ages; l'établissement de nouveaux hospices et bureaux
. charité partout; l'interdiction aux ecclésiastiques , no-
îs, officiers de justice, police et finances , à tous finan-
., -ars et agens du /î«c, de faire le commerce des grains *;
ifin, l'obligation pour le gouvernement de consulter les
.ats provinciaux sur. l'exportation des grains ; tels étaient
is principaux articles du cahier du tiers-état soissonnais
^. t les vœux dont il demandait Taccomplissement aux
,,.. itats Généraux *. Cet intéressant monument atteste l'état
^^ Je l'opinion soissonnaise au commencement de 1789.
t/ji"''' ^ ^^ P^°^ ^^^^ ^^^ ^^^ allusion aux vastes spéculations par lesquelles
^ une hausse factice avait été long-temps entretenue dans les marchés , spé-
/ cujatlons auxquelles avaient pris part une foule de courtisans et de hauts
f ^■-* fonctionnaires, et le roi Louis XV lui-même.
pu: 2 Mss. de M. Fiquet.
La grande assemblée, si impatiemment et si universellement attendue , s'ouvrit enfin le 5 mai à Yersailles, et Soissons, comme toute la France, ne cessa plus d'attacher ses regards sur la ville royale, qui, après avoir été le théâtre de toutes les pompes de la monarchie absolue, devenait le berceau de la liberté. Soissons vit avec F joie le tiers-état s'ériger en Assemblée Nationale et abolir de fait toute distinction d'ordres en obligeant la noblesse et le clergé à venir délibérer en commun avec lui ; mais les espérances de réforme pacifique commençaient à ^'ébranler, et l'horizon paraissait déjà chargé d'orages; l'attitude de la cour [et de la noblesse était de plus en plus hostile envers la majorité de l'Assemblée. La nation tout entière prenait part aux dissensions politiques qui remuaient la société jusque dans ses fondemens; mais la politique n'agitait pas seule le pays: la stagnation du commerce et de l'iiidustrie, la disette de 1788 et le rude hiver de 1788 à 1789, avaient fait peser sur les classes pauvres de cruelles souffrances qui se prolongèrent durant toute Tannée 1789 et qui aigrissaient profondément le peuple. La multitude croyait la disette factice, et l'attribuait aux manoeuvres des monopoleurs et des spéculateurs de haut rang, qui, depuis longues années , avaient dominé le commerce du blé. L'Assemblée Nationale chargea un comité, dit des subsistances^ de rechercher les causes et les ren^èdes de la disette , et , avant l'Assemblée , le conseil d'état s'était occupé de cette grave question : par un arrêt du 23 novepdbre 1788^ afin de rendre les accaparement pliis difficiles, il avait défendu aux cultivateurs de vendre leurs blés ailleurs qnedans les marchés publics, et, aux acheteurs, d'aller à la rencontre de ceux qui amèneraient des grains pour les leur acheter d'avance. C'était toute une révolution dans le commerce de blé de Soissons, qui était entièrement libre depuis un arrêt du parlement du 4 juillet 1687 ; le parlement, malgré les réclamations du comte de Soissons, dépouillé de son dfoit de stellage (ou 24®), avait permis de vendre le blé en grenier et partout ailleurs qu'au marché.. Dix-huit facteurs et factrices, choisis par les officiers de police de la ville, furent les intermédiaires du commerce régularisé par le conseil d'état. L'intendant de Soissons , M. de la Bourdonnaye-Blossac, en ordonnant l'exécution de l'arrêt dans sa Généralité, crut devoir y ajouter quelques dispositions
AFFUrOICE. 1
daas lulëfécde h profiaœ ; 1 reooounMk i ses s«bdélégmés de lai f omir I* état des gnÎBS Moessasres à h ccnh somamûomét sa GëBéralhé,ain de ne bisser exporter que le supivs, et astreignit à des dêdmwÊtdom de fiumlifés ti detfimiaÊiams Ions les marchands qni chai^peaîent des grains on des farines snr la rivière d*Aisne. Le contr5lear-général, M. Medber, enjmgnît à Ilntendant de réToqn«r ces oiesnren , qni gênaient, disait-il , la circnlauon des Mes dans rintérienr dn royaume ; M. de h Bonrdonnaye résista , fort de Tappni de Fadministration provinciale , qui le fit accompagner par deux de ses membres lorsque M. Necker le manda à Versailles, en mai 1789 : ce fut le ministre qni oéda-^.
Malgré les efforts de rintendànt et de Tadministration pour assurer la subsistance duSoissonnais, les grains con* linnaient à rendiérir : les mardiands de blé de Soissons donnèrent alors un louable exemple de désintéressement et de patriotisme; M. Brayer, lieutenant-général de police, les ayant appelés chez lui le 2 mai, au nombre de trenteneuf, tous se déclarèrent prêts à combattre le renchérissement de tout leur pouvoir, et s'engagèrent à fournir le blé à 290 livres le muid ( le muid valant 13 hect.) jusqu'à la moisson, pourvu qu'on obligeât les laboureurs qui avaient du blé en grenier dans la ville à subir la même condition. Les laboureurs s*y résignèrent, et aucun des marchands n'enfreignit la loi qu'ils s'étaient imposée, et qui, le mois suivant , fut étendue amiablement à tout le Soissonnais et à Gompiègne. Par suite de cette convention fidèlement observée, le pain fut d'un quart, de deux cinquièmes, en* fin de moitié moins cher dans la Généralité de Soissons que partout ailleurs; un bureau de subsistances, composé de neuf membres , rendit de grands services pendant trois mois : des ateliers publics pour les hommes, la filature à domicile pour les femmes, occupèrent les pauvres valides; labbesse de Notre-Dame, outre sa contribution en argent, distribua 3,000 livres de pain par semaine pendant quatre mois, bien que Notre-Dame, fort déchue de son antique splendeur , fût beaucoup moins riche que le chapitre de la cathédrale, qui avait en revenu près de 1,000 muids de blé ; Noire-Dame n'en possédait que 340. Le commerce iie
^ Mss. du président Brayer (cx-Ueulenanl-général de police).
9 APEENBICE.
fut cependant point interrompu avec le .dehors , et , dans les six mois qui suivirent la récolte de 1788, 17,000 maids de blé furent expédiés, du port de Soissons ; l'exportation annuelle par eau était ordinairement de 30 à 36,000 muids, malgré les embarras du cours de TAisne S et le commerce de blé entretenait dans la ville un mouvement de capitaux évalué à plus de quatre millions par an. Dans la situation critique où se trouvait Paris, le commerce ordinaire ne pouvait suffire à ses besoins » et la Commune parisienne eut plusieurs fois recours à l'assistance de Soissons : le maire de Paris, Fillustre Bailly, et le ministre Necker, écrivirent maintes lettres pressantes au lieutenant de police Brayer, qui déploya beaucoup d'intelligence et d'activité dans ces circonstances difficiles; l'exportation frauduleuse de blé qui se faisait par la Thierrache fut arrêtée, et Ton parvint à fournir près de 40,000 setiers en secours extraordinaires à Paris et à Versailles; le lieutenant de police de Soissons en fut remercié, au nom de la capitale, par Tadministrateur des subsistances Vauvillers , lieutenant du maire de Paris ^. Le prix du blé ne commença de diminuer qu'en décembre 1789.
Le Soissonnais, grâce an bon esprit de ses habitans et aux sages mesures prises pour alléger la détresse du peuple, traversa l'orageuse année de 1789 assez paisiblement, du moins en comparaison des provinces voisines; un jour pourtant, Soissons tout entier courut aux armes avec des cris de fureur et de désespoir : le 25 juillet, dans l'aprèsmidi, un courrier, arrivé de Crépy-en- Valois, apporta la nouvelle qu'une troupe de brigands avait coupé les blés, pendant la nuit précédente, dans la plaine de Béthisy; d'autres courriers se succédèrent d'heure en heure, annonçant que les brigands se portaient sur Villers-Cotterets, sur Pierrefonds, sur Atlichy, qu'ils fauchaient audacieusement les grains en plein jour; qu'ils étaient quatre
1 Mss. du président Brayer. L'importance de ce commerce datait de loin; au xnr' siècle, les blés du Soissonnais alimentaient la Champagne, et le principal entrepôt était à Fère-en-Tardenois. Âa xyw siècle , le commerce s'était détourné vers Paris : Delamarre ( TrtUté de la Police) dit que , dans une assemblée de police, tenue à Paris le 13 décembre 1630, on lut une lettre d'un marchand de blé de Soissons, qui se faisait fort d'amener 15,000 maids de blé à Paris en cas que la vente ftkt libre.
? Mss. du président Brayer.
mille !..« On croyait déjà les brigands aux portes de Soissons; vingt-cinq hussards qui se trouvaient dans la ville furent envoyés en reconnaissance ; tous les citoyens s'armèrent, et le maire Clamecy se hâta d'écrire au président de l'Assemblée Nationale pour réclamer des secours de cavalerie et de troupes légères. Cette scène s'était répétée le même jour dans la plus grande partie de la France : le pays entier se leva en masse pour combattre des ennemis fantastiques que l'on ne put saisir nulle part; la nation, qui avait pris les armes, ne les quitta plus, et, de cette panique, sortirent toutes les gardes nationales de France, qui remplacèrent, sur une immense échelle, les petits corps de milices locales, et s'organisèrent sur le modèle de la garde nationale de Paris formée quinze jours auparavant (lors de la prise de la Bastille) ^
La Révolution marchait à pas de géant : l'Assemblée donna bientôt àSoissons cette liberté municipale que Soissons n'avait point osé prendre. La fameuse nuit du 4 août vit s'écrouler tous les privilèges féodaux et autres , toutes les prérogatives exceptionnelles : le rachat des droits seigneuriaux fut autorisé; les dîmes furent supprimées; Soissons cessa d'être enclavé dans un apanage princier, et de relever du duc d'Orléans ; le titre et les droits des comtes de Soissons dispainirent pour toujours, et, avec eux, tous ces vieux privilèges ecclésiastiques et féodaux qui avaient été si long-temps i'épouvantail de la bourgeoisie soissonnaise ; les corporations d'arts et métiers furent abrogées comme tout l'ancien ordre de choses; c'était aussi un privilège et quasi le plus oppressif de tous, que ces lettres de jurandes et maîtrises sans l'octroi desquelles l'artisan laborieux et honnête ne pouvait passer maître ni employer ses bras et son intelligence pour son propre compte^. Le 2 novembre; l'Assemblée Nationale déclara les biens du clergé à la disposition de l'État, sauf indemnité aux détenteurs des propriétés qui seraient aliénées pour les besoins publics.
Dans le cours du même mois, Sieyes fit décréter qu'une division régulière et uniforme du territoire français rem-
1 Moniteur du 28 juillet 1789.
2 En 1743, les communautés d'arts et métiers de Soissons étaient au nombre de 64, comprenant 753 maîtres, (Mss. du président Brayer.)
10 APPBKDIGE.
placerait les anciennes provinces: les Goavernemeas , Provinces, Généralités, ÈleccîoBs, etc., furent abolis, et la France partagée en quatre*vingHrois départemens subdivisés en districts et municipalités ; triple degré à la fois électoral et administratif. Aucun acte de l'Assemblée Nationale n'eut une plus haute portée. Cette mesure, si salutaire pour la France en général , frappait d'une manière toute particulière sur .Soissoas, qui perdait son titre de chef-lieu de Généralité et n'était plus le centre d'un grand mouvement administratif et financier. Soissons se rattacha vivement à l'espoir de devenir le chef^Iieu du nouveau départemefU de l'Aisne, dans lequel se trouvait comprise la meilleure partie de l'an^iemie Généralité; mais il était peu probable que ce dédofpmagen^nt lui fAt accordé.
Dans son ardeur à jouir de la liberté municipale qui lui était rendue bien plus large qu'il ne Tavrà jamais possédée , le peuple soissonnais dépassa un peu les bornes posées par l'Assemblée Nationale» L'Assemblée avait attribué les droits municipaux aux citoyens qui payaiest une certaine quotité d'impôt représentant la valeur de quelques journées de travail : le prix des journées de travail étant variable, selon les localités^ l'Assemblée avait confié aux corps - de * ville et aux districts le soin de fixer, dans chaque commune, l'évaluation* de ce |mîx, base de l'électorat. Les citoyens de goissons s'assemblèrent par quartiers pour procéder eux-méanes i celte fixation avant d'élire le nouveau corps municipal, et les faubourgs voulurent se séparer de la ville et former une commune indépendante. L'Assemblée Nationale ordonna le maintien de ses décrets, et condamna lies prétemions des faubourgs (11 février 1790). L'Assemblée avait basé ses injonctions sur le rapport du député Target, membre du comité de Constitution ; mais , quelques jours après (20 février), M. Gouillard, électeur soissonnais, qui s'était déjà signalé dans les élections des États-Généraux, réclama, par une lettre insérée au Moniteur^ contre le préambule du décret du 11 février, et contre l'assertion que des troubles eussent agité 8oissons. Suivant lui, tout s'était passé très-paisiblement dans les trois quartiers ou sections de Soissons, qui n'avaient point fixé d'autorité l'évaluation du prix des journées, mais seulement avaient envoyé une nombreuse députation à la municipalité pour
rinviter à abaisser cette éYaluation de 20 sous à 12, afin d'admettre dans les assemblées primaires an plus grand nombre de citoyens. Le corps* de -ville avait d*abord consenti; pois, revenant snr sa concession» s'était tont à-conp décidé à suspendre les élections au moment où Ton s'apprêtait à élire les nouveaux magistrats municipaux, et en avait alors référé à ^.l'Assemblée Nationale. Le mécontentement du peuple, suivant M. Gouillard, ne s'exhala qu'en pUùtUes et en pûtes plainte* ^ mais il n'y eut aucun désordre. Les trois sections de la ville appuyèrent les représentations de M. Gouillard*. L'Assemblée Nationale envoya un commissaire, l'abbé d'Expilly, s'enquérir de l'état des choses sur les lieux mêmes, et les élections municipales eurent enfin lieu tout à l'avantage de lopinion démocratique : M. GouiUard fut nommé mairç , et M. Fîquet, procureur de la Commune.
Les trois degrés administratifs et politiques , la commune, le district, le département, devaient être organisés successivement sur un plan ideiitique ; une assemblée délibérante et un conseil exécutif, toits deux sortis de l'élection populaire, étant le double élérnent qui se reproduisait sur chaque échelon de ce système unitaire. Une loi du 4 mars 1790 détermina la circonscription du département de l'Aisne, partagé en six districts ou arrondissemens , qui eurent pour chefs-lieux Saint-Quentin, Guise ( à qui succéda Vervins), Laon, Chauny, Soissons et ChâteaU'Thierry. Le' district de Spissons comprit la plus grande partie de l'ancien Soissonna^s proprement dit, avec une portion de l'Ourceois (Oulchy etenvirons), Villers-Cotteretset la forêt de Retz; Vailly, Braine, Basoche, Yiç-sur-Aisne, demeurèrent soissonnais. L'Administration ou Directoire du district de Soissons fut composée de MM« Guillot, procureur du roi à Villers-Cotterets; Wignier, notaire à Vailly; Quinette , avocat à Soissons , nom destiné à une prochaine célébrité ; Fiquet, procureur de la Commun^ de Soissons; Leiarge, maire de Micy-sur-Aisne ; Dufresne, laboureur à Vregny, et Blin de la Chaussée , procureur-général-syn-* die. Il restait une question grave à résoudre» celle du siège de l'administration départementale : l'Assemblée Nationale en conféra la décision à l'assemblée électorale de
1 Moniteur des 11 et 20 janvier 1790.
l'Aisne, qui se réunit, le 17 mai 1790, àChanny, au nombre de six cent trente-huit membres. M. Blin de la Chaussée, de Soissons, commissaire pour le roi auprès du corps électoral, exposa à TAssemblée qu'elle avait à se prononcer entre LaoB et Soissons comme chef-lieu du département, et à former les corps administratifs de l'Aisne. Les débats furent dignes d'intérêt : MH. Quinette, Le Tellîer, Quinquet, Fiqnet, se succédèrent à la tribune pourxléfendre les droits de Soissons, et mirent tout en œuvre pour conserver à leur cité sa vieille prééminence ; mais ce fut en vain que Soissons fit valoir son antique renommée de capitale d'un royaume, et sa position récemment perdue de chef-lieu de gouvernement militaire et de Généralité : ni son heureux site sur la rivière dont le département venait d'emprunter le nom, ni son titre de grenier de r Ile-de- France, ne prévalurent contre les prétentions de Laon : la situation de cette ville au centre du département entraîna la plupart des suffrages, et Soissons fut abandonné même d'une partie de son propre district. Laon fut donc proclamé capitale du département de l'Aisne à la majorité de 411 voix contre 37 *.
€ M. de Saint- Just, électeur de Blérancourt , est-il dît dans le compte-rendu des séances, a prononcé dans cette discussion un discours applaudi par l'assemblée, et qu'elle a réclamé pour être joint à son procès-verbal. » Ce formidable nom de Saint-Just ^ qui apparaît ici pour la première fois mêlé aux affaires politiques, ne semble-t-il pas retentir comme un coup de tonnerre au milieu des paisibles délibérations deChauny? Au printemps de 1790, les honnêtes électeurs, parmi lesquels siégeait le délégué de Blérancourt, ne pressentaient guère encore ce que deviendrait ce jeune homme de vingt-deux ans, dont chacun admirait la belle et noble figure et la parole chaleureuse. Louis- Léon- Antoine de Saint-Just, né àDecise en Nivernais, mais établi avec sa famille à Blérancourt en Soissonnais, dès sa première enfance, avait cependant laissé de profonds souvenirs au collège de Soissons où il avait été élevé , et son enfance avait annoncé une destinée hors de la ligne commune. Grave, fier et rêveur, prenant peu de part aux jeux de ses condisciples, dont il se distinguait par ses manières
1 Procès-verbal de l'assemblée électorale de l'Aisne; Noyon, 1790.
APPENDICE. j 5
hautaines et par sa mise recherchée autant que par sa pré* coce intelligence, il dominait les autres écoliers presque sans se mêler avec eux ; ses professeurs l'appelaient le foudre de guerre. 1( portait alors sur la poésie ces facultés passionnées qui devaient bientôt prendre une autre direc» tion et se répandre en torrens d'une farouche éloquence. Presque tous ses devoirs de collège étaient écrits en vers français ; mais, par une singularité assez étrange chez ce caractère sérieux et réfléchi, sa poésie tournait souvent au burlesque ^ Un jour ses camarades écrivirent à sa place le nom de d*Assoucy : sa colère fut inexprimable. Les souvenirs des hommes qui ont pu connaître ses premières années ne s'accordent pas sur ses inclinations : les uns disent qu'il se montrait bon et bienveillant; les autres, qu'il avait le goût de la destruction et se plaisait à des jeux cruels; les uns et les autres peuvent avoir raison; ce fut une nature si complexe et si contradictoire que celle de SaintJust! On sait, du reste, combien la tradition orale s'altère vite, et combien l'on est porté, par une illusion assez générale, à refaire l'enfance des personnages célèbres d'après les actes de leur âge mûr. On raconte qu'à propos d'un thème sur la religion, un de ses régem, stupéfait de l'audace de ses idées et de l'éclat de son style, sëcria qu'Antoine de Saint-Just deviendrait un grand homme ou un grand crimtneU Quoi qu'il en soit, Saint-Just était plus craint qu'aimé de ses condisciples, et, durant son séjour au collège comme après son entrée dans le monde , son humeur susceptible et mal endurante lui valut mainte querelle : il ne parut pas s'en ressouvenir plus tard , lorsqu'il fût armé d'une si terrible puissance, lorsqu'il dirigea les plus impitoyables rigueurs du comité de Salut Public, et il n'exerça aucune vengeance personnelle.
La décision de l'assemblée électorale de Chauny avait eu des suites fâcheuses à Soissons, où la division des opinions allait croissant : les anciennes familles de haute bourgeoisie, qui formaient dans la plupart de nos communes une sorte de patriciat municipal, et qui étaient accou-
1 On sait que, peu de temps après sa sortie du collège, il écrivit sous le iiireà^Organtf un poème licencieux dans le genre éelSiPueeUe; plus tard, il détruisit, dit-on, tous les exemplaires qu'il put retrouver. Ce poème est tellement rare, qu'il n'existe pas plus à la Biblioilièque Royale de Paris qu'à la Bibliothèque de Soissons.
1 4 APPETTDICE.
tumées à exercer dans Soissoits une suprématie longtemps incontestée, ne pouvaient Toir avec plaisir la marche d'une révolution qui avait commencé par supprimer les nombreux offices privilégiés dont elles jouissaient , et qui venait , malgré leur résistance, d'ouvrir le corps-deville à la petite bourgeoisie , à la classe des marchands et même des artisans. La haute bourgeoisie forma , sous le titre de club patriotique^ une association naturellement hostile à la nouvelle municipalité, tandis* que les démocrates organisaient de leur côté , pour soutenir le corps municipal, une société de» Amis de la Constitution affiliée à la célèbri& société dé Paris.
La défaite de Soissons dans l'assemblée de Ghauny, défaite'qui enlevait toute compensation à cette vtUe pour la suppression de l'Intendance, le bruit que l'évéché, parfaite de la réforme du clergé, allait être aussi transféré hors de Soissons , opérèrent dans le peuple une réaction peu favorable à la Révolution; on attribua au totps municipdiles pertes qu'essuyait la ville , bien qu'il en fût fort innocent, et le club patriotique profita de cette disposition momentanée des esprits pour provoquer la fusion des deux sociétés et la convocation d'une assemblée générale de la Commune, dans laquelle les oificiers municipaux furent fort maltraités de paroles (13 juin); on demanda immédiatement une seconde assemblée pour le surlendemain , afin de pousser les choses plus loin et de forcer le corps mnntcipal à donner sa démission ; mais la municipalité remit à faire droit à cette demande Jusqu'au retour du maire, qui partit pour aller prendre les ordres de l' AsseiftNée Nationale. Les adversaires du nouveau régime se réunirent alors au club , qui se tenait dans le couvent des Cordelîers , récemment supprimés, et rédigèrent une Adresse à l'Assemblée Nationale contre le maire; mais les démocrates avaient repris courage : ils firent irruption dans le club^ mirent en fuite leurs adversaires, s'emparèrent de la boîte qui renfermait l'Adresse, et l'emportèrent en triomphe à l'hôteldé-vîUe. La lutte, qui heureusement n'avait point été jusqu'à l'effusion du sang , se termina par la suspension des clulfSf fermés par les officiers municipaux, aux acclamations du peuple fatigué de ces discordes (18 juiD) *•
1 Lettre de 120 citoyens de Soissons à TAssemblée nationale, du $ juio
Le comité des Recherches de TAssemblëe Nationale approuva la conduite de la municipalité , et le club ne fut rouvert qu'au bo«t de quelque temps ; mais , alors , les événemens avaient donné au parti démocratique une prépondérance décidée, et l'opinion contraire n'eut plus chance de dominer la société des Amis de la Constitution.
Soissons n'en fut pas plus tranquille : les droits politiques conférés aux classes inférieures ne pouvaient leur donner le bien-être matériel dont elles étajent privées ; l'industrie n'en était pas moins languissante, et les denrées de première nécessité se maintenaient toujours à des prix élevés. Les officiers municipaux ayant cru devoir diminuer le prix du pain, et le fixera deux sous et demi la livre 9 les boulangers de Soissons se pourvurent au bailliage contre cette décision ; le baiUiage , sur les conclusions du procureur du roi , cassa la taxe, et en établit une autre plus élevée; le peuple irrité s'ameuta, et des attroupemens menaçans- parcoururent la ville ; le conseil-général de la Commune (conseil municipal), soutenu par le directoire du district, rétablit la taxe malgré la sentence du bailliage, qui ne céda pas, et qui entama des poursuites criminelles contre les gens du peuple qui avaient participé à l'émeute. La municipalité , craignant des désordres beaucoup plus graves, en appela à l'Assemblée Nationale; les comités des Rapports et des Recherches exposèrent les faits à FAssemblée, et lui proposèrent d'annuler la sentence du bailliage et de lui interdire la continuation des poursuites. Le député R(d)espierre appuya chaudement la proposition des comités, c la taxe du pain^ comme toutes les mesures analogues, appartenant, dit-il, aux corps administratifs et nullement aux corps judiciaires ;> le baiUiage fut vivement attaqué par le député Chabroud, comme étant le foyer de l'aristocratie à Soissons ; l'apport des pièces relatives à l'affaire fut ordonné , et la procédure n'eut pas de suite (2i juillet) '.
L'agitation continua , toujours relativement aux subsistances : la ville de Metz, qui souffrait de la disette, ayant envoyé un commissaire à Soissons pour y faire des achats de blé, le conseil-général de la Commune, assuré de Tapprovisionnement de la ville pour deux mois, autorisa les
i Moniteur du 21 juillet 1790.
marchaDds à veodre le surplus de leurs grains aux gens de Metz ; mais le peuple , croyant déjà voir le pain renchérir et la Tamine envahir Boissons, s'attroupa^ en criant qu'on voulait expédier les blés aux émigrés , arrêta les voitures de grains qui étaient déjà sur la route de Reims, et allait s'emparer des blés, quand le président de la section des Feuillans , Lherbon , officier municipal, fit déployer le drapeau rouge , et, accompagné d'un petit nombre d'hommes énergiques , dissipa les mutins (31 juillet* W août). Le blé ne fut pas pillé, et on le déchargea dans la Prison-Neuve (bâtie nouvellement à l'extrémité de la place d'armes , sur l'emplacement de l'ancienne église Saint-Victor ); mais il ne partit point : le comité des Rapports eut beau mander à la municipalité de veiller à l'exécution des décrets qui ordonnaient la libre circulation des grains; le peuple s'y opposa de nouveau, et la municipalité se borna à des représentations amiables qui produisirent fort peu d'effet. Le directoire du district blâma la mollesse du corps municipal , et l'affaire fut encore portée à l'Assemblée Nationale. Le rapporteur Yoydel, au nom du comité des Recherches, proposa d'improuver par un décret la faiblesse de la municipalité , de lui enjoindre de faire sortir le blé par force, s'il y avait lieu, et de prier Je roi qu'il déférât au bailliage de Château-Thierry la poursuite des auteurs de la sédition. Robespierre . prit derechef le parti de la municipalité , et combattit le projet du décret, qui , appuyé par Rœderer, fut adopté par l'Assemblée, et enfin mis à exécution (23 septembre) ^
La lutte soutenue par le bailliage contre la municipalité avait été le dernier acte de ce corps judiciaire : les bailliages et sièges présidiaux furent enveloppés, sur ces entrefaites, dans la suppression des parlemens et dans la réforme générale de la justice : le bailliage de Soissons disparut comme l'Intendance et l'Élection; il fut remplacé par un tribunal civil de district , composé de cinq juges élus par les citoyens : MM. firocheton, membre de l'Assemblée Nationale, Bocquet, Decaisne, Bràlé et Petit; un seul tribunal criminel fut créé dans chaque chef-lieu de département.
1 Moniteur du 23 septembre nSO.—Précis de la vie politique du sieur liierbon. (Paris , sans date.)
A.PP£lf BICE. 1 7
Tontos ks fonctions sociales passaient snccessiTeipent sous le régime de l'élection populaire : les dignités ecclésiastiques avaient été anssi déclarées électives» ainsi qne <lans la prinûtive église, et, sans toucher aucunement aux dogmes, FAssemblée avait feit passer le niveau de la réforme sur Toi^anisation de rÉgUse gallicane» en abolissant les ordres monastiques , chapitres et communautés , mettant leurs biens aux mains de l'État, et changeant la. circonscription des diocèses, qui avaient été établis par les premiers chrétiens sur le plan des divisions administratives de l'empire romain, et qu'on voulait maintenant faire correspondre à la nouvelle division de la France en départemens ( 12 juillet). Les neuf paroisses et cures de Soissons furent réunies à la cathédrale, sauf la paroisse Saint-Waast; Satnt-Crépin4e-Grand, dont on congédia les moines, fut déclaré succursale, et la crainte qu'on avait eue de. voir l'évéché constitutionnel transféré à Laon ne se réalisa pas{ l'antique siège soissonnais fut respecté; mais le riche et puissant chapitre de la cathédrale fut supprimé, ainsi que les chapitres de Saint-Pierre-au-Parvis, de Notre - Dame des Vignes et de Saint-Waast , et les grandes abbayes , qui , depuis tant de siècles, dominaient la cité, subirent successive^ ment le même sort; la Commune, si long-temps combattue, si souvent opprimée par ces orgueilleuses seigneuries ecclésiastiques, puis étouffée comme elles sous la monarchie absolue, restait enfin seule debout sur leurs ruines. Plus d'un Soissonnais dut pourtant éprouver un sentiment de tristesse et de regret en voyant l'abolition de ces établissemens dont l'existence s'était en quelque sorte identifiée à celle de la ville, et surtout en songeant à la chute prochaine de ces grands monumens qui faisaient l'ornement et la gloire de Soissons; car l'un était la conséquence de l'autre , et la suppression des moines devait entraîner la destruction des monastères! Les vingt-quatre établissemens religieux de la ville et des faubourgs devaient , en s'écroulant, y laisser un grand vide : la vente des propriétés amorties entre les mains du clergé, et leur rentrée dans la circulation, répandirent une vie nouvelle dans le pays » mais furent peut-être proportionnellement plus avantageuses encore à la campagne qu*à la ville, où se consommaient auparavant les 600,000 livres de rente du clergé
18 APP£]yi>lC£.
soissonaais 9 propriétaire dn tiers du sol. Au reste, le pe^ tit nombre des ecdësiastiqaes qui jouissaient de ces richesses était vraiment scandaleux; Satflt*Médard éuit réduit à 13 noioes; Saint-Jean, à 20 ou 22 profès; Saint- Gré{nn-le-Grand , à 5 religieux ^ I
Une partie des ecclésiastiques» surtout les curés de campagne, se soumirent aux décrets de rAssemblée : Tévéque Claude de Bourdeilles ne crut pas pouvoir prêter le serment que lui imposait le conseil-général du département, et qui consistait dans la formule suivante : c Je fais le serment solennel de veiller avec soin sur les fidèles du diocèse qui m'est confié , d'être fidèle à la nation , à la loi et au roi, et de mamtenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée Nationale et acceptée par le roi. • La lettre par laquelle M, de Bourdeilles énonçait son refus définitif, et la protestation virulente des d-devani chanoines de SoissoDS contre le serment, furent dénoncées au conseilgénéral de l'Aisne, siégeante Laon, qui envoya ces pièces à l'Assemblée Nationale , tout en témoignant à M. de Bourdeilles les égards que méritaient son âge, ses infirmkés^ et ses vertus morales* L'évéque, dans les diverses lettres qu'il adressa à ses ouailles, déplorait l'abolition des ordres religieux, des chapitres, etc. ; ce qui donna lieu à cette saillie du rapporteur Voydel: t M. l'évéque de Soissons, s'écria oe êéputé en exposant le débat à l'Assemblée Nationale, réckime vivement contre le&suppressions; eh bien ! messieurs, ildateses réclamations de Villeneuve, maison de Célestins qu'il a fait supprimet* et dont il jouit en ce moment même! » (novembre 1790.)
M. de Bourdeilles ne posséda plus long-temps ni Villeneuve, ni l'épiscopat même; car le siège de Soissons, pendant ce temps, était déclaré vacant par le conseiUgénéral, et le corps électoral de l'Aisne était convoqué au 28 noyembre pour procéder au choix d'un autre évêque : on nomma M. MaroUes, curé d'une des paroisses de Saint- Quentin, «et député du clergé du bailliage de Saint-Quen-
t p. HouiUer, État eocléâftslkiiiect civil du diocèse de Soissons, 17S3. Mss. de P. Louis Bnyer. 11 y avait en 1789 cinq paroisses proprement dites et quatre cures non paroissiales; ces neufs paroisses ou cures étaient -.Notre-Dame-des- Vignes, Saint* Waast, Saint-Léger, Saint-H^aentin, SaiDtrMartin, Saint-Reny, Saàpt-Pierre^lt-Vieia, Saint-Jacqnesel la cuM dfs Fonts.
AP^KXDfCE. 61
tM à VAêmmkiét Matîonate : H Tut sacré à Paris par le fa* iiieiixévéqoedrAiitiia,M.deTalleyraBd. M.deBoiirdeiUes quitta Soisson» aa flM>is de février 1791 , en lançant, contre la Comtàtitfoii GvUe da clergé » écrit qui l«i yalsi des poarsmies jndiriaires , et le noorean préls^ fut installé le d mars. C'était un homme doux^ honnête et conciliant; il atait pris pour seeaa épiscopal une couronne d'épines arec ces trois mots : Fei^ Paix^Chmrké; il fut fidèle à cette devise, et la csuroime if épines ne fat point pour loi une simple figure de rhétorique; car son épiscopat dora peu et s'acheva an milieu de mdes épreuves , après avoir commencé sous d'heureux auspices. L'évéqne constitutionnel fut en effet très brillamment accueilli dans Soissons : les gardes nationales de la ville et des campagnes* s'assemblèrent en masse pour le recevoir, et des Ceux de joie , des illuminations fêlèrent son arrivée ; il fut nommé président du club dea ilntû de la Catu^yUon récemment rouvert ; mais ces présages fovoraUes ne tardèrent pas à être dé^ mentis par la tempête qni enveloppa tout ensemble les deux clergés oMiermenié et insermenté.
. Le compte-rendu de la session du conseitffénéral de f Attue (novembre 1790), où fut ordonnée l'élection du nouvel évêqne , renferme quelques autres faits [intéressans, relatUs à Soissons. L'administration départementale y décréta l'aliénation des bâtimens de l'Intendance , cette Castneuse construction qui avait coAté plus de 1,200,000 livres à la province , pour satisfaire la vanité d'an intendant ; eette vente, qnî ne fut point effectuée, n'eAt peirinêtre pa& rapporté le douzième de ce qu'avait coAté l'édifice , et il ft'est point à regretter que rintendance9 en changeant de destination, soit restée propriété publique. L'adminis^ tration Départementale sdticita de l'Assemblée Nationale lërectîon d'un tribunal de commerce à Soissons en remplacement de Tancienne juridictioo consulaire ; elle accueillit la demande faite par la mnnicipalîtéet le conseilgénéral de la Gonunnne de Soissons, qui requéraient l'an* torisolton d'abattre une partie des arbres du Cours, des remparts et autres lieux publics. Beaucoup debiensnattoitauo;, à la fin de 1790, étaient déjà en vente dans la tiHe et le district de Soissons : Fadministration départementale prit, relativement aumo^t/terdes maisons ecclésiastiques supprimées, des mesures qui, bien exécutées, eussent prévenu des
20 APPEITDICE.
dévastations à jamais déplorables; pstrmice mobilier y fign-* raient mille précieux objets d'art dont la plupart ont disparu sans retour, et d'autres monumens plus précieux encore peut-^tre, ces cartulaires où les Bénédictins avaient puisé à pleines mains l'histoire de la vieille France ; le transfert des cartulaires et des autres manuscrits aux archives du district ue fut malheureusement pas confié à des Bénédictins , et le désordre avec lequel il s'opéra équivalut à peu près à la destruction des chartriers: la Bibliothèque Nationale en a recueilli quelques rares débris. On ne sut jamais ce qu'étaient devenus le magnifique évangile de Lonis-le- Débonnaire ni le rituel de Nivelon, qui était dans la Bibliothèque du chapitre.
Le conseil-général, avant de se séparer , alloua quelques centaines de francs pour frais de bureau à la Société d'Agriculture qui s'était établie à Soissons S
L'année 1791 s'écoulait : l'Assemblée Nationale Constituante avait terminé ses immenses travaux et donné à la France une Constitution destinée à périr au bout de peu de mois dans les chocs furieux des partis. On procéda par toute la France à l'élection d'une nouvelle assemblée, purement législative et non plus constituante , mais chargée d'appliquer la Constitution de 1791: lésé vénemens allaient lui faire un tout autre rôle. Les députés du tiersétat de Tex-bailliage de Soissons s'étaient peu signalés à l'attention publique dans la Constituante : le député Brocheton n'était guère monté à la tribune que lors de la discussion relative à l'inamovibilité des juges {4 mat 1790) , principe qu'il défendit au nom de l'intérêt social; quant au député de la noblesse , le comte d'Ëgmont , après s'être efforcé de détourner l'adoption du décret qui abolit la noblesse (13 juin 1790), il était passé à l'étranger, et commandait les émigrés rassemblés à Goblentz sous les ordres supérieurs du prince de Condé et du duc de Bourbon.
(Septembre 1791.) La démocratie soissonnaise fut représentée avec plus d'éclat dans la Législative : deux citoyens de Soissons , MM. Quinette, membre du directoii^e
1 Mss. de P.-Loois Brayer. — Procès-verbal de l'admiiiistratioii de VÂisne; Laon, 1790. — Monteur de novembre 1789 et 18 mars 179i. — Lors de la troisième session de rÂdmintstrationderAisne (novembre 1791), sûr plus de 100 millions de biens d*ëglise aliénables que rearermait le dé- IMtftement, on en avait d^à vendu pour environ 64 millions.
APPfilTDICe. 91
do district, et Fiqoet, procoreBi^syndic dn dîstrici, forent élos dépotés do dépauteoieot par Fasseniblétt éieclorale de FAittie, qoi avait d'abord dioisi H. Qoioette pour son président. On faillît leor donner poor coUègoe le jeone Saint-Jnst, qoi OTait acqois, depois un an» beaocoopdlnfloence dans toote la contrée, et qni ralliait autoor de loi, par la foogoe de ses opinions républicaines, tons les esprits exahés. Son âge seul ( il loi manquait deox ans poor atteindre les vingt-cinq ans fixés par la loi) Tempécha d'être éln. Les électeors de rAîsne s'éiaient honorés en portant leors soffrages sur deux hommes distingués par leur probité, leor mérite et la sincérité de leurs con<* dictions : M. Quinette prit bientôt one part importante aox débats de TAssemblée Législative et siégea parmi les principaux membres do c6té gauche.
Les périls de la France croissaient toojoors : l'étranger s'apprêtait à intervenir dans nos dissensions politiques, et le territoire national était menacé au nord par les Autrichiens, à l'est par les Prussiens. L'Assemblée Législative, après avoir déclaré la patrie en danger^ décréta la formation d'un camp à Soissons, pour servir de réserve à l'armée qui défendait la Champagne , et l'on dirigea sur cette ville one partie des fédérés de Paris et des départemens» Le camp fut établi dans cette plaine deSt-Grépin-en-Chaye, qni, à une époque moins lugubre et moins héroïque, avait vu parader les régimens de Louis XY (en 1765-66-67); les fédérés n'étaient encore qu'environ deux mille, à la mijuillet 1792; tuais leur nombre s'accrut rapidement, plus rapidement que les ressources nécessaires à leur entretien, on du moins que l'organisation de ces ressources ; mille fermens de désordre travaillérent^cette masse d'hommes indisciplinés , animés de passions violentes , et disposés à voir partout des complots [et des trahisons. Le 31 juillet, sur la proposition du député;^Guadet,rAssemblée chargea trois commissaires, Garnot, Gasparin et Lacombe-St-Miehel, de se rendre au camp, dépourvu, disait-on, d'armes et d'effets, pour en examiner Id situation; mais, pendant ce temps , le camp et la ville étaient en proie à un tumulte épouvantable. Un matin, beaucoup de fédérés avaient trouvé des parcelles de verre dans leur pain de munition ; le bruit courut aussitôt qu'on avait ourdi une horrible conspiration pour empoisonner les défenseurs de la patrie;
22 APP£NJ>IC£.
les fédérés cMrurent aux arnes H se répaodirettt par la ville, crianc v-eageance et votilaot mettre en pièces \e$ fourniaaeitf&des vivres, les coinmiasaireB des guerres e% les employés à la manipalatioii du paiflu La bojme cofttenaAce de la manioipalitë, et une adresse <AaleHfeiise rédigée ait Rom^ la commune, par rex-cordelier Mesurotles, bibliothécaire de la ville (1) , les déddèreut eafia à écouter la raison, et à attendre justiee de TAssemblée Natioiiale au lieu de se la faire «nxHnéoies. On manda an ministre de la guerre «e qui venait de se passer , et , le 2 août, dans la séance du matin, le ministre d'Abancourt vîiKt dénon* cer à l'Assemblée ie trime oèomimMe eommh à So^i&îont par des malueitUns : Tagitation de TAfisemblée fut -extrême; mais l'effet de cette sinistre nouvelle (mA bien pluis violent encore parmi le peuple 'parisien : o» disait que ceatr soixante-dix fédérés étaient dé}à «norts empoisonnés , que sept à huit cents autres semouraieat.daos 1^ b^pitaux de Boissons ; le funeste nécit s'enflaîit de boucb^ en boMcbe , et Texaspération populaire sMa grandissait djurant toute la journée. A onze heures du soir., comme la Législative levait sa seconde séance <)uotidieone, la section des Quatre* Nations , une des plus ardentes de Paris , se préK^îpita en foule à la barre de TAssemblée, en ébi^nlant la salle de ses clameurs Curieuses : c Vengeancel vengeance ! on em* poisonne nos défenseurs, nos amis, nos frèresl Représentans du peuple, nous abaadonnerez-vous? — Non! non! — C'est à vons que nous demandons vengeance ! nous Tattendons de vous seuls! -^ Oui, oui, vous Taures!» s'écria TAssemUée se levant en mlisse.
Le lendemain de cette terrtUe scène ( 3 aoli), oi| connut enGn la vérité sur révénement qui avsut soiuleYé tant de colères et qui avait failli en&nier des cwséifimices si tragiques. Les trois com«)issaires Camot»<i^sparîn et Lacombe, arrivés à Soissoos le lendemain de l'émeute mîlir taire, avaient entamé sur*le-^ehamp «lae eiiqiiét<9«<et aceom* pagnes de députés de la municipalité» 4e garàsswaiatio.nattx et d'autres citoyens, s'étaient transportés successivement au magasin de farine « puis à l'endroit oii l'on iiiiaiûpidait
1 La bibliothèque de la ville , formée, pour la plusjgrande partie, aux dépens de U riche bibliothèque de fabbaye de Pr^ontré, récenmient sup-> primée, fat placée d'abord au séninalre^
APVBNDMIE. ^
le pain de&lfné ame fédéré» : cet endroit éf ail ia nef de rëgbse Saint- Jean- des -Vigiles, «qui avait subi, depuis devx aa», des outrages de tonte natwre; ce eourt espace de temps avait suK pour dégrader erneUement ce beau vaisseau, probableoieiit assez mal entreten» da«6 le couJt9 du dernier sièele] par ses chanoines; les murs déjà se lézardaient de tontes parts, et la commotioD causée par la mampuldaùm dtt pain avait brisé et fait tomber dans les pétrins une partie des vitraux des bas-côté», satisf qu'il y eût là Vautre crime que de la négligence et de l'incurie de la part des employés aux vivres. Telle fut l'explication crae rAssembtée reçut le 3 août, et, quatre joinrs après, le commissaîre Làcombe Saint-Michel fit un nouveau rapport très-rassurant sur la situation dacamp ; tes vivres nemanquaient pas, car il y avait dans les magasins 4,009 sacs de FarFue, dont 3,200 de très-bonne qualité; on avait des^ effets de campement pour six bataillon»; la viande, le vinaigre, l'ean-de-vie, les fourrages abondaient; les malades* étaient en petit nombre; on ava<ii organisé uuecompagm^detaïaè assez considérable pour une armée de 40,000 bioBmeS) et un h^tai susceptible de recevoir sept à hnk cents madades. Le rapporteur trouvait déraisonnable qu'on eût fait venir les farines de Rewen, tandis que l'ancien Soissonnaâ» était un, des greniers de la France ; U proposait de convertir en caserne l'abbaye de- Notre-Dame, qui^ avec ses dépendances, couvrait la huitième pairtie dn terrain de la ville, et avait plutôt l'air, ajoutait Laeombe , d'un sérail ou d*vn chàteaurfort que de l'humble retraite des fiUes d» Sei^wur. fïotre-Dame, en effet, avait encore, jusqu'à un eept^n- point, l'aspect d'une forteresse féodale. Ses eÎDqnante religieuses n'avaient pas quitté leur demeure, quoiqu'un arrêté de TadministFa^ion départementale eut ordo&né leur translation dans une maison située à trois cents toises de l'abbaye; elles furent enfin contramtes dfabandonnar et leur cloître et leur vénérable basilique pomaney prêts à crpuler sous le marteau des démotisseurs; knrs voisins^ les chanoines de Saint-Pierre, s'étaient dispersés avsuit elles ; Saïnt-Médard et Saint-Grépin-le-Grand avaient vu aussi disparaître la dernière de leurs génération» monastiques, et l'ordre de Saint-Benoit avait terminé
sa earrièra de douze siècles * !
^ Mm($eui^ des % 3, 4 et 7 août 1792.— Mss. de P.-L. Braycr.
Les généraux Guslifies, Cbarton , Servan et' BeaQhar«i nais avaient étéchargés, dès le 2 août» de commander le camp, qui compta peu 'à peu jusqu'à vingt-tcinq mille hommes, et fut la réserve et le dépôt de l'armée de Champagne durant la glorieuse campagne de Valmy. Les fédé-^ rés se dirigeaient de Soissons sur Ghâlons à mesure qu'ils étaient exercés et organisés. Les nouvelles de Paris et de l'armée s'entrecroisaient sans cesse à Soissons, et entretenaient une effervescence continuelle parmi les volontaires nationaux ; les affreuses journées de septembre eurent leur contre-coup à Soissons. La lutte entre les armées française et prussienne n'était point encore décidée; les partis ennemis couraient toute la Champagne, et les kow- /ans prussiens arrivaient jusque dans le SoissoQnais; on ne rêvait que conspirations rpyalistes; l'imprudence d'un sous-officier de fédérés amena une déplorable catastrophe. Un boulanger de Lagny, sergent-major dans une compagnie de volontaires, étant en pointe de vin, s'avisa de demander en plaisantant à un de ses compagnons de bouteille s'il passerait aux émigrés pour 300 fr.; l'autre s'écria qu'il ne le ferait certes pas. c -r- Tu as raison, reprit le sergent-major ; si je savais que tu en eusses envie, je te passerais mon sabre à travers le corps. >
Ce correctif donné à un propos dangereux ne sauva pas le malheureux boulanger : le bruit se répandit qu'il avait régalé ses camarades pour les embaucher au profit de l'ennemi ; il fut arrêté et tratné à la municipalité de Soissons par une foule furieuse qui réclamait son jugement immédiat. La municipalité invita l'administration du district à se réunir à elle pour délibérer sur ce qu'on devait faire dans une circonstance aussi critique; le District envoya douze députés à l'HÔtel-de-Ville ; la place d'Armes, les rues voisines, l'extérieur et l'intérieur de l'Hôtel-de- Ville étaient encombrés pardix m^le volontaires, qui, le sabre nu au poing, demandaient à grands cris lo'têie dtL traître. Le juge de paix Lherbon , un des douze envoyés du District, chargé d'interroger l'accusé, reconnut sans peine l'innocence de cet homme, et traîna l'interrogatoire pendant deux heures pour tâcher de calmer la rage de la multitude; mais les délais ne firent qu'augmenter^ cette exaltation frénétique : le juge de paix, ne sachant plus que faire, .déclara qu!il ne trouvait rien qui prouv&t la CQlp%-
▲PPENIHCE.
bîiitë de Taccusé, et engagea les volontaires à reconduire ce malheoreHx au camp pour le remettre à un conseil de guerre qui jugerait l'affaire en dernier ressort. Les volontaires qui étaient dans THôtel-de-YiUe et sur la place consentirent d'abord à la proposition du magistrat, et jurèrent même d*enmener l'accusé sain et sauf; mais tout-àcoup, excités apparemment par de nouvelles bandes plus forcenées^ ils se ravisèrent et forcèrent le juge de paix de les suivre au camp pour yjugerl'accuiè, disaient-ils. Bientôt leur fureur commença à se tourner contre lui-même : on vociféra que lui aussi avait l'air dun embaucheur pour les émigrés , et, arrivé au Mail, il vit les sabres des volontaires se lever sur sa tête; sa présence d'esprit et sa fermeté le sauvèrent ; il menaça ces insensés des vengeances de la Convention Nationale s'ils égorgeaient un fontionnaire public; il leur imposa par sa bonne contenance, et parvint à s'échapper de leurs mains et à se jeter dans un groupe de citoyens de Soissons qui l'avaient suivi à quelque distance; mais à peine avait-il fait deux cents pas pour regagner la ville , qu'il entendit derrière lui un horrible cri d'agonie, et, un moment après, il reconnut, à la pointe de deux sabres, la tête et la main du malheureux sergentmajor, dont les restes mutilés furent portés par les meurtriers jusqu'à l'entrée de la cathédrale, où était réunie l'assemblée du District. ^
Deux des camarades du sergent-major et l'exécuteur des hautes-œuvres de Soissons, nomnié Zel, subirent le même sort, et des forcenés traînèrent leurs cadavres par les mes aux cris de: f^ive la nation} fuî, dit un témoin oculaire, pénélrtùent d'horreur les vrais amis de la na* iion '.
Ce fut an milieu de ces scènes de sang et de deuil qu'eurent lien les élections de la Convention Nationale : la Contitntion de 1791 s'était déjà écroulée sons le canon du 10 aoAt répondant an canon de l'invasion étrangère; le roi était suspendu de ses fonctions et prisonnier au Temple, et tout annonçait qne la nouvelle assemblée <Mctatoriale allait avoir à traverser la plus effroyable crise que la France eût subie depuis des siècles. Les noms de Quinetce et de
* Mfs. de P.-Lonis Brayer. ^Précis de la vie poUUque du iieur' JLà0rban.
Fiquet sortirent » pour la seconde fois, de rurne électo^ raie de l'Aisne, et, avec en, celui de Saint-Jusi. La loi électorale antérieure étant abrogée implicitement, Soint-Just, Âgé senlemeut de vingt-quatre ans, fnt proclamé à la presque unanimité par les électeurs de FAisne, qui crurent donner à la Révolution française un Lycurgue, en envoyant à la Convention ce sombre enthousiaste des vertus Spartiates et romaines* ' Les prévisions et les e3'pérances queSaint-Just avait manifestées depuis Ioi^4emps se réalisèrent, peu de jours après la réunion de F Asseinblée, par l'abolition de la ' royauté et la proclamation de la République. Lorsque cette grande question avait été mise aux voix, M.Quinette avait proposé d'en renvoyer directement la solution au peuple.
Les événemens se pressèrent,- toujours plus vastes et plus solennels. Le malheureux Louis XVI, dont Saint-Just s'était porté l'accusateur devant la Convention, était mort sur l'échafaud : la guerre étrangère, d'abord si heureuse, redevenait incertaine et menaçante; une conspiration, tramée par le chef militaire en qui le pays avait mis sa confiance, menaça la nouvelle république dans son existence. La Convention, informée des intelligences du général D»mouriez avec les Autrichiens , dépêcha dans son camp quatre commissaires chargés de l'amener à la barre; l'an des quatre était le député Quinette. Bientôt on apprit à Soissons, avec autant d'indignation qne de douleur, le sort du patriote représentant de TAisne, livré à l'ennenn^ lui et ses trois collègues, par le général en chef, qui, heu* reusement, avait été abandonné de son armée au nraneni ou il allait unir ses drapeaux à ceux de l' Autriche (2 avril 1793). Les députés prisonniers furent envoyés dans cette forteresse du Spielberg , dont leur captivité «omnaença la sinistre renommée. L'exaspération des patriotes n'en devint que plus formidable. Après la défeecionde ce Dumonriez, qui avait sauvé la France par ses talens militaires et qui faûtit la perdre par sa trahison , tout était croyable, et le violent parti jacobin, qui voyait partonit des traîtres et ne reculait devam aucun moyen de «alttf pume^ fut bientèt maître de la Convention et de la France : le 31 mai renversa le parti modéré des Girondins, et la Commune de Soissons, dominée par la société populaire , adhéra au 31 mai , dénonça à la Convention les écrits par lesquels les
proscriis et fugitifs cherchaient à soulever les dépariemeos, et se plaignit même vivemeiit a T Assemblée de la noUesse H de riocivisiae de TAdmiaistration de rAîsne. Cette exaltation ne se soutint pas long*temps au niveau de eeUe des isic6tÀs\s de Paris ; les riguenrs barbares du régime de la Tetreur étaient trop pen en hannonie avec les mœurs douces et bienveillantes de la population soissonnaise; les patriotes les plus prononcés de Soissons se virent suspectés de modéraniume par les agens du Comité de Stdta Public^ et plusieurs d'entre eux suivirent dans les prisons les aristoct^atet détenus. Le 30 janvier 1704, une députation soissonnaise se présenta devant la barre de la Convention, en se plaignant qu'on incarcérait les meilleurs patriotes, et qu'on tentait dîe dissondre la société populaire; l'agent national du district, disaient les pétition* naires, a saisi*, dans lês papiers de la société, des adresses qu elle allait envoyer aux Jacobins et au Comité de Sâreté Générale pour presser le jugement et l'acquittemenc du citoyen Lherbon injustement détenu '.
Mais les patriotes soissonnais ne réussirent pas à ralen* tîr l'impulsion fatale du gouvernement révolutionnaire lancé sur une penie où il ne pouvait plus s'arrêter qu'en se brisant; le gouvernement était même dépassé, dans beaucoup de départemens, par le fanatisme aveu-» gie des comités révolutionnaires; ainsi, ce fut malgré Robespierre et Saint-Just que les églises furent enlevées au culte par les municipalités, et les prêtres constitution^ nels dépouillés et persécutés. L'évéque MaroUes, forcé d'abandonner ses fonctions , fut réduit, pour subsister, à prendre un petit emploi dans l'hôpital militaire établi au séminaire : il mourut au bout de quelques mois , et on l'ensevelit obscurément sans aucune cérémonie religieuse dans le nouveau cimetière qu'il avait béni , et qui avait été placé bors les murs, suivant une sage loi provoquée par les oikiers du tiers-état soissonnais en 89. La cathédrale fut, dit-on, menacée de démolition, et ne dut son salut qu'à la présence d'espj'it d'un citoyen soissonnais, qui, au mom^itou la destruction était décidée, représenta vive<' ment qu^^on ne retrouverait jamais un édifice aussi conve* nable aux fêtes républicaines, et qu'il fallait faire triom*
^1 Moniteur des 27 juin 1793 et 30 janvier 1791 (11 pluviôse an u).
pber la Raison *et la Liberté sur ce vieux théâtre de la Superstition '. La plupart de nos cathédrales furent préservées par des motifs analogues , mais surtout par les obstacles que leur prodigieuse masse opposait aux démolisseurs. On consacra donc Saint-Gervais aux assemblées décadaires et aux autres fêtes civiques. Le jour de la fête de la Liberté^ on promena en grande pompe sur un braor card une jeune et belle personne vêtue en Minerve, et ob la conduisit à la cathédrale où elle fut placée sur le maîtreautel pendant le reste de la cérémonie. Tous les décadit, la société populaire se rendait solennellement à la cathédrale avec les bustes en plâtre de Lepelletier et de Marat, en chantant des hymnes patriotiques '. La rue Saint-Martin reçut le nom de rue Maral; la rue Bérald, celui derae Çà ira; la rue Notre-Dame ou de l'Arquebuse s'appelait rue de r Indivisibilité , et la rue Saint-Jean-du-IMont, rue de la Montagne. .
Les efforts des rois coalisés au dehors «les révoltes royalistes et fédéralistes à l'intérieur, n'avaient fait que conso^ lider la domination des Jacobins. Saint-Just, devenu l'un des trois principaux chefs 'de la Montagne, volait sans cesse d'armée en armée, du Rhin sur la Moselle, de la Moselle sur la Sambre, ne laissant atfx généraux d'alternative que la victoire ou la mort, échauffant les soldats de sa farouche valeur, et jouant sa vie avec autant d'indifférence que celle des autres; il ne reparaissait à Paris que pour activer l'énergie sanguinaire des comités, et chacaoe de ses courtes apparitions dans le sein de la Gonventioa était signalée par un redoublement de. rigueurs. Soissons n'avait point vu , comme Ârras , Verdun ou Strasbourg , ses principaux habitans monter sur l'échafaud; mais beaucoup de personnes appartenante des opinions très diverses étaient dans les prisons, et toute la ville tremblait pour elles. L'humanité courageuse d'un citoyen de Soissons sauva ses compatriotes et beaucoup d'autres victimes. Le
1 Nous nVons pu retrouver avec certitude le nom du dCoyen auqud Soissons aurait dû ce signidé service. Nous nous rappdoas avoir lu, dans une fort jolie nouvelle de M. Âudin, intitulée : les Maricots de Soissons^ que la nef de Sadnt-Gervais reçut en outre un grand dépôt de haricot^ destinés aux armées, et que cet utile produit du sol soissonnais eut aios\ sa part dans le salut de la cathédrale.
2 Ms8.de P. L. Brayer.
SoUsomiais Lejeune, que Saint-Just connaissait ^e longue date,avait été placé par lui à la tête des bureaux de la Surveillance administrative et de la Police générale ; on conçoit quelle effrayante puissance était remise aux mains du fonctionnaire investi d'un tel emploi , sous un tel gouvernement: c'étaient le chef du bureau delà Police générale et ses collègues qui faisaient à Robespierre et à Saint-Just le rapport des dénonciations expédiées au comité de Salut Public, et, de ce rapport, dépendaient véritablement la liberté et la vie des personnes dénoncées. Mais Saint-Just s'était adressé à un esprit droit et ferme , que le fanatisme n'aveuglait pas , et qui résolut de tout braver plutôt que de concourir à la perte d'hommes innocens ; Lejeune eut le bonheur de rencontrer les mêmes dispositions dans ses collègues. Saint-Just leur avait enjoint d'être concis dans leurs rapports : c Trois mots, disait -il, me suflSsent pour prendre un arrêté; modérés ^ aristocrates^ contre'révolu" tionnaires. «Lejeune, au contraire , recommanda à ses camarades d'entrer dans les moindres détails susceptibles d'établir l'innocence des accusés , et ses recommandations furent ponctuellement suivies; malgré l'impatience et la mauvaise humeur de Robespierre et de Saint-Just, les opérations du bureau de la Police maj^èrent lentement, et ne produisirent presque aucun i^pKat ; pendant les huit mois que ce bureau fut en activité (d'octobre 03 à juillet 94), sur vingt mille dénonciations, deux cent cinquante affaires seulement furent rapportées à Robespierre et à Saint-Just; les deux cent cinquante dénoncés furent tous arrêtés, et cent trente traduits au tribunal révolutionnaire; mais Lejeune s'interposa audacieusement entre ces malheureux et l'impitoyable tribunal : chargé d'envoyer au tribunal l'ordre de juger les cent trente détenus, il ne lui adressa ni lettre d'avis ni pièces quelconques, et les cent trente captifs furent oubliés au fond des. prisons jusqu'au -9 thermidor. Lejeune eut ainsi la gloire de fermer une des principales voies qui devaient conduire à Téchafaud les victimes de la Terreur.
Lejeune, si zélé pour servir des infortunés qui lui étaient inconnus , ne pouvait montrer moins de dévoûment à ses compatriotes : un jour, Robespierre lui remit une liste de Soissonnais dénoncés comme aristocrates, et lui prescrivit de faire sur cette dénonciation collective un rapport qui
pût servir de base à un acte d'accusation. Lejeaae emp^me la liste chez lui , lève un pavé dans sa cour, et enterre la pièce fatale» décidé à périr plntât que de tmiffrir tpieUe re^ tourne à sa destination. Par ujn bonheur inouï, Robespierre ne pensa point de qudque temps à redemander la fiste ri le rapport: les. circonstances changèrent; RobesfMerre et Saint-Just , assaillis par une coalition formée des débris des partis vaincus , abandonnés d^uae portion des Jaco^ bins» tombèrent à lenr tour de ce cbar révolutionnaire, du haut duquel ils avaient précipité tant de tribuns illustres. Lejeune ne fut point puni de sa générosité, et eut la joie de voir ses protégés échapper aux bourreaux; parmi les Soisscmnais qui lui durent probablement la vie , figuraient plttsi»irs personnes d^ nommées dans cette histoire; l'ancien maire, M. de Glamecy; l'ancien échevin Menuesson ; les ex-chanoines de la cathédrale ; l'ex-procureurgénéral-syndic de l'Aiaie, Btin de la Chaussée ; Fex-dé^ puté à la Constituante, Brocheton; l'ex-procureur dn district, Qumquet * ; le mauréchal-de-caiip Dutoar de Neirfosse , ofiieiev distingué par ses services dans l'Inde , oà il avait rempli les fonctions de major-général des armées françaises, etc.
Sans l'action h^B^ de Lejeune, la plupart des Soissonnais dénoncés elH|nt sans doute porté leur tète sur l'ëchafaud ; leur titrée compatriotes de Saint-Just, ks relations de voiûnage, d'amitié même, qui avaient pu exister entre eux et le triumvir, ne les eussent pas plus sauvés que les condamnés d'Arras ne furent sauvés par Robespierre; Saint-Just se fâc imputé i crime tout sentiment dis phié envers les homme» qu'il avait connus et aimés , si leur sacrifice eût paru, nécessaire à sa vertu ; il se fât brisé le cœur avec une farouche satisfaction pour remplir ce qu'il appelait son devoir ; car cette âme étrange nf était pus insensiible , et n'avait pas la sécheresse , la dureté native de Robespierre. Lejeune ^ qui avait étudié à fond Saint-lusc , a laissé sut lui des notes manuscrites assez pvécieiHes, et que le caractère de l'homme qui les a écrites rend dbgnes de toute confiance.
« Saint Just, dit Lejeune ,, possédait aa plus hanl degré le talent de l'insinuatioii : it portait une p^siouonme' hm-
J CoMêUtUe poiUiqae de lejeune, erpasée à ses eonciidyens, etc.
néie qui donnait*un nouveau prix à toutes ses paroles... Quelquefois il s'est montré bon jusqu'à verser des larmes sur le malheur d'autrui , et souvent on Ta vu cruel jusqu'à fermer son cœur au cri le plus déchirant de la nature.
» Nous nous rencontrâmes un soir dans une auberge de Laon (au commencement de la Révolution) : je ne le connaissais alors que de vue; mais, étant compatriotes, nous liâmes aisément conversation... c — Pour moi, disaitil , mon ambition se borne à vivre un jour à la campagne, selon le vœu de la nature : une femme, des enfans , pour mon cœur ; l'étude, pour mes loisirs; mon superflu , pour mes bons voisins, s'ils sont pauvres... > Lorsque je fus chef de la division de la Police générale prés du comité qu'il dirigeait, j'essayai un jour de lui rappeler notre soirée de Laon. » — Autres temps, autres discours! répondit-il; quand il faut se modeler sur l'ennemi des Tarquins , on ne lit plus les idylles de Gessner. t
> Je rencontrai chez Saint-Just la fille d'un chevalier de Saint-Louis, pour lequel elle avait obtenu la continuation d'un traitement de pensionnaire de l'État; elle nommait Saint-Just le bienfaiteur de son père. Quand elle fut sortie, Saint-Just me dit : c — Je ne puis la voir sans attendrissement : que d'innocence! que de courage dans ses peines! comme elle aime son père! i Et il avait les yeux mouillés de larmes. Je saisis ce moment d'émotion pour lui demander la réintégration d'un commissaire des guerres de Soissons, que la perte de sa place pouvait réduire à la misère : il promit... Le lendemain, j'allai lui présenter le projet de réintégration : « Je me suis plusieurs fois aperçu que vous vous intéressiez aux royalistes, s'écria-t-il avec colère»; et il mit le projet en pièces... Pendant qu'il avait la haute main sur la Police générale, je lui demandai la liberté depersonnesdont je certifiais Tinnocence... et toujours j'avais un refus, c — Plus tard, disait-il; le moment où nous sommes est trop orageux pour nous occuper de justice distributive ; avant de songer à la cause des particuliers , nous devons penser à la cause de l'État. >
Ces paroles peignent bien l'homme et la secte politique, qui posaient en principe le sacrifice absolu de l'individu à la société , sans réserve des droits de l'humanité ni de la personnalité humaine.
Saint -Just réunissait à une conviction passionnée ce
génie thé&tral et rhéteur, cette recherche de C effet , qui est, au reste, assez générale parmi nous, et qui semble un des traits du caractère national. Il affectait lés grands mots, les images poétiques, les saillies originales. Un riche capitaliste demandait une audience pour obtenir la permission d'établir une filature de coton, c— Ce n'est pas du coton qu'il nous faut ^ c'est du fer! > Un antre jour, à la suite d'une conversation où il avait vanté la musique comme un art propre à polir les mœurs, à rectifier les mauvaises passions, à éveiller les passions généreuses et à associer les hommes , Lejeune le pria d'exempter de la réquisitionle fameux violoniste Rodde: c — Ditesà ce nouveau Tyrtée que nous avons aussi nos Messéniens à combattre!»
< A son retour de l'armée, dit Lejeune, il me raconta qu'un général de brigade lui avait dépéché un courrier pour lui annoncer qu'il viendrait prendre ses ordres. Le courrier, ancien militaire, plein de bravoure, était un de ces hommes intelligens et déliés que le sort a négligés, et qui n'attendent qu'une occasion de s'élever. Le général parut bientôt, suivi de deux grands laquais de la plus belle encolure : le général^ tout au contraire du courrier, était de ces êtres nuls et incapables dont l'élévation, œuvre du hasard, fait ressortir la vaniteuse ineptie. Saint-Just, voulant remettre chacun à sa place, fit le général courrier, le courrier, général, et ei^voya les deux laquais comme soldats dans un régiment. >
Lejeune cite un dçrnier trait de Saint-Just , qui fait un horrible contraste avec les anecdotes précédentes.
c Les malheurs de la France, rapporte Lejeune, avaient aliéné la raison d'un nommé S...., mon parent : plusieurs fois il avait ameuté du monde sous ses fenêtres par de violentes déclamations contre le nouvel ordre de choses et ses adhérens. Saint-Just en fut informé en passant à Soissons : il va trouver la mère de S...., et la décide à laisser transférer ce jeune homme à Paris, où il se charge de le faire guérir : cette pauvre femme croyait voir en lui le sauveur de son fils... Quinze jours après, elle lotie nom de son fils sur la liste des condamnés que l'on conduisait à la place de la Révolution ! >
L'atrocité même de ce fait porterait à en chercher l'explication dans quelque affreux quiproquo , assez concevable au milieu du désordre de cette terrible époque : peut-
être cet infortuné, compromis par quelque nouvelle échappée, après son arrivée à Paris, fut-il immolé en l'absence de Saint- Just, très capable de l'avoir complètement oublié le lendemain de son passage à Soissons. La vie de Saint-Just , dans les derniers temps , n'était qu'un long accès de fièvre ardente , et l'excessive intensité de la passion qui le dévorait ne lui laissait guère plus de raison ni de libre arbitre qu'au malheureux insensé dont il causa la mort *. Il ne survécut guère à S... !
Le 9 thermidor fut accueilli avec allégresse à Soissons i la Société populaire , qui s'était déclarée en permanence au premier bruit des événemens de Paris, envoya, le 12« deux commissaires à la Convention , pour demander qu'on apposât les scellés sur les papiers des amis et aifidés de Saint-Just, qui furent inquiétés et menacés pendant quelques semaines ; néanmoins la Terreur ^ grâce surtout à Lejeune, n'ayant point sévi à Soissons, la réaction y fut si facilement arrêtée , que les citoyens accusés de complicité avec le conspirateur Saint-Just demandèrent bientôt réparation à leurs accusateurs devant la justice de paix. Le mouvement thermidorien n'eut d'autres suites qu'une adresse de félicitations envoyée à la Convention par la Société populaire de Soissons, le 20 fructidor an ii (6 septembre 1794) *.
Le paroxisme de la Terreur avait cessé, et la crainte de réchafaud ne pesait plus sur toutes les têtes. Mais Fan m de la République (1794-95) fut encore une cruelle année pour Soissons : les soufiFrances matérielles succédèrent aux misères politiques; la disette reparut à la suite des grandes pluies qui avaient gâté la récolte de 1794 ; les masses de grains enlevées par la Réquisition avaient été entassées sans précaution sur le pavé ou sur la terre, dans des bâtimens abandonnés, principalement dans les églises , à la Cathédrale, à Saint- Jean-des- Vignes; le grain fermenta et germa; les farines s'échauffèrent, se corrompirent; le pain
fabriqué pour les armées moisissait avant d'arriver à sa
1 Notice manuscrite sur Saint-Just , adressée au président Brader par Aug, Lejeune. Nous devons la communication de cette notice, ainsi que des manuscrits du président Brayer, à l'obligeance de M. Brayer , bi-^ bliothécaire de Soissons, neveu de ce magistrat.
3 Moniteur Au 20 fhictidor (6 septembre 1794).
destination , et le peuple souffrait encore plus que les armées. La récolte de 1795 amena seule quelque soulagement*. ^
A la fin de 1795 , une heureuse nouvelle répandit la joie dans Soissons : on apprit que le représentant Quinette , après trente-trois mois de captiyité dans cet odieux Spielberg qui devait engloutir tant de nobles victimes, était enfin rendu à la liberté et à la France; il avait passé vingt-neuf mois dans la même cellule, sans sortir ni respirerune seule fois Taîr du ciel. Échangé avec ses compagnons d'infortune , le 25 décembre 1795, contre la fille de Louis XVI, il reparut , le 3 janvier 1796 , dans l'assemblée qui avait succédé à la Convention Nationale , et fut porté en triomphe par les Cinq-Cents jusqu'au fauteuil du président, fauteuil qu'il occupa quelques mois après, ayant été réintégré par acclatnation dans ses fonctions de représentant du peuple.
Les dernières années du XVIII* siècle , à Soissons , furent aussi calmes qu'elles pouvaient l'être dans l'état général du pays , si orageux encore : une administration municipale, bienveillante et modérée, travaillait à réparer, autant quil était en elle , les pertes que la ville avait faites dans tous les genres ; mais la physionomie de Soissons était triste ; la suppression des nombreux établissemens civils et ecclésiastiques, qui faisaient en grande partie l'importance de cette cité sans industrie manufacturière, avaient accéléré le mouvement de décroissance qui s'était manifesté dans la population de Soissons , depuis le commencement du XVllP siècle; de 8,654 habitans, qu'elle comptait en 1720, la population était tombée, en 1,786, à 7,900; en 1802, elle n'était plus que de 7,227 (suivant la Statistifte de V Aisne). Les ruines jonchaient le sol : les édifices religieux croulaient de toutes parts; pour la troisième fois, la main de la destruction avait passé sur la ville, et 1793 avait achevé l'œuvre de 1414 et de 1567 !
L'illustre abbaye St-Médard, qui n'offrait plus, depuis deux siècles, que l'ombre de son antique splendeur, disparaissait du sol après douze cents ans d'existence. Dès 1792, l'église moderne, le vieux cloilre, beaucoup plus regrettable que l'église , tous les bâtimens abbatiaux et
* Mss. du président Brayer.
conventuels , et presque tous les restes qui pouvaient subsister des plus anciennes constructions avaient été renversés de fond en comble ; on n'épargna que la crypte de réglise, la porte d'entrée, quelques tours et pans de murs des anciens remparts, et les cellules demi-souterraines, qui passent vulgairement pour la prison de Louis-le-Débonnaire; encore les statues furent-elles brisées, et les pierres tumulaires, arrachées et détruites dans la crypte. H. Geslin, entre les mains de qui Saint-Médard n'était malheureusement pas tombé de prime-abord, et qui l'acheta un peu plus tard pour y établir une tannerie , protégea du mieux qu'il put le dernier vestige d'une si grande ruine, abrita la crypte par les bétimens qu'il construisit à la place de réglise*haute , et assura ainsi la conservation de cette construction primitive, qui avait été comme la base de tout le monastère, qui avait vu s'élever et s'écrouler tant d'édifices divers dans cette enceinte , et qui leur a survécu à tous; mais on reconnaît à peine, dans l'église souterraine , l'empreinte des monumens qu'elle renfermait , et ce n'est pas sans quelque difficulté que l'on se rend compte de la configuration de la crypte elle-même. On y descendait jadis par l'intérieur de l'église-haute ; mais , depuis la destruction de celle-ci, l'entrée de la crypte a été maçonnée et bouchée , et l'on n'y pénètre aujourd'hui que par une ouverture percée dans le mur du fond , derrière l'autel sous lequel gisait saint Médard : au premier pas qu'on fait sous ce lourd cintre romane entre ces murs de pierre calcaire creusée et rongée par douze siècles, on foule aux pieds la place où furent l'autel et la tombe du saint patron; à droite et à gauche, deux petites piscines rondes sont creusées dans Tépaisseur du mur, à hauteur d'appui; trois pas plus loin , deux niches vides indiquent l'emplacement des tombeaux de Chlother et de Sighebert; lescolonnettes et les arceaux décdupés en trèfle qui encadrent les niches conservent la trace des couleurs brillantes qui les décoraient; mais les statues, autrefois debout dans ces niches, ont disparu, ainsi que les deux pierres tumulaires sur lesquelles étaient gravées en creux les images des deux rois franks, et qui étaient posées au-dessous des niches. Ces monumens, d'après les gravures insérées dans le Voyage littéraire de dom Martenne, et dans le Voyage pittoresque en France, de Tavernier, dataient probablement
de répoque où l'on avait rebâti le grand cloître , c est-àdire du XIIP siècle. L'ensemble de la crypte est assez difficile à décrire ; c'est une croix , mais aux deux bras de laquelle se rattachent, parallèlement à ce qui fut la nef, huit étroites chapelles de huit pas de long chacune; ces espèces de corridors ne continuent pas de l'autre côté des bras de la croix; au-delà des bras, il n'existe, outre Tabside qui renfermait l'autel et les tombeaux , qu'une seule chapelle au fond de laquelle était encore une tombe, «t sans doute un second autel ; cette tombe consistait dans une auge de pierre dure : on y a trouvé un corps de très petite taille, avec une crosse abbatiale en bois de chêne. Des deux côtés de cette chapelle , des niches de hauteur inégale et sans ornemens sont taillées dans le mur ; elles semblent avoir été destinées à recevoir des hommes vivans plutôt que des statues , et à servir de sièges immobiles et immuables aux religieux qui oflBciaient dans ce lieu funèbre ; des niches ou sièges en creux semblables se remarquent dans les autres chapelles, ainsi que des piscines pareilles à celles de l'abside ^
L'abbaye Notre-Dame n'était pas plus heureuse que Saint-Médard; on avait jeté basson église , un des plus beaux édifices de la dernière période de l'architecture romane, où cette éqole architectonique , prête à succomber devant la grande école de l'ogive, s'était efforcée de lutter d'élégance et de richesse avec le style ogival. Il subsiste, de cet édifice , qui couvrait toute la place Saint-Pierre, quelques pans de murailles qui épaulent des bâtimens neufs, et deux belles croisées cintrées, qui éclairaient Textrémité septentrionale de la nef. Leur encadrement, composé d'oves, de pampres et de figures fantastiques,
1 Mss. du pèreMezuroUee et de P.-L. Brayer. -^ Suivant une lettre du président Brayer, imprimée à Soissons en 1764, un cimetière ^rou/^û aurait été retrouvé dans la plaine de Crouy, non loin de Saint-Médard; des ouvriers, creusant un fossé sur les propriétés de ce magistrat, découvrirent, dans le sable , à deux pieds et demi de profondeur , plusieurs squelettes d'hommes et de femmes, de très-haute taille : un d'eux avait près de sa tête un cercle de métal tors et en filigrane ; il portait des bracelets [semblables; un autre avait un collier et des bracelets de métal uni; autour d'eux, étaient des vases qui tombèrent en poudre lorsqu'on y toucha. Ces sépultures, si voisines du palais frank de Croçiacum, étaient sans doute flrankes plutôt que gauloises.
égale UNil ee que rornemenUsine ogival peut ofTrir de plus gracieux. Les cloîtres et le reste du couvent, lÎTrés à toutes sortes de dégradations , tombèrent peu à peu en mines, à l'exception du corps-de*logîs construit par la dernière abbesse, madame delà Rocberoncauld-Momont *: une compagnie de capitalistes ne put obtenir l'abbaye pour y fonder une filature,de coton > etvl'on finit par en faire une caserne d'infanterie, suivant l'ancien projet des coni«missaires del'Assemblée Législative : la partie de l'aUMiye, dite VBospite Saànt^Wouël^ on se trouvaient les écuries , les greniers et la basse-cour, fut vendueet changée en maison bourgeoise et en magasins de bois; l'État aliéna également d'autres portions de Notre-Dame : la princijMde entrée de l'abbaye élève;encore,du côté de la rivière* son double porche ogival aux voûtes profondes ; c*est le seul vestige des anciens bàiimens: plus loin, au bout de la rue Notre-Dame , la petite tour du Diable domine toujours le cours de l'Aisne; l'humble retraite que la tradition assigne à Saint- Wouèl a survécu au monastère qui avait accueilli le pieux reclus. L'église Saint-Pierre-au-Parvis n'a pas été complètement entraînée dans la (.ruine de l'abbaye : on n'en a rasé que le fond et le clocher ; le portail roman et la nef ont échappé à la destruction , mais non aux outrages qui les ont cruellement mutilés : les bas-reliefs du portail ont été brisés; la nef sert de hangar et de remise. I^es divers monumens, statues, tombeaux, etc., qui ornaient l'église de l'abbaye, ont été détruits ou dispersés ; on ne sait ce qu'est devenu le tombeau de saint Wouèl; celui de saint Drausin est à Paris où il figura dans le Musée des Monumens français; les "statues de deux des abbesses du temps de Louis XIV , mesdames de la Rochefoucauld et de Lorraine-Harcourt, qui avaient été aussi placées au Musée Lenoir, ont été restituées à la villedeSoissons, et ces deux figures, d'un fort beau style , sont aujourd'hui à l'entrée de la cathédrale. Les deux^statues en marbre blanc, représentant rAnnonciatiou, qui forment l'accompagnement dumaitre-autel de la cathédrale, proviennent aussi de fabbaye Notre-Dame. La cathédrale a ainsi recueilli quel-
1 La dernière abbesse de Notre-Dame mourut à Soissons en 1806: emprisonnée pendant la Terreur , puis .réduite à Tindigence , elle avait souleBU le poids de ses malheurs avec résignation etMignité.
ques épaves du naufrage des'monumens soissonnais : le magnifique tableau de Rubens , ï Adoration des herger$ , qui décore le maître-autel, appartenait auxGordelîers, qui l'avaient reçu des mains de ce grand homme, reconnaissant des soins des bons pères lors de la maladie qu'il fit à Soissons en allant d'Anvers à Paris en 1622.
Il faut du courage pour poursuivre cette triste revue : à Saint-Jean-des-Vignes, cependant, de magnifiques débris consolent un peu l'ami des arts ; les flèches aériennes et le haut portail de Saint-Jean dominent encore au loin la vallée de l'Aisne; mais le vaisseau de l'église et les cloîtres s'en sont allés pierre par pierre , et, derrière la façade qui s'élance intacte dans les airs, on ne trouve plus que le vide : on dirait une admirable tète séparée de son corps. Saint- Jean a été mutilé lentement , pièce à pièce : le corps de l'église demeura long-temps debout; mais la toiture était percée à jour, les vitres, brisées; les fers et les plombs avaient été enlevés et pillés, malgré les efforts de l'autorité militaire , qui condamna à mort un des voleurs et le fit fusiller par derrière, dansle Cours ; enfin, le bascôté qui regardait la campagne, probablement celui où avait eu lieu le fameux incident du verre piléj s'écroula un beau jour, et écrasa dans sa chute plusieurs chevaux d'artillerie, auxquels l'église servait d'écurie. Le gouvernement consulaire permît alors à Id Gommiune de démolir la nef et le chœur, qui menaçaient de s'eS'ondrer à leur tour, et une partie des décombres fureat employés à clore le cimetière actuel de Soissons; le reste des matériaux fut concédé ensuite à l'Évéché, en échange de la maison des Minimesses qui devint la petite caserne, et sousla condition de soutenir et d'éiayer la façade et les .tours, ce dont on ne s'inquiéta guère. Le temps, les neiges, les gelées, la foudre, ont contribué à accroître la désolatiqn de Saint-Jean: en 1821,1a foudre tourna autour de la grande flèche, abattit plusieurs de ses cor^eato? 4e pierre, et coupa en deux une des statues de saints.' Outré la façade et les tours, il reste le grand réfectoire, vaste salle éclairée de douze roses de vitraux , aujourd'hui détruites, et occupée maintenant par les magasins de blé de la manutention; plus, quelques portions des cloîtres des XV* et XVI* siècles; les élégans médaillons de la Renaissance qui \ ^couronnent les ogives d'une de ces galeries indiquent l'épa*
que de son achèvement. Rien de plus surprenant ni de plus- hardi que la flèche méridionale, vueà l'intérieur; elle est complètement évidée sur une hauteur de 75 pieds , et se tient en équilibre sur la tour qu elle surmonte , sans support ni soutènement d'aucune espèce ^
Saint-Crépin-le-Grand, si souvent renversé, si souvent reconstruit, était tombé une dernière fois pour ne plus se relever; Saint- Waast fut aussi démoli, ainsi que Notre- Dame-des-Yignes et la plupart des églises et chapelles monastiques : Saint-Léger, dont là masse imposante donne une physionomie pittoresque au quartier septentrional de la ville, fut sauvé quoique propriété particulière, ainsi que la chapelle du collège Saint-Nicolas et celle de rH6tel-Dieu : Saint-Léger avait été transformé en brasserie. Le péril était désormais passé pour la cathédrale ; les grilles et ornemens du chœur avaient été inréservés par une cloison posée par les ordres de M. Meurizet, commissaire des guerres.
Rien ne saurait compenser tant de pertes pour l'artiste et T-archéologue ; mais on doit convenir qu'elles n'étaient pas sans compensation aux yeux des habitans : la suppression des établissemensreligieux, qui avait pu d'abord tmre à la ville, contribua bientôt à ris'ndrè un mouvement ascendant à la population, en livrant à la circulation une foule de propriétés main-ihôrtables. La chute des édifices monastiques dégageait et assamissait Soissons, autrefois obstrué et sans air; l'aliénation du Palais épiscopal fut très avantageuse au centre de la ville : avant la Révolution, il n'y avait, devant la façade de la cathédrale, qu'une très petite place au milieu delafquellè s'élevait une croix, et que resserraient vers le sud leshautéset antiques murailles du potager de l'Évéché, lesquelles s'avançaient d*tine part jusqu'au portait méridional, et de l'autre jusqu'à
< Quelques réparations peu coûteuses suffiraient pour garantir longtemps encore la conservation des précieux restes de Saint-Jean ; mais le bon vouloir de MM. les offieiers du Génie , qui en ont aujourd'hui la surveillance, ne saurait suppléer à l'assistance directe duigouvememeol; puisse la Commission de conservation des Mùnumms historiques vaterveniravec e^cacité en faveur de ce noble débris, dont la perte serait un dernier coup pour une cité qui a vu tomber l'un après l'autre presque tous les fleurons de sa couronne monumentale ! Dans peu d'années, il ne serait plus temps.
40 Appendice.
la rue de la Buerie. On abattit les murs, et l'onconvertiile potager et ravant-cour de rÉvéché en une place publique plantée de tilleuls, qui fut nommée la place de Mantoue, en mémoire du fameux siège de Mantone par le général Bonaparte en 1797, et depuis place Impériale Biplace de k Cathédrale. On ouvrit aux dépens du jardin épicospal une rue nouvelle, dite rue de VÉvêchéj conduisant à ia petite place Saint-Gervais et aboutissant à Fendroit où était rentrée de l'ancien Évéché ; de l'autre c6té de la cathédrale , on abattit la chapelle du Saint-Sépnlere , et on élargit ainsi la ruelle de Jaulzy, qui devint la rue de la Sonnerie : la cathédrale a beaucoup gagné à ces changemens, qui permettent de circuler libremeat autour d'elle et qui ont facilité les communications entre les divers quartiers de la ville. Au couvent des Minimes, dont les grands murs attristaient la rue de ce nom , succédèrent des malsons bourgeoises bien bâties; une rue, dite de la Corderie, fut percée sur l'emplacement de l'église Saint-Martin, qui, commencée en 1570 et terminée en 1688 , n'avait eu guère qu'un siècle d'existence : celte rue, dirigée vers le rempart, et aboutissant au milieu de la rue Saint-André, se^ vit de dégagement à la rue Saint-Martin ; le pavillon de Y Arquebuse fut réparé, ainsi que ses belles verrières qui avaient beaucoup souffert; la compagnie de l'Arquebuse se reforma, non plus comme compagnie colonne de la milice bourgeoise, mais comme simple réunion de plaisir, et inscrivit pour devise , sur le frontispice de son tirage, ce pentamètre : Quos tulit atra dies^ reddil amica jocos. Le nombre des fontaines publiques et particulières fut augmenté, grâce aux soins de l'administration , qui parvint à porter à sept pouces et demi cubes au lieu de cinq le volume d'eau que la principale fontaine, celle des Feuillans ou des Quatre-Source^y tire <jie la montagne Sainte-Geneviève; on put ainsi faire des concessions d'eau à divers particuliers, et l'on supprima la plupart des vieux puits publics dont les eaux malsaines et fétides étaient si avantageusement remplacées. Lorsque la paix intérieiire eut été raffermie par la main puissante de Bonaparte, l'industrie, à Soissons comme dans un grand nojmbre d'autres villes, essaya de s'approprier les dépouilles du clergé et d'installer ses manufactures dans les cloîtres^ abandonnés. Une vaste tannerie avait été établie à Saint-Méd^rd par
APPENDIGS. 4 i
M. Geslin; M. Pajot-Deschannes érigea en 1807 à Saint- Grëpin-le-Grand une fabrique de potasse, de soude et de savon , que le 'gouvernement de Napoléon protégea par l'exemption de tous droits sur le sel marin employé dans la fabrication de la soude ; le couvent des Feuillans fut partagé entre une manufacture de papiers peints et une filature, avec les cotons de laquelle plus de deux cents métiers , répartis dans la ville et la campagne, fabriquaient des piqués, des basins , des perkales et des mousselines; et quand la fabrication du sucre de betterave naquit eu France sous les auspices de Napoléon et de Chaptal , une sucrerie fat montée (1813) sur remplacement des Capucins. L'industrie semblait prendre à Soissons un essor inconnu, et donnait des espérances que les malheurs de l'Empire ont fait évanouir. An dehors, l'aspect de la plaine de Crouy se modifiait aussi^ des habitations nouvelles se groupaient auprès des ruines de Saint-Médard ; sur l'emplacement du couvent de Saint-Paul (autrefois Saint- Etienne) s'élevait un riant hameau ; à l'autre rive de l'Aisne, Villeneuve, ce vieux château féodal érigé en couvent, se relevait de ses débris et sulûssait une heureuse transformation entre les mains de son nouveau possesseur, le générai de division comte Dulauloy, héritier des Gélestins et des comtes de Soissons *.
Les formes politiques du gouvernement français avaient changé encore une fois : la Constitution de Tan m avait déjà disparu devant celle de l'an viit ; l'esprit publie amorti se laissait enlever les droits qui avaient coûté tant de sang à conquérir, et le principe d'élection, triomphant partout depuis 1789, mais affaibli par l'excès même de son développement prématuré, succombait sous la concentration monarchique opérée par le vainqueur du 18 brumaire. L'organisation administrative, municipale et judiciaire, fut complètement renouvelée : au directoire électif et à l'assemblée générale des électeurs qui formaient l'administration départementale, on substitua un préfet nommé par le pouvoir consulaire , et un conseil- général choisi par le gouvernement sur une liste présentée par les électeurs. Chaque arrondissement, dénomination qui prévalut sur celle de district , fut régi par un sous-préfet
' Mss. du président Brayer cl de P.-L. Brayer.
43 APP£irDIC£.
et un conseil d'arrondissement composé d'une manière analogue ; les anciennes mairies furent rétablies sous leur propre nom; les échevins» réduits à deux» reparurent sous le nom d'adjoints; malis <ces fbnctionnaires ne furent plus électifs» et le conseil municipal , qui remplaça le conseilgénéral de la Commune, ne demeura électif qu'indirectement, ainsi que les conseils de département et d'arrondissement. M. de Puységur, ancien officier-général d'artillerie, fut le premier maire, et eut pour adjoints MM. Daras et Desèvre. Le pouvoir exécutif ressaisit aussi le choix des juges : en 179ô , la Constitution de l'an m avait supprimé les tribunaux de district, et le département n'avait plus conservé qu'un seul tribunal civil, séant à Laon, comme le tribunal criminel. La Constitution de Tan viu releva les tribunaux d'arrpndisselnent , qui furem Composés d'un président, deux juges, trois suppléans , un accusateur public (procureur impérial, procureur' du roi)» un substitut et un greffier; tous à la nomination du pouvoir exécutif. Ces tribunaux, dits de première instancCy relevèrent delà • Cour de jmtice crimmelie (Cour d'assises) 4le Laon , pour les appels en matière correctionnelle, et de la Cour supérieure (Cour impériale , Cour royale) d'Amiens, pour les appels en matière civile. Le premier consul nomma président M. Brayer, ex4ieutenànt-général de police. Les justices-»de»paix, une des meilleures institutions que nous devions à la Constituante, cessèrent d'être électives, comme les autres tribunaux, et leur nombre fut réduit presque de moitié : l'arrondissement de Soissons compte six justices-d€"paix ou cantons ; les cantons' sotssonnais ont pour chefs-'Iieux Soissons , Br aine , Outehy-le-Chàteau , Vailly, Vic-sur-Aisne et .Vii*ersiCotteret»*."Pntre les réformes du gouvernement coœuiairc , celles qui portèrent sur l'instruction publique ne furent point favorables à Soissons : la ConventionMationale, en 1796, époque signalée par d'illustrés établis^eflitens scientifiques, avait fondé dans chaque départeinent une école centrale d'instruction supérieure; l'école centrale de l'Aisne , par un décret; du 28 février 1796 (9 ventôse an iv) , fut placée à Soissons pour donner à cette ville quelque dédommagement de ses pertes,
1 Soissons possède en outre un tribunal de commerce, qui a remplacé les anciens juges-consuls.
et OD l'iDstalla dans une partie des bâtimens de Fancienne Intendance : on y enseignait le dessin , les langues étran-. gères, l'histoire naturelle, les mathéjmatiques, la physique et la chimie, les belles-lettres, la grammaire et l'histoire; elle renfermait un cabinet d'histoire naturelle, que les richesses minéralogiques et fossiles du pays eussent pu rendre fort intéressant pour la science , un laboratoire de chimie et un jardin des plantes '; 36,000 fr. par an avaient été affectés à l'entretien de cette école, qui renfermait près de cent vingt élèves, en 1801, sans compter les personnes qui suivaient librement les cours. La suppression des écoles centrales (1801) priva Soissonsde ce grand établissement, et porta un nouveau coupa la ville, qui resta long-temps sans autre maison d'éducation que des pensionnats particuliers; la mairie loua l'ancien collège Saint-Nico- IsLSj qui lui avait été concédé par le gouvernement, à un maître de pension, jusqu'à ce que l'organisation de l'Université eût amené la fondation d'un collège communal à Soissons'; la. mairie, qui montrait un zèle très louable pour l'instruction publique, et qui avait réorganisé les écoles primaires gratuites , rétablit l'école de dessin, fondée en 177ô , afin d^atténuer les inconvéniens de la suppression de l'école centrale. On fonda depuis une école de Musique et une école de Géométrie-pratique. Les bâtimens de l'Intendance avaient été affectés à la Sénatorerie d'Amiens , et portèrent, durant quelques années, le titre de Palais- Sénatorial.
Depuis qu'on avait cessé de troubler l'exercice du culte, et que la Convention Nationale avait pi*oclamé , par une mesure législative, la liberté religieuse, à condition que chaque religion entretiendrait ses ministres , le culte catholique s'était relevé dans la plupart des anciennes paroisses; mais le département de l'Aisne était toujours sans chef spirituel : les circonstances terribles an milieu desquelles était mort Févéqne MaroUesn'aviaient pas permis aux prêtres constitutionnels de lui donner, sur-le-champ un
1 La flore soissonnaise n'est pas moins riche que la géologie : IVf . Braj^er, aujourd'hui bibliothécaire de la ville, a fait à cet égard des travaux considérables dont il est à souhaiter que le public ne demeure pas privé.
2 L'enseignement, dans ce collège, a été complété sous la Restauration, par une chaire de philosophie, la seule existante dans le dépi|rtement.
successeur, et, pendant le Directoire, la plus grande partie du clergé était rentrée tacitement sous la juridiction de Tex-évéque émigré» H. de Bourdeilles. Le concordat de 1801 y entre le gouvernement français et le Saint-Siège» fit cesser cet état de choses, et le gouvernement consulaire succéda au droit de désigner les évéques, qu'avaient exercé les rois, depuis le concordat de François P' et de Léon X : le clergé fut réorganisé et salarié par l'État; révéque nommé pour le département de FAisne, en vertu de la transaction de 1801, fut M. Lel)lanc de Beanlieu, ancien chanoine régulier de la Congrégation de France et vicaire à boissons, sous «prieur de l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris, puis curé constitutionnel de St-Séverin et Saint-Etienne*du-Mont, et élu archevêque coûstituiionnei de Rouen. Il prêta serment devant le tribunal de première instance, et fut installé à Soissons par les autorités civiles, le dimanche 2 mai 1802, en présence d'un nombreux concours de citoyens , satisfaits de voir la restauration de l'évêché soissonnais, dont la circonscription élargie embrassait désormais tout l'ancien diocèse dfi Laon, une portion de celui de Noyon , et même plusieurs paroisses cambraisiennes, à la place de Compiègne et dequelquesvillages vers l'ouest. Le Chapitre de la cathédrale reparut, plus heureux que toutes les autres communautés séculières et régulières, abolies sans retour ; de neuf dignitaires et quarante-cinq prébendes qu'il comptait en 1789, il était réduit à un doyen , un grand archidiacre, et huit chanoines titulaires f sans les honoraires; les curés des chefs-lieux d'arrondissement eurent le rang des anciens archidiacres, et les curés des chefs-lieux de canton , le rang des anciens doyens. Le Séminaire et ce qui restait du Palais épiscopal furent restitués à l'évêché, et M. Leblanc de Beaulien» à peine installé dans la résidence de ses prédécesseurs, s'occupa activement des réparations qu'exigeait l'état de sa cathédrale : le clocher de St-Gervais, si long-temps muet , fit entendre de nouveau son carillon , cher aux oreilles soissonuaises , et ses huit cloches nouvelles valurent à la ci-devant ruelle de Jaulzy le nom de rue de la Sonnerie*.
L'évêque de l'Aisne se montra reconnaissant envers l<
< Mss. de MM. MezuroUes et P.-L. Brayer.
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gouvernement consulaire, auquel il devait sa promotion : entre tous les mandemens épiscopaiix publiés à Toccasion de la rupture du traité d'Amiens par les Anglais, la lettre pastorale de M. de Beaulieu fut signalée par Ténergie avec laquelle ce prélat flétrissait la perfidie et Cinjustice du ministère britannique, violateur de la paix (mai 1803; an xi). Le premier consul put témoigner en personne sa satisfaction à M. de Beaulieu ; car la ville épiscopale reçut dans ses murs, le 23 thermidor an xi (11 août 1803), Tillustre chef de la république française, qui y passa vingt-quatre heures , en revenant de visiter les ports de la France septentrionale K
DerétablissementduConsulatàlafinde l'Empire, les annales de Soissons, comme celles de toutes les villes deFrance, sont restées stériles ; l'unité administrative et politique de la France nouvelle avait dépouillé nos cités de toutes leurs originalités locales, et il n'y a d'histoire , sous Napoléon, que celle des armées et du gouvernement impérial. Le 7 août 1805 (19 thermidor an xiii), eut lieu l'ouverture de la salle de spectacle , bâtie sur l'emplacement de l'église Notre -Dame-des-Vignes, d'après les dessins de MM. Peyre neveu et Clément. La façade, qui termine la rue des Gordeliers, est d'assez bon goût; mais le grand mur nu 'que €et édifice présente du côté de la place d'Armes est fort peu agréable à l'œil. Les actionnaires qui firent bâtir le théâtre, sous les auspices de l'administration municipale, avaient projeté d'adosser à cette muraille une halle au blé, surmontée d'un étage destiné à recevoir la bibliothèque publique, qui, après avoir appartenu à l'école centrale, se trouvait alors déposée au Séminaire, sous la garde de l'homme de mérite et de savoir qui avait empêché qu'elle ne fût dispersée et détruite (M. MezuroUes); mais ce projet ne s'exécuta point : la halle ne fut pas construite, et la bibliothèque, composée d'environ 30,000 volumes, a été de nouveau transférée à l'Intendance. Le& actionnaires du théâtre ne construisirent, outre la salle de spectacle, que des bains publics , qui remplacèrent les VietUes Etuves du moyen-âge, taries depuis tant d'années. Ce fut sous l'administration et avec l'assistance de M. de Puységur que ces constructions eurent lieu; le premier consul, qui cher-
< Moniteur àeum*9oiki 1803.
Au milieu du calme intérieur dout jouissait la France, beaucoup d'institutions anciennes renaissaient de leurs cendres : TAcadémie de Soissons avait disparu dans la tourmente révolutionnaire ; on la releva au mois de janvier 1807, et Ton élargit même ses attributions en laqaa- Ii6ant de Société des sciences, arts et belles lettres : cette Société , en 1807 — 1808 , se composait de MM. Brayer, de Beuvry, Garnier, Boileau, Dieu, Danré,Poaier, Godard, Carrier, Delabarre, Petit, Blin, Augier, Glouet et Yéron; elle avait commencé des publications annuelles qui offraient déjà de l'intérêt, et elle pouvait rendre des services essentiels au pays, en y propageant le goût de la littérature eten^s'occupanten même temps d'améliorations agricoles, comme a fait plus tard la Société académique de Saint-Quentin; malheureusement la Société de Soissons n'est restée en activité que peu d'années; elle s*est éteinte d'elle-même par la mort on la dispersion de ses membres. Il serait bien désirable qu'on réorganisât cette utile association et que les archéologues soissonnais réunissent leurs efforts pour surveiller et constater les continuelles découvertes d'antiquités qui ont eu lieu autour de la vieille Angt^ta Suessonum. En 1808, l'année qui suivit la renaissance éphémère de l'Académie, on trouva près de Saconin, à cinq quarts de lieue ouest de Soissons, un grand nombre d'auges de pierre et de monnaies antiques; dans une de ces bières, gisait un squelette qui avait prés de lui un mors, des boucles et des anneaux argentés avec les débris d'une bride. L'année 1811 vit disparaître l'antique
fondes que fariées, principalement sur les origines de la langue française , et sur ces anciens dialectes germaniques, dont Tétude, embrassée par un historien de génie, devait bientôt contribuer puissamment à la régénération del*histoire de France. Après de longues épreuves supportées avec beaucoup de courage et de dignité, M. Pougens vint s'établir, en 1808, dans la belle vallée de Vauxbuin, près Soissons, où s*éooula sa vieillesse universeUement vénérée. [Ce Ait là qu'il écrivit la plupart de ses ouvrages scientifiques et littéraires; car Térudition n'avait pas étoufTé Timagination cbez cet écrivain fiicile , abondant et penseur à la fois ; ce fut là qu'il poursuivit sa grande entreprise du Trésor des origines ou DicUonnaire grammatical raisonné de la langue française <le spéeimen ftil imprimé à Paris en 1819) ; et qu'il composa tant d'autres gracieuses ou savantes productions :1e poème des Quatre âges de l'homme; les Contes du Fieil Ermite de la vallée de Favxhuin; V Archéologie française ou Vocabulaire dss mots anciens tombés en désuétude y propres à être restitués en langage moderne^ fi^.
porte Bérald, qui tombait en débris» et qui fut remplacée par un simple pan de mur '.
(1814) Mais Theureuse stérilité des annales soissonnaises allait cesser : les prospérités de l'Empire touchaient à leur terme; des luttes interminables épuisaient la France ; les deux fatales campagnes de Russie et de Saxe avaient dévoré nos armées, si long-temps invincibles et vaincues enfin par les élémens plutôt que par les hommes. La guerre, que nous ne connaissions que par les bulletins de nos lointaines victoires, se rapprochait rapidement des frontières, et la ligne du Rhin était déjà menacée par les légions innombrables de la coalition. Le 17 décembre 1813, un décret impérial ordonna la réorganisation de la garde nationale, cette force populaire qui avait disparu sous la dictature militaire de Napoléon et que l'empereur ressuscita tardivement à l'heure du péril. Bientôt le territoire français fat envahi vers l'Est par deux grandes armées, l'une, austrou-russe , sous les ordres de Schwartzenberg; l'autre, prussienne et allemande, commandée par Blucher ; une troisième armée russe , suédoise, etc., s'avançait du fond du Kord, et s'apprêtait à franchir le Bas-Rhin. L'empereur s'élança au-devant de Blucher et de Schwartzenberg , avec les glorieux débris de ses bataillons renforcés par quelques nouvelles levées qui se montrèrent dignes de combattre et de mourir à côté de la garde impériale. La réunion de 20,000 gardes nationaux mobilisés avait été ordonnée à Soissons. Vingt-deux ans auparavant, un camp de volontaires nationaux avait été ainsi formé sous les murs de Soissons, pour servir de réserve aux armées qui défendaient le territoire de la patrie ; mais que les temps étaient changés! en 1792, la France, animée d'une exaltation formidable, s'était levée tout entière pour repousser l'étranger; en 1814, épuisée de sueur et de sang, elle n'aspirait plus qu'au repos, et regardait avec une sorte de stupeur la lutte soutenue par une poignée de héros contre les masses européennes.
La sanglante journée de Brienne, suivie du revers de La Rothière, n'avait pu arrêter l'invasion : déjà les Austro- Russes étaient sur la Seine, les Prussiens , sur la Marne; l'arrondissement de Château-Thierry se trouvait envahi par
' Mss. de P. L. Brayer.
Blucher , et les Alliés marchaiem sur Paris. L'empereur ressaisit sa fortune encore une fois à force d'audace et de génie. Durant toutes les journées des 10, 11, et 12 février 1814, les Soissonnais entendirent, du haut de leurs remparts, le canon gronder au loin vers le aud : c'était Napoléon qui battait successivement les divers corps de Tarnftée de Blucher, àChamp-Âubert, à Montmirail, à Château-Thierry. On n'eut pas le temps de se réjouir à Soissons de ces succès inespérés : les 12 et 13 février, le corps d'armée russe de Winzingerode , avant-garde de la troisième armée alliée et arrivant de la Belgique, était entré à Laon, sans aucune résistance. Dès le 13, Soissons fut attaqué par les Russes. La faiblesse des ressources dont l'empereur disposait n'avait pas permis de concentrer des troupes en nombre suffisant dans cette cité si importante par son pont sur l'Aisne, qui est le débouché des grandes routes du nord-est sur Paris. Des vingt mille gardes mobiles, auxquels Soissons avait été indiqué comme point de réunion , à peine cinq à six mille s'y étaient-ils rassemblés , et, encore , la moitié d entre eux avaient été dirigés ailleurs. Environ deux mille cinq cents gardes nationaux normands, mal armés et mal équipés, formant les cadres de six bataillons; le dépôt d'un corps italien, fort d'à peu près six cents fantassins ; quatre-vingts à cent gendarmes à cheval, et la garde urbaine de Soissons ; voilà toutes les forces qui se trouvaient dans la ville le 13 février, sous le commandement du général de division Rusca^ et des généraux de brigade Longchamp, Dauloup- Verdun et Berruyer *. Par une négligence qu'expliquent la prodigieuse rapidité des événemens et les embarras du gouvernement impérial, les fortifications de Soissons «.'avaient pas été restaurées : aucun ouvrage extérieur ne protégeait les portes ; il n'y avait pas même de palissades, et rien n'était plus facile que de gravir sur la pente douce des fossés sans contr' escarpe, et d'escalader les murs qui offraient des brèches ouvertes de toutes parts. Au bruit de
1 Les récits manuscrits de MM. Fiquel et P. L. Brayer portent le nombre des gardes mobiles à 4,000 hommes au moins ; mais les cadres de 6 béUaUlons ne pouvaient compter 4,000 hommes. M. A. de Beau^ champ ( ffist. des campagnes de 1814 et 1815 ) , ne les fait monter qu'à 2,500, ce qui est plus vraisemblable
\PPENDICE. 5 1
rapproche des Russes, le général Riisca fit amener, de plusieurs lieues à l'est et à Touest, tous les bacs et les bateaux de FAisne, pour ôter tout moyen à Tennemi de passer la rivière, et il se prépara à défendre la ville, le pont et le faubourg Saint- Waast.
H n'attendit pas long-temps : le 13 février, à la pointe du jour, le battement sinistre de la générale annonça à Soissons l'apparition des armées étrangères, que cette cité n'avait pas revues depuis le temps de Charles-Quint. Le canon tonna : une partie de la garnison sortit par la porte de Crouy ; une vive fusillade s'entendait du côté du village de Crouy; cinq à six cents cosaques venaient d'attaquer les avant-postes de la garde mobile qui occupaient la ferme de la Perrière ( ancienne commanderie du Temple ) ; les gardes nafionanx se repliaient sur Crouy: appuyés par le détachement sorti du faubourg Saint- Waast et même par les habitans de Crouy, qui les secondèrent bravetnent, ils repoussèrent à plusieurs reprises les cosaques; mais deux bataillons d'infanterie légère russe s'avancèrent pour soutenir la cavalerie ennemie. On tirailla toute la matinée dans les vignes en avant de Crouy sur la route de Laon ; les Russes se renforçaient incessamment, et les gardes mobiles, ayant sur les bras une brigade de quatre à cinq mille hommes, durent se retirer sous la protection du canon des remparts, puis rentrer en ville. Vers deux heures et demie, le générai russe Czernichew envoya un parlementaire à la porte de Crouy, afin de sommer la ville : le général Dauloup -Verdun, qui commandait le faubourg Saint- Waast, repoussa toute proposition , et sa conduite fut approuvée par le général Rusca , qui était en ce moment à la porte Saint-Martin ou porte de Reims , où il faisait ses dispositions pour recevoir à coups de canon les Prussiens de Blucher, qui, battus la veille à Château- Thierry, allaient peut-être se rejeter sur Soissons. Rusca jura, dit-on, de résister jusqu'à la mort; il tint son serment!... Pendant le reste de la journée, l'artillerie de la place se fit seule entendre : Czernichew n'avait point de pièces de siège pour répondre au feu des remparts, et il recula hors de la portée du canon ; mais personne ne doutait que ce chef ne fût suivi à peu de distance par des forces beaucoup 'plus considérables , et cette nuit fut une nuit d'angoisse et de deuil pour tous les citoyens.
Leurs pressentimens n'étaient point trompeurs : le leodemain 14, vers neuf heures du matin, on vit se déployer, autourdu faubourg St-Waast, douze mille fantassins et trois à quatre mille chevaux ; c'était tout le corps d'armée du général Winzingerode, accouru à marches forcées durant la nuit. Les préparatifs de l'ennemi annoncèrent un assaut formidable ; favorisé par quelques maisons , voisines des remparts, qui lui servirent à masquer ses pièces, il vint établir une batterie de douze canons et obusiers à cinquante pasde la porte de Crouy, sur la gauche; de l'autre côté de la porte, les bàtimens élevés sur les ruines de St^Médard couvrirent une seconde batterie ; enfin deux autres pièces furent destinées à balayer le rempart en ligne droite. Le gros des troupes françaises était massé dans le faubourg Saint-Waast et autour du pont; la garde nationale de Soissons, commandée par M. É. Fournier, avait été portée en réserve sur la place d'Armes. A onze heures et demie, l'ennemi ouvrit un feu supérieur à celui de la place, dont les pièces étaient servies, partie par des gardes nationaux sans expérience des armes, partie par des canonniers de marine ; bientôt une triste nouvelle se répandit parmi les assiégés : le général Rusca, qui avait pris poste à l'endroit le plus périlleux , sur le premier bastion à droite de la porte de Crouy, était tombé, mortellement atteint par un biscayen ; il ne survécut que peu de momens à sa blessure. Rusca, né en Piémont, était un de ces Italiens qui se dévouèrent à la fortune de la France dès la première apparition de nos armées républicaines au-delà des Alpes, et qui ne restèrent pas moins fidèles à nos drapeaux que les malheureux Polonais. Le général Dauloup- Verdun prit aussitôt le commandement sous la mitraille russe. A deux heures, le sort de cette lutte inégale paraissait encore incertain, lorsque d'effroyables clameurs, entremêlées de décharges de mousqueterie , s'élevèrent derrière les défenseurs de la porte de Crouy; les Russes avaient tourné le faubourg, escaladé l'extrémité du rempart la plus voisine du pont de TAisne, et, pénétrant dans l'intérieur du faubourg, prenaient à dos les Français; en un instant, le désordre fut irrémédiable. Les Russes se saisirent de la porte de Crouy, l'enfoncèrent a coups de hache, pour donner passage au gros de leurs bataillons; le faubourg Saint- Waasi fut inondé d'ennemis, qui, pêle-mêle avec les
Français, se précipitèreDt vers le pont, que défendait le général Longchamp avec la moitié des gardes mobiles; le passage du pont fut forcé, et le combat reflua dans Tintérieur de Soissons ; la garde urbaine, toujours en bataille sur la place d'Armes, entendait la fusillade s'approcher de rue en rue , et l'horrible tumulte se répandre dans la ville, lorsque tout-à-coup le général Berruyer arrive au galop, c — L'ennemi est maître de Soissons ! crie-t-il; les Russes sont entrés de toutes parts; pourvoyez à votre sûreté ! » — Et, tirant son sabre, il part à la tète de quarante ou cinquante gendarmes à cheval, se dirige vers la rue St-Christophe, où les Russes débordaient déjà, s'ouvre un passage à travers une grêle de balles, et gagne la route de Gompiègne , avec le général Dauloup-Yerdun qui avait réussi à le rejoindre.
Toute résistance devenait inutile : la garde mobile et les Italiens, mis en pleine déroute , après une longue résistance qui avait jonché les rues de cadavres, se réfugiaient dans les maisons ou se jetaient à bas des remparts dans les fossés, pour fuir en rase campagne; les gardes urbains se dispersèrent dans toutes les directions , abandonnant armes et uniformes pour éviter d'être faits prisonniers de guerre, et se précipitant par troupes dans les maisons les plus voisines. Il y en eut au moins cinquante, entre autres les principaux officiers, qui cherchèrent un asile dans l'ancien couvent des Cordeliers.Les Russes, en s'avançant dans ce quartier, trouvèrent les pavés couverts d'habits, de capotes, de sacs, de fusils, de schakos et de cartouches. La plupart des gardes urbains eurent le temps de changer de costume et de quitter tout insigne militaire , grâce au pillage qui retenait une partie des ennemis dans les envir rons du pont, et aussi grâce à la vivacité avec laquelle la brigade de Gzernichew poursuivait une troupe de gardes mobiles, qui avaient été ralliés par le général Longchamp et se retiraient par la route de Gompiègne ; la cavalerie russe enveloppa et prit tout ce détachement, fort d'environ cinq cents hommes; plusieurs citoyens eurent le même sort, et furent faits prisonniers et assimilés aux militaires ; d'autres avaient été tués ou blessés. Huit cents Russes et Français périrent ou furent mis hors de combat dans cette journée meurtrière. Pas une pièce d'artillerie française ne fut sauvée.
Les habitans s'attendaient avec effroi à toutes les horreurs du sac de la ville ; le faubourg Saint- Waast et le quartier voisin de la rivière étaient déjà au pillage, tandis qu'on s'égorgeait encore dans la rue et le faubourg Saint - Christophe. Les magistrats municipaux, réunis à rHôtel-de-VilIe, ne virent de chance de salut que dans un acte de soumission envoyé au général russe; mais on pouvait douter que cette reddition tardive apaisât le vainqueur, et il n'était pas facile de trouver un homme qui se chargeât de la missive des magistrats dans un tel moment. Un garde-champétre , ancien soldat, nommé Charpentier, se dévoua, prit l'acte de soumission, et parvint, au risque d'être fusillé ou sabré vingt fois pour une, jusqu'à Winzingerode ^ On sait que l'empereur Alexandre avait prescrit à ses généraux une conduite modérée envers les populations françaises : Winzingerode défendit la continuation du pillage, par une proclamation qui promettait aux habitans le respect des personnes et des propriétés, en leur enjoignant de rouvrir leurs portes et leurs boutiques. Les chefs ue purent arrêter complètement le désordre, mais Soissons du moins fut sauvé.
Le lendemain matin, 15 février , l'ennemi rendit les honneurs funèbres au général Rusca : dans l'après-midi du même jour, on remarqua un mouvement extraordinaire parmi les Russes, et, sur le soir, au lieu de se fortifier dans Soissons ou de s'étendre sur la route de Paris, suivant l'intention qu'on leur supposait, leurs colonnes repassèrent successivement le pont, prirent le chemin de Vailly et de Berry-au-B^c, le long de la rivière, et évacuèrent entièrement la ville. Les projets du général russe avaient été renversés par la nouvelle de la bataille de Yauxchamp , qui, la veille , à l'heure même où Winzingerode^ entrait dans Soissons, avait ^couronné les succès de l'empereur et forçait Blucher à reculer au-delà de Châlons ; Winzingerode emmenait , comme gages de sa victoire, le sous-préfet de Soissons, M. WattierdeVismes, qnarante citoyens pour lui servir de guides , et tous ses prisonniers. Il laissa des postes échelonnés dans les villages de la rive nord de l'Aisne, en se dirigeant sur Reims par Berry-au-Bac, pour se réunir à Blucher. Dans la nuit
i Brayer-Beauregard ; Slatist. de V Aisne, prem. pari., p. 334.
du 16 au 17, UD détachement français du corps d'armée de Mortier, qui était à YîUers-Cotterets, traversa Soissons et poussa une reconnaissance sur les derrièresde Winzingerode ; puis, ne se trouvant pas en force, rentra dans la ville et se replia sur Yillers-Cotterets. Les avant-postes des cosaques reparurent le 17 à la porte de Grouy, et la ville resta deux jours encore, entre les deux armées, ouverte au premier occupant. Le 19, le maréchal Mortier, duc de Trévise, vint en personne installer dans Soisaons une garnison composée de s^t cent cinquante fantassins polonais du régiment de la Wistule , sous le colonel Kosinski, de cent vingt artilleurs avec vingt pièces de canon, et deux à trois cents chasseurs à cheval: le commandement de la place fut remis au général Moreau. La garde nationale, qui avait été réorganisée aussitôt après le départ des Russes , partagea le service de la place avec la garnison. Le maréchal paraissait rempli d'espoir et de confiance; il annonça à l'Hôtel-de- Ville que l'empereur, vainqueur de Blucher sur la Marne , était allé fondre sur Schwartzenberg aux environs de la Seine et de l'Yonne, et qu'en ce moment la grande armée alliée était repoussée au loin. Ce nest plus à Châtillon, S s'écria-t-il, c'vst sur le Rhin que nous dicterons des lois !
Les espérances du maréchal ne se réalisèrent pas : la victoire de Montereau ne fut point décisive ; Schwartzenberg fut seulement obligé de se replier sur Langres ; mais, pendant ce temps, Blucher^ renforcé, reprenait l'offensive par la vallée de la Marne, et Winzingerode , retournant vers Reims et Laon, opérait sa réunion avec les nouveaux corps de Bulow et Woronzow, arrivés des Pays-Bas; ces trois généraux devaient aller rejoindre ensemble Blucher dans sa marche sur Paris. Les faibles colonnes des maréchaux Mortier et Marmont se retirèrent autour de Meaux, les 26 et 27 février , en disputant le terrain pied à-pied à Blucher, et trente mille Russes et Prussiens, sous Bulow , Woronzow et Winzingerode, s'avancèrent de Laon contre Soissons, dont les fortifications avaient été un peu réparées et palissadées depuis onze jours. Le 2 mars au matin , l'ennemi reparut dans la plaine de Grouy : à l'instant ou
1 Un congrès avait été ouvert le 4 février à Châtillon, pour traiter de la paix générale.
l'attaque de Soisson» commença > un intérêt immense reposait sur la résistance de cette ville; il s'agissait non pas de ralentir la marche des ennemis sur Paris, mais d'assurer leur destruction ; et, par suite des combinaisons stratégiques de l'empereur, le destin de l'armée de Blucher, et peut-être celui de la coalition tout entière, peut-être celui de la France, était en suspens sous les murs de Soissons! L'empereur, après avoir refoulé de^ rière l'Aube l'armée de Schwartzenberg, était revenu aux bords de la Marne avec la rapidité de la foudre, et Blucher, n'osant plus continuer sa pointe sur Paris , rentrait précipitamment dans le Soissonnais , suivi en queue par Marmontet Mortier, menacé sur son flanc par Napoléon, et dépéchant message sur message à Winzingerode, Bulow et Woronzow, pour les presser de le rejoindre à tout prix. Le moindre délai pouvait le perdre.
Telle était la situation respective des armées , lorsque les Russes et les Prussiens commencèrent à tirer sur Soissons, le 24nars, à onze heures du matin; une partie des ennemis ayant passé l'Aisne au-dessus de la ville et la menaçant du côté de la route de Reims, les Polonais, pour dissimuler leur extrême faiblesse numérique, furent groupés en deux masses de trois cent cinquante à quatre cents hommes chacune, aux deux portes de Crouy et de Reims, sans laisser un seul fantassin de la ligne aux autres postes , qu'occupa la garde nationale ; les ennemis, sur le rapport de leurs parlementaires trompés par cette habile disposition , crurent avoir affaire à une garnison nombreuse, et ne tentèrent les approches qu'avec précaution; enfin, après cinq heures de canonnade , deux bataillons prussiens débouchèrent avec des échelles par le faubourg Sain t-Grépin .-accueillis parun feu terrible, ils hésitèrent, et les Polonais, s'élançant audacieusement hors de la place, les chargèrent à la baïonnette et les chassèrent jusqu'au bout du faubourg, quoique le colonel Kosinski eût été blessé dans cette sortie. La nuit vint sans que l'ennemi renouvelât ses efforts. L'artillerie avait rivalisé avec les Polonais , et la garde nationale s'était comportée de manière à mériter ce glorieux témoignage de la part des Polonais : — Nous devons être contens les uns des avtres^i
* Mss. de M. Fiquet.
APPEIVBICE. 57
Pendant les intervalles du combat , on avait pu distinguer une canonnade lointaine dans la direction du sud-sudouest. Le lendemain, 3 mars, le canon se fit entendre de nouveau; les détonations, de plus en plus distinctes, se rapprochaient peu à peu de Soissons, et semblaient à peine éloignées de six lieues : — cG'est l'empereur! criaient les soldats; c'est l'empereur! l'armée française gagne du terrain; Blucher recule ! encore un jour, et nous serons secourus! >
Encore un jour d'héroïsme, et Blucher était anéanti! La garnison pressentait instinctivement que la solution d'une crise décisive lui était confiée, et les soldats étaient disposés à se faire tuer jusqu'au dernier sur la brèche. Ils ne purent consommer leur magnanime sacrifice. Dans la matinée, le feu avait été suspendu et les parlementaires se succédaient auprès du général Moreau ; bientôt les soldats apprirent avec consternation que le commandant de place et le Conseil de Défense, à la vue des bataillons prêts à tenterFescalade, avaient accueilli les propositions de l'ennemi. La terreur d'une partie des habitans , les^pleurs des femmes, la crainte de ne pouvoir soutenir un assaut général avec un si petit nombre de soldats et d'exposer la ville au massacre et au pillage, triomphèrent de la résolution du général Moreau, et il promit d'évacuer Soissons à deux heures de l'après-midi , et de conduire à Villers- Gotterets la garnison, avec la moitié de son anillerie, qu'on lui laissait: les alliés ne furent pas difficiles sur les conditions; Bulow, avec qui les pourparlers s'étaient engagés , eût tout accordé pour avoir la place ! Il n'appartient pas aux historiens de Soissons de juger sévèrement un homme qui a voulu épargner à cette ville d'afireuses calamités ; mais le général Moreau assuma sur sa tête une responsabilité bien terrible!
La garnison, obligée d'abandonner les portes, se retira sur la place d'Armes, en attendant l'instant du départ: les Polonais mordaient de rage leurs fusils; tout-à-coup, Winzingerode et son état-major débouchèrent par la rue des Cordeliers à la téie d'une colonne russe , entrée par la porte Saint-Martin ou porte de Reims: le petit nombre des soldats réunis sur la place frappa Winzingerode d'étonnement et d'admiration : t — Encore ici! dit- il au colonel Kosinski. — Général, répondit le chef polonais.
nous devons évacuer la ville àd^x heures: il n'est qu'une heure et demie : retirez- vous , ou je feis cirer sur vous et sur votre escorte. » Winzitigerode regarda sa montre : i C'est juste, dit-il ; ea arrière, messieurs! > Et la capitulation fut observée à la lettre , faible consolatioa pour les braves qui la subissaient sans Tavotr acceptée ^ La garnison sortit, tambour battant, mèche allumée, par la porte Saint*Ghristophe.
Pendant que les trois corps de Tarmée du Nord prenaient posses^on de Soissons , Tarmée de Blucher se trouvait de plus en plus compromise: son arrière-garde était battue à Neuilly-Saint-Front par les maréchaux Mortier et Harmont, et le gros de ses troupes filaient précipitamment sur Braine et Fimes par les chemins de traverse , pour all^ gagner le pont de Berry-au-Bac ; ses colonnes se débandaient, et laissaient, à chaque pas> des blessés, des traînards, des bagages ; Tempereur arrivait sur lui en flanc : Tavantgarde du corps que Napoléon commandait en personne était déjà i Rocourt, à trois lieues en avant de Château- Thierry, et la cavalerie de la garde impériale se dirigeait rapidement sur Braine et Fimes» pour tourner les Prussiens et les refouler contre Soissons. Biucher allait être enfermé entre Tempereur, les deux marédiaux, la ville de Soissons et la rivière d'Aisne, et forcé d'accepter une bataille perdue d'avance par le désavantage de sa position; ni la supériorité du nombre^ ni les secours tardifs qu'il pouvait recevoir de l'armée du Nord, ne l'eussent tiré de ce péril : les divisions de celte armée qui avaient passé l'Aisne n'eussent pu qne périr avec Ini. Le soir, il reçut la nouvelle de l'événement, inattendu qui changeait la situation respective des deux partis, d'une manière si fatale pour la France : il se replia aussitôt sur Soissons par la grande route de Château-Thierry , et arriva dans la nuit au quartier-général de l'armée du Nord, couvert de boue, méconnaissable y et plus semblable à un partisan fugitif qu'an général en chef d'une grande armée. La jonction des deux armées ennemies s'opéra le 4 mars autour de Soissons. Napoléon apprit, le 4 au matin , à Fimes, la reddition de Soissons, au moment où il achevait ses préparatifs de ba-
1 Nous tenons cette anecdote d'un témoin oculaire très-digne de foi, M. I^* docteur Godelle,
taille, et où il croyait n'avoir plus qu'à étendre la main pour fixer la victoire et sauver l'Empire. Ce fut une des heures les plus amères de sa vie, et son ordre du jour exprima avec véhémence sa colère et sa douleur : c L'armée ennemie, dit le bulletin de ce jour, l'armée ennemie se croyait perdue, quand elle apprit que le pont de Soissons lui appartenait, et n'avait pas même été coupé; par une lâcheté qu'on ne salirait définir, le général qui commandait à Soissons a abandonné la place en vertu d'une capitulation soi-disant honorable : il est traduit , ainsi que les membres du Conseil de Défense , devant une commission
d'enquête ! Us étaient d'autant plus coupables, que,
pendant toute la journée du 2 et du 3 mars , on avait entendu de la ville le canon de l'armée française qui se rapprochait....! ' >
Les conséquences de la prise de Soissons furent incalculables. Blucher franchit l'Aisne en sûreté à Soissons , et , conservant des têtes de colonnes sur la rive méridionale , put rallier tous les corps prussiens et russes, déployer librement ses lignes au nord de la rivière et choisir son champ de bataille. Napoléon, perdant tous les fruits de ses admirables combinaisons, se vit réduit à attaquer, avec 40,000 hommes, plus de 100,000 ennemis établis dans d'excellentes positions. Il tenta auparavant de troubler leur mouvement de concentration au nord de l'Aisne, et de reprendre l'avantage par sa prodigieuse célérité : le 5 au matin, l'aile droite française enleva Reims; le centre occupa Braine, et la gauche, sous les maréchaux Marmont et Mortier, fondit impétueusement sur Soissons parles routes de Reims et de Château-Thierry: 8,000 Russe^du corps de Langeron , commandés par le général Rudze>vitch, occupaient la ville et les faubourgs , pendant que les masses ennemies défilaient sur la route de Laon, canonnées de loin par l'artillerie française logée sur la rive méridionale de l'Aisne. L'affaire dura toute la journée , depuis onze heures du matin jusqu'à sept heures et demie du soir : le faubourg Saint-Crépin fut enlevé par les Français après un long combat et un affreux carnage ; les Russes , rejetés
1 Victoires et Conquêtes , etc. , t. xxiu. La catastrophe du 31 mars sauva le général Moreau et sesco-accusés. L'accusation de lâcheté au reste était bien dure : ce n'était pas la crainte d'exposer sa personne qui avait déterminé la conduite de cet ofticicr.
dans la ville, s'y défendirent av^c une nouvelle furie, mal* gré leurs pertes, que les récits des témoins oculaires, un peu exagérés sans doute, élèvent à deux mille morts ou blessés; la ville était en proie à un désordre épouvantable: les boulets, les obus et la mitraille, qui balayaient sans cesse le rempart, pleuvaient jusqu'au milieu de la cité sur les bataillons russes entassés dans les rues; déjà plusieurs édifices étaient enflammés, entre autres la filature et la fabrique de papiers peints établies au couvent des Feuillans; les hôpitaux et THôtel-de-Ville étaient encombrés de blessés et de mourans; les Russes exaspérés pillaient et combattaient tout à la fois ; amis et ennemis semblaient conjurés pour la ruine de Soissons. La nuit ne mit pas fin à ces scènes d'horreur: les assauts avaient cessé, mais le bombardement continuait, et, vers neuf heures du soir, le feu prit tout à coup avec violence à THôtel-de-Ville; les Russes, craignant quelque surprise, nepe^ mirent pas aux citoyens d'y porter secours, et THôlel-de- Ville tout entier s'écroula dans les flammes , avec le bâtiment qui servait aux audiences et au greffe du tribunal civil, et les nouveaux bains publics; un assez grand nombre de blessés russes périrent dans cet incendie, qui dévora les chartes, les titres, les archives tout entières de la Commune, avec celles du greff'e, les registres de Fétatcivil et les papiers de l'ancien bureau des finances *. Ainsi Soissons endura presque tous les maux qu'il eût pu souffrir, si le général Moreau eût tenu jusqu'à la dernière extrémrié , mais ces maux ne profitèrent en rien à la chose publique. Le lendemain 6, à la pointe du jour, les deux maréchaux, voyant qu'ils ne pouvaient emporter la place sans de grands sacrifices , et rappelés d'ailleurs par les ordres dé Napoléon , s'éloignèrent par la roule de Reims et allèrent rejoindre l'empereur, qui avait forcé le passage de l'Aisne à Rerry-au-Bac et attaquait en ce moment les corps russes postés à Graonne. La division de Rudzewitch fut rappelée de son côté pour renforcer l'ar-
1 11 n'est pas certain que ce soit un obus qui ait causé l'incendie de TBdtel-de-Ville; on l'a attribué à la négUgence des Russes ; on a prétendu qu'il avait pris aux quatre coins de rHôtd-de-YiUe tout à la fois ; d'après la Statut de V Aisne, c. ii, p. 83, le feu se serait d'abord manifesté ao- <lessus du secrétariat et de la chambre du conscil-de-villc; il se propagea avec une extrême rapidité.
mée ennemie qui se déployait autour de la montagne de Laon. Sois$ons fut complètement évacué dans la journée du 7, et demeura encore une fois abandonné à lui-même; mais son aspect était bien plus lugubre qu'après le premier siège: la ville et les faubourgs étaient pleins de cadavres et de ruines fumantes ; les rues , désertes ; une foule de citoyens avaient fui une cité sans cesse exposée à être mise à feu et à sang, et étaient allés chercher un asile à Yillers - Cotterets , à Compiègne , à Noyon, etc. Le sous-préfet était prisonnier ; les autorités municipales avaient quitté la ville, et Soissons eût été livré à une anarchie complète , si de courageux citoyens » MM. Letellier, Legris et Lefebvre , ne se fussent saisis du pouvoir municipal^ le 6 mars , sous les baïonnettes russes. La ville, déjà si cruellement traitée, dut à M. Letellier de ne pas voir ses misères comblées par une contribution de guerre accablante et par une réquisition qu'il lui eût été impossible d'acquitter dans l'état déplorable où elle était réduite. Les Russes, pressés de faire retraite, n'eurent pas le temps d'employer la force pour obtenir qu'on satisfit à leurs exigences ; ils partirent le 7, et, dès le 8, l'armée française s'interposa entre Soissons et l'ennemi , le quartier-général de l'empereur étant transféré deCraonne à Cliavignon. On sait quelle fut l'issue des deux journées des 9 et 10 mars; Napoléon, après avoir battu les Russes à Graonne, à Yauxclair, à Etouvelles , ne put débusquer Rlucher de la montagne de Laon. La valeur et le génie durent céder à une immense supériorité de nombre et de position, et l'empereur se replia vers Soissons, avec la pensée désespérante que l'occasion de vaincre , perdue par la funeste capitulation du 3 mars , ne lui serait plus oiTerte. Le 11 , Napoléon arriva en personne à Soissons » et toute l'armée s'y trouva réunie. Il reçut à l'Evêché les hommages de la municipalité provisoire et des principaux citoyens, et, là , dit-on , il épancha les regrets qui assiégeaient son âme en des termes qui laissèrent une impression profondément douloureuse aux assistans. L'empereur resta deux jours et une nuit à Soissons, y réorganisa l'armée affaiblie et harassée , prit toutes les mesures nécessaires pour mettre la place en état de défense, ordonna de miner le pont pour le faire sauter si l'on était contraint d'évacuer le faubourg Saint-Waast, prescrivit de bastionner
et de fossoyer les remparts, de protéger tout le circuit de la y'Me , et surtout les portes , par des barricades et (tes palissades , chargea le général du génie Léry de diriger ces travaux , et plaça dans la ville une garnison de deai mille cinq cents à trois mille hommes , appartenant, partie à la jeune-garde , partie aux nouvelles levées. Le commandement de Soissons Ait remis à un simple chef de bataillon, M. Gérard, qui avait conquis l'estime deFempereur par sa belle conduite dans la campagne de Russie, et qui se montra digne d'une telle marque de confiance. En Tabsence de M. de Yismes , prisonnier des Russes, l'empereur nomma sous-préfet provisoire M. Harel, auditeur au conseil-d'état , très jeune homme , sur le dévouement et l'énergie duquel il pensait pouvoir compter. Après avoir arrêté ces dispositions urgentes , Napoléon partit le 12, pour aller reprendre Reims une seconde fois, en laissant un corps de douze mille hommes au maréchal Moi^ tier, chargé de couvrir Soissons et de défendre le passage de l'Aisne.
Le théâtre de la grande guerre s'éloigna bientôt de Soissons, les mouvemens de Schwartzenberg ayant attiré Napoléon de la Vesle sur l'Aube, et Blucher s'éianl, de son côté, mis en marche pour se réunir à Seb^artzenberg du côté de Vitry : plusieurs jours se passèrent avant que Soissons fût sérieusement attaqué de nouvean; mais rien n'était plus désolant à voir que cette malheureuse ville et ses environs, ordinairement si rians et si gracieux : les belles campagnes de l'Aisne étaient dévastées ; les arbres, coupés; les villages, saccagés, brûlés, abandonnés de leurs habitans, qui avaient en à subir toutes les brutalités et tous les outrages des hordes ennemies; on ne voyait dans la ville que les restes noircis des incendies ^ ou les restes plus horribles encore du carnage, des centaines de cadavres d'hommes et de chevaux, abandonnés çà et là dans les fossés , sur les remparts, dans les ruelles des faubourgs; plusieurs semaines s'écoulèrent avant qu'on eût achevé d'inhumer ou de jeter à la rivière ces débris sanglans et fétides, qui ajoutèrent aux misères de Soissons en y faisant naître le typhus , que les quinze cents malades et blessés entassés au Séminaire , aux Minimesses et à rifôtel-Dieu , eussent bien suffi d'ailleurs à engendrer. Sans la rigidité que l'atmosphère conserva heureusement
cette aon^e-Ià jusqu'au milieu de mai , la contagion eût probablement exercé d'effroyables ravages dans Soissons. Les travaux de fortification furent poussés avec activité: partout les fossés se hérissaient de palissades; partout les remparts étaient sillonnés de boyaux et de tranchées ; les belles promenades, qui faisaient l'ornement de Soissons et qui rivalisaient avec celles de Reims, tombaient de toutes parts sous la hache , aux yeux attristés des citoyens; les travaux cependant n'étaient point encore terminés, lorsque, le 21 mars, le général Bulow, qui s'était séparé de Bhicher à Laon , reparut avec vingt miUe hommes et cinquante pièces d'artillerie, jeta un pont de bateaux sur l'Aisne, vis-à-vis deVenizel, et, s'emparant des hauteurs qui dominent Soissons , investit la ville de toutes parts. Il envoya aussitôt un parlementaire au commandant de place. — cDites à votre chef, répondit Gérard, que je ne veux de correspondance avec lui qu'à coups de canon!» et une proclamation adressée aux habîtans leur fit part de cette énergique résolution di} commandant, décidé à périr sous les ruines de la ville plutôt que d'imiter Moreau. Bulow irrité ordonna le bombardement, et commença d'ouvrir ta tranchée devant la porte de Paris dans la nuit du 22 au 23. Le commandant Gérard fit une brusque sortie à ki tête des soldats de la jeune garde, culbuta les Prussiens, détruisit leurs ouvrages, et mit le feu au faubourg Saint- Christophe et à la maison de M. de Beuvry, où les ennemis s'étaient logés, et qui leur servaient d'abri, te/icwent, dit un témoin oculaire , que , de Cintérieur des maisons , les Prussiens pouvaient facilement tuer les canonniers des rem^ parts sur leurs pièces ^ Les malheureux habitans du faubourg n'eurent pas le temps de sauver leur mobilier : tout fut brûlé. M. de Beuvry avait recueilli de précieux débris de Saint-Médard , entre autres le bas-relief romain qui a été gravé dans les Antiquités de Caylus : les flammes détruisirent ce que le canon avait pu épargner. Au retour des vainqueurs sur la place d'Armes, Gérard saisit le drapeau d'un bataillon. — f Soldats, s'écria-t-il , l'armée entière a les yeux sur vous: nous couvrons la capitale de l'Empire; jurons, sur ce drapeau, de justifier la confiance de l'empereur en défendant jusqu'à la mort le poste d'hon-
» Mss. de P.-L. Brayer.
neur où il nous a placés! > La garnison et leshabitans qui assistaient à cette scène, répétèrent le serment avec enthousiasme, et n'y furent point infidèles. Toutes les tentatives d'assaut furent repoussées par le feu meurtrier des remparts; et de vigoureuses sorties, où le souspréfet provisoire accompagnait bravement le commandant de place, chassèrent à plusieurs reprises l'ennemi loin des murailles, comblèrent ses tranchées, bouleversèrent ses travaux ; enfin, après neuf jours de tranchée ouverte et onze jours de bombardement, l'ennemi cessa ses efforts, se replia sur les hauteurs, hors de la portée du canon, et convertit le siège en blocus. Le commandant Gérard , ignorant la cause de cette résolution de Bulow, et pensant que les attaques pouvaient recommencer d'un jour à l'autre, crut devoir profiter de l'inaction momentanée de l'ennemi pour achever de fortifier la ville, et ordonna la démolition du faubourg Saint-Christophe, qui n'offrait plus guère que des masures noircies et calcinées, ainsi que de plusieurs maisons des faubourgs de Crise, de Saint-Crépin et de Saint « Médard , qui gênaient la défense. On a vu combien les bâtimens voisins de Saint-Hédard et de la porte de Crouy avaient favorisé les Russes, lorsdel'assaut où fut tué le général Rusca. En prescrivant ces mesures rigoureuses qu'il jugeait nécessaires à la conservation de la place, le commandant Gérard espérait peut-être sauver plus que Soissons, et réparer les fatales conséquences de l'événement du 3 mars ; mais la fortune des combats ne repose jamais deux fois de suite sur la même chance, et le salut de l'Empire ne dépendait plus de Soissons ; la résistance de ses défenseurs ne servit qu'à honorer leur courage 3t leur fidélité patriotique. Schwartzenberg et Blucher avaient pris un autre chemin pour se précipiter sur Paris, et Bulow lui-même, laissant un simple corps d'observation devant Soissons, s'était dirigé vers la capitale avec le gros de ses troupes sans avoir besoin d'être maître de la ville assiégée. La nouvelle de la catastrophe du 31 mars, de la reddition de Paris, éclata bientôt comme un coup de foudre ; les défenseurs de Soissons refusèrent d'abord d'y croire, puis s'opiniàtrèrent a maintenir l'état de siège , et à rester sur un pied d'hostilité vis-à-vis des Prussiens, tant qu'on eut le moindre espoir de voir l'empereur continuer la lutte et délivrer Paris. La proclama-
tion de Louis XVIll comme roi de France, et l'abdication de Napoléon à Fontainebleau, ôtèrent enfin tout motif à la prolongation des hostilités ; Gérard fit cesser les démolitions et les autres travaux, conclut un armistice , le 15 avril, avec les chefs du corps d'observation, et fit publier, le lendemain, que le blocus était levé et tes communications, rouvertes; il rendit un dernier service à la ville, en refusant le passage aux Prussiens dans les murs de Soissons , après la conclusion de Farmistice , et il leur permit seulement d'établir un pont de bateaux en face la porte du Mail, pour défiler sous les remparts. Ce fut l'acte qui termina son commandement militaire ; c sa conduite et l'intérêt qu'il a manifesté envers les habitans de la ville lui avaient donné, à tous égards, des droits à leur estime et à leur reconnaissance. > Ce témoignage d'un Soissonnais^ M. P. L. Brayer, qui a écrit, jour par jour, le récit sommaire des divers sièges de Soissons, est la meilleure réponse aux inculpations dirigées contre le brave commandant Gérard , qu'un historien a accusé d'avoir inutilement brûlé et détruit les faubourgs, et d'avoir retardé la délivrance de Soissons jusqu'au 15 avril, à l'instigation du sous-préfét Harel , un des plus fougueux adhérens de Napoléon *. Le devoir de M. Gérard était de résister tant que le drapeau tricolore était debout dans un coin de la France^ tant que Napoléon n'avait pas prescrit lui-même à ses soldats de poser les armes ; et ce devoir, le commandant Gérard l'a glorieusement rempli!
Soissons put enfin respirer, après deux mois d'une véritable agonie publique ; mais les traces de ses malheurs
2 M. Â. de Beauchamp, Mist. des campagnes de 1814 et 1815.— M. Gérard est aiyourd*bai général au service de Belgique. — Nous avons suivi et combiné, dans notre récit, la tradition orale avec les deux journaux manuscrits de M]Ml.Flquet et Brayer, rédigés sur les lieux à mesure des événemens. Voyez en outre les Victoires et Conquêtes, etc., t. xxin ; VHist. des campagnes de 1814 et 1815, de M. A. de Beaucbamp, et Vmst de Laon, de M. de Vismes, t. n, I. 7. — D'après un état dressé par M. Desèvre, maire de Soissons, le 13 JuiUet 1814, cinquante maisons, deux auberges, la manufacture de soude (transférée de Saint-Crépin-le-Orand à Chevreux), buit fermes, trois moulins, une tannerie, et un grand nombre de bâtimens, avaient été brûlés ou démolis dans les faubourgs, la moitié au moins de ces pertes portant sur le fiuibourg Saint-Cbristophe : dans la ville , outre riIôtel-de-Ville et les Fentllans, les trois bureaux de Toctroi , l'ancien presbytère Saint- Jacques, et deux maisons, avaient été incendiés par les obus. — Ext, des archives de la Commune de Soissons.
ne devaient pas être effacées de long-temps : la destruetiou de FHôtel-de- Ville et des Archives, qui renfermaiest les titres sur lesquels était fondée en quelque sorte l'existence des citoyens, jetait une étrange perturbaiion dans tous les rapports des particuliers et des familles. Par ordonnance royale du 9 janvier 1815, plus lard convertie en loi par les Chambres» une commission fut formée à Teffet de recomposer les registres de Tétat-civil de l'arrondissement et de la ville de Soissons : les commissaires durent former ces registres d'après les renseignemens puisés y soit dans les papiers de familles et registres de paroisses, soit dans les documens que contenaient tous les dépôts publics, soit enfin dans les déclarations des ascendans des époux, des frères et sœurs, des autres paréos ou des anciens de chaque Commune. Cette enquête universelle ne répara toutefois qu'imparfaitement la perte des actes de Tétat-civil. L'enquête était à peine entamée , lorsque de grands événemens arrachèrent de nouveau Soissons au repos dont cette ville avait tant besoin. Le 8 mars 1815, on apprit à Soissons que Napoléon était débarqué sur la côte de Provence, et qu'il venait revendiquer l'Empire. Le corps municipal et le tribunal envoyèrent une adresse au roi pour protester de leur fidélité. Le 15,1e sous-préfet convoqua les notables et proposa d'organiser des compagnies de volontaires royalistes , pendant qu'une troupe de conscrits parcouraient la ville , précédés d'un drapeau blanc, aux cris de: Vive le roi! Trois jours après, le passage des deux généraux Lallemand , arrêtés à la Ferté-Milon, après avoir échoué dans un coup de main sur la Fère, et conduits prisonniers à Laon par la gendarmerie, parut aux Soissonnais d'un mauvais augure pour l'entreprise de Napoléon. Ce présage fut promf5tement démenti; dès le 21, on apprit l'entrée de l'empereur dans Paris, ei, le 25 , la garde nationale de Soissons , ralliée autour de l'aigle impériale , adressa à Napoléon l'expression de son dévouement ; les maire et adjoints furent changés ; et , le 2 mai, on recommença de travailler aux fortifications, et d'armer les remparts. Le lendemain, l'arrondissement de Soissons procéda à l'élection d'un député, et envoya siéger à la Chambre des Cent Jours M. Lévesque de Pouilly, commandant de la garde nationale. Le 25 mai, M.Gérard, qui avait été promu au grade de colonel , et présenté à l'em-
pereur le 3 avril avec plusieurs membres du conseil municipal de 1814, passa en revue la garnison de Soissons dont il avait repris le commandement; trois bataillons de gardes nationaux d'Eure-et-Loir et du Loiret, deux régimens polonais, infanterie et cavalerie, et le dépôt du 34" de ligne, manœuvrèrent pendant trois heures, aux cris de :. Vive t empereur l Les soldats étaient animés d'un ardent enthousiasme; mais les hommes éclairés ne pouvaient envisager, sans un pressentiment douloureux , la grandeur des périls qu'affrontait la France et l'insuffisance des ressources qu'elle avait à leur opposer en ce moment. La crise fut aussi courte que terrible : le 12 juin, l'empereur traversa Soissons pour aller se mettre à la tête de la grande armée dans le Hainaut ; le 27, le quartier-général était de retour à Soissons; dans ces quinze jours, la couronne impériale avait été jouée... et perdue!... Napoléon avait pour jamais cessé de régner, et l'armée, ralliée à Soissons, n'était plus que le faible reste des vaincus de Waterloo ! Après s'être réunie ait corps du général Grouchy, l'armée se retira vers Paris, et Soissons, par la rapidité même de la catastrophe qui livra la France aux alliés, fut préservé de voir se renouveler les horribles luttes de 1814: la ville demeura cependant plusieurs semaines en état de blocus ; quoique la garnison se fût soumise au roi le 20 juillet, le blocus ne fut levé que le 10 août, après que le ministre de la guerre eut envoyé à Soissons le général Grundler pour s'entendre à cet égard avec le général russe Ouschakow, qui commandait le corps d'observation chargé de bloquer la place. Soissons subit ensuite , comme toutes nos cités du nord , l'occupation étrangère, mais fut toutefois moins maltraité par les Russes que Laon par les Prusr siens, qui empêchèrent de procéder, dans cette dernière ville, à la formation de la légion de C Aisne et à l'élection des députés du département ; ces deux opérations eurent lieu à Soissons, sans obstacle de la part des Russes, que contenaient les ordres de leur empereur.
Soissons n'avait pourtant pas épuisé son mauvais sort. Le 13 octobre 1815, à une heure et demie de Taprès-midi, une effroyable explosion porta la terreur dans toute la ville ; c'étaient les deux poudrières établies dans les casemates du bastion Saint-Remy qui sautaient en l'air avec k bastion , le rempart et les maisons voisines ! Cinq maisons
furent entièrement détruites : le Séminaire fat bouleversé; dnq séminaristes et trente-quatre autres personnes , tués sur la place; près de deux cents personnes reçurent des blessures ou des contusions graves; une grande partie des vitraux de la cathédrale, les belles verrières deTArqucr buse y et presque toutes les fenêtres de la ville , furent brisés; tout le quartier voisin du bastion Saiut-Remy fut tellemeni ébranlé , que plus de cent - cinquante maisons furent abandonnées de leurs habitans, tremblant d'être écrasés sous leurs ruines; le collège, la maison des. frères de la doctrine chrénenne, qui, depuis le commencement de l'Empire, dirigaient l'école primaire; l'bôpital-général, l'hôtel-Dieu, souffrirent beaucoup ; les deux magasins qui avaient sauté renfermaient douze mille livres de poudre et beaucoup d'obus, de bombes, de boulets; si la troisième poudrière, beaucoup plus considérable, eût aussi pris feu, la ville eût été détruite ! On parvint à sauver une des victimes qui avaient été surprises par ce désastre dans leurs habitations ; un tisserand , enseveli pendant trente-six heures sous les décombres d'une des maisons écroulées, en fut retiré sain et sauf. Le nouveau malheur qui accablait Soissons excita une commisération et une sympathie universelles. Le gouvernement, à la demande du préfet, M. de Nicolaï , accorda 100,000 fr. de secours extraordinaire aux victimes de l'explosion ; tous les théâtres de Paris donnèrent des représentations, et mademoiselle Garnerin fît une ascension aérostatique à leur profit. Les pertes matérielles , évaluées à plus de 400,000 fr., furent ainsi en partie réparées K
Les Soissonnais furent reconnaissans de l'empressement avec lequel le gouvernement royal avait secouru leur infortune, mais ne virent point du même œil les mesures réactionnaires qui signalèrent les tristes années 1815 et 1816, et qui frappèrent leur compatriote Quinette, comme Tillustre Carnot et comme bien d'autres citoyens. M. Quinette, après l'abdicalion de Fontainebleau, s'était retiré dans sa terre de Richemont: le 20 mars l'avait ramené aux affaires; il avait été nommé commissaire extraordinaire dsius les départemens de l'Eure , de la Seine-Inférieure et de la
• Moniteur d'octobre 1815 et juin 1816. — Mss. de M. Fiquel.— Archiv. de la Commune.
Somme, et membre de la Chambre des Pairs ; pais il siégea, avecCarnot, Gaulaiocourt, Fonchë et Grenier, dans cet éphémère gouvernemeiit provisoire, qui ne fit que paraître entre la seconde abdication de Napoléon et la rentrée de Louis XYIII. La loi du 12 janvier 1816 l'obligea de quitter pour jamais la France : il se retira d'abord aux États-Unis, puis revint mourir à Bruxelles en 1821.
L'histoire de Soissons redevient muette après cette période de 1814 — 1815, trop féconde en événemens, et l'époque de la Restauration s'est écoulée , dans cette cité , sans beaucoup de faits dignes de mémoire. Le fléau de la disette qui succéda à celui de l'invasion, et qui fit peser de si cruelles souffrances sur les classes pauvres, en 1816 — 1817 *, éloigna encore le retour de temps meilleurs; enfin, après la récolte de 1817, les plaies de Soissons commencèrent à se cicatriser; les ruines qui assombrissaient la ville avaient disparu ; les finances municipales, obérées par la guerre et par des dettes antérieures à la chute de l'Empire, se rétablirent peu à peu, et l'on put songer à entreprendre des travaux d'utilité et de salubrité publique. Un abattoir fut construit en 1824, au bout du faubourg Saint - Waast ; des fontaines furent placées dans la rue Saint-Christophe et au faubourg Saint -Waast , dont la population, de plus de douze cents habitans, réclamait la sollicitude de l'administration municipale sous ce rapport et sous beaucoup d'autres ; les ports et les quais de l'Aisne furent améliorés ; on établit des réservoirs à la fontaine de la Grosse-Téte, qui fut reconstruite, ainçi que sur la grand'place , sur la place Saint-Gervais et à la fontaine des Quatre-Sources (1823—1824—1825, etc.)*. Une ordonnance royale, rendue en 1825, sur l'avis du conseil municipal et du tribunal de commerce de Soissons, fonda un établissementimportant, l'Agence commerciale des grains. Soissons, malgré l'importance de son commerce de blé, n'avait plus de halle où l'on exposât les denrées , et où le vendeur et l'acheteur pussent en débattre publiquement le prix ; le commerce s'y faisait à domicile et en particu-
< Le blé atteignit, en 1816 , le prix moyen de 432 fr. 60 c. le muid , prix le plus élevé auquel il fût jamais parvenu ; voy. la Statist. de V Aisne ^
c. IV.
2 Une autre fontaine avait été établie , rue des Rats , en 1808 , avec cette inscription : Panchrestumtrans/Undoperennè.
lier par rintermédiaire des factrices , et il n'y avait pas de cours régulièrement établi sur les grains; on jugea nécessaire de remédier aux inconvéniens graves de cet état de choses, et, en vertu de Tordonnance du !«' septembre 1825, les ventes dé grains et de farines faites par voie de factage ne purent plus avoir lieu que dans un bâtiment spécial, où durent être étalés les échantillons des denrées offertes ; un contrôleur et huit facteurs furent préposés à r Agence , sous la surveillance du maire, qui nomma les facteurs et présenta au préfet trois candidats pour les fonctions de contrôleur. L'Agence ou bureau de factage fut placé d'abord à Tancienne Intendance, qui, de Palais Sénaioriaiy était devenue Palais de la Couronne^ après avoir été réunie au domaine royal par ordonnance du 4 juin 1^14, et fut louée par le domaine à la ville pour dix-huit ans à partir de 1827. On transféra plus tard T Agence à la Poissonnerie, et le Palais de la Couronne a reçu, dans ses vastes corps-de-logis, la sous-préfecture, la mairie, la justice de paix et la bibliothèque communale ^
Deux actes gouvernementaux, sur ces entrefaites , agirent d'une manière bien opposée sur les intérêts de Soissons; Tunfut fordonnance du 1*' août 1821^ qui, classant définitivement cette ville parmi les places de guerre , lui ôta Tespoir de s'agrandir et de franchir sa vieille enceinte, comme avait fait Saint-Quentin , et comprima la renaissance de l'essor industriel et manufacturier qui avait été étouffé par les malheurs de TËmpire ; l'Etat s'empara des anciens remparts et de leurs dépendances , du promenoir près Saint-Pierre-à-la-<Jlhaux, du Mail, etc., et la ville se contenta de demander une faible indemnité de 64,912 fr. L'autre décision gouvernementale fut l'adoption par les Chambres, en 1821, du projet relatif au canal de la Meuse à l'Aisne, dit Canaldes Ardennes. La situation de Soissons, désavantageuse à certains égards pour l'industrie manufac-
1 D'après la Statut, de V Aisne ^ la moyenne annuelle des exportations de l'arrondissemeat en firoment et seigle, tant par terre cpiepar eau, était, sous la Restauration, de 22,000 muids partant de Soissons, Vic-sur-Aisne et Villers-Cotterets. Voyez, pour plus amples renseignemens sur Tagriculture et le commerce du blé dans Tarrondissement de Soissons, la Statist. de l'Aisne, c. ¥. Ajoutons seulement que les haricots de Soissons , dont la célébrité est devenue proverbiale, se cultivent spécialement et en grand au sud-est de la ville, depuis Billy jusqu'à Braine.
tarière, qui fuit les murs des villes de f^uerre et les grandes positions stratégiques , est admirable pour le commerce de transit, et le creusement du canal des Ardennes promettait à cette ville de grands résultats dans un avenir peu éloigné. Des travaux considérables avaient été ordonnés pour rendreTAisne navigable depuis Neufchàtel, et établir ainsi des communications directes par eau entre la Belgiques orientale et Tintérieur de la France; mais une autre entreprise devenait nécessaire afin de compléter les avantages que le canal des Ardennes offrait non seulement à Soissons, mais à Paris même ; c'était Touverture d'un second canal entre Soissons et la rivière d'Ourcq, pour conduire directement à Paris les bateaux de la Meuse , sans subir le long détour deFOise; le plan du canal de Soissons fut tracé par M. Girard , ingénieur en chef des ponts-etchaussées, et une souscription fut ouverte par M. de la Noue, maire de Soissons > le 20 novembre 1824, pour l'exécution de ce canal ; le 30 décembre , la souscription s'élevait déjà à plus d'un million. Le projet du canal de Soissons , qui nécessitait beaucoup de sacrifices et rencontrait des obstacles graves , mais non insurmontables , ne fut cependant point mis à exécution, quoique l'heureuse influence de l'ouverture du canal des Ardennes se flt déjà sentir; le canton de Soissons lui dut bientôt la fondation d'une manufacture considérable de bouteilles et de cloches de jardins ; la facilité de se procurer le combustible nécessaire (les houilles de la Meuse arrivant dorénavant jusqu'à Soissons et au-delà) détermina M. Deviolaine , propriétaire de la grande verrerie établie dans l'abbaye de Prémontré , à transférer une surcursale de Prémontré dans le hameau de Vauxroux (Val-Piaoul), dépendance de Cuffies. •
1 Le gouvernement républicain, en aliénant la magnifique abbaye de Prémonlré (en Tan in), avait imposé aux acquéreurs TobligalioD de conserver les bâtimeus et d'y établir une verrerie : cette condition ne fut remplie qu'après l'acquisition de Prémonlré par M. Deviolaine, en 1803. M. Deviolaine ne fabriqua d'abord que des bouteilles destinées à contenir les vins mousseux de la Champagne ; U ajouta, en 1807, à cette fabrication , celle des verres à vitre, des verres de couleur et des cloches de jardin, et la si-. tuation de la verrerie élait très-florissante , lorsque les deux invasions de 1814 et 1816 vinrent la frapper d'un coup terrible; les étrangers, prenant ses vastes et somptueux bâtimens pour un palais de Napoléon, les livrèreat au pillage et y firent un long et ruineux séjour. H fallut tout le
Tandis que radministration municipale , secondée par d'honorables citoyens , s'efforçait de développer la prospérité commerciale de Soissons , d'autres Soissonnais s'occupaient avec un louable zèle à recueillir les souvenirs historiques de leur cité ; comme il arrive d'ordinaire après les grandes crises et les grandes rénovations politiqueSy beaucoup d'esprits sérieux se tournaient vers rétude du passé, et l'histoire de Dormay, travail utile et consciencieux, mais très-incomplet et très-prolixe tout à la fois, l'abrégé de Melchior Regnault et l'œuvre un peu superficielle de Lemoine, ne leur paraissaient pas suffisamment dignes d'une ville qui a rempli un si grand rôle dans l'histoire de France; chacun d'eux amassait de son côté les élémens d'œuvres nouvelles , en suivant la voie qu'avait ouverte, avant la Révolution, le chanoine Cabaret dont les mémoires ont été si souvent cités dans ce livre. L'ex-cordelier MezuroUes , à qui Soissons doit le salut
courage et toute ractivilé du propriétaire pour réparer ce désastre : Prémontré se releva cependant, dépassa son ancienne prospérité, et, en 1826 , M. Deviolaine résolut d'entreprendre le coulage des glaees. L*usine avait été alimentée jusque-là par le bois de la haute-forêt de Coucy, appartenant à M. le duc d'Orléans, qui, en 1822, avait visité et admiré ce bel établissement , et qui, depuis son avènement au trône, a donné au propriétaire de Prémontré la fourniture des verres à vitre et des bouteilles dans les palais de la couronne ; mais l'essor plus étendu qu'allait recevoir la manufacture, nécessitait l'emploi d'un nouveau combustible, et ce fut alors que M. Deviolaine se décida à transférer la fabrication des bouteilles à Vauxrot ou Vauxroux , dont la situation , sur le bord de l'Aisne , facilite d'ailleurs beaucoup les relations avec la Champagne : la verrerie de Vauirot, mise en activité dans le cours de 1828, fobrique aujourd'hui jusqu'à deux nàUioas de bouteilles par an ; la réussite complète des essais faits pour s'assnrer de leur solidité, en présence de plusieurs membres de l'Institut et des commissaires de \2i Société d'encouragement pour l'IndustrUnaiionale, a valu à M. Deviolaine, en 1835, une médaille d'or delà valeur de 500 f. L'influence deeeUe fondation sur l'aisance et le bien-être des campagnes soissonnaises est déjà très-sensible ; ces grands établissemens industriels agglomèrent autour d'eux les populations comme faisaient jadis les établissemens religieux qu'ils ont remplacés ; Prémontré avait à peine 150 habitansen 1803; il en oomptaU, en 1827, plus de 700. Prémontré, dont les produits ont dit décerner à M. Deviolaine des médailles et mentions honorables aux expositions de 1823, 1827 et 1834, n'a rien perdu de son importance depuis la fondation de VauYroux : le coulage des glaces , interrompu quelques années, a éié repris depuis trois ans , par les fils et successeurs de M. Deviolaine, avec les plus heureux résultats, quant à la qualité des produits; l'emploi du charbon de terre concurremment avec le bois permettra d'élargir encore les proportions de cette vaste manufacture.
de sa nombreuse bibliothèque , avait composé/ principalemedt sur les derniers temps , une notice historique qui prit place dans le cadre plus large des travaux de M. Pierre- Louis Brayer; M. Fiquet réunit des matériaux plus étendus encore.* MM. Godelle, archéologue distingué, Pattez, Wuillefroy de Silly, mais surtout M. Brayer-Beauregard, auteur de l'excellenle Statistique de l'Aisne in-4o, publiée en 1824 et 1825, se livraient à des études analogues, et M. Brayer-Beauregard publia même , en 1826 , le prospectus d'une Histoire de Soissons. Au centre de ce mouvement littéraire , se trouvait placée une femme d'un esprit et d'une instruciion remarquables^ madame Maréchal , (Marie-Elisabeth Darlu), liée d'amiiîé avec plusieurs de cesarchéologues, ainsi qu'avec le célèbre Charles Pougens, et coonue elle-même non seulement par son goût pour la littérature, mais par un roman intitulé Théodora Duguesclin, on les Detix Rivales.
Le vif intérêt qu'elle prenait aux travaux destinés à rilliistration de su patrie lui inspira le dessein de renouveler, sur une plus large échelle, les encouragemens que TAcadémie de- Soissons avait donnés à l'histoire locale dans le cours du XVIU^ siècle. Elle légua, par testament , une soafime de 12,000 fr^ à l'auteur de la meilleure Histùire de Soissons publiée dans l'intervalle de dix années à partir du 1" Janvier 1828, afin de le dédommager , dit-elle , des frais dimpression et di^ temps consumé dans les recher* ches nécessaires à un pareil ouvrage. Ce fut là un bel exemple donné par une personne privée aux administrations municipales de\nos vieilles cités; la réunion des histoires, particulières complétera seule le grand édifice de l'histoire de France. La noble pensée qui inspira madame Maréchal aura de Técho dans le pays, et son nom prendra une place honorable entre ceux des amis des sciences , qui auront contribué à accélérer Ji'impulsion des études historiques, si puissante: dans notre patrie depuis vingt anmiées'!
.} .C'est grâce à Tobligeance de M. Fiquet 6ls que nous avons pu puiser largement dans les matériaux légués par son père, et par MM. P.-L. Brayer et Mezurolles.
2' « Je désire, avait écrit madame Maréchal, que M. Brayer-Beauregard, bu à son défaut^ M. Pattez ou M. Wuillenroy de Silly, aient des droits à ce I^. » M- Braver est mort sans avoir pu exécuter ses plans ; les deux au-
74 APPEBTMCE.
Pendant quoo s'occupait.àioiiilter le passé, le présent marchait : k Restauration se précipitait à sa perte ; la couronne s était engagée » ayec la Chambre des députés , dans une lutte qui devaîl lui être fatale, elle drapeau tricolore, après quinze ans d'exil, allait se relever sur la tour de -Saint -Gervais. M. Lévéque de Ponilly, membre de la Chambre de 1830^ siégea parmi les 221, et fut l'un des si^ gnataires de la célèbre proclamation du 31 juillet.
La Révolution de Juillet fut proclamée à Soissons avec des circonstances assez curiéu&es : on> avait appris àSois* sons, dans la matinée du 30 juillet, la victoire du peuple parisien et l'évacuation de Paris par la garde royale; mais on attendait avec anxiété les suites de ce grand événement» qui, pensai t-on , n'avait petii-étre encore rien de décisif; lorsque, le 31, à onze heures et demie, on vit descendre d'une chaise de poste nn citoyen de Soissons» M. Hmin , accompagné d'un grand et vigoureux jeune homme à Tépaisse chevelure, aux traits prononcés, qui portait la cocarde tricolore à son chapeau et des pistolets à sa ceinture; c'était Alexandre Dumas , illustration quasi soissonnaise *. Dumas, sur un ordre qu^il avait sollicité du général Lafayeite, était parti de Paris à trois heures dit matin pour enlever à lui tout seuMa place de Soissons et surtout les poudres, dont on avait grand-besoin à Paris ; renforcé de
très personnes désignées A'^ntpdipt J'dgé à propos d^é^i^ii^re Thisteire de Soissons. » •
. Madame l^laréehal, fiUe de Mi DarlU'Dubra^set, contrôleur des actes des notaire^ à Soissons, était qée à Soi^ns le 18 octobre 1755 : elle épousa à Dâmmartin, en juin 1786» M. Maréchal, pelil-fils du célèbre chirurgien de Louis XIV, et proche parent et héritier du marquis de Bièvre. DemeuTée veuve^'Sprès quelques années d'udifiàri, beaucoup plus âgétiu^elle, madaqie Maréchal partagea U' reste de;sa vi^^enlri) les lettres et la-.blenfaisnQoe: sa conversation était pleine de cliarj[j3e;.8op t^sprit vif.et efljoné ii'avaii^pas besoin, pour briller, dé recou/'ir â 'la 'médisance, Ressource que s'ôn 'caractère bienveillant lui eût toujours interdite; Elle mourut le ^ septembre tS2&: elle avait beaucoup écri^; maison doitiregreller qu'elle aitcxprcssément ordonné la destruction de tous ses manuscrits. • Elle était toujours disposée à rendre des services et en avait beaucoup rendu. » On ne peul rien ajouter à ce témoignage de Thomme honorable à qui madame Maréchal a coutié Texécution de ses dernières volontés, et qui a bien voulu nous raellre à même de rendre ici un juste hommage aux mânes de cette l^mme aussi distinguée par le cœur que par llntelligence.
2 Alexandre Dumas est né à Villers-CottereU : notre terrible dramaturge est le compatriote de Demoustier, le doucereux auteur des Lettres d Emilie : ils ont puisé des inspirations bien opposées sous Tes ombrages de fcttè forêt de Retz> tant affectionnée de François I"*" et de Henri IV.
trois patriotes soissonnais recratés par M. Hutin , Dumas marche droit à la poudrière , place un factionnaire à la porte, somme les officiers du génie de se rendre, puis va chez le commandant de place , pendant que MM. Bard et Hutin arborent les trois couleurs à la cathédrale. Le commandant de place refusa de reconnaître l'autorité du gouveiiiement provisoire, et ajouta que d'ailleurs il n'y avait presque rien à la poudrière: Dumas se retira , et alla prendre des informations qui lui révélèrent l'existence de deux cents livres de poudre appartenant à l'armée, et trois mille cinq cents, à la régie ; on l'avertit aussi que, dès la veille, les soldats dû 53^, dont le dépôt formait la garnison de Soissons , s'étaient distribué de» cocardes tricolores. Dès-lors, il n'y avait plus ni danger à braver, ni résistance sérieuse à craindre, et l'on eût pu enfoncerpeut-étre la poudrière sans obstacle ; néanmoins Dumas , tenant à avoir Fbrdre écrit du commandant, retourna chez lui , réitéra ses sommations, et mît même le pistolet au poing; le commandant, prèà de qui s'étaient rendus le lieutenant-colonel du génie et le lieutenant de gendarmerie, déclara qu'il ne pouvait céder qu'à une force imposante et non point à un seul homme; alors Dumas enferma les trois officiers dans un cabinet , mit la clé dans sa poche , alla chercher MM. Bard, Hutin et Lenoir-Morand , capitaine des pom- ;piers de Yailly; l'arrivée de cette force imposante termina une résistance qui ne pouvait être que de pure formé; Dumas obtint Tordre, et reprit le chemin de la poudrière îiveç.ljafja[i;aire, qui exigea pourla ville les deux cents livres de poudre appartenaifït à Farmée. I/entreîîoseur ajrs^t refufé de livrer ou de vendre les poudres de la régie, Dumds; saisit une hache, Hutiii, ttnfusil^ et ils enfoncèrent la j)ôrtè, pendant, que M. Moreau, patriote soissonnais, allait chercher ideS chariots de transport, ëtqueBaril faisatlt^ sfenUtlQlle ïi;|à,'porte d'entrée, deux pistolets au jpoing. Deux heure» iprès, tout était chargé, et le convoi partait triomphalement pour Paris, escorté par les pomjrters llè'Sôissotfs,. :ct toir tiné troiipe de citoyens à "med et à
•vi^yài; \\. ;.,.::. /• ;-' '• . ' ■'- ■'-'■'^' •
taRévoliiiion4e JuUleta donné à Soissonj^, pour reprér seûtant; après M. Lévêque dé Povilly, M. Lherbette, dont rintelligence élevée et la probité politique n'ont pas besoin d'éloge; pour maire, M. Deviolaine, un des manufacturiers qui ont le plus fait pour le progrès industriel du déparle-
76 APPIINDICE.
ment, puis M. Quinetle, fils de rhommepôUtique dont nous avons indiqnéljes services et les malheurs, et iui-mênie un des repfésentans dont le département de FAisne s*honore depuis plasieurs années*. *
A l'heui^ où novs achevons d'écrirece livre, s'agitent des projets d*uDe haute importance pour l'avenir de Soîssons; d'une part, on a repris le plan de ce canal auquel tant d'espérances sétaient rattachées en 1824 ; de Tautre , on propose d'éiendre à Soissons te bénéfice de ces chemins de fer, qui doivent, dit-on , changer la face de l'Europe. , L'Administration des ponts^et-chaussées , il y a quelques semaines, a ordonné une enquête sur le plan d'un chemin de fer, qui, partant de Soîssons, irait joindre, à Yillers- Cotterets, l'autre chemin de fer achevé eu ce moment sous la direction de M. le comte Charpentier, entre Villers- Cotterets et le cainal de POurcq. Nous regrettons de ne pouvoir donner pour conclu^on à ce livre Texécution d'un de ces deux projets , ou du moins l'arrêt suprême du pouvoir qui décidera lequel des deux doit ouvrir à Soîssons une voie nouvelle de prospérité.
1 Voici la liste des maires et adjoints de Soissoos, depuis la Constitution de Tan viii :
1800 MM. de Puységur^ maire; Daras et Desèvre, adjoints. ISO.. — Desèvre, id. Duprez^t de Garnier, id. 1809 — Id. id, Daras et Bedel, id.
1814, 6 mars, MM. LelelUer-Capitain , Legns et Lefeb^re, maire «l adjoints proyisoircs. •
1814, 10 ju^n. MM. Desèvre, Daras et Bedel reprennent leurs. fonctions.
1815, ciîWT-jOTjRs. MM. Joteneau, maire. Vieille, adjoint.
• . 181§,<22juiMet. MM. Desèvre, Dara6 et B^el. reprennent leurs fonctions.
1816. MM. Daras, premier' adjoint, maire par intérim; Bedeï, acI^Vnl.
1817. MM. Lesear^otte dÇi3eaq(art, maire; Daraa et Bed^l, «djouits. 1821. — De la Noue, . id. Laporle et Rigaux, id, 1826. — ' Id. id. Géhier )Bt Kigaux, id. 1829.:*^ Ôéhien, id. Rigâux^ j. .id.
1 830. — Deviolaine , . id. Kiçf qx,çt Quinelle, i^-
- ^g^t. — ' Quînette, ' id. ' HîgauicetPlocq, id.
'1834.*-^' Id. • ^' id. DevioteittieetPlocci, W.
1837...- Id:^, .„. ... • ^td. >. . . ,.,. UL
$ois$ofn^ p'a eu qiie trois évêq^e^ ^epuis le concordat : M. Leblanc d« Beauiieu occupa le siège diocésafn, du mois dé mai 1802 au 1«^' octobre 1820; M. de Villèle, son successeur , parent du ministre Villéle v lïmtta «Vêchô aï>rês quatre aiM tf*#ièfcbpdt, el ftit remplacé, Ie>1«i4|te«mbre 1824, îp« le reipectabW jîrètet qui »égit piwjbufld'hili Je *o.o^e, M. de Simony^
. ,. ,Ia;^«riiyierie 4<î GIW>ES^;»BERT, à BoiasoNs, rue Savol-Anloinc