msaîi La Min6 Ingeibor^fé attendait soft sort depuis i^itsieurS'inob dansFèlbbaye Notre-Dame, ou Tabbess^y Helvidedé GkcrKsy, et les religieuses, édifiées de ses vertus , tVncourag^eaient et priaient avec elle po« le âUceès dé sa cause. On se rassembla sans doute dans la cathédrale, selon Tusage des conciles. Les envoyés du roi de Danemarck , frère d'Ingelborge , se présentent devant Philippe-Auguste : ce sont des évêques et de discrets personnages ; ils demandent la libellé de parler pour la reine, sans crainte d'être retenus contre le droit des gens : alors ils parlent et ils déclarent qu'ils tiennent pour suspefcts lès juges de ce concile , et qu'ils en appellent au pape en personne. Le légat Octavicn ne veut pàà se prononcer sur cet appel avant la venue du second légat , Jean, cardinal de, St-Paul. Celui-ci fait s6ii entrée dans la ville trois
jotft's après ; il est conduit en poiiipe au concile ; on lui ofiPre des présens qu'il refuse ; le concile se reunit de nouveau : le roi y parait entouré d'avocats ; la reine s'y rend seule , sans autre défenseur que Dieti. Le roi dit à haute voix qu il prétend Biaintenir son divorce fondé sur des motifs de parenté : personne n'ose élever la voix en faveur de la reine. Soudain un pauvre clerc inconnu se lève , et, avec licence du roi et des cardinaux , éclaircît la cause de la reine si éloqucmment , que tous les assistans sont frappés d'admiration. On dit que ce
clerc n^avait jamais été \u à Soissons , et disparut ensuite , comme mi être surnaturel. Philippe-Auguste ne . crut pas devoir .rester plus long-temps en jugçinent» et, pjendaat <|)^^)e concile délibérait, il fit mop^ter la reipe e^c^rçtupe. derrière lui et Femmena ajnsi . ji^qq^à Çtapipes. oii il la garda prisonnière au lieu de la remettre sur le trône. Xe concile de Soissons se sépara donc sans riçn conclure*.
Cependant la croisade, dontrévéque de. Soissons était un des chefs , recrutait sans cesse de nouveaux combattans : Baudouin YI , comte de Flandre et de Hainaut, avait pris la croix , et les seigneurs ses vassaux Timitèrent à Tenvi. Avant la mort^de Thibauld de Chaipapagne , les croisés eu-, rent un parlement à Soissçois par savoir qiujmd. ils voldraient mouvoir eCquelle part ils voldraient torner. A celle fois ne se p%Mr£nt^ accorder^ pource qu'il lor sembla, qu'ils n'avaient mie (pas) encore as^ sez gens crçisiés. Dans un autre parlement tenu à Compiègne.,. on convint d'envoyer des messages au duc àe, Venise , pour aviser au moyen de
' ffist. des G. et de la Fr. t. xix , p. 366 et 39. « Illad enim silentium juste « misericorditer et discrète , ab ipso legato , imô à Tobis per ipsum , solatam est » écrit r^iyelon au pape. Quelques historiens veulent que le premier concile relatif au divorce ait été tenu à St-Léger en Iveline , entre Paris et Étampes ; mais les auteurs deVAr£ de vérifier les dates ont adopté le texte de la chronique de Qoveden , dans laquelle on trouve Nigellense condlium, ce qui est plus probable, révêque de Noyon étant un des avocats du roi auprès des légats du pape. Hist, des G. et de la Fr. t. xvii. RogeriJe Hovedcn, annales; t. xviir, ex annal, aquicinctensis roonasterii; ex.andrensis monasterii chrouico.
transporter par mer lés croisés en Palestioc» Ville , hardouin, maréchal de'Ghampagnel^^'qiii se trouvait à la tête de cette lambËsssadis , Mviïit en France pour recueillir les derAiirsf sôUpit^ dé^sùn suzerain', après avoir réussi dattl^' M mis^ibh' èé's^'étte s^ssuré * d'ime flotte, moyea^nâfht'^értiefefeide quatre-vinjt dhqniille besans d'oryGçftitfeh'Vaîn qu'on oi^rit le commandement de J^expéditioii au duc de Bourgogne et au comte de Bar ; ils refusèrent, et, dans un parlement qui ent lieu à Sdissons, au printemps de l'an 1201 , en présence des comtes de Flandre, deBlois , du Perche,* de St-Paul et maint autre protuT homme ^ on se décida^ par le. conseil de Villehardouin , à donner la seigneurie de Vost au marquis de Montferat. Le marquis accepta cette haute responsabilité et accourut à Tappel des barons : . tt Ainsi -yint à un parl^mient à Soissons, qui nommé fiit (assigné), et illec fut! grand foison des comtes et des barons et des croisiés. Gomme ils oïrent que limarchis (marquis) Tenait ,- si allèrent à rencontre lui , si l'honorèrent mult. Al matin , si fut le parlement en un vergier , à l'abbaye Madame Ste- Marie de Soissons ; en qui requirent le ntmrchis qu'ils avaient mandé, dt li prient par Dieu qu'il preigne la croix, et soit el leq (au lieu du) le comte Thibauld de Champagne , et preigne son avoir et,, ses hommes; et l'en chair ent as pieds (tombèj:*ent a ses pieds) moult plorant ; etillor rechiet as pieds et dit qu'il le fera mult volentiers. Ainsi fit li marçhis lor proière et reçut la seigneurie de i'ost. Maintenant, li évéquc de Soisçqhset messirç Folques (Foulques , curé ^e JJ^ewilly) li bonhomme <^tÀ^\
Waiics^aÊftés (é'eèt-ï-cïrfé de rarïre' dé Gteafctcjiii avaît^ïa rbBîê'blàncIiey'iiulf avait amenés de éorx paysVîenimèh'ent àrfe'gKâé Nbti^e-Daitie et lî atta- ' chèiit ï'a crors'â T'épaule; AliKlfin^ ce parlement : 'enr lendemain, si jH'it éohgé jpour i^aBèr ï j^onpa^è, »
£es/?^éWW*'^MtâîéHrproihis:îPétf*e* en àVtnes Si Venise/ pour ïâ**Pentè6ôte 3e 'l'anViëé suivante : beaucoup manquèrent' àurendeîs- vous; ceux quîs*y trouvèrent n'avalent pas la iotiinië 'nécessaire aoi fret (le là flotte et, fauVè d'âfr^'eiit, là république de Vehfeé accepta fessécourk dé ces étrangère pour reprendfre sur le roî de Hongrie la vîffé'de2ara. Cette ville de Ifelmàtîé , défendue par des Chrétiens et non par dés Infidèles , fut ënletéië d'assaut , et fesr croisés envoyéfeM a rajpoïferfZé (au pape)!, qui leur savait mal gté de cette pTis^\ û&Clx QÏteyvXiéti et Atvd blercs^ ddùt l'un était Pé^êque de Soissons. InÀôÉent lïlse montra satisfait de ce message, écrivît aW barons qu'il les absolvait comme ses fils et ddhha pî^in pouvoir .à ÏWelôn dé lier et délier lès fiéchés jusqu'à ée qu'urt càfi^dînàî-Iégat fut arrivé dans l'armée. Pendant éé temps-là, Jean de Nésle, qùî s'éiait eriibârqué en Plâhdre aVeé une partie des croisés, entrait au port de Marseille et mettait àrla^bîlépdàf la' Syrie. L* resté de Pelpédîtion aVaît été éhiraîné k Constanlrhopfe pôut délivrer l'èmpèreut d'Orient , le vieil Israac , que son frère retenait en captivité : les Grecs le tirèrent de prison et le rétablirent Àir éon trône, dès que le^ Latine se furent empâtés de quelques tours de^ remparts i mais Isaac ne put remplir lés^ condîiîïï^^ exbrtîtanles que lui imposaient ses darigéreux fflSé-^
DE sbiSSDNS. 7«^
rateii», iet, fepëttple de Çonstanthiople s^ctant rë- Tofcé, nti Conspirateur ceignit le diadème impëriaf. Les croises reconunencèrent le siège de la capitale deTOrient: Iel2 aYrill204^ la flotte vënitîehne s'approcha des mu!raiUes baignées par la mer, pour y appliquer les ëcheHe.s ; deux, galères , .ajppele'es le Paradis et la Pèlerine^ ayant à bord les évéques de Troyes et de Soissons , arrivèrent avant les autres au pied des tours sur lesquelles s'élancèrent les assaillans , du haut des huniers. L'étendard de Nivelon fut le premier qui flotta sur les créneaux de lat cité conquise et livrée au pillage ; lorsque les Latins songèrent & nommer le successeur d'Isaac qui avait été massacré avec son fils par les Grecs , Nivelon fût un des douze électeurs chargés de ' choisii^ lin empereur, et, les opinions tombant d'accord dan^ ralssenïblée,Pévêque de Soissons sortit de la chapelle où ils étaient : — « Seigneurs, dit-il aux barons , nous sommes accordés , Dieu merci , de faire empereur, et vous avez tos juré que celui que nous élirons ai empereur , vous le tiendrez pour empereur, et, si nul en voulait être encontre, que vous le seriez aidant ; nous vous le nommerons donc a l'heure qtieDieu fut né: le comte Baudouin de Flandre et de Hainaut. » Ce choix fut approuvé et sanctiotmé par mille cris de joie*. Nivelon,
' Conquête de Cônsfantinoph, Ex. chronolog, Rob. Aatissiodorensis cauoii|ici. t. xvii des Hi$t, des G., et de la Fr, Nôq^ avoiis cité letéiie même de Villehardouîn^ malgré son obscurité, pour dob&er une idée de la langue qu'on pSir}îi\t dàus le Soissoonais et la Champagne au commeacemcnt du i^ni' siècle.
74 HISTOIEE
qui avait eu si grande part, à l'élection ^ présida sans doute au èôurohnement de P empereur Baadouiu , dans IVglîse dfe Ste-Sophîe.
Le sac de €ônstaatinoplè avait produit un gain considérable qu^on entassa dans' trois églises, pour la partager c!htre les v&ihqueurs ; mais on ne chercha pas «seulement 11 or etf argent ^ \tvasselement et les pierresr préôîefuses ; les dra^s de soie «t les hermines; on dépotnilla aussi les reliquaires, et^Kivelon se réserva une prodigieuse quantité de reliques : il ^en adressa quelques unes au Chapitre de la cathédrale avec une lettre où il disait: « Je reconnais , mes très chers , que tout ce que J*ai dépensé en ces régions éloignées, ne vient point de mes parens ni de mon patrimoine, mais de celui du Crucifix et de la Ste-£glise de Soissons , qui m'a , pour ainsi parler, i:eçu dès le berceau , m'a formé le corps et l'esprit durant ma jeunesse et m'a élevé jusqu'au point où vous me voyez. C'est pourquoi j'ai résolu de ne point laisser à mes parens tous les biens que j'ai acquis en ces pays (lesquels sont sans doute fort grands, si l'on me fait justice), mais de les léguer à la Mère-Eglise de Soissons , a qui je dois tout ce que je suis ; je vous en donne ma parole et je la garderai, pourvu que je puisse obtenir cette grâce de l'empereur de Constantinople , qui m'est tellement obligé, que , tout puissant et tout riche qu'il soit, il ne pourra jamais payer les'services que je lui ai rendus. » Le trésor^ dont Nivelon se privait à regret pour témoigner son affection au Cha- / pitre , comprenait le crâne de St-Marc Tévangelistc^
DIB SOISSQSfS. 75
le chef àe St- Etienne, le doigt de St-Thomaa, cr dont notre Sçigpeur p^irl^t, |oi:$k|i:^MI .dit: MMs tan doigt en mm côtf;i^?i i^i^ .épil^e^del^ iCpflflrPnfl^^.de Jésus-Christ; ^ ffkf3iii;çç^^ cet-
gnit en la (?ène ,fttJflJf,?ffl^fe4pJia;?t;€^yi«I^^^.U^ cond trésor 4fi^jp^^ nople, la mçf;^^ç a^ujjéej^ftSoispqp^ Noyon, çhapel^ip .4^ .r.ej^pqreur B^iadiOkui]»; au nombre de ces rjeliftixes. fqrt e'quiToque^.qui enrichirent r abbaye d^ ^t-^ean-dçs-Vijpes , on remar* quait de$ W^s et des dents de diff^^^i^ maints , apôtres et martyrs, im vase d^or où il y avait du sang de JéguS'Christ , des fragmens de la robe et du lit de la Yierge, de la manne du tombeai;| de St- Jean Fëvangëliste, etc^
Les Latins étaient à leur tour assiégés dans Constantinople: l'empereur Baudouin proposa, dans un conseil des barons, d'envoyer demander du secours en Europe; Nivelon, qui, de l'aveu de chacun, avait travaillé aussi fidèlement que constamment pour l'aide de la Terre-Sainte et l'affaire de V Église Romaine , acceptai une mission que son grand âge ne l'empêcha pas d'acccxnplir : muni de lettres et d'instructions , il retourna en Italie et intéressa le pape à l'empire Français d'Orient ; hmocent III lui, confirma le titre d'archevêque de Thessalonique, et lui permit de conserver son ëvé* ché de Soissons jusqu'à ce que la conquête des
' Dormay, t. ii, p. 185 et soiy. Dormay n'ayant pas publié les teites latins de ces deux pièces , nons avons été forcés de suivre sa traduction qui ne doit rendre qa'imparfiiiteinent iWi^naL
Ftmc$ fftt cortso|icléé ; ^n oiltre, il 9^adressa au roi Philippe et au Chapitre dç -^oi^sons , pour lés prier del trouver bon que Nivelon rçpassât à Constanlinopfe où sa présence était fructueuse en beaucoup de chose» et y demeurât encore cma^rf ans pour Taiïcornplissenient de spn vœu : a II reviendra vers vous., Dieu aidant^ disaient ces 4ettres* et il rapportera du champ de ce nionda les mandragores spirituelles qui ont déjà exhalé à pos portes la plus suave odeur. » Ces mandragc^es étaient des reliques que Nivelon distribuait avec une prodigalité qui eut parru suspecte danfâ un siècle moins dévot ; il laissa , en' passant à Chàlons , un os du coude de St-Etienne; en arrivant à Soissons, il s^ empressa de faire des présens du même genre slux abbayes et aux paroisses de la ville et du diocèse; mais il fut encore plus généreux à FégaM du monastère de Notre-Dame , toujours gouverné par sa nièce Helvide : w Lorsque , par certain privilège spécial de notre affection , nous embrassons spirituellement vous et votre église, du fond des entrailles de ta plus sincère charité, écrivit-il ^Fabbesse et aux religieuses, impatiens d^accroitre votre honneur et celui de votre égalise ; entre les très précieuses reliques que nîous avons apportées au retour de notre saint pèlerinage en la cité de Coiistantinpple^ nous offrons k vous et a votre église, savoir la couronné de la bienheureuse Vierge et une image d^elle et une parcelle de sacltemise; le chef de Thadée, apôtre; le bras de St-Eustache, martyr; des langes dont fut enveloppé r Enfant- Jésus; des sandales du Seigneur; du bois de la croix mi-
DE SOrSMNS. 77
raculeose; des'i^heveux de SUGrégoire; dû ntanteau du prophète Helie^ et, ayant'ferme cônfidilOe en Dieu, que la dévotion des fidifilei^ sera ei^oitée par la vue' de ces'telîques, et iSÉn q\k^O]i y ^H foi indubitabtjp^ , notis avons détivre ^^ç pr^s^nt^s sous le témoignage de notr^ sceL (i^ Jj^nfiO:) rpottr mieux étal>Iir Faijithenticité de ^eâ eeliq^es(|,»il conféra Vatdel de yincelles U la catilé^dr'ale , poftr que Ton y célébrât tous |es ans au DOkois d^ m9ifs la fête des reliques qu^il était allé chercber ^fi Orient. Nivejçn ne croyait pas sa tâc.Ue acUevée : au printemps de Tan 1206, ii repi»tit pour Coash lantinople avec une nombreuse troupe de clwe9, de moines, de laïques qu'iS avait ^nfianwiés. du eèle de la foi ; il toniba malade dfinsla PoAii^e}el; .maumit a Bari , le 13 septembre , en disposant par testamcat de ses reliques el de ses biens au profit de'pluâetirs églises et surtout de la cathédrale de.$ois8ons>la laquelle il avait déjà fait de grands donis est repteî, en terres et en meubles. L'achèvement de St-G^rvais, qu^on bâtissait alors, fpt une des plus chèvcs espérances de son épiscopat, qui. dura tr<ente>^fjbenx ans ; mais il ne vit pas cet édifice terminé ; il aie :vf t pas nonplus la fin tragique de F empereur qu'il «vait couronné. Son neveu Jac^aes de'Baftckhje, >tffi devait être évéque aptè^ l^i, ramoiia.soh covps à Soissons où il fut enterré , sans doute dans Fabbaye Notre-Dame. Haimard ou Haimon de Prb-
vins , chantre et chanoine de Reims , succéda £n 1207 à rillustre Nivelon*.
' Conq, de CMstant, Hist. des G. et de la Fr.X xvui« p.
i60 iU5Toia£
I^ JW9SQ powr Vf^Qeaw 4e l'ew.fnpid^f (f^He
Chréfiefif4 ift les: cur^^-^ça^dfpiaux) fu^ -(^Â^^.sa^s
, t^n^al , ^Ipn tpj^e fn^f^s^encft^ M h ^Qt;e de tp^x ; dçsBupy. ji^g^s €11 1114 : lei^r çç9499V^ioti ^f^h : le jprtïfti^ WP^ d9 i'éj^scppMiAa :.Qvy: Pailé , élu
4^ttr^\ i^vif^K a0p9i:avant;f(bbé de Git^aii^\q|; 1^'iiftrt!4tt fmf)Çf fi^Jbér€ttqi*<Svfta«oiflbre de^qu^}$,
lJ)f^m^^^^^h p0ïtH«^eït>lïi«dje 34 f ^isapae\ W. d- e^- ; i^fe*,<rï-Wid|e.Î0uiis apçè$^ ,^n Jee, îejQ^duipiAifews
rpr41art* 4ft.fe*ri»?a4j3.çQ^^vAÏjeÇ'lwiBti^
tion)|}liii)t^l^Fante que <î^U^4iefiW Ipiop^', ^ob^^it
alpra r^^iy!^idi?.S^-ïy.e^4ci3fiai9^^. • ,quç aaB^ipftre
aVâiJ .QftWttiçftce^ V.gt4n4s Irais. Çe<)brf ediftce, dXïxe^^çt^teclîttre ^ la^ foisisiinpleet'jrlaajiBstiiei^'ç , .ët«ttopg(^e.deux ceptqu^^çrjçe pf e4s et la^ge^e soixante^dix: on y remarquait^ ^}eptre^ul;re$ scjolp- ' mres. curieuses , une scène du Jugement-Dernier, .4i'une cou^position très originale et d^une; asgçz bonne exécution ; il y avait aussi derrière Patitellun
Tiijtimildu ^puzième siècle djQû[i|ie ^. ^uÇpi^esse.^e
V Ex.Gfti^unict lauduDJbnsU Çhçpxi^qM\tv fi^/d|u, Cr/a.//»V3t
ChrisHatia, p. 101. ' " ' \ .,',".. ' , :,,\ ' )/,,'. -juÙ
DBSOMSONS. 81
JBniiftikpM lasDëiieié'An||lclQ]irè ui<|^ttilM\ %€ re* ppo^otant cfitte«biBlc8B««ve0soii'màriy RôbeHiF' de Ik6U9i.4pii)ffBaÙ8Bt easamble «ne'eglke^ vmîve kls^y^'uffff^àÇoviiinAy saWMt le* Gartidalre de^t-
etpa.fiiiCftf»iM9lé<lai donmilcvcore.ptiB'deprix qH^h mémfiéd dtt trftyaUqfii ise resMnticîtidtft'pKiQi^is» eissi^Jd^nnifirti aotiLveaii4 Lesiaiitiiss 'vitranx n^éiaknt^p^f d/uneapoqaepliia moderne, comme le t4moignaie|it le caractère de la composition , le • dessin raide ^t grossier , les couleurs éclatantes et la petitesse des morceaux de verre épais qui forment une mosaïque extrêmement compliquée ^ Qutre les églises et les couvens , on fondait alors des hôpitaux et des léproseries ou maladreries , que les croisades avaient rendus indispensables en multipliant le nombre des infirmes , des aveugles et surtout des ladres ou lépreux. Les hôpitaux ou Muisons^Dieu étaient généralement des asiles oii les pauvres et les pèlerins trouvaient un gite pour la nuit et quelque aumône pour continuer leur route ; quant aux léproseries , que la nature contagieuse de la lèpre isolait dans les faubourgs des villes et dans les campagnes , elles servaient de retraite aux malheureux que cette affreuse maladie avait atteints de naissance ou par accident. Il y eut jusqu'à cinquante léproseries dans le diocèse de
* Hiai» du Valois j par Garlier, t. ii, p. 65. MSS. de M. Brayer. Une partie de ces vitraux ont été utilisés, avec trop de négligence, il est vrai, dans la restauration des fenêtres de la cathédrale de Soissons. Le bas relief du ju^emeni dernier a été transporté de StJved au musée de Soissons.
Soîssons , selon les anciens pouillers ; le Chapitk'e en avait deux pour ses chanoines à BeUeu et à Bucy ; St-Jean-des-Vignes en avait également deux à Belleu et au faubourg de Crise , dans une maison dite la Buerie St-Jean ; mais la principale , qui était aussirelégnée dans le faabou^g de Crise et qui semble avoir été destinée spécialement aux gens de la ville , existait avant 1 206, sous le âom d'Hôpital de St-La^ zare, desservi par wk maître y des sœurs et des frères conversion y recevait les malades de Tun et de Tautresexe , qui vivaient séparés du monde dans une enceinte fermée de hautes murailles et environnée de vignes. Le madtre de Thôpital était nommé par révéque. Les donations particulières , qui avaient commencé la prospérité de cette léproserie , ne suffirent pas à son entretien , lorsque Soîssons fournit OTie plus grande quantité de ladres; car, en 1236, les abbayes et les paroisses de la ville adressèrent un appel aux âmes charitables en faveur du pa/ufvre Hôpital de St-Lazare et annoncèrent par tout le diocèse que le pape accordait dix ans d'indulgence , Tarchevéque de Reims, trente jours , révéque de Soissons, vingt , et les suffragans de la province, autant, aux bienfeiteurs de cette maison de lépreux ^
Le Chapitre de la cathédrale resta seut étranger à ces démarches du clergé soissonnais ; .car il avait à soutenir, de ses deniers, dans l'intérieur du cloître, une Maison de l'aumône qui devint un Hôtel-
' Dormay, 1. 11, p. 180 etsaiv. MSS. de Cabaret et de Bouë9eaa.
DicH vers 1210, a Tendroit même où il est encore aujourd'hui. Depuis long-temps^ les chanoines se faisaient un cas de conscience de ne pas oublier cet hospice dans leurs testàmens: ils lui léguaient , de préférence, des meubles li leur usage , des lits, des draps , des couvertures fourrées de peaux d'écureuils et de lapins ; ou bien, ils ordonnaient qu'on servit un bon repas bxxx religieux de la maison, et qu'on défrayât, à l'anniversaire de leur mort, tous les pauvres qui se présenteraient. Ces dons réitérés permirent d'agrandir le local de cet Hôtel-Dieu, dans lequel les frères et les sœurs , qui se consacraient à soigner les malades, eurent bientôt dès revenus assez importans. Baudouin de Hesdin, doyen de la cathédrale , contribua beaucoup a l'érection des bâtimens ; Guillaume de Monstiers, chevalier, fonda la chapelle ; le roi Louis YIII donna soixante livres parisis pour aider cette fondation ; Raoul de Cramailles , chantre de St*Gervais , et Gautier le Grier, bourgeois de la ville , donnèrent des maisons, des prés, des droits seigneuriaux et de Fargent, comme on le voyait dans Tobitier de la cathédrale.
Ce ne fut pas la seule fondation utile que Soissons dût au Chapitre: de temps immémorial , une école publique se tenait dans le Cloître, sous les auspices de Pévéque ; les moines de St-Médard, de leur côté^ enseignaient la tliéologie et la rhétorique dans leur monastère : Pen&nce et la jeunesse n'avaient pas d'autre moyen de s'instruire dans le diocèse soissonnais; aussi, allait-on à Paris pour y étudier
et suivre les cours de rUniyersité. Pierre Fermon* lier , diacre et chanoine de la cathédrale, résolut de fonder un collège à Soissons , ayant de renoncer au monde et de se faire moine à Longpont , en 1214: il acheta deux maisons capables de loger soixante clercs en dix chambres garnies de lits et des meubles nécessaires ; il fut secondé danjs son dessein par les oifrandes de plusieurs personnes et particulièrement d^Hélvide de Dampierre , dame de Montmirail , dont le mari , Jean , seigneur de Montmirel et châtelain de Cambray, était entré en religion au monastère de Longpont 0t y exerçait toutes les vertus chrétiennes à Tadmiration de ses confrères , qui l'honoraient comme un saint. Le Chapitre ; de la cathédrale approuva les plans dç Pierre Fermontieret les confirma, en 1214, à cette condition qu'il aurait la haute surveillance de ce collège, et que le procureur, qui en administrerait les biens, serait un chanoine ou un autre ecclésiastique choisi par le Chapitre , et rendrait compte de sa gestion , chaque année, le lendemain de la fête de St-Nicolas, devant le doyen, le prévôt et quel- 'ques-uns des chanoines ; de plus, le Chapitre permit aux écoliers de ce collège, qu'on appela V Hôpital des pauvres clercs de S t -Nicolas , d'avoir une chapelle devant la porte de leur cloître, des cloches et un cimetière , pourvu que les offrandes faites à la messe fussent partagées entre le chapelain et lui , que les écoliers se chargeassent d'entretenir le luminaire et que le curé de cette chapelle eût la charge des Ames. Malgré les bien-
iaitsd^ Yolande, comtesse de Braine, et.d^Enguéi^ rand VI deCoacy, qui portèrent intérêt à ce coUége,il languit toujours dans uii ëtat de dëpérisseitient et de misère , parce que ses rentes n^augmentàient pas en raison de la valeurprogressive des denrées: aussi, les soixante clercs , que Pierre Fermontier avait établis en qualité de boursiers, furent bientôt réduits à treize , et chaque bourse ne produisait que 40 à 50 livres, qui devinrent plus tard insuffisantes pour hêbercferna pauvre clerc. Cependant , Vécoldtre de la cathédrale , depuis, rétablissement de V Hôpital deSt^Nioolas^ ne conserva de son ancienne dignité qu^ un titre gratuit, avec le droit de visiter les classes , d^examiner les livres et de contrôler le choix des professeurs ; il parait du moins que récolàtrerie, qui se composait de l'écolâtre , du théologal et du niaitre , pourvus, chacun d'une prébende, borna ses leçons aux jeunes clercs qu^ on élevait dans le Cloîtré pour la prêtrise*.
Le Chapitre, nonobstant ces utiles fondations , n'avait pas perdu de vue la construction de la cathédrale , à laquelle on travaillait depuis plus de deux siècles sans interruption, et que les dons des fidèles ne cessaient d'enrichir: pendant ce long espcuce de temps , les chanoines s^ étaient trouvée bien à l'étroit dans l'abside dé Tancienne église oit ils célébraient les offices divins , au bruit des marteaux et des scies qui préparaient un nouveau sanctuaire aux bienheureux Gervais et Protais ^; la
. ' Oorniay, t. n^ p. 206 et «uiy. p. ^01 et «uiv. TVIelc. Re.giiault, p. ilGel 117. MSS. de CabareU , . , ,
■ Cs fait me «érable incouletftablo j car il reposé sur ces
SQ. HISTOIIIE
preini^iie éj^se avait été dédiée sous Ti^vocatian de ces deux saints, quoiqu'elle ue possédât pa$ de leurs reliques ; elle ne portait encore que ces deu^ noms, en 1110, selon une charte de cette annéç là, qui est dans le Cartulaire de St-Jean-des- Vignes ^ et qui la désigne ainsi : eoclesia B* JBm martyrum Gervasii et Protasii ; ensuite , le titre de St-Gervais et St-Protais parait avoir été appliqué de préférence au Chapitre , comme on le voit dans plusieurs chartes du même Cartiilaire , ou il est appelé toujours Capitulum B. B. ma/rtyirum Gervasii et Protasii; mais, quand F église neuve commençait à sortir de terre et à monter vers le ciel, durant l'épiscopat de Lisiard sans doute, on pensa que la Mère-Eglise de Soissons devait se mettre sous une protection plus puissante que celle des deux saints, ses premiers patrons, et, sans les priver deleur autel, onleur associa la Sainte-Vierge, dont le culte prenait chaque jour plus d^extension« On peut fixer avec certitude le moment où la cathédrale, formée de la réunion des deux églises, fut consacrée sous le double titre de Notre-Dame et de St-Gervais et St-Frotais ; car on ne trouve pas
icoit obîeotioi» : lors du concile de Soîmosis, en iS01,Je légat du pape ne fut-il pas, à son entrée dans la ville, conduit à réglise de St-Gervais et St-Protais P En quel lieu les chanoine» auraient-ils rempli les devoirs du culte , tant^qao dura la construction de la nouvelle église , si une partie de rancienue ne leur avait servi de chapelle provisoire? Enfin, eètte abside , qui fait aujourd'hui l'aniie<méridionala deSi- Gervais, nVst-elIe pan d'une architecture évidemment antérieure à celle du reste de Tédificb , le rang inférieur des arcades engagées dans îé tour étant à pleln-ceintrc ?
ra SQIS80NS. 87
de charte qui établisse ce ckanifeinent, d^nne manière biéu authentique f avant 1204, c'eat-a^dîre yers Tëpoque ou s'en fit la dédicace : une charte de Tan 1204 ^ conservée dans les archives de St-- Jean-des-Vignes , comœenf ait eit ces termes : Sadulpku9pr€^pù$itu9 ^ JoemneM decanuSy totum que B. Mariœ iStmnànneniU Matrià'-Eecleâiw CapiêU" lum *• , ,
La dédicace eut lieu dans ce temps ta^puisqu/on iisail cette inscription gravëe sur unepierve rouge a drojite de rentrée du .cheeur :
Adbo millBiio bt» dènieno daod6D<^,
Hanc iatraro chorum coopU grex canonieonim.
' Dormay, i. ii , p. 193 et suiv, 1. 1, p. 316 et suiv. Dormay présume qae \r cathédrale fat primitiTement dédiée à la Viei^e, et cependant il ne cite rien qiû.proaTe que «ette église ait pris le nom de Notre-Dame avant le commeuce» ment du XII* atèole. Noas avons dû faire coïncider le nonveaa nom avecle ncaYcl édifice. Mous pensons que Dornmy s'est appuyé, à tort, d^unc bulle .d'Eug^ène II , dans laquelle il est dit que la bulle concernant lé fameux prieilègo de St-Médard^ av^it ét^ n|iso marfi^M «S. ttenrim et S. Gervasii : on sait maintenant que ce privilège , attaqué et ruiné de fond en comble parles ergumens de leàn de Lannoû au XyU"", Aiéjcle, nV jaipais reposé que sur , des ^oes apocryphes. Quâut au miracle opéré dans le courant du X*4làcle, sur une femme nèn^itiécManiiQ , qui s^tînt ftiit Xfan%fOT\er^aiepd$$ian$videlweiB,Dei'f0tefriçii',eiâifi^ tyrum Gervasii et Proiasiiy on peut croire que ce miracle -nitr^caeilliQvecînexactitude'par le copiste de 1115, et tjiio cette fomm€i avait demandé «à £paérison:à Tabbaye de .Notre-Dame en même temps qu'à l'église de. Sl-Gervais et St- Protai*. Enfin, les plus anciens titres , dans lesquels la' 6athédral» de Soissons. est appelée . N^trB-Jfmne , ne sent f as antérieurs à Tévèque Lisiard, qui fut élu en 1110 , lorsque réglise nenre était assez avancée pour qu'on lui donnât pne jiatronne qif en-associa^^ouveni k StrGerv^iis ^t St^Brotais dans la dédicace des églises. Voyez les exemples cités à ôe MjeC par Oormày', t: ii, p. 498.
88 HISTOIÏIE^
Assurément l'église était couverte et dose/quand lu troupeau d&t chanoines commença d'entrer au choeur^ Pan mil deuœ cent douze. Au reste , le» offrandes, qui concoururent a Tédification de cette église de la bienheureuse Marie , avaient été si nombreuses, qu'on en remplit ua registre intitulé : Sequuntur nomina eorum qui bonis Suêssionnensem Ecclesiam compleverunt. En tête de ce registre, était nommé Enguèrrand de Coucy, qui, trésorier de cette cathédrale avant d'être évéque de Laon, en 1098, acheta de son argent le terrain vide situé entre la Crise et l'ancienne église ruinée, pour y bâtir le portail de la nouvelle et y Faire le cimetière des chanoines ; car on enterrait alors à la porte plutôt que dans l'intérieur des églises ; de plus , Enguèrrand assigna certaine somme pour l'acquisition deBverrières peintes, qui étaient à cette époque un ornement nouveau et fort coûteux. Après lui, révéquede Soissons, Ancoul de Pierrefonds , qui avait été prévôt de la cathédrale , lui légua en mourant, outre diverses pièces d'orfèvrerie d'un prix considérable, quatre chevaux de ses écuries pour être employés a la constjpuction de la grosse tour: aussi, sa statue se voit- elle encore du côté septentrional de cette tour; ensuite, l'évéque Nivelon de Cherisy , qui, lorsqu'il n'était que prévôt de St-Gervais, avait donné un terrain destiné à l'agrandissement du chœur , donna plus tard une portion de son hôtel épiscopal pour bâtir le * côté droit de la nef et la sacristie ; tout le bois de;charpente et de taille, nécessaire a la. couyerture du
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chœur et à la IJ>iietUoa des stalles, fut coupe dans la foret de Rètz , arec la permission d^Âliénor , comtesse de Vermandois , fille du comte Raoul P' , principal bienfaiteur de l'abbaye de Longpont ; la couronne de Téglise n^étaitpas commencée en 1 160, puisqu' en cette année Ê, le doyen Guillaume légua 35 marcs d'argent pour cet objet; mais Tévéque Haimard de Provins activa les derniers travaux qui se firent sous ses yeux et en partie k ses frais ; car il abandomia au Chapitre différens droits épiscopaux sur plusieurs paroisses de son diocèse , afin de terminer ce vaste monument qu'il orna de deux vitres valant 30 livres , et de stalles qui coûtèrent 100 frcmcs de main-d'œuvre. Les autres vitraux, remarquables par la beauté de leur coloris ^ furent o£Perts à l'église par la comtesse Aliénor ; par le chanoine Cugnière, qui, partant pour la Palestine, laissa de quoi garnir deux fenêtres du côté droit du choeur, qu'on appelait les O dès ce temps-la ; par Pliili{^ -Auguste , qui ajouta la .grande verrière du chevet à des dons magnifiques en paremens d'autel et tjn privilèges capitulaires. Quant aux chapelles, dont la plupart étaient ccmstruites et vitrées ayant l'église , elles eurent pour fondateurs les doyens, prévôts et chanoines de la cathédrale , à l'exception de celles de St-Pierre qu'on attribue a l'évéque Gosselin,. et de St-^Martin que l'évéque Nivelon fit élever sur l'emplacement même d'une partie de son logis \
^ Chronis, ubb^ St-Joan, p. 134 et i35. DonnAy , t. ii, p. 193 et suiv., i6i, 172. MSS. de Bcriette et de Cabaret. On
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L'église nçuve^ rattachée à ime partie dé la vieîUe , qui resta beauoéup moim haute devbùte , en dépit des règles architeciliraies , &it donc dédiée à Notre-Dame et à St-Gervaîs et I^-Procats, vraisemblablement durant le court séjour de'Nire- Ion a Soissons, en 1206, lorsque la coilection de rehques, apportées de Constantinople , perdait de prêter a cette dédicace une solennité qui- fut perpétuée par un anniversaire. Dormay assure que Nivelon procura , en 1205 , quelque pareelle des corps saints de G er vais et de Protais à la basilique qui portait leur nom depuis tant de siècles ; mais on ne voit pas clairement que la cathédrale ait possédé des ossemens de ses deux patrons avant 1230, quand Jean Algrin , doyen d'Amiens , obtint de Grégoire IX, qui TaVait créé cardinal, ces reliques qu^il présenta au Chapitre de Soissons, présentation signalée par la guérison d'un aveuglené , s^il en faut croire les leçotis du Bréviaire soissonnais. Les bienfaiteurs ne manquèrent pas , surtout parmi le Chapitre , pour enrichir le trésor et le vestiaire de la cathédrale, oii arrivaient de tous eètés chôppes de soie et de brocard rehaussées de pierreries, chandeUers d'or et d'argent entremêlés
trouve dans^lesMSS. de diïm Grenier uoe yuO dppQj^^sgtl , tirée d'une ancienne 'miniature : Téglise y est représentée avec deux ténraenrniontéesdefléëlYes et^différontea du caractère ardiitecturaldela.tanp uni^e qui^aubMe^e ai^9«ird^hui. Ce ne peut être la primitive église , puisque ce portail a des ogives aiguës : n'est^oe pas simplement uh'dèsÀna de pure imagination, dans le genre des portraits de villes et demonumens qui.soot ^ravés^dans lo laber.Chxaniedrum mundi ? •:••''.
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d'amlire et ^^ matièiie» pcecâewes^ v reliquaires de métal ci&elé et figt^é , manuscrks sur yëlin avec miniatures et lettres doives. Enfin ^ T église, avant d'être achevée , eut -^iii os^iie dont lui avait fait présent le doy^en ftnîljauroe ^ k la fin du douzième siècle ^
Ce n^ étaient pas seulement des églises a jdoter et des reliques à hopc^rer y qui aUiraient toujotirs à Soissons le baronage de France , convoqué par le roi en parlement : • on regardait encore Soissons comme le cœur duroyaume, et cette. ^tpitale des Francs semblait conserver ses anciennes prérogati* ves royales, sous le patronage de ses comtes, chéris des rois. « Cette ville antique est assise au seiii delà terre la plus fertile, dit \m poète latin du règne de Philippe-Auguste (Guilkmine. le Breton , auteur de hPhilippide)^ peuplée d'hommes belliqueux, en>* tourée de beaux faqbavrgs.» Phitippe- Auguste y alla tenii; un parlement^ Iç lendemain de Bàques-- Fieories de t!w 1213,' A; oeparlerrimt ou ç(nioile , auquel assistèrent tmf H bti^ronde France, ^^ ^^^ ^^' corda la niain de sa fille , Marie , v«euve 'du\oomte de Itamurj à HcAri, duc de Brahànt , et le mariage fut câéb|*é solennellement (salis dpute àSoisBons) après F octave dePâques, Dan$ Fassenlblée des :ba^ TOUS, Ijhîlipp^y « s' étudiant, setoBifSQn habitude, à i^^r^eqperi^a p^isisée en peu de paroles , annonça ç*ejie. ijoi Jeto et Fempereor Oihon .av^aient été ^T^l^éai d^ la v^f^e de :St-Pierpe et qu-il avait ! i:é^
' Dormay, 1. 1, p. 316, t. ii, p. 195, Idl, 176 et J77/.
iolu en son esprit d'envahir l'Angleterre , poaren expulser avec ignominie un prince excommunié et pour y rétablir le service de Dieu suspendu depuis sept ans ; car , la France , dit* il , a coutume de dé^ faire les schismatiques et tous les ennemis du clergé, et de châtier les rebelles qui refusent d^ obéir aux ordres de l'Église ; jamais , è compagnons de guerre, vous n'avezjdénié vos armes a nos entreprises ! » A ces mots , tous les assistans levèrent les mains au ciel , applaudirent aux desseins du roi et s'engagèrent par serment à les seconder avec un zèle unanime. Mais Ferrand , prince de Portugal, qui était devenu comte de Flandre par son mariage avec la comtesse Jeanne^ fille de Baudouin , empereur de Constantinople , Ferrand, allié secret de Jean-sans-Terre, contredit tout seul cette besogne , et déclara qu'il ne passerait pas la mer , si le roi ne lui rendait les châteaux d'Aire et de St-Omer, que messire Loys^ fils de France, lui avait enlevés ;^ vainement , Philippe-Auguste lui oflFrit échange de ces' deux châteaux , par droite prisée et loyale estimation^ le comte , n'acceptant aucune transaction, se départit du concile^ et son suzerain s'écria: — (c Par les saints de France ! ou la France sera Flandre, ou la Flandre, France !»
Le roi Jean ne détourna cette formidable invasion qu'en se mettant, lui et ses états; soiis la protection du pape : le légat Pandolphé , qui avait excité le roi de France à entrer en campagne cbii^ tre le meurtrier du jeune Arthur de Bretagne , yonlut arrêter cette guerre dont les préparatifs
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avaieRt coûté soixante lûlle Kvres à Philippe-Âugaste. Celui-ci n'osa pas désobéir au Saint-Siège , mais il lourna ses aimes contre le comte de Flandre^ qui lui ayait refusé le s^vice féodal et qui te- Yenflicpiaît fJusieurs places injustement détenues par son seigneur. Piiflipp* s'était assuré secrètement àee la bonne v^olonté des principaux châtelains de la Flandre^ et avait reçu leur hommage de yassal : J^m de Nêsle , châtelain de Bruges , frère du comte de Soissons , se jeta : le premier dans le parti du roi^, au printemps de Pan 1213. La flotte fnmçaise mit à la voUe .HonBeur et débarqua Philippe- Auguste et son oH a Gravelines, sur les terres de Flandre : la flotte , si nonbrense que les mers paraissaient ti!op étroites pour la contenir , suivant l'expression du chroniqueur-poete^ mouilla dans le port de Dam, pendant que Farmée, répimdtêe dans les champs désolés à la numière des sauterelles ,' s'emparait , presque sans coup férir , de Cassel , d'Ipres et de Bruges: une fois maître de cette viUe, le roi ordonna au comtede Soissons de res^ ter à Dam arec deux cent cinquante hommes d'ar^ mes et dix mille archers choisis « Mais les matelots abandonnèrent la flotte pour piller Dam, et les vais^ seaux anglais arrivèrent à Timproviste, capturèrent trois cents navires chargés de butin, en brûlèrent cent autres et assiégèrent les Français réfugiés dans la ville. Philippe apprit ce désastre par une lettre du comte de Soissons qui demandait du secours: deux jours après > Philippe en personne vint délivrer Raoul , bloqué par la flotte anglaise *,
qui fut complète et qui livra a la merci de Pkilippe ses plus implacables ennemis^ les comtes de Boulogne et de Flandre, les communiers remirent lesprisonniers importans aux prévôts du roi cpxi allèrent les conduire dans différens chàteauz-fbrts : la Commune de Soissons avait pris dix dievatiers ; celle de y aiHy, douze, dont un delà faimile de Tempereur ; quelques-uns de ces captifs furent relâches sous la caution desbarons qu^ils connaissaient dans la compagnie àxi roi: ainsi, le comte Raoul se &t pleige- (pour mille marcs) d^Arnould d^Oudenarde, très vatllafU chevalier qui avait rendu son épee k Jean de Nesle , seigneur de Fal vy *•
\ Le comte , qui avait répondu en personne au ban de ^guerre du roi , ne prétexta pas l'excuse de son grand âge, lorsque les bulles des papes lancées sur les hérétiques Albigeois poussèrent une partie de la France contre Tautre , et dépouillèrent les princes du Languedoc au profit de Simon de Montfort. Cette croisade , qui fut préchéepour la première fois en 1208 , continua pendant bien des années à entraîner dans le Languedoc tous les pèlerins armés, qu'une espèce de vertige précipitait auparavant vers la Palestine. Raoul subit l'influence de son siècle, et accompagna aux guerres des AlbigeoiSj'son neveu, Jean de Nesle, l'aventureux
' Phi1ippîclo8 , Ub. 9. Rigordas. Chroniques de Si-Denis. Trésor des Chartes, cit. par M. Gapefigae. Math. Paris. Gail. le Breton, dans sa chronique en prose , s'écarte de son impartialité ordinaire , en faisant entendre que le courage de Jeafi de Nesle ne répondait pas à sa beauté. Hisi. des G. et de la Fr, t. xvii, p. 101 et suiF.
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eoureur de croisades: il brilla dans les conseils comme subies champs de bataille, par sa prudence ainsi qae ^v ta vaillanUie ^ et les Provençaux le désignaient sous, le nom du bon ooms do SaiêhoK Il acquit sans doute dans cette guerre sainte le&mnom de Pieuœ^ que lui confirmèrent plus tard ses bienfaits et ceux de ses trois femmes, àFabbaye de Longpont.
Sa première femme , Alix de Dreux , vécut . jua^qu'en 1214^, et ne s' est signalée que par des fondations religieuses, faites de concert avec son mari: de ses deux ^filles qui sont mentionnées dans une charte. Tune, Comtesse, n^a pas laissé de traces sous ce nom , mais onla retrouvé dans les généalo* ipes sous cdiii de Gertrtule, msnée d*abord k Jean, comte de Beaumont-sur*Oise, et, en 1196,
' La Gu$rre d&t jiibi§$oi$ , poéjne provençal , publié par M. Fauriel dans la colleotion de Documens relatifs à Thistoire de France. Le uom de Raoul de Nesle ne se trouve pas dans Tancienne traduction en prose , mise au jour avec les preuves de Vffist, du Languedoc ; mais seulement son neveu Jean de Neslé y parait plusieurs fois ainsi que dans les aolres monumeiis de eette croisade.
* Dom Grenier, dans ses MSS. (paquet. S, n. 1), cite une charte de Raoul et d'Alix sa femme, datée -de fôl4, corïcerfiaot rédiange de plusieurs hommes de corps avec Tabbédo Su*Médard;Melc.Regnault, dans ses preuves, f. 16, cite une autre charte déTatinéc 1210 , par laquelle Raoul, comtO'de SoîasQUS et Yolande, comtesse » son épouse, donneat à Véjgflise de St-Lég^^r une maison sise près du Marché- Neuf de la ville. En présence de ces deux dates conlradictoires , sons avons adopté celle de dom Grenier qui est ploA exaot que Regnault et aussi plus «claire. Mnldrac et tous les hiatorieos qui ont écrit après Regnault , ont adopté le sentiment de colui-oi , faute de «orinaitre la charte que ncMis fournissent les extraits du plus ancien cartulaire de^St»* Médard.
à Mathieu II de Montmorency , cennetaUe de France ; lautre , Âliénor^ épousa Ëtiemie de San* cerre, seigneur de Châtillon-sur-Loire^ grand>bou« ■teiller de France. La seconde femme du comte Raoul Fut Yolande de Joinville , fille de Geoffroy , quatrième du nom , sire de Joinville , sénéchal de Champagne : on ne la connaît que par une charte , que Melc. Regnault a citée avec la date évidemment feusse de 1210. Il est probable qu'elle mourut vers Tannée 1216, et que Raoul de Nesle se remaria presque aussitôt avec Âdée ou Ade de Grandpré , dame de Ham , fille de Henri , quatrième du nom, comte de Grandpré, et d'Isabeau de Coucy. Ce troisième mariage, contracté dans un âge déjà avancé, fut plus favorisé que les précédens , et Ade de Grandpré eut successivement deux fils , Jean et Raoul , et une fille , Isabeau , mariée à Nicolas , seigneur de Barbançon. Jean, qui prenait dans les actes la qualité de premier-né {primogenitus) du comte de Soissons , est nommé pour la première fois dans une charte de 1230 {Chron^ abb. Longi^ pontis^ p. 240), et les titres de seigneur de Ghimay et du Tour , qu^il prend dans cette charte , prouvent quUl était marié à cette époque , quoique âgé à peine de quatorze ans. Son frère , Raoul, qui n^avait rien à prétendre dans Théritage de la terre du comte , fut pourvu fort jeune de la vicomte de Cœuvres^ séparée du comté vers 1232. Ces deux fils d*Ade de Grandpré n^étaient encore que des «nfans en 1223 , puisqu'une charte de cette année là les désigne sans les nommer : Ego Radulphus
cornes Suessùmemis^ asêensu nohilis domina: Adœ uxùris tneœ et liberorum meorutn. Cette Ade n^ëtait pas moins diaritàUe que son mari, surtout pour Tabbaye de Longpont qu^eUe ne cessa d^honorer et d^ enrichir pendant toute sa yie^.
Les donations d^Ade et de son mari étaient dirigées par Té^que Haimar, qui accordait unefeveur spéciale ai'abbay e de Longpont et à ceUe de St-Jeandes -Vignes. Cependant cet évéque , représenté comme un sadnt personnage cradgnanê Dieu^ dans les lettres de Gervais, abbé de Prémontoé, eut,* en 1215 , avec le comte de Soissons un différend au sujet d^îin mouKn que le comte tenait en fief de révèchë : des arbitres accommodèrent ce différend. L^évéque en termina un, qui s^était élevé en* tre le Chapitre de St-Gervais et Tabbaye Notre* Dame; il excommunia, de concert avec le Chapitre,
'André DacfaesnOyqni dans BeêHisi. ginéalog. des mations de Montmorency et de ChâtUlon , ayait fait sortir du second lit les deux fils da comte de Soissons , les a rattachés avec raison au troisième lit, dans les A»»^. ginéalog, desnlaisons de Couoy et de DreUx , pabUées dix ans après les deux «autres : il faut donc qu'Yolande de Joinville, qui n'était pas mariée ayant 1214 , ait été comtesse seulement quelques moi» et qu'Ade de Qrandprélui ait succédé dès Tannée 1216 ou 1217, puisque Jean, |>r«miâf-n^ du comte, était ma* né en 1231 • Le père Anselme \ dans son Hiet. génial: de la m'aiâonroy,. de France ^ s'est conformé à la dernière opinion de.Ducbesne , contraire à celles de Melc. Begnault et de Dormay, mais appuyée sur la chronique de Baudouin d'Avesnes: FUia comiiis de Grandiprato nupsit Suesaionensi Radulpho^ eut ducepeperit filioe et unam filiam , et sur le Lignage de Couoy composé en 1301 : « Le comte de Grandpré ot une fille qui fut mariée au comte Raoul de Soissons, qui eut de lui deux fils et une fille, u Voy. Hist. génial, des maisons de Guine , Ardres^ etc., p. 3tô et. 384.