‹ Histoire de SoissonsChapitre 15 sur 16 · CHAPITRE XiV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XiV

fOIf8QK(( AV XVIII* SiÈGlif.

Ijd comté <ie $oΣi$oii$ était toujours dws b mwon de Sa^çHQ 9 partie pomme aliéDatiojQf partie Qomme droij: héréditaire, Marie d'Orléajas-iiOD^eville, veuve 4ç He^ori U de Savoie, derpier duo de N^mauris^ mort sajais enfaas exi i659 f possédait jie quart de» revenus du comté, lequel quart écJtMJLt en

sHCQe^oi3 avec quelques autres lûeus , eu 1706, à

Louis-Philippe d'Orléans, qui voulut sans doute faire rentrer dans sa maison Tapanage que les anciens ducs d'Orléans tenaient de la couronne, et qui

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se déclara dès lors , à ce qu'il semble , ftpûnagîste d'uneportion du comté deSoissons.Ëugène-MAurice de SaToie, comte de Soissons, qui était propriétaire d'un quart indivis du comté et engagiste de deux autres quarts , étaitmortle7Juini673^/7/i^(cri/7ifti/nment: Olympia Mancini, sa veu^^e, qui fut contrainte de s^ enfuir hors de France ^ a su son genre de mort! s'écrie mystérieusement l'historien contemporain Rousseau^ faisant allusion à la célèbre Affaire des Poisons, Louis-» Thomas de Savoie | fils aîné de Maurice *- Eugène , devint comte de Soissons, tandis que son frère Philippe était pourvu de Tab* baye Saint-Médard^ et que sa sœur, Marie-Jeanne-> Baptiste , se qualifiait de Mademoiselle de Sùissons. Son plus jeune ivèvej(\tx^otïai^i^e\^\tV abbédeSoissonSj n'ayant pu obtenir une abbaye ou bien un régiment à la cour de Louis XIV , passa au service de l'em* pereur, et fut, sous le nom àe prince Eugène^ un des plus grands capitaines de son temps , et aussi un deà ennemis les plus acharnés de la France. Louis-Thomas de Savoie n'imita point la défection éclatante du cadet de âa famille, combattit bravement dans les armées du roi et mourut de ses blessures, en 170a, maréchal-de^camp et colonel du régiment de Soissons. Son fils Thomas-Emmanuel de Savoie, qui fut après lui comte de Soissons, avait été attiré hors de France par le prince Eugène son oncle, et attaché avec de hautes dignités militaires à la personne de l'empereur, qui le nomma gouverneur d'Anvers et lui fit épouser une Lichtensteinl Thomas-Emmanuel, moit en 17^9^ transr mit ses titres et ses biens à son fils unique, Eugène-

Jean-François de Savoie, qui n'en jouit pas longtemps, et fut emporté à Fâge dé vingt ans par une fièvre maligne, en 1734* Son grand-oncle, Je prince Eugène, qui Taimait autant qu'un fils, ne lui sur-» vécut que deux années, pendant lesquelles il prit le titre de comte deSoissons, sans pouvoir pren^ dre possession du comté qui avait été saisi par le roi , pour cause de mouvalnce. Au décès de cet illustre général, ses immenses richesses, faute d'héritier direct, passèrent dans les mains de sa nièce. Victoire de Savoie-Carignan : ce fut alors que le duc d'Orléans, fils du régent, acheta de la légataire le comté de Soissons , et se trouva , moyennant cette acquisition approuvée par deux arrêts du Conseil d'État en 1747? seul possesseur du comté, dans lequel le roi ne conservait plus que les droits de sa couronne sur la moitié de ce comté engagée à perpétuité '.

* Il est à peu près impossible d'établir régulièrement la transmission exacte des fractions du comté de Soissons, et surtout de préjuger certaines circonstances qui annoncent plusieurs transactions amiables et secrètes entre les parties. Rousseau s'est trompé sans doute en avançant que Marie de Bourbon, aïeule maternelle de Louis-Thomas de Savoie et comtesse douairière de Soissons, mécontente d\i mariage contracté malgré elfe par son petit-ûls, en 1680, avec Uranie de la Cropte de Beauvais, le déshérita et rendit à son fils atné Emmanuel-Philibei*t-Amédée , prince de Carignan, sourd et muet de naissance, tous les droits d'aînesse qu'elle lui avait enlevés à cause de son infirmité. Cette supposition n'est pas même vraisemblable; car Emmanuel-Philibert-Amédée de Savoie ayant eu un fils qui fut prince de Carignan et jamais comte de Soissons, on ne voit pas comment ce litre se serait transmis si exactement dans la descendance d'£ugène-Maurice

]>E soissoifs. aOI

k la fin du XVII* siècle , le domaine du comté ne rendait que^^oo livres de rentes; néanmoins rÉIection de Soissons était de fort bon rapport en blé, avoines, orge, chanvres, pois et féveroles; mais les vignes du terroir, qui avaient bien changé de nature depuis six siècles, ne donnaient que du vin médiocre, aigre et dur, qui se consommait dans le pays, quoiqu'on récoltât aoyooo pièces dans les années ordinaires. Les prairies, qu'on y cultivait mal, n'étaient point assez multipliées pour fournir le foin nécessaire à cette Élection , qui se composait de deux cent quarante et une paroisses, dans lesquelles on comptait

de Savoie. Au reste, la succession héréditaire des comtes titulaires de Soissons est chose si indifférente qu'on n'a pas le courage d'approfondir ces faîts^ à Tappui desquels noue ne pourrions citer aucune pièce : ainsi, le comté de Soissons» ayant été laissé par Eugène-Maurice à ses enfans, n^est certainement pas retourné à sa mère, celle-ci en fût-elle comtesse douairière; le fils aine de cette comtesse a continué la branche de Savoie-Carignan, et son petit-fils, celle de Savoie- Soissons. Le chanoine Cabaret ne s'occupe pas de ces particularités peu intéressantes^ et le curé P. L. Brayer commet en quelques feuillets une foule de monstrueuses erreurs qu'il eût corrigées en consultant une généalogie de la maison de Savoie. Le Dictionnaire de Moreri, édit. de 1759, en contient une, &ite avec soin. Quant à la manière dont le duc d'Orléans a été mis en possession de la quatrième partie du comté; quant à la nature des saisies opérées sur le comté avant Pacquisition complète qu'en fit ce prince dans l'intention marquée de reconstituer l'apanage des anciens ducs d'Orléans^ on n'a pas plus de données positives à ce sujet et il ne faut pas 8*arréter à débrouiller ce cahos pour en tirer quelque circonstance inutile. Ce qui nous parait certain^ c*est que le comté de Soissons est resté dans la maison de Savoie- Soissons jusqu'à la mort du prince Eugène.

608 Rtifvoiiifi

68,000 âmeâ^ 1 6,000 feux et i ,670 cbarities : la ville de Soissons avait environ 7,000 liabitftns. L'Élection, en 1698, payait 178,139 livres, de tailles et 100,000 d*aides ; les deux greniers-^à-sel , dont Tûn ëtait à SoissoDS et Tautre à Vailly, produisaient 90,o(»o liv. d'one part et 80,000 de Tautre; le bareau de tabac, 80,000 liv. Les charges du bailliage et du présidial étaient peu considérables : celle de lieutenanf-généra) valait î&,goo liv., et celles de conseillers, 3,ooo, 2,000 et i,5oo; les chaires du bureau de finances atteignaient un taux plus élevé : celles de ti*ésoriers, 3o,ooo à 35,ooo liv.; celle de receveur-général, 180,000; celle de receveur du domaine, 3o,ooo; il n'y avait pas encore de maîtrise des eaux-et-forêts dans l'Élection de Soissons. L'évéché, qui ne rapportait que 7,000 liv., était composé de 397 paroisses, divisées en quatre archîdiaconés; les bénéfices abbatiaux et canonio9hux, encore nombreux, avaient bien diminué de valeur : le Chapitre de la cathédrale n*avait que 6oyOOoiiv.de revenus, que se partageaient neuf di-

gnitaireii, et soixante prébendaires; Saint-Médard , aa^oooliv.; l'abbaye Notre-Dame, 45,ooo; Saint- Jean -des- Vignes, a3,ooo liv.; Saint -^Crépin-Ie- Grand, 6,000; Saint-Léger, 3,ooo; Saint -Crépînen-Chaye, a ,000; Saint-Pierre-à-la-Chaux , i,5oo; Sâint-Pàul, 1,000, etc. L'Élection reilfennait alors

10 monastères d'hommes et 4 defîlles, avec 600 ecclésiastiques, dont les deux tiers bépéficiers; aao religieux et t8o religieuses. La commanderie de Maupas, la seule qui fût dans l'Élection, n'offrait

qu'un revenu de 69000 liv.; mais THÔtel-Dieu de Soissons en avait un de lo^ooo liv., et le Sëmioaire, de 8yOoo. On peut apprécier le rapport des terres d'après la valeur des grains au marché de Soissons : en 167 5) Fessein de froment se vendait 3 liv. 6 s.» celui de méteil, a liv. 4 s. 6 d., celui de seigle, a liv. 3 s. En 1687,'fromenty I liv. 18 s. 9 d., méteil, I liv. la s. 3 d., seigle, i liv. 3 s.; en 1693, froment, 9 liv. la s. 6 d., méteil, 8 liv. 10 s. 9 d., seigle, 7 liv.; en 1706, froment, i liv. 16 s., méteil, i liv.

9 s. 9 d., seigle, 19 s. 9 d. Les mesures de grains variaient beaucoup dans le Soissonnais, mais celle dite de Soissons fit tomber en désuétude toutes les autres , excepté celle d'Oulchy: dans cette mesure, le muid, pesant 5oo livres, contenait la setiers, ^4 esseins, 48 pichets et 90 boisseaux. Quant aux mesures de terrain, elles différaient aussi selon les localités: dans la mesure du Comté et du Chapitre de Soissotis, Tarpent avait 96 verges, la verge, aa pieds, le pied, 11 pouces (ancien pied romain); dans la mesure du quartier F Évéquej\e^\eàïiélà\l que de 10 pouces ; dans la mesure de Yic-sur-Âisne, l'arpent avait 108 verges, la verge, 19 pieds, le pied, II pouces; dans la mesure de Pierrefonds, 'arpent, i3o verges, la verge, 20 pieds i/3, le pied, la pouces; dans la mesure de Sainf-Médard, l'arpent, 108 verges, la verge, ao pieds, le pied,

10 pouces. La mesure de roi (arp., 100 verges, verg, aa pieds, pied, la pouces) n'était en usage qu'à Oulchy. Cette fâcheuse multiplicité des mesures de terres , de grains et de liquides, diminua toutefois

avec le temps, avant que la Révolution eut porté une réforcne radicale et unitaire dans le système des poids et mesures '.

On dut s'apercevoir de l'inconvénient de ces différences mensuralesy dans la disette qui désola le Soissonnais, comme le reste de la France, pendant les années 1 708 et 1 709. La récolte de 1 708 ayant été chétwe^ le prix du froment monta d'abord à 9 1. 8 s. 3 d. l'essein; mais, le 6 janvier 1709, un froid rigoureux (16 degrés au-dessous de ** Réaumur), succédant à de longues pluies qui avaient détrempé profondément le sol, fit périr toutes les semences d'automne; les vignes, les noyers et les arbres fruitiers furent gelés; les rivières et les étangs étaient couverts d'une glace si épaisse que les voitures chargées passaient dessus en sûreté. Aussitôt que l'on vit Fespoir de la moisson prochaine anéanti, les spéculations sur le froment commencèrent, surtout au marché de Soissons, qui approvisionnait Paris et l'Ile de France : en peu de jours, le prix du muid monta jusqu'à 5oo liv.; la misère était déjà grande, mais elle s'annonçait plus terrible encore pour l'avenir ; le Parlement rendit plusieurs arrêts menaçans contre les accapareurs de grains, arrêts qui furent exécutés avec énergie par le bailliage de Soissons : amendes, prison , pilori , galères même, étaient requis contre toutes personnes , qui, par avarice, augmenteraient

*■ État de la France^ par Boulainvillîers, t. u, p. 166 ■ et SUIT. Mss. de Rousseau. Hist. du Val, t. ni, p. 144* preuv.

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la famine et le désespoir du peuple. Le bailliage de Soissons, par sentence particulière du a6 avrils enjoignit à tous ceux qui auraient en magasin sarazin, vesce, lentille ou dra\fière, de les exposer en vente avant le 8 mai y au marché le plus prochain, sans en garder au-delà de la quantité nécessaire pour leur usage, à peine de 3,ooo liv. d'amende et de confiscation du surplus trouvé chez eux. Les accaparemens continuaient néanmoins et les grains ne baissaient pas de prix; le bailliage rendit deux nou. velles ordonnancés dans le cours de mai : Tune, portant que les possesseurs de blé, qui n'auraient pas obéi à la sentence du a6 avril, seraient punis d'une amende double du prix des blés qu'on trouverait chez eux , un tiers de cette amende destiné au roi, un tiers au dénonciateur et un tiers aux pauvres ou aux hôpitaux ; l'autre, ordonnant , par provision et pour un an seulement, l'évaluation en argent et réduction au quart du droit de stellage sur les grains et légumes dans les marchés de Soissons. Le Parlement ne s'arrêta pas dans la voie de sévérité que commandait la situation critique du pays, et le bailliage publia les arrêts rendus pour défendre aux officiers du roi et au clergé de s'immiscer dans la vente du blé , pour rechercher les amas de grains et pour faire ensemencer de nouveau avec de l'orge les champs où le froment avait été gelé. La récolte d'orge fut très-abondante, et permit d'attendre avec patience le résultat de la moisson suivante, qui réduisit le prix de l'essein de froment à moins de 5 livres. L'évêque Fabio

Brûlart de Sillery, durant cette famine, eut occasion de faire éclater sa bonté et sa charité, qui lui gagnèrent tous les cœui's et qui devaient bientôt ne plus laisser de traces que dans l'épitaplie de son tombeau :

In fnansuetudinc et charitate opéra sua perfecit.

Cet évêque, d'un caractère doux et afiEsible, venait souvent à Soissons et donnait le plus de temps qu'il pouvait aux travaux de l'Académie de cette ville, qui tenait ses séances dans le palais épiscopal : il lisait quelquefois à l'Académie française de fins et ingénieux aperçus sur la langue , la poésie, l'éloquence, et il présenta à l'Académie des Inscriptions plusieurs doctes dissertations sur des antiquités soissonnaises, telles que la pierre d'Isis, les colonnes milliaires, etc. « Plus de la moitié de son revenu était ordinairement employé au soulagement des pauvres; simple et économe dans sa dépense, il était prodigue à leur égard. » Une trop grande application au travail lui causa une espèce d'apoplexie, à la suite de laquelle il mourut à Paris, le 20 novembre 17 14, à l'âge de 5g ans. Son corps fut transporté à Soissons et inhumé dans la cathédrale. Son successeur, J. Joseph Languet de Gergy, n'eut pas la même mansuétude ni la même tolérance religieuse : la nomination de ce fougueux moliniste, frère du fameux curé Languet, compatriote et ami de Bossuet, protégé de madame de Mainteuon et des Jésuites, couronna le règne de Louis XIV, qui ne survécut que peu de mois à

DE SOISSONS. bis

cette satisfaction donnée, le 6 janvier lyiS, à son confesseur, le père Letellier. Le premier acte de Languet de Gergy témoigna de ses sympathies pour les Sulpiciens, des principes desquels il était imbu, car il appela ces molinistes au Séminaire de Soissons, malgré l'opposition de toute la ville, et en expulsa les Oratoriens, qui, réintégrés plus tard dans rétablissement qu'ils avaient fondé, se retirèrent d'eux-mêmes en 1773 et cédèrent la place aux Lazaristes. Languet de Gergy avait passé sa jeunesse dans les antichambres des dames du palais ^ avant d'être fait aumônier de la duchesse de Bourgogne ; quand il se vit évêque il osa lever les yeux jusqu'à la pourpre et en approcha de fort près 5 pour se mettre bien en cour de Rome, il avait déclaré une guerre mortelle au jansénisme et s'était prononcé énergiquement pour la bulle Vnigeni^ tus : il composa ou fit composer, dit-on , par Tourneli, docteur de Sorbonne, et par d'autres Jésuites, une foule de pamphlets virulens et de traités professionau;L contre les ennemis de la Constitution ^ les appelons j les réappelans^ les convulsionnaires, les miracles du diacre Paris, etc. Mais l'érudition, l'esprit et la verve, qu'on était forcé de reconnaître dans ces nombreux opuscules n'effacèrent pas le vernis burlesque que le premier ouvrage mystique de l'auteur avait attaché à toutes ses productions ; personne ne pouvait s'abstenir de rire en citant la vie de Marie Alacoque^ cette étrange légende en style galant ^ assaisonnée de bouquets à Chloris pour édifier le lecteur. Cependant l'évêque

de Soissons fut reçu de rAcadémie française en 17121. Vers cette époque^ il rompait de si belles lances en faveur de la bulle, qu'il espéra être Récompensé par la barette de cardinal , sous la régence. Un jour, le ministre Leblanc annonça^daiis un dtner auquel assistait Languet deGergy, que le pape venait de faire une promotion de cardinaux ; « Et qui? et qui? » s'écrie Languet , les yeux allumés. Leblanc les nomme, et, parmi eux , M. de Mailly qui se trouvait le second sur la liste. A ce nom y Languet tombe sur sa chaise , la tête sur son assiette, se la prend à deux mains et s'écrie tout haut : Ah l il nia pris mon chapeau! » Cette exclamation et la pantomime qui l'accompagnait divertirent l'assemblée et eurent à la cour un brillant succès de ridicule \

Cependant l'évêque de Soissons avait du crédit dans son parti, qui gagna sans cesse des prosélytes parmi le clergé de son diocèse. Ce fut lui qui reçut à l'Evêché, en octobre 1722, le jeune roi Louis XV allant au sacre à Reims et revenant ensuite à Versailles. Il dépensa des sommes considérables pour rendre son palais digne de son hôte, qui y logea trois jours au retour du sacre. La ville se mit en frais de harangues, d'illuminations, de feux d'artifices, d'arcs de triomphe, de devises, de dragées

* Mss* de P. L. Brayer et de M. Fiquet. Elog.de M. Vév. de Soissons, dans VHist. de l'A. des Ins. et Bel. Let. par Bote. L'ordre qu'a tenu M.deSillefy,pour la subsistance des pawres en 1694) par Petit, chanoine; Soissons, 16999 in-12. G ail. Christ, t. ix. Mss. de Cabaret. Mém. de la princ. Palatine. Mém. de St-Simon, t. xii, p. 79; t. xvni^ p. 45*

et de confitures. On observa, de tout point, le cérémonial qui avait été suivi aux entrées de Louis XIII et de Louis XÏV. Mais le divertissement qu'on imagina de donner à Louis XV, qui était alors âgé de douze ans , et fiancé depuis: peu à l'infante d'Espagne, ne fut rien moins que digne de la majesté royale : on le conduisit sur le balcon qui regardait le jardin épiscopal ; les enfans de Soissons avaient été rassemblés dans ce jardin pour voir le jeune roi: tout-àcoup, on

lâche au milieu du parterre cent lapins vivans qui se sauvent tout effarés et se cachent de charmille en charmille sans pouvoir sortir d'une enceinte de filets; alors, la bande joyeuse pousse des cris de joie et se met à la poursuite des pauvres animaux.Louis X V, animé par le spectacle de cette chasse singulière , s'échappe à travers sa cour , descend au jardin , se mêle aux chasseurs , et, saisissant un lapin, le rapporte en triomphe dans ses appartemens. Ses concurrens, qui ne s'étaient pas aperçus de sa présence au milieu d'eux, s'essoufflaient toujours à courir après les lapins, quand ces timides bétes furent tellement épouvantées au bruit de trois cents pétards et aux flammes d'un millier de fusées partant à la fois , qu'elles se laissèrent prendre sans essayer de fuir : chaque enfant eut son lapin , et, fier de sa capture qu'il tenait par les oreilles , fut présenté au roi par le gouverneur de Sa filajesté , au milieu des rires de l'assistance. Le lendemain, Louis XV, impatient de faire quelque espièglerie, se glisse hors de FÈvêché, à Tinsu de sa garde, entre dans la

cathédrale; y rencontre un vieux chanoine et lui témoigne le désir de monter à la tour. Le vieillard hâte le pas et le conduit à l'escalier des cloches; mais le roi, qui le précède, disparait dans l'escalier et arrive lestement au sommet de l'édifice : il se suspend à la corde d'une cloche que le guetteur ne sonnait qu'en cas d'incendie et Tébranle de toutes ses forces en criant au feu ! L'alarme sejrépandit dans la ville, et, pendant que les habitans cherchaient de quel côté était l'incendie, les officiers du roi , son gouverneur , toute la cour, cherchaient ce qu'était devenu Louis XV; enfin on le retrouva au poste du guetteur, et le roi, pour dédommager cet homme de la peitr qu'il lui avait causée, en prenapt son lieu et place dans la guérite du guet, le gratifia d'une tasse d'argent aux armes de France. Louis XV sesouvinttoujoursdu danger qu'il courut dans cette escapade, où il avait failli se précipiter du haut en bas de la tour par les ouvertures béantes de l'ancienne galerie : lorsqu'il passa par Soissons avec le dauphin en revenant de Metz, il lui raconta cette étourderie et lui défendit de visiter la tour.

Trois ans après, le guet de la cathédrale annonça un incendie qui n'était que trop réel ; la foudre l'avait allumé dans le faubourg Saint- Christophe où les dommages furent pourtant moins considérables qu'au faubourg St-Crépin qui hrùla presque tout entier eni7a5. Peu de jours après l'incendie du faubourg Saint-Christophe^ un sinistre du même genre menaça l'église Saint-

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Gervais. Le fea prit à la tour qu*on avait illumiDée à Tocrcasion de quelque réjouissance publique. L'évéque s'en aperçut le premier, avertit ses domestiques, porta lui-même de Teau, sonna la cloche d'alarme et travailla courageusement à éteindre les flammes qui gagnaient déjà la charpente. En mémoire de cet accident et d'un vœu qu'il avait fait au" moment du péril, il fonda la Chapelle du Sacré-Cœur dans la cathédrale , qui fut préservée d'un désastre irréparable , et qui , dans l'ouragau du lo décembre 1710, avait perdu son petit clocher, surmonté d'une haute flèche garnie de figures de plomb, que le vent transporta d'une seule pièce au milieu du cloître. Cette année 17^5 fut encore signalée par un débordement de l'Aisne, à la suite

des pluies du mois de septembre, et par la perte

de la récolte : lemuid de blé coûta jusqu'à 5oo liv. L'évêque Languet suivait les erremens de son prédécesseur^ en distribuant des secours aux pauvres

et surtout en favorisant leur instruction : il eut part à l'établissement de l'école gratuite des filles

de l'Enfant- Jésus, fondée en 17216 par la marquise de' Genlis , dans la rue de la Cloche-Fondue , et à celuides écoles gratuites degarçons, ouvertesdans la ville et dans le faubourg Saint- Waast en 1728, sous la direction de frères des Ecoles-Chrétiennes, grâce aux dons du chanoine Mosnier, et des demoiselles Mignot et Legras. Mais Languet de Gergy ne se trouvait pas dans le diocèse de Soissons sur un théâtre assez élevé, et, comme il continuait à guerroyer par mandemens et par instructions pas-

torales contre les adversaires de la bulle Unigeni" tusj il fut enfin récompensé de son zèle par le cardinal de Fleury et la coterie jésuitique : il passa en novembre 1730 à Farchevêché de Sens, et fut remplacé à Soissons par Charles-François Lefèvre de Laubrière, également dévoué à la Constitution ^ après que le siège eut vaqué pendant plusieurs mois sous l'administration provisoire de Renaut de Sesmaisons, autre Sulpicien^ de Faumonerie du roi. Mais, avant de changer d'évéché, Languet de Gergy eut l'honneur de recevoir dans son palais épiscopal son protecteur, le vieux cardinal de Fleury, qui vint ouvrir le congrès, de Soissons en 1718*.

On ne sait à quoi attribuer le choix qu'on fit de Soissons en 1 728 pour y tenir un congrès général de toutes les puissances de l'Europe, si ce n'est à l'influence que son évéquemoliniste avait à la cour. La préférence accordée à cette ville étonna tellement le public, que les gazetiers crurent nécessaire de la justifier de leur mieux en donnant une espèce de notice topographique et historique sur Soissons , comme s'il s'agissait d'un pays nouveau et inconnu : « Le peuple y est très-gracieux ^ disait le rédacteur du Mercure historique, et ily a une fourmilière d^ecclésiastiques.:n a Cette ville est située dans une agréable vallée j disait l'auteur du Mercure de France; la campu' gne est abondante enpain^ en vin, et gibier: onytroui^e aisément tout ce qui est nécessaire à la vie. » Quoi

' Mes. de Cabaret et de Brayer. Journaux du temps.

DE soissoirs. 619

qu^il en soit, ce congrès, qui avait pour but la conservation de la paix en Europe, devait s'assembler d'abord à Âix-Ia-Chapelle ; on l'indiqua ensuite à Cambray : et enfin à Soissons , pour le 1 4 juin l'j^S, on s'occupa long-tempsà l'avance, par tout le royaume, de prévoir les résultats de cette grande mesure politique; mais, à Soissons, l'on était moins préoccupé du but du congrès que de la prochaine arrivée de toute une population de gentilshommes et de valets étrangers. Pendant que le premier ministre , qui devait ouvrir le congrès et le diriger dans ses travaux, faisait préparer et

meubler le local destiné aux conférences, les bourgeois de Soissons, surtout les marchands, s'apprêtaient à tirer le meilleur parti possible du séjour de tant de grands personnages dans leur ville, qui reprenait momentanément son ancien rang parmi les cités du Nord. Les agens particuliers des ambassadeurs arrivèrent à Soissons , les uns après les autres , pour chercher des logemens et les disposer convenablement, selon le train de leurs maîtres; les plus beaux hôtels furent loués pour un an et le prix des loyers était, en quelque sorte, proportionné à l'importance des souverains qui envoyaient leurs représentans au congrès ; voici la liste de ces loyers avec les noms des plénipotentiaires et des envoyés. Empire : le comte de Zinzendorff, i3,200 liv., le baron de Penterieder, 11,390 liv.; le comte de Windischgratz, 11,000 liv. Esp agite: le marquis de Bournonville, 9,5oo liv.; le marquis de Santa-

Cruz de Marcenada , 6,000 ; don Joachim de Barnachea, 8,000. Angleterre : William Stanhope, 22,3oo-, Horace Walpole, 8,000; Stephen Pointz, 1 1,000. Hollande : Corneille Hop^ 8,000; Sicco de Goslinga, 7,900 ; Etienne Hurregronje.... Suède: le baron de Sparre, 7,660; M.Ghedda, 7,5oo. Russie: le comte Goloffkin , ia,ooo liv. Danemarck :

M. Schestedt Pologne : le comte Hoyms

Bavière: le comte de Kœnigsfeldt, 6,000 liv. Lorraine : le baron de Stainville ne loua pas de logement ( sans doute parce qu'il avait promis de descendre chez un ami). Modène : le marquis Ran-

goni HoLSTEiN : le comte de Bassewitz, 7,600 liv.

Électeur palatin : le baron Franken, 6,000 liv. Compagnie d'Ostende : MM. Patin et de Proly, !2,4oo liv. On doit présumer que la plupart de ces logemens furent tapisses, meublés et décorés aux frais des locataires, qui avaient ordre de déployer un grand luxe afin de faire honneur à leurs cours respectives.

Le vieux Chàteau-des-Comtesfut choisi pour les séances du congrès ; on perça , vis-à-vis ïa rue du Château-Gaillard, une nouvelle entrée d'une architecture fort ornée dans le goût du temps, avec les armes de France sculptées sur le fronton. La salle d'assemblée, longue de quarante pieds et large de trente-quatre, avait été tendue d'abord d'une tapisserie des Gobelins,en or, argent et soie, offrant pour sujet les conquêtes de Louis XIV; mais le cardinal de Fleury la fit enlever , dans la crainte d'offenser les regards des ambassadeurs

d'Angleterre et de Hollande ; on la remplaça par une autre qui ne pouvait blesser personne ^ c'était Josué arrêtant le soleil. Autour de cette grande salle, chaque ambassadeur avait un appartement particulier pour s'y retirer à volonté dans Tîntervalle et dans le cours des séances : ces cabinets , magnifiquement garnis de meubles et de tapis de lacouronne, désignaient la personne qu'ils attendaient ^ par les armes des différentes puissances peintes au-dessus des portes. Pour éviter tous débats de préséance, la salle du congrès , éclairée par un superbe lustre de cristal , ne présentait que

des sièges uniformes, fauteuils.de velours vert de même hauteur, rangés autour d'une table également couverte de velours vert et tellement ronde , qu'il n'y açdit ni haut ni bas bout. La police intérieure de la ville de Soissons fut organisée, de manière que les membres du congrès y fussent en sûreté et s'y trouvassent agréablement : on supprima le pont-levis du Mail, et on établit une porte, comme on avait fait aù^ Château, pour rendre plus Êibiles les abords de cette promenade ; deux cent vingt lanternes , réparties dans les rues , permirent d'y circuler à pied et en voiture à toute heure de la nuit ; des patrouilles de la maréchaussée garantissaient la tranquillité de la ville pendant son sommeil; quatre pompes à incendie étaient prêtes à se porter partout où l'on crierait au Jeu; déplus, une garnison d'infanterie, chargée de faire le service aux trois portes de la ville, sur les remparts et aux hôtels des ambassadeurs.

6ââ HISTOIRE

ameua une batterie de douze pièces de canon du calibre de 8 à 12 livres de balles.

Les ambassadeurs des puissances, qui avaient la plupart salué le roi à Versailles , commencèrent à se rendre à Soissons le 10 juin; ils étaient tous ar^ rivés le 16, à l'exception d'un des trois plénipotentiaires des Etats-Généraux de Hollande et des envoyés de Danemarck et de Pologne. Des salves d'artillerie annonçaient l'approche des ambassadeurs; le corps municipal, ayant à sa tète 91. Orry, intendant de la province^ venait recevoir à la porte de la ville l'illustre étranger , et M. Orry le complimentait, lui présentait les vins et le conduisait à son hôtel. M. Orry, qui avait ainsi accaparé la direction suprême du cérémonial , s'était enrichi prodigieusement dans les finances de l'État , et prétendait à une plus haute fortune où le conduisit le mouvement qu'il se donna durant le congrès : un an après , il fut nommé contrôleur-général. Deux des ministres plénipotentiaires du roi, le marquis de Fénélon et le comte de firancas, étaient à Soissons depuis le 10; l'hôtel du premier coûtait 7,200 livres de location ; l'hôtel du second, 6,000, probablement parce qu'ils avaient été un peu ménagés par les habitans , car leur logement ne pouvait être moins somptueux que ceux des autres ambassadeurs. Le cardinal de Fleury, qui devait loger à l'Évêché où Languet de Gergy avait réclamé l'honneur de le recevoir, ne partit de Compiègne, où était la cour^ que le 1 3, de grand matin ; on avait exhaussé la porte Saint-Christo-

î>t BOISSONS. 62s

phepour livrer passage au carrosse du premier roi-' nislre^surlefaite duquel s'élevait un lourd baldaquin doré aux armes de France. Le canon de la place se fit entendre, et le cardinal , après avoir mis la tête à la portière du carrosse pour écouter le discours de l'intendant Orry, alla directement à l'hôtel épiscopal, pendant que les messagers d'é* tat couraient avertir de son arrivée les ambassadeurs qui l'avaient devsmcé : ceux-ci s'empresse'^ rent de venir lui faire visite, et il leur rendit cette visite à tous le même jour. L'ouverture du congrès eut lieu le lendemain i4: vers dix heures du matin, chaque ambassadeur, avec sa suite, ses secrétaires, ses valets et ses pages, arriva seul et de son côté au Château pour ne pas donner prétexta à des débats de préséance; les rues de Soissons, br^ dinairement si calmes et si peu fréquentées, retentissaient du fracas des équipages et des sons de la musique militaire; on ne voyait que coureurs, chevaux, carrosses, livrées: c'était là une rivalité en dehors du congrès , rivalité de luxe et d'apparat , dans laquelle l'avantage ne paraissait pas être réservé aux plénipotentiaires de Louis XV. Quand la réunion fut complète, le comte Zinzendorff prit la parole et protesta des intentions pacifiques de l'empereur son maître, qui avait à cœur, sur toute chose, la continuation de la tranquillité commune de FEurope. Le cardinal de Fleury répondit : c Je commence par témoigner à vos Excellences combien je suis sensible à la condescendance qui les a portées à se rendre à Soissons

pour y tenir le congrès. Le bul qu'on s'y propose est d'aplanir tous les intérêts qui sont en contes^ tation , et d'écarter tout ce qui pourrait tendre à une rupture.... Je dois rendre ce témoignage à tous les ambassadeurs plénipotentiaires avec qui j'ai conféré , qu'ils ont fait paraître tant de modération et des dispositions si favorables pour l'œuvre salutaire qui nous rassemble , qu'on a tout lieu.d'espérer une heureuse issue du congrès. Us ont déjà donné d'avance des preuves de leur sagesse et de leur complaisance mutuelle , en réglant toutes les difficultés touchant le rang et le cérémonial, de même que de leur éloignement pour le vain appareil d'une magnificence superflue qui, quoique frivole en apparence , peut néanmoins avoir de très-fâcheuses suites... »

Ces éloges étaient un peu trop précipités ; car si les questions deprééminence avaient été sagement écartées d'un commun accord; si des mesures générales existaient déjà pour mettre à l'abri la susceptibilité chatouilleuse de l'esprit national des ambassadeurs 9 ils se proposaient bien d'établir une lutte de magnificence qui faisait partie de leurs instructions secrètes. Le règlement suivant ne fut publié et authentiqué que le 17 juin, par François Richer, seigneur d'Aube, lieutenant de justice, police et finances de la Généralité : «Art. I. Les plénipotentiaires iront aux conférences, chacun avec un gentilhomme , un secrétaire , deux pages, quatre valets de pied, ou deux valets à la mode hongrroise. appelés heiduques^ à côté du car-

DE SOISSON&. 625

rosse. Art. ii. Dans les confërences, tous les plëni*^ poteatiaires se placeront indistinctement , à mesure qu'ils entreront , autour de la table ronde , sans aucune distinction. \rt. m. Leurs carrosses se rangeront dans la cour du château , selon l'ordre de leur arrivée. Art. iv. On empêchera les querelles de part et d'autre ^ entre les cochers et autres bas domestiques. Art. v. Lorsque deux carrosses se rencontreront 9 loin de se disputer à qui prendra le dessus ou passera le premier, les cochers seront obligés d'outrir et de faciliter ré^ ciproquement le passage. Art. vi. Dans les promenades^ tant dedans que dehors la ville ^ on observera la coutume établie entre ceux qui s'y rencontrent, de garder la droite chacun de son côté. Art. vu. Les pages , les valets de pied et gens de livrée ne porteront ni bâtons , ni épées , ni armes à feu, et il leur sera défendu d'être dehors à des heures indues sans ordre exprès de leurs maîtres. Art. viii. Si quelque domestique d'un plénipotentiaire se rend coupable d'un crime ou délit y son maître, après examen préalable de l'affaire, renoncera à le punir lui-même et le mettra entre les tiiains des juges, pour qu'il soit jugé suivant les lois du royaume; bien plus, en cas de flagrant délit, le magistrat ou là garde pourra se saisir de la personne du coupable, sauf à en avertir son maître.» Les articles ix, ^, XI, XII, xiii et XIV concernaient la pénalité appli-. cableaux différens délits que pourraient commettre

les domestiques, tant gentilshommes que pages. On

fixa les jours et le nombre des séances ; il n'y en eut que deux par semaine, Tune le lundi et l'autre le jeudi; les autres jours étaient consacrés aux fêles et aux banquets que les plénipotentiaires se donnaient entre eux alternativement. Le premier diner fut celui auquel le cardinal pria les membres du congrès , le jour de l'ouverture de l'assemblée; le lendemain, le comte de ZinzendorfT leur offrit un repas non moins i^lendide; le i6, le marquis de Bournon ville ^ à qui le roi d'Espagne avait prêté sa vaisselle d'or pour éblouir les re-. présentans des puissances, les reçut à sa table avec une magnificence qui surpassait lout ce qu'on avait vu en ce genre : le surtout seul, par la beauté du travail, valait autant que toute l'argenterie des autres ambassadeurs. Horace Walpole trouva, dans son imagination britannique, un expédient bizarre pour offrir quelque chose de nouveau à ses convives : il fit rôtir un bœuf entier, farci de gibier et de volailles. Le bœuf était suspendu à une broche gigantesque, placée dans la cour de l'hôtel entre deux brasiers énormes; la broche fut tournée pendant douze heures consécutives par les pauvres de la ville , qui se partagèrent entre eux la chair de ce bœuf, quand les cuisiniers eurent retiré du ventre de l'animal les viandes qui avaient cuit dans son jus. Chaque ambassadeur traita le congrès successivement , et les principaux chefs des corps judiciaires, civils et militaires de la ville, furent invités à tous ces dîners.

Mais, dès les premières séances, on jugea que

lies difficultés insurmontables s'opposeraient à un traité général entre les puissances. Le cardinal de Fleury , qui avait eu la satisfaction de voir tous les grands États de l'Europe se mettre , pour ainsi dire^ entre ses mains ^ ne se souciait pas de rester longtemps éloigné du roi et de la cour : il allait souvent à Compiègne, et il emmenait avec lui quelques-uns des plénipotentiaires, qui se récréaient à la chasse ; enfin , le 3o juin , le cardinal quitta Soissons pour retourner à Versailles ^ après avoir pris congé du congrès dans un diner d'apparat. Les ambassadeurs , qui continuèrent les négociations avec une indifférence que justifiait le départ du ministre de France , n'avaient , pour se distraire à Soissons , que leurs éternels diners et quelques galanteries qui donnèrent lieu à des épigrammes et à des chansons dans la ville. La vie inonotone qu'ils menaient fut encore attristée par la mort de Kun d'eux, le comte de Pfenterieder, remarquable par sa? taille gigantesque (il avait, diton, sept pieds) y qui, âgé seulement de cinquante ans , fut victime de la bonne chère qu'on faisait pour tuer le temps^ Il mourut le ao juillet

et fut enterré à Saint-Léger, avec une pompe digne de son rang; les gazettes publièrent alors que Ses Munis m'aient fait élever dans cette église un monument de marbre avec plusieurs statues de bronze doré et une jort belle et longue épitapke. Rien de tout cela n'a jamais existé, à l'exception de l'épitaphe gravée sur une table de marbre noir qui était scellée dans le mur et qui disparut peu de

temps après. Les conférences aipiomatiques ue furent pas interrompues par l'absence des pfin* cipaux ambassadeurs, qui faisaient de fréquens voyages à Versailles, et qui s'en allèrent l'un après l'autre rappelés par leurs souverains. Les secrétaires d'ambassade recevaient par correspondance les ordres de leurs cours respectives. Enfin, après plus de cent séances qui prolongèrent le congrès jusqu'à la fin de l'année 1729, il fut dissous saus avoir produit d'autre résultat que de mettre en relief le ministère dii cardinal de Fleury. Au mois d'octobre, les ambassadeurs quittèrent Soissons, où leur séjour et leurs dépenses de luxe avaient versé beaucoup d'argent; mais, avant de partir, ils firent constater par la juridiction de police que tous leurs frais de résidence étaient payés intégralement, et que leurs gens ne laissaient aucune dette dans la ville, où l'on regretta l'importance qu'ils avaient donnée à Soissons, et le bruit qu'ils y faisaient avec leur train de maison, leurs équipages, leurs valets, leurs coureurs, leurs gardes. Soissons retomba dans ses habitudes de vie paisible et obscure, en dehors de la politique '.

^ Mss. de Cabaret et de P. L.Brayer. Recueil hist. tTactes^ négociât, et traités, par Rousset, t. v, p. 45 et suiv. Nouvdescrip. de la France^ par Piganîol de la Force, éd. de i;753. 1. 1, p. 4(1 • L^ Clef du cabinet des princes^ t. xxiv, p. 67, 145 et suiv. 3oi; t. xxv, p. i36, 44^. Mercure de France et Mercure historique ^ aux années 1728. Nous avons inutilement cherché dans les bibliothèques de Paris deux petits ouvrages qui ne sont rares que par le peu de cas qu^ou en a fait, puisque les catalogues de ces bibliotiièques ne les indiquent pas; nous regrettons le second

Le congrès avadt rendu pourtant à Soissons une partie de ses droits municipaux, la libre élection de son maire et de ses échevins, comme un dédommagement des mesures sévères de police et de convenance auxquelles la ville fut astreinte pendant quinze mois: on n'a pas l'ordonnance du roi, qui accorda en 1 728 aux habitans la restitution de leur ancien privilège, en des termes sans doute ambigus, puisqu'on fut obligé plus tard de les expliquer par de nouvelles lettres de concession; mais la municipalité ne devait pas en jouir long-temps en paix. D'abord, l'arrêt du 5 août 1735, qui supprimait généralement les compagnies et réunissait leurs biens aux domaines des villes, chagrina la haute boui^eoisie en lui enlevant sa royauté de l'Arquebuse : cette compagnie, qui avait toujours eu l'avantage dans ses contestations de pi*éséance avec la milice bourgeoise et qui s'était refusée à se

des deux, parcequ'ii contient peut-être quelques particularités H!aecàoiïij^%\Journal historique du premier voy'age du roi Louis XV dans la ville de Compihgne, de V ouverture du congrès de Soissons^ etc., par Daudet, ingénieur-géographe ordinaire du roi et de la reine, Paris, 177.9, in-12. Des^ criplion galante de la ville de Soissons, avec un recueil de pièces fugitives, La Haye, 1729, in-12. Au reste, ce congrès, dont Tanuonce avait fait tant de bruit par toute l'Europe, cessa bientôt d'attirer l'attention, quand on s'aperçut de son inutilité, et les mémoires du temps se contentent de le mentionner. Voltaire n*en dit pas un mot dans son Siècle de Louis XV, Soulavie le passe aussi sous silence dans les Mémoires de Maurepas, dans les Mémoi^ res du duc de Richelieu, etc. Le grand recueil de Chansons Blss. àlaBîbl. du Roi en donne quelques-unes assez licencienses, inspirées par ce congrès.

confondre dans les cadres de cette milice , fut annihilée jusqu'en 1 75 Saoule duc de Gesvres^gouver^ neur de la province , rétablit T Arquebuse dans ses honneurs et la réintégra dasis son pavillon, qui avait servi, pendant dix^huit ans, de dépôt d'armes et d'équipemens militaires pour la milice de la Généralité et de salle de réunion pour le tirage de cette n^ilice. A cette époque , les principales attributions du corps-de-ville étaient la police et administration du pavé des rues, des fontaines, des remparts, promenades , fossés ; la garde des portes , fortifications et magasins; le droit de guet et de patrouille; le logement des troupes ; le commandement de la milice urbaine; le choisi des quarteniers et des^^r* viteurs de vUle, tambours « fifres et pertuisanniers; le droit du poids de la ville, sur les suifs, laines, etc., et en un mot la direction des dépenses publiques. La milice , qui était placée sous les ordres immédiats de l'Hôtel-de- Ville , ne se composait que de manous^riers et de la classe inférieure des habitao^y. avant que la eompagnie de l'Arquebuse , réonissast les bourgeois riches , et celle dé TArc , formée dç$ maitres-Quvriers ,. fqsseut suspendues, sine» sup** primées oomf^ètement. Cette milice, divisée en six compagnies, ne portait pas d'uniforme et n'était pas exercée att maniement des armes : le cboi% de ses officiers ne dépendait que du corps-de-ville. Ce fut le corps -de- ville, qui, entre autres travaux d'embellissement dans Soissons, ordonna ceux exécutés en 1736 et dans les années suivantes, au Promenoir, qui avait été agrandi en 1674? l^^s-

DE SOISSOKS. 6S1

qu'on y mit un nouveau jeu de mail , et qui se nommait alors le Cours. La jonction de file à la rive, en 1760, l'exhaussement du sol et les plantations d'arbres ajoutèrent beaucoup d'agrément à cette promenade qui s'appela le Cbc^/j pendant plus d'un siècle; l'ancien nom de Mail prévalut , quoique un jeu de paume, côtoyé par de belles allées et terminé par un quinconce, eût détrôné le vieux mail. Le duc d'Orléans , qui avait acquis de la maisoii de Carignan les trois quarts du comté de Soissons, un quart à titre patrimonial, comme celui qu'il possédait déjà par succession , et les deux autres quarts à titre d'engagement , offrit au roi de céder la moitié patrimoniale au domaine de la couronne, à condition que la totalité du comté lui serait donnée en apanage héréditaire , ce que Louis XV ac-^ cepta sans difficulté, en réunissant à cet apanage les domaines de Laon et de Grépy, par lettres-patentes du a6 juin 1750 et du 21 janvier 1 76 1 , enregistrées au Parlement le 5 février suivant. Après la donation du comté à titre d'apanage, un arrêt du Conseil d'État, du i5 décembre 1750, interpréta un arrêt de l'année précédente, dans lequel était fixée la situation de la mairie soissonnaîse sur des bases nouvelles. Les maire, échevins, procureur du roi, secrétaire-greffier et administrateur des hôpitaux, devaient être élus par des. députés choisis dans les différens corps et paroisses de Soissons, savoir : quatre, dans le clergé de la cathédrale; deux, dans chacune des compagnies du bailliage provincial et siège présidial , du bureau des finances et de l'Ëlec-

tion; UDy dans chacune des juridictions delapolice, du bailliage royal ^ du comté , de la maîtrise des eaux-et-foréts et du grenier-à-sel ; un, dans le corps des officiers de la maréchaussée; deux, dans l'ordre des avocats; un, dans la communauté des notaires; un, dans celle des procureurs; quatre, dans le corps des marchands ; quatre, dans chacune des quatre paroisses de Saint-Léger, de Saint- Waast, de Saint- Quentin et de Notre-Dame-des-Vignes; un seul, dans celles deSaint-Remy, devint-Martin, deSaint- Jacques, de Saint-Germain et de Saint-Pierre-le- YievLXt/ointes ensemble commen* en formant qu'une. Leshabitans deces cinq dernières se rassembleraient dans celle de Saint-Remy , et les habitans des au* très paroisses , chacun dans la sienne , à l'issue de la grand'roesse, le dimanche désigné pour l'élection des officiers municipaux, et nominie|*aient leurs députés, dont aucun ne pourrait être admis à coopérer à ladite élection s'il ne payait au moins ^o livres de taille et capitation. L'élection générale aurait lieu à l'Hôtel-de-Ville , où les déput^$ de chaque corps apporteraient un procès-verbal des délibérations de leurs commettans, et un acte en fprme contenant leurs privés noms et qualités. Les députés, après avoir justifié de leurs titres, remettraient, entre les mains du président de l'assemblée de lllôtel-de-yille, leurs suffrages par écrit , pour la nomination des offioiers municipaux et des ad^ ministrateurs des hôpitaux: ces suffrages, lus k haute et intelligible voix par le président , en présence de tous les députés , seraient relevés à me-

et comptés a FinsUiit, en sorte que les élections fussent proclamées successivement a la pluralité des voix. Mais ces élections étaient soumises à certaines conditions qui suppléaient au choix que le roi se réservait naguère sur une liste de candidats : le maire et le premier échevin ne pouvaient être pris que parmi les nobles, les officiers du bailliage et siège présidial , de la police , du bureau des finances, du bailliage du comté, de la maîtrise des eaux-et-foréts, de l'Élection et du grenier-asel , pourvu toutefois que ces derniers vécussent honorablement f sans exercer aucune fonction ni profession inférieure et subordonnée à tétat déjuge; le second échevin, parmi les avocats, les médecins, les officiers de finances et officiers commensaux du roi , les principaux marchands qui auraient fait partie de la juridiction consulaire, les greffiers des juridictions royales et les notaires et procureurs ; les troisième et . quatrième échevins , parmi les officiers commensaux du roi , greffiers , notaires , procureurs, bourgeois et marchands, de manière qu'un des trois derniers échevins fût un marchand; le procureur du roi , parmi les officiers de judicature et les avocats ; le greffier-secrétaire de la ville, parmi les greffiers des juridictions royaleis , notaires et procureurs ; enfin les administrateurs des h6pitaux, parmi tous les corps précédens appelés également à remplir ces fonctions de charité et de confiance publiques. Le roi, qui, dans ces nouvelles dispositions, dérogeait à tous arrêts et réglemens antérieurs, ne tarda pas à les modifier encore.

jusqu'à ce que la liberté des élections municipales fût encore une fois ravie à la ville de SoissoDs:par lettres-patentes du 5 février 1 751, le duc d'Orléans, comte apanagiste de Soissons, fut mis en possession du droit y récemment abandonné par le roi, de nommer le maire entre trois candidats présentés par les babitans, qui conservèrent quelque temps la libre élection des autres officiers de la ville.

Les empiètemens d'autorité du duc d'Orléans ne s'arrêtèrent pas là : les receveurs de son domaine prétendirent que les remparts , fortifications et fossés de la ville étaient la propriété du comte, et cette étrange prétention , que renversait la plus simple connaissance des antécédens, se manifesta en 1752, l'année même où à l'occasion d'un procès soutenu par les maire et gouverneur de Soissonsy qui avaient effectué la vente de 1 88 arbres défectueux à abattre sur les remparts, contre le grand^maltre des eanx^et'-forêts du Soiesonuais, le Parlement venait de déclarer que le corps-de-ville de Soissons était en droit, de temps immémorial, de gouiferner les remparts et promenades de I» ville. Ce furent peut*être le^ termes de cet arrêt qui inspirèrent au Conseil d»i due d'Orléans l'idée de revendiquer la ^«i^neurt^ i^^mpâits et fosses, quoique la viUe «àt v«iidu à titre de cens seigrueunal et surceM plusieurs terrains voisins de ces reaipartB. Le corps^-de-ville résoliHi de tenir bc» et de défendre sa propriété, qui nehii était plus gafaiitie 9 il est vrai ^ par des ^tbaitt» fl des re|;Î8tre8 authentique»; car non-seulement fe siège de 1 4^4

DE soissoirs. 6SB

et le sac des huguenots en 1567 avaient anéanti une partie des arcfaîres communales » mais encore, en i68a , des bourgeois y contre lesquels l'ciBcial lança un monitoire , s'étaient emparés de beaucoup d'anciens titres, dont la destruction assura sans doute la paisible jouissance de certains droits mal acquis. Le * Conseil du duc signifia donc à la ville, le 11 mai 1757, de ne plus faire travailler aux fortifications et de s'interdire toute espèce de plantations sur les remparts , sans permission préalable du prince. La ville justifia du moins de sa possession pendant plus de trois siècles et produisit une foule de témoignages irré* cusables, qui étaient de nature à établir sa fMx^riété que les comtes de Soissons ne lui avaient jamais contesté^. La Conseil du duc alla jusqu'à soutenir* que la ville éf^it forcée de supporter toutes les charges de son enceinte fortifiéci sans en être pro^ priétaire; mais le duc d'Orléans revint sur cette prétention exorbitante et déqlara qu'il seoiiai^eak seul de toutes les dépensas pônoernant les renn parts, La ville se contenta d'une déclaration qui la mettait à l'abri de toute contribution à ce sujets et le: corps miunicipal, par déférence pour le duo d'Orléajps [4ut6t que par acquiescement àse8^lréb clamations, enregistra le 10 décembre 1759 la dé** oisk>^ii prise par le Conseil do ducy denx années au-^ paravant. Les receveurs du- domaine de Philippe d'Orléans continuèrent d'atiéner a r^itçs oen* suelles les terrains attenant aux remparts. La défe^ renc^f c'est-à-dire la faiblesse du corps municipal

avait sahctionné l'usurpation du duc, et, depuis le malencontreux enregistrement de 1759, toutes les protestationsde l'Hôtel-de* Ville soissonnais, toutes les oppositions verbales ne firent pas décider la question en sa faveur. Le comte apanagiste se saisit de places vides acquises autrefois des deniers de la Commune, et ses envahissemens progressifs atteignirent en 1778 rUe du Promenoir, qui avait été adjointe à la rive par un atterrissement factice : il vendit à un particulier, pour y bâtir, cette langue de terre qui appartenait notoirement à la ville par suite d'une transaction avec le comte Hugues, en i3o5. La ville essaya d'empêcher une spoliation si manifeste; mais, faute de pouvoir représenter le titre de i3o5, elle ne put avoir justice. Les ducs d'Orléans semblaient vouloir se reconstituer une petite puissance féodale dans le Soissonnais: en 1706, ils avaient fait créer le bailliage de Villers- Cotteretz, comprenant les bailliages d'Oulchy, de Neui}ly-Saint-Front,de la Ferté-Milon, de Pierrefonds et de Verberie^ où furent laissées seulement des prévôtés; en août 1758, ils firent supprimer le présidial de Crépy en Valois , la juridiction royale de l'ancien comté de Soissons et les bailliages seigneuriaux de Coucy et de Villers-Cotteretz, pour les réunir au bailliage et présidial de Soissons, duquel ressortiraient, sur les appels et en première instance, dans les causes présidiales, les prévôtés des cinq bailliages abolis en 1706. L'édit de 1758 incorporait les deux présidences du bailliage de Soissons aux charges de lieutenant-général et de

lieutenant-criminel, réglait le nombre des officiers dudit bailliage, considérablement augmente, et accordait la robe rouge à ces officiers, et la soutane rouge aux conseillers-clercs 9 pour les cérémonies publiques. Le Chapitre de la cathédrale ayant défendu à deux chanoines, conseillers -clercs, de porter au chœur la soutane rouge , vit son opposition cassée par jugement, à la requête du duc d'Orléans. Au reste, ces différends entre la muni* cipalité et le comte apanagiste ne nuisaient en rien à la prospérité matérielle deSoissons, où la population avait varié depuis la fin du dix-septième siècle. D'après le dénombrement du mois de novembre 1756, elle s'élevait à 7,520 habitans '.

L'évêque de Soissons, Lefèvre de Laubrière, tout moliniste qu'il fût, résidait habituellement dans son évéché où il méditait de grandes réformes, quand il fut atteint de la petite-vérole et mourut lé ^5 décembre 1738, au Séminaire, d'où son corps embaumé fut transféré à la cathédrale et enterré près de V armoire aux reliques. Ce prélat avait été marié, avait vécu dans le grand monde, et ne s'était consacré à l'église que pour chercher des consolations à la perte de sa femme : il vivait donc à Soissons fort modestement dans la retraite, en

* Mss. de Cabaret, de dom Grenier^ de P. ^L. Brayer et de M. Fiquet. Il est à regretter que la ville de Soissons ne possède pas un recueil complet, manuscrit ou imprimé, des édits, ordonnances, arrêts, sentences et autres pièces officielles qui la concernent, surtout pendant les deux derniers siècles. Tel était le recueil que M. Fiquet avait ébauché pour son propre usage.

dirigeant lui-même l'éducation de sa fille unique; il aimait les lettres, et son seul acte remarquable fut un acte littéraire : la fondation d'un prix annuel dans l'Académie de Soissons , pour la meilleure dissertation sur un sujet d'histoire. Ce prix, qui consistait en une médaille d'or, fnt établi en 1732, et précéda de deux années celui de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Cependant il parait qu'il ne fut décerné pour la première fois qa'en 1735,8 un savant que venait de mettre en évidence un succès semblable à TAcadémie des Inscriptions: Jean Lebeuf , chanoine d'Auxerre, qui créair alors l'archéologie française et qui enrichissail le Mercure de France et le Journal de Verdun de profondes et ingénieuses recherches sur l'Histoire de France, remporta le prix à l'Académie de Soissons avec un mémoire intitulé : Dissertation sur tétai des habitans du Soissonnais a^ant la conquête des Gaules par les Francs ( Paris , I735,in-ia). Aucun de ses concurrens n'osa se faire connaître, en apprenant quel était le vainqueur , cet infisitigable rival des Bénédictins , qui mettait les secrets de leur science à la portée des lecteurs de gazettes. L'année suivante, quoique Lebeuf coucouràt encore. Le prix échut à un Soissonnais , au chanoine René Biet, abbé de Saint-Léger, qui avait composé wtïe Dissertation sur la véritable époque de tétabUs' sèment fixe des Francs dans les Gaules y etc. y sur t espèce et t étendue de t autorité djEgidiuset ^agrius son fils dans Te Soissonnais et pays circonvoisins^ et sur le lieu où s^est donnée la fameuse baêaiUe de

boissons (Paris, 1736, ia*ia). Le chaooiue Biet, qui combat les sentimens de Daniel el de Dubos dans ce morceau , plus mal écrit encore que celui de Fabbé Lebeuf , n'avait pas , aux yeux des émdits 9 vaincu son antagoniste armé de textes plutôt que de phrases. Un troisième concurrent j Ribaut de Rochefort, qui avait envoyé du Bourbonnais un mémoire lalin , eut l'honneur d'être mis en parallèle avec l'abbé Lebeuf. Cet abbé prit sa revanche en 1787 et gagna le prix, avec une Dissertation sur t établissement de la religion chrétienne dans le SoissonnaiSf etc., (Paris, in-m). En 174I9 le concours fut encore plus brillant et mieux disputé; le prix n'échappa point encore cette fois à l'abbé Lebeuf; mais, comme François de Fitz-James , successeur de Lefèvre de Laubrière» en avait fondé un second d'une médaille d'or de 3oo livres, ce second prix fut partagé entre l'abbé Fenel et Gouye de Lodguemare, qui était digne de tenir tête au docte chanoine d'àuxerre , sur le terrain de l'histoire de France et des antiquités nationales. Ce dernier concours, dont retentit alors le monde savant, donna beaucoup d'éclat à l'i^câdémie de Soissons, qu'on plaçait presque au niveau de l'Académie des Inscriptions pour les services qu'elle rendait aux études historiques. Depuis , l'Académie, composée des notables de la ville, l'évêque, l'intendant, les membres du présidial et du bureau des finances, etc., distribua $es médailles d'or à des poésies fugitives qui n'avaient point assez de valeur littéraire pour se répandre hors du terroir natal. Ces

poésies demeurèrent enfouies dans leur berceauf comme le poème d'Hélène Basin, fille du grand^baiUi de Soissons y laquelle publia deux éditions (171261 1 7 1 3, in-4*)de son Ehge de cette ville, sans pouvoir être comptée parmi les poètes. Le règlement académique, qui empêchait la compagnie de s'adjoindre des membres non résidens, malgré un petit nombre d'exceptions en faveur de hauts dignitaires ecclésiastiques, s'opposa toujours à ce qu'elle prit un plus large essor , après des commencemens de si heureux augure : en 1756, un de ses membres, l'abbé de Pomponne, lui légua par testament une fort belle bibliothèque, qui^ ajoutée à celle de l'Académie , fut placée dans une des salles du Château où se tenaient ses séances particulières.

Mais le mouvement scientifique donné par l'Académie de Soissons , et en même temps l'exemple des historiens du dix-septîème siècle, avaient eu quelques résultats intéressans pour l'histoire locale : Rousseau-Desfontaines, d'une famille sois* sonnaise qui avait fourni plusieurs officiers municipaux à la ville, se délassait des arides occupations de la magistrature en continuant l'histoire de Dormay ; il s'aperçut bientôt que l'ouvrage de cet historien pouvait être abrégé en certaines parties, et augmenté en beaucoup d'autres; que cet ouvrage, nonobstant sa division par livres et par chapitres, était désordonné et peu clair: il écrivit donc, avec clarté sinon avec élégance, une nouvelle histoire, formant deux petits volumes in-folio, dans lesquels il suivit l'ordre chronologique , et se

BJS 60I890irS. 64i

débarrassa pourtant des. dates , comme d'un attirail inutile. Il poussa son récit jusqu'aux dernières années de Louis XIV, et ne fut sans doute arrêté dans son travail que par la mort, travail froid, sec et décoloré, mais généralement régulier et judicieux. L'original est déposé à la Bibliothèque de SoissonSy qui ne possède pas tous les mémoires que Rousseau avait recueillis, ni ceux que Petit , procàreur du roi pour là police dans cette ville, rassemblait avec tant de curiosité. Des matériaux phis importàns et plus vastes, concernant les antiquités soissonhaises, furent réunis plus tard par les soins du bénédictin dom Grenier, à qui son ordre aV^it confié la rédaction d'une histoire générale de la Picardie,' sur le plan des histoires de Bretagne, de Bourgogne et de Languedoc publiées par la congrégation de Saint-Maur. Deux chanoines de la cathédrale, Cabaret et Lebrasseui*, clapîgères des archives, communiquèrent les titres à dom Muley, qui en tira des extraits et des copies; les religieux de Saint^Médard et de Saint-Crépin-r le-Grand secondèrent avec -zèle l'entreprise de dom Grenier, et lui transmirent des docnmens pré« cieux; ddm Caffiaux^ dépouilla lé chartrier de Saint-Médard et envoya une multitude de notés relatives aux généalogies des familles soissonnaises. Mais, de cesimmenses préparatifs, il ne sortit jamais qu'un prospectus, et la Révolution fit tomber dans le dédale de là Bibliothèque du Roi tous les manuscrits accumulés par dom Grenier et ses confrères. Un éa*ivatn moins consciehcreux, mais aussr

649 HISTOIRS

plli3 bahUe, qui n'était pas appuyi par le ministre Bertio> cooiime dom Grenier, mais qui avait pour Nécènesup intendant, M. de Méliand, lequel se montra tçpjours très-jaloux de la prospérité de la ville qu'il hatntait, avait aussi préparé, à la prière, et sans doute aux frais de cet intendant, une Hùioin des antiquités de Soissons jusqu'au x« siècle. Lemoine, écujrerj porte^manteau du. roi, ne se borna pas à traduire en bon style le premier volume de )>armay ; il eut recours aux sources ; il étudia César, Grégoire de Tours, les Actes des Saints; il composa i^q ouvrage assez estimable, dans lequeLil d'ou* hli» pa^'de profiter des excellentes dissertations de l'abbé. l^beuf. Ces deux petits volumes in- 12, dédiés ail Daupbin à qui aucune partie de thistoin fi'était indifférente j parurent à Paris en 1771 el furent jugés d'une lecture agréd>le pour les gens du monde, ex instructive pour les savans.

M. Jardel,.de Braine^ qui avait aidé de ses notes et de sa bibliothèque récuyer.Lemoine, était à cette époque m relatipn avec les Académies des provincei^, fin pord; maïs les renseignemens qu'il leur procurait «ur les antiquités et la géologie du Sois* sonnais ^éparpillèrent comme ses livres et ses çsi^^ijscrits, Sqiasons était devenu le centre de la bibliographie dep^i^ que l'abbé Mercier avait suc* cédé fi l'^I^bé JSjiçt, qipi retint jamais le^ promesses de 4PQ déhMt historique et les ensevelit dans ud Éhge du duc dl^Êtrées i l'abbé Mercier entretenait uxi;çpQrpe9poAd4tnce polyglotte avec tous les bibliogr^tphes de j'^nrppe, et ^on opinion passait pour

iDraillible eu ce qui regardait la connaissance des livres et des éditions. Le collège de Saint-Nicolas avait eu trois professeurs destinés à un grand avenir scientifique, le président Hénaulty Foncemagne et la Bletterie, tous les trois Oratoriens avant d'être de TAcadémie des inscriptions; Fab* baye de Valsery avait entendu l'abbé de Vertot s'écrier : mon siège est fait 1 en ornant d'un style fleuri et brillant son* Histoire des Chevaliers de Afa/f;^« L'bistorien Gaillard, originaire d'Ostel, ne dédaignait pas de venir présider rAcadémiede Soissons et y lire des pièces de poésie. Mais les arts et les sciences exactes n'avaient pas leméme foyer d'émulation dans le Sotssoïinais, où l'on ignorait que le père du Poussin était né à Soissons , et l'on ne peut ci ter que' Jacques Robbe, ingénieur-géograpbe du roi, mort en 17a i, et Augier Dufot, auteur de difTérens traités de médecine, mort en 1776, qui avaient honoré leur ville natale au xviii' siècle '.

François de Fitz-James, qui protégeait l'Académie de Soissons et y fondait des prix , avait été nommé évéqueà la fin de décembre 1738, et sacré, le i3 mai de l'année suivante, dans la cathédrale de Rouen r la faveur du roi lui promettait alors un

^ G41II, Christ, t. IX. Ouvrages de Tabbé Lebeuf. jilmatL hisL.ci géog. de la Picardie, année 1757. Les Mss. de dom Grenier sont renfermés dans une multitude fie portefeuilles et de cartons qui remplissent une vaste salle dn dépât.des Manuscrits à la Bibliothèque du Roi. Les recherches sont très-dijYicîles dans ce labyrinthe de matériaux, maigre une table générale des noms : elles nous ont été feeflitées par l'obligeance de M. ChampoUion-Pigeac.

rapide chemin dans les honneurs ; Louis XV l'avait pourvu de grasses abbayes , l'avait choisi pour aumônier; mais, lors de la maladie du roi à Metz, en 1744? révêque, excité par le duc de Chartres , employa son ministère à servir les passions de quelques courtisans , et fit chasser ignominieusement la duchesse de Chàteauroux j qui ne demandait que le droit de pleurer en 'silence au pied du lit de son amant à l'agonie; la rigueur et la dureté qu'il montra dans cette circonstance solennelle, où il força le roi de sacrifier sa maîtresse et de faire amende honorable des sentimens qui restaient au fond de son cœur, réagirent bientôt contre luimême. Louis XV, revenu à la vie et à l'amour, témoigna du ressentiment et de la froideur au prélat, qui Be vit abandonné, à l'instant, de ceux-là mêmes qu^il avait eu l'imprudence de croire. Indigné de cette ingratitude et de cette injustice , il dit adieu pour jamais à la cour, se démit des fonctions d'aumônier du roi , et se retira dans son «diocèse pour s'y livrer exclusivement à ses devoirs évangéliques. Là éclatait encore de toutes parts la joie publique, à l'occasion de cette convalescence , qui acquit à Louis XV le surnom de Bién-Jimé: le aa et le ik septembre, Soissons s'était mis en fête pour célébrer ce bonheur inespéré, que son gouverneur, le duc de Gesvres, et son intendant lui avaient annoncé par les courriers qui faisaient une c>4«/>i« jusqu'à Château-Thierry, pour transmettre plusieurs fois dans un jour, par deux routes, les bulletins de l'état du roi. L'intendant n'épargna pas les dépenses

dans ces réjouissances, où des fontaines de vin coulèrent pour tous les passans, où fut représentée une comédie sur la Grand'^Place , où le feu d'artifice et les illuminations offrirent à l'académie de Soissons mille sujets ingénieux d'emblèmes et de devises. Morel y organiste de Saint-Jêan-des-Vignes, qui avait composé la messe en musique du Tedeum^ fut aussi l'auteur d'un divertissement en musique exécuté chez l'intendant , scèoe pastorale dans laquelle le poète, M. Roy, avait mis des sentences de Sénèque dans la bouche des Nymphes de l'Aisne , et s'était permis une foule de licences poétiques pour chanter le plus ainuàile des rois. François de Fitz-JameS; qui n'entendit heureusemf^lit pas ces flatteries rimées en l'honneur du Titus et de 1'^lexandre qu'il venait d'administrer et de moraliseï;, devint tout-à-coup un furieux jansénbte, et, comme les derniers éyéques moUnistes avaient fait parta* ger leurs doctrines au clergé soissonnais , le prélat janséniste trouva de la résistance et de l'aversion dans son Église. Il déclara une rude guerre au jésuitisme, e^ il prit la plume pour l'attaquer et pour combattre les écrits des pères Pichon \ Hardouiu , Berruyer, etc.; il frappa d'interdit tous les livres entachés des principe^ ^u'il détestait; il publia pour ses diocésains un nouveau Rituel, un nouveau Catéchisme; il s'éleva dans ses lettres pastorales contre les partisans de la bulle Unigeniù^s et contre la cour de Rome^ qu'il accusait d'attenter aux libertés gallicanes et aux prérogatives delà couronne de France. Louis XV, ayant su que cette violenl^

sortie de Tëvéque de Soissons avait été censurée par le pape Qémeot XIII, écrivit deux lettres à ce pape pour lui faire savoir qu-iLdonnait toute approbation à la conduite de François de Fitz-James, conforme aux principes fon4amentaux de l'Église de France. Mais la liaine du clergé soissonnais, à l'égjsird de son évéque» datait de plus loin : en 174a, Françms de Fitz-James ^ivorisa les chanoines de la cathédrale aux dépens de ceux des paroisses collégiales de Soissons, en réunissant à la manse de la^ fabrique de Sain t-Gervais les revenus de trenteune chapelles et ^e dix canonicats} les démarches actives du corps*-de*ville et des coll^iales pour obtenir le retrait de cette mesure arbitraire, faite au profit du Chapitre^ furent inutiles auprès de l'inflexible ]M*élât, qui regagna un peu de popularite dans la ville en rappelant les Oratoriens au Seminaire* Cette obstin^ion et cette rigidité dans les mœurs et le caractère de François de FiuJames n'excluaient pas des vertus vraiment chrétieimes et des élans de grandeur d'âme.

Ce futà l'instigation desennemis communsdel'é' véque et du Parlement, que Louis XV exila , par ordonnance du 8 novembre 1753, lagrand'cbambre à Soissons. La grand'dbambre avait été transférée à Fûntoise au mois de mai précédent > parce qu'elle refusait d'enregistrer les lettres-patentes par lesquelles le roi lui enjoignait de ue plus se mêler de poursuites en matière de ^efas de sacrement; là grand'chambre s'était prononcée éoergiquemeut dans l'affaire des billets de confession

os 80ISS0KS. 0iiT

que le olerfé moliniate, soutenu par. IVuKJiewâque

de Paris , éx,igeail de» péoiteos et des maledes pour

les forcer dé souscrire k TaGoeptation de la bulle

Unigeniios , bulle incendiaire et factieuse dont tout

le moiide parlait et que les théologiens seuls con<*

naissaient. Les membres de la grand'cliambre ar-

riTèrent le a5 novembre au lieu de leur exil, où

ils restèrent plus de neuf mois, en persévérant

daasi leurs remontrances au toi qui ne les fit pas

remonlèr tous sur leur siège : cinq d'entre eux

étaient morts k Soissons. Le séjoUr de ces magis*»

trats, la plupart riches et chefs de famille,, dans

la ville ^ dont ils ne pouvaietit sortir^ y apporta

beaueoup d'argent, et les pauvres ^ qui les bénis-»

salent^ ne leur denooKlaient pas compte du moiiif

jansémste oli moliniste de leur charité. Cepebdanty

vers^cçtte époque^ les pauvres trouvaient à âoisso»s

plus de ressources pour gagner leur yîe^<grftce à

une industrie nottYelLe'qtie rinlendam^ M. dé Mé-

hand, essayait d'éublir,^ afin d'accroitre les revenue

de la ville qui ne possédait pas d'antre manufactuee

que la âibrîque de bas de l'hôpital-géiiérati M. .de

Méliand eut l'idée de fonder le commerce de la soie,

dans ce pays doptla température douce convenait

très-bien aux mûriers;, il f\t accorder au Spi^so^r

nais' par le gouvernement ime sooî^àie aitaoeUe de

dix mille livres à titre d'encoifi:âgement dôur Ta

culture des mûriers et l'éducation des verfià.sote i

des mûriers blattes furent plantés partout, fe long

des chemins vicinaux, da^ûs les fossés /ç,t^sui?,les

glacis de Soissons; on distribua des ustensiles^ «hp

la graine de vers, des privi][éges ; on diminua les impôts des personniesqui concourraient à propager cette industrie, laquelle offrait déjà de beaux échantillons. Mais dès que M. de Méliand, mort en 1 768, ne fut plus là pour aider et protéger les essais des magnanières soissonnaises , quand son successeur Le Pelletier de Morfontaine eut fait appliquer au soulagement des corvées les dix mille livres attribuées à la production de la soie, la plupart des entrepreneurs, qui ^'avaient pas encore obtenu de brillans résultats*, renoncèrent, après vingt-cîi^^l ans de sacrifices en pure perte, à entrer en cou* curreqce avec les établissemens du même genre, plus florissans dans le midi de la France : les vers à soie furent négligés, puis abandonnés, et Too arracba méme^ de dépit, presque toutes les plantations de màriers qui semblaient promettre des opérations plus fructueuses pour lavenir '.

Cette tentative industrielle attira -moins Fattention sur le Soissonnais, que les ravages de quelques loups qui se montrèrent à plusieurs années d'intervalle, et qui furent tous confondus sous le nom

* GalL Christ, t. li. F'ie privée de Louis XV ^ t. n. Réjouissances faites dans ta ville de Soissons, les 25 et 24 septembre 1744^ à l'occasion delà convalescence 4u roi- Soissons» impr. de la veuve de Charles Courtois, imprimeur du roi, in-4. Mémoire à consulter, par le comte de Montlosier. Mss. dé Cabaret et de P. L. Brayer. Mémoires du maréchal de Richelieu, par Soulavie, t. vin. Le recueil de chansons, dit de Maurepas, auxMss. de la Bib. doRoi» contient quelques pièces de vers sàtinques sur l'exil de la grand*oliasibre à Soissons*

DE soissœrs. 649

populaire de béte féroce d^ Soissonnais, En juillet et en août lySS, un loup dévora un enfant, un homme et deux femmes dans les villages voisins de Soissons : l'effroi fut général, on s'ai^ma, on fit des battues^ on ne rencontra plus de loups; seulement un piqueur du comte de Gamaches déposa, le lo septembre, à THôtel-Dieu de Soissons, un animal qu'il avait tué à Mareuil, et qu'il disait être le loup : la foule fut grande pour le voir, mais on reconnut que ce prétendu loup était un chien de meunier. En juin 1758, un autre loup se jeta sur des enfans aux environs d'Acy : les battues recommencèrent et n'eurent pas plus de succès. En février 1 766 , un nouveau loup , qui était enragé , emporta une jeune femme enceinte à Sept-Monts : quatorze paysans le poursuivirent pour lui arracher sa proie, furent tous mordus et périrent dans les convulsions de la rage. La terreur était au comble; on publia dans les gazettes que la bête du Soissonnais avait reparu; avant qu'on eût pris des mesures pour purger la campagne de ce fléau, le i" mars, un milicien attaqua le loup à coups de fourche, près de Basoche ,' le tua et l'apporta le soir même à Soissons. Le milicien ^ choyé , fêté, eut la récoiûpense promise à celui qui tuerait le loup, et, l'ayant fait empailler, il le promena par toute la France, en le montrant à prix d'argent , dans les foires et les marchés. Ce loup fit. la fortune de cet homme. Cinq ans avant la mort du loup, un autre monstre, dont la renommée ne sortit pas de Soissons, étonna lesamateurs d'icthyologie et de gastronomie:

650 HlâTOIRfi

un esturgeon ënoime fut péché dans f Aisne à Pont'à-'Rève, et figura sur la table de la comtesse Braine;

Les années 1765, 1766 et 1767 fixèrent les yeut de la cour, sur Soiasons, aux portes duquel trois camps furent établis par ordre du duc de Choiseul) ministre de la guerre, pour la manœuvre des trou* pes que le roi vint passer en revue à Compiègne. Le premier camp, qui occupa la plaine de St^Crépin^en-Chaye pendant tout le mois de joittet 1765, se composait des régiraens Royal*<Iàvalerie , Royal* Étranger, Royal- Navarre et Bourgogne, conunandés par le marquis de Bçuvron, et des corps de dragons j appelés la Colonelle^^générale , Mestrede-camp. Dauphin etScbomberg. Le second camp dura tout le mois d'août 1 766, au méi»e endroit que le précédent *, il était plus considérable qoe celui de 1 765 et s'étendait depuis le Mail jusqu'au delà du cb^aain de Pasly : on y avait réuni les régiraens de Qiampagne , Dauphioé , Hainaut, La Mark-Roy al-Iofanterie, les hussards de ConOms, sous les ordres du marquis d'Armentières , cornmandant-du*camp , les régimen s suisses, Erlaeh, Jenner et Castellas, et le régiment de Navarre. Im troisième camp, qui eut lieu ^n juin 1 766, sous le commandement du lieutenant-rgénéral comte de Ségur, formait trois divisions : .1*1 Normandie, Royal- Vaisseau, Aquitaine, Bourbonnais^ la Sarre et Guyenne; a"" trois régimens suisses^et S^leshus» sards de Conflans. Ces corps avaient attiré à Soissons beaucoup de curieux qui suivirent avec ia*

térét les exercices militaires à la prussienne qu'on apprenait aux soldats. L'affluence de tant d'étrangers fut très-avantageuse pour le commerce de la tille, et ces bénéfices matériels firent oublier aux habitans les désagrémens inséparables du voisinage des troupes : jamais Soissons ne présenta un aspect plus gai, plus animé, pluis bruyant que pendant la durée de chacun de ces camps, qui remplissaient les rues de brillans uniforme^, capables d*éblouir les yeux et de faire battre le cœur des

belles Soissonnaises.

Soissons bâtissait alors son Hôtel-de-VilIe sur la Grand' Place: il avait été commencé en 1709 par le maire Leroy dUartennes, qui en posa la première pi^reaunom du duc d'Orléans, sur l'emplacement de l'ancienne Maison-Commune, à côté du présidial. Cet H6tel-de-Ville fut promptement coqstruit, parce que Taisent ne manquait pas : c'était mi, petit corpsnde-Iogis qui n'avait pas plus de quatre «fenêtres sur la façade et qui se trouvait encore rapetissé et comme humilié par la comparaison qu'on en pouvait faire avec le Bailliage , gros pavillon massif, du bon style architectural de l'époque de Henri IV, environné d'une graude grille dorée et précédé d'un perron où l'on arrivait par deux escaliers à découvert, entre lesquels une voûte donnait entrée dans les cours. L'HôteMe*. Ville n'était donc pas un bâtiment propre à embellir la Place, sur laquelle s'élevait une fontaine en pyramide avec des trophées et des inscriptions à la gloire de Louis XV, placée vis-à-vis un théâtre

B&i HISTOIRE

à mandarins , espèce de tréteaux permanens où les saltimbanques et les vendeurs d'orviétan prenaient leurs ébats. Mab à peine lecorps municipal était-il installé dans le nouveau local, plus grand et plus commode que l'autre qui tombait en ruines, un édit bursaly rendu au mois de novembre 1771 , supprima en^ France tous les offices municipaux et les érigea en charges vénales au profit du roi. Soissons ne fut pas exempté de subir l'action de l'édit, même en s'appuyant de la protection de son comte apanagiste : la ville , qui n'avait que i a,ooo livres de revenus et qui en dépensait 149O00, neputse racheter au prix de 68,58o livres qu'on lyi deipandait pour la conservation de ses droits de Conimune. Le corpt-de-ville cessa donc immédiatement ses fonctions, et déjà les ambitions des bourgeois se tournaient vers les offices créés par l'édit bursal, qui allait instituer à Soissons, moyennant achat de charges, un maire, un lieutenant, quatre échevins, quatre assesseurs, ua procureur du roi, un|;reffier et un receveur -contrôleur, lorsque le duc d'Orléans obtint la nomination de ces offices. A partir du i*' juillet 1772, il choisit à son gré le maire pour quatre ans et les échevins pour deux ans : les assemblées annuelles^ des habitans, qui continuèrent de se réunir tous Jes trois ans à l'époque des élections , le dimanche après la Saint- Jean, n'eurent plus à s'occuper que du choix desadministrateurs des hôpitaux. Ainsi, disparut le dernier vestige de la municipalité soissonnaise. En 1 782, le maire et les échevins, quoique nommés

BE soissoms. 65S

par le duc d'Orléans, se firent les avocats de la ville obérée par le paiement des gages, fait sur ses deniers aux officiers de police, tandis que les chairs de ceux-ci étaient vendues pour le compte du duc ; le maire et les échevins présentèrent donc au duc et à son Conseil yn mémoire pour la réunion de ces charges au corps-de-ville. Mais le prince refusa de diminuer son. revenu pour soulager Soissons. Ce fut sans doute par représailles que la ville renouvela se^ plaintes au sujet de l'usurpation de ses remparts ; mais le Copseil du duc n'eut pas égard à ces impuissantes réclamations, et déclara, le 29 avril 1784, que «les domaines royaux sont imprescriptibles etinaliéQables,et ae forment, en la main des villes qui en sont en jouissance , même de haute antiquité et à tel titre que ce puisse être, même de concession royale, que des possessions précaires et toujours révocables ad i^utum régis. » Le Conseij ne voyait pas que tout allait trembler bientôt, / dès que le peuple , et non plus le roi , froncerait le sourcil '• ,

Soissons, dépouillé de ses libertés mupicipales, avait, pQur s'en consoler, les utopies dès économistes qui lui laissèrent au moins une Société

\Ms9. de Cabaret, de P« L. Brayèr et de M. Fi^uet, Le Mercure de France et les antres journaux du temps mentionnent scrupuleusement les faits et gestes de la béte du Soissonnais. Le Mercz/recontient'aussidans ses nouvelles politiques^ de 1765, 1766 et 1767, beaucoup de détails techniques sur le camp de Soissons, à Toccasion duquel fut publiée une très-belle carte de cette ville et des environs, avec la position du camp.

6S6 Hisi:oiRi£

gnes et forçaieot les laboureurs à livrer leur fro-» ment au prix de 2 liv/le pichet. Le corps-de-ville, averti y le 5 mal, que le lendemain un rassemblement considérable devait envahir la ville, prit des précautions pour s'opposer à cette irruption. En même temps, Dequesne, lieutenant-général de police , taxa le pain , d'après l'offre qui lui iîit faite de la part de plusieurs marchands de blé, pour en fournir aux boulangers la quantité qu*ils voudraient à raiion d^ a 16 liv.. le muid. Le ministre Turgot fit, casser l'ordonnance de h taxe, par arrêt duConseil, comme contraire aù\ principes de l'économie politique , et manda le lieutenantgénéral de police à Versailles, pour rendrç compte de sa conduite. Dequesne fut bien accueilli à Versailles, et prouva que ^les boulangers s'étaient soumis eux-mêmes à la taxe. Soissons échs^ppa aux émeutes, lesquelles ne furent rjéprim^es que par un édit condamnant à la peine de mprt et sans appel tout individu qui ferait partie d'un attroilpementLa maréchaussée de Sois^sons atteignità Cuiry- Housse unebande de 4oo paysans vagabonds, commandée par un soldat, au moment où ces malheureux contraignaient les fermiers à porter leurs grains aa march^ de Braine et à le mettre en vente à 4 1^^* l'essein. Les quatre principaux meneurs furent seuls • arrêtés , conduits à Soissons, jugés sommairement par le prévôt de^s maréchaux, et condamnés, deux au gibet, le troisième au pilori et le quatrième au bannissement. On exécuta la sentence sur4e-cbamp« Cette rigueur effraya les tur*

bulens qui se retirèrent avant la fin de la disette et laissèrent à la prochaine récolte le soin de diminuer le prix des céréales. Le prix moyen de 1776 à 1787 fut de i5o livres le muid. La disette ne repat'ut qu'en 1788, par suite de la terrible grêle du 1 3 septembre, qui ravagea les moissons. On ne voit pas que le débordement de TAisne, le 27 février 1784, ait eu de graves conséquences pour les biens de la terre : cependant la rivière grossie par la fonte des neiges déborda dé telle façon que les babitans du faubourg Saint-Waast, du port et des rues voisines , furent obligés de se réfugier dans les eommnûautés de la ville , tant que dura l'inondation, inférieure de 9 pouces a celle de i658, et supérieure de plus de a pieds à celle de 1740. Pendant la nuit, les eaux refluèrent jusqu'à Saint-Crépin-le-Grand et montèrent dans la rue du Plat d'Ëtain. Ce débordement fut , comme les autres, l'objet d'une inscription , à l'endroit où il s'était élevé au milieu de la rue du Château-Gaillard :

En 17849 Madame d'Ahne  celte place prit séance.

Un événement, qui inspira d'abord plus de frayeur que lai furie de madame d^ Aisne, avait précédemment coûté la vie à quelques personnes. Au mois de février 1781 , les légumes d'hiver, pois, lentilles, haricots et fèves de marais furent attaqués par l'insecte nommé milabre à croix blanche. Les personnes qui mangèrent de ces légumes détériorés, furent malades de coliques, au milieu desquelles

658 HisToiiuE

plusieurs moururent. La vente de tous les légumes secs fut défendue sur la place de Soissons. Antérieurement aux troublesetaux vagabondages causés pair la famine de 1776 , une Maison de Force avait été ouverte pour les mendians et les yagabonds, sur le terrain de THôpital'-GénéraL L^s Piisons Royales ne furent établies qu'en 1 7839dans randen local de Saint-Victor^ acheté par le gouvernement Tandis qu'on bâtissait la Mai8Qli< de Force, LsPelletier de Morfontaine faisait édifier l'Intendatace. L'ancien hôtel que les iotendapê occupaient dans la ruedePanleunelui semblait plusassezspacieusi ni assez splendide pour soii,\i8«ge:«Le PeU€tier4)btint du roi la.permisision d'en élever un isibuveau plus grand et à la fois plus mpnuitiental ; oô choisit l'emplacement du Châte^u-Gaillard^qui n'était plu& habité que par le bailli.du comté, et qui ne servait qu'aux réunions de l'Académie. Le duc d'OrléàDS le vendit à la Gén^r^ité , moyennant 3o,ooo liv.^ en se réservant toutefois les bois , plombs , fers et croisées, lésinerie^ dit Cabaret, gra//îf beaucoup murmurer la Généralité. La démolition commença surle-champ et rencontra des obstacles presque insurmontables, à cause de l'épaisseur des murs qui n^avaient pas de fondations : dans l'espace de trois ans, on construisit cet immense hôtel, où la nudité de l'architecture et la monotonie des lignes sont compensées par une espèce de grandiose dans l'ensemble, qui fait disparaître le caractère vulgaire des détails* Quand les trois corps-de-logis de la çoui: d'honneur Turent ao^ievés,'On s'àfpei^ut que

nDtendant d'aurait pas de jardin : on en fit un sur 1ë terrain du Mail , depuis la porte de la Paix (ouverte pour le congrès de 1 728), jusqu'à la barrière. La villey'qui avait disputé la seigneurie de ses fortificâitions au' duc d'Orléans , n'osa pas réclamer poiit'Ia eonserv&tion de cette promenade qui perdit beaucoup de sa grandeur et de sa beauté; la ville se itut en gi^missant, crainte de vengeance relatwement aux impôts dont t intendant est le maître. Le clergé de Soissons souffrit avec moins de patience lés abus de pouvoir de son évéque Ilenri-Joséph-Claude de Bourdeilles, qui avait fèiii placé François de Fitz-James, décédé à Paris te 19 juillet 1764 9 et enterré dans sa cathédrale à Soissons. M. de Bourdeilles avait été mousquetaire avant d'être prêtre, et, comme pour expier les torts de son aiéul qui avait immortalisé les dames galâmtes' dvL seizième siècle, il se montra d'abord inflexible à' regard dé* tinadame de Margeret, ab-j be^se de Sâint-Paul, à laquelle on reprochait quelqtiës hàbif udes mondaines , quelques prodigalités profanes : il la fit enlever et renfermer dans Fabbaye de Poat-aux-Dames. Cependant cet évêque était mblinistè et ne manquait pas d'accommodendens avec sa cdtisciehcé. Il s'efforça de purifier le siège épiscopal de la souillure janséniste que son

prédécesseur y avait kisséef il remit en ^honneur

et en usagé tous les livrer diocésains de tanguet de Gergy; i|i donna aux jLazaristes la place des Oratortena dans le Séminaire et crut avoir conquis ainsi le droit de satisfaire sa cupidité : il ne se

contenta pas de l'abbaye Saint-Jean-des^Vignes, que Louis XY lui avait octroyée en commende pour le dédommager des frais de réception et de séjour, qu'il avait faits en 1770 au passage de Marie- Antoinette d'Autriche, qui venait en France épouser le Dauphin, et qui descendit à l'Ëvéché de Soiss6ns,où elle trouva le jardin illuminé en verres de couleurs et orné d'un temple mythologique renfermant un feu d'artifice* M. de Bourdeilles n'eut pas de peine à se faire autoriser par le pape et par le roi, sous différens prétextes, à s'approprier les biens de son Église. Il supprima les prébendes de Saint-Waast et trois couvens de Célestins établis en son diocèse : dans la répartition des revenus enlevés à ces religieux, il feignit de n'être animé que de l'envie d'enrichir les cures séculières de Soissons ; mais il retintpour luile monastère deVilleneuve avec tous ses bàtimens et dépendances, les terres des Célestins à Saint-Germain , Venisel , Billy et Bonnes, avec tous le^ droits ;seigpeuriaux, la bibliothèque, etc. Cette expropriation ne devait pas rester long-temps impunie \

Cependant la Révolution française, dontlesger* mes avaient grandi et mûri depuis, biep des années, allait enfin éclater : ce n^est pas à.upe histqire p£|r-

VJWfis. de Cabaret e< P.. t. ÉmiûT.^Mefçurede France^ juillet 1783. Notice sur /a commerce de blési par le; prédd- Brayèr.' Réflexions surrintérét que peuvent avoir les habi' t€uu delapatoissç deSaint-Waast, et mime le corps entier des habitans de Seiffons^ de ^^ opposer à M suppression du Chapitre de ladite église paroissiale, par M. Fiquct, mss-

l>t SOI09OVS. 961

ticulière qu'il appartient d'en développer les causes ; il Êuidrait retracer le lahleau de l'histoire gé» nérale de France pendant tout un siècle ! Les plus vastes réformes étaient appelées par les vœux de la Dation presque entière, lasse de subir les caprices d'une monarchie décrépite et les privilèges onéreux d'une noblesse et d'un clei^é en décadeooe. Un moment, sous le ministère du vertueux Toi^ol, on avait espéré voir la couronne prendre l'initiative des réformes; mais le ministère Tui^t était bientôt tombé sous la coaKtion des privilégiés : la guerre d'Amérique ne détourna que passagèrement les esprits des questions de politique intérieure; ils y revinrent avec une nouvelle énergie, et les embarras financiers amenèrent enfin la cour a essayer de transiger avec, l'opinion publique. Le ministre Galonné convoqua, en février 1787, une Assemblée de Notables pour leur exposer les be* soins de l'État et la nécessité des réformes; mais cette Assemblée, bien que composée de pçrçopnes qu'avait choisies le roi, renversa Calonneparrho^sti* lité personnelle qu'elle lui montra :]!^.,(i^ B.njenne, successeur de Galonné , fut plus^eureux . etlesuQ* tables lui accordèrent diverses concessions en se séparant. Les réformes commencèrent: le roi Louis XVI, convaincu de la nécessité c^e changer le système des impôts et de détruire la désastreuse organisation des fermes, résolut d'appli-^ quer a toute la France , d'après les plans de Turgot, des institutions analogues à celles des pa/s if Etats , mais plus régulières. Un édit de juin 1 787

66S âltroiRB

ordonna la formation d'ane assemblëe^ proYÎn^ cial^ dans chaqde Ôénérâlité/ d'ùbe-^ssetiibiée de département dans chèque Élection , d*une assemblée municipale ou parois&îale' dans chaque Commune. Ces assemblées annuelles , disposées hiérarchiquement sur une échelle dé trois degrés, devaient s*occuper principalement d'asseoir et de répartir, dans la Commune, TÉlectîon et la Généralité, les impôts votés par les Notables , et sufbstituer leur intervention au funeste régime des fermiers et des partisans; L'Assemblée provîncialede la Généralité de Soissons, formée en vertu d'un édJt spécial du 5 juillet,. se réunît, le 17 novembre 1787, à rH6tel-de Ville de Soissons,- sous la présidence du comte d*Egmont-Pighatellî ; parmi ses membres siégeaient Tabbé-général dePrémontré, le prieur de Longpont, lès allbéis de Sainl- Yved et de Chézy(rabbaye de Chézy avait été réunie à Saint-Crépîn-le-iGrand,'eti i^èS), le duc de Liàncburt, les marquis de Puységur (seigneur de 3uzàncy)et de Causant, les comtes de Barbançonet de Noue, M. Godard de Clamecy, mait*e de Soissons, Mèhneàsoïi; avocat et trésorier de France, Brayer, lieutenant-général de police de Soissons. Le comte d'ÀUonville remplit les iforictions de procureùr-syndie pour les ordres privilégiés, et M.'Blin de la Chauis^sée, avocat, pour le tiers-étât. L'intendant de là province , M. dé là' Bburdonnàye-Blossac, représentait le pouvoir royal dans cette \ssemblee. Diaprés les instructions du gouvernement, rassemblée se partagea en quatre bureaux intitulés : iMes

DE soisscurs. 663

impôts; a* des fonds et de la oomptabilHë ; 3* des IraviHix publics; 4"* de ragricollure ei da.oommerce* Les bumux fiirent installés dans ua h6tel de la ryct du Coq-Lombard. Les travaux de FAssemblée proYiociale furent dignes dlntéréti Le bureaa de ragricull;ure ^ etc. y fit un rapport remarquable sur la mendicitë» dont il attribuait le grand développement à trois causes : i"" la concentration de ia propriété et de l'exploitation des terres dans un. petit nombre de mains | en sorte que la plnH pml des paysans y mercenaires tant qu'ils étaient Yidides, devemis vieux, se voyaient obligés de se Suire mendiabs ; a^ l'absence de manufactures dans 1b Smssonnais , et 3* la multiplicité des mo* nastiàres..qui>dntribuaient des aumènes à leurs portes*. Une enquête fut ordonnée sur les moyens d^y remédier. Un autre rapport nous apprend que les officiers municipaux de Soissons étaiept nom-^ mis par. le duc d'Orléans sans même observer les dispositions de l'édit d'août i rjê^ y et que l'Éledion deSpissoas payak alors 54o45o liv.de taille et de capitatioh. An ton des rapports faits sur la taille, laigdballe , les lûdesi^ etc., dans une réunion oom-» posée pourtant, en grande partie,* d'élémensaristb^ cratîqiïes, on juge faicilement .quelles idées domi* xi^eptators la société .'l'esprit des rapports adressés à-l'Assemblée était remarquablement imprégné de philanthropie et d^itmour du bien public ; les Pâp» porteurs représentèrent, hai^diment la concentratiiMi des terres dans un petit, nombre de maîns

comme un malheur : on engagea les grands propriétaires à diviser leurs fermes; on les invita aussi à planter en bois les terres peu propres à la culture dès grains , le bois commençant à renchérir dans le pays; on appela la sollicitude du pouvoir et des hautes classes sur le sort des habitans de la campagne, et particulièrement des vigne* rons , seuls paysans qui eussent de petites propriétés, mais dont la propriété précaire était souvent une misère de plus, le produit des vignes manquant tout-à^fait dans les mauvaises années, et^ dans les bonnes , se vendant à vil prix et n'ayant point de débit, faute de routes et de débouchés. La question des routes préoccupa très-vivement l'Assemblée : Soissons n'avait pas de communications jpraticables avec La Eère en Tardenois et Neuiliy- Saint-Front , ces cantons si riches en blé ; très-peu de bourgs et de villages avaient des chemins vicinaux : on prit des mesures pour faire cesser cet état de choses , qui accusait la longue incurie du gouvernement royal , et l'on établit, sur les routes, des cantonniers j ouvriers chargés d'entretenir perpétuellement les chemins, de lieue en lieue ; on projeta d'améliorer la navigation de l'Aisne, souvent interrompue, l'eau n'étant point assez profonde, la moitié de l'année, et se trouvant embarrassée par des rochers et des bancs de sable entre Soissons et Choisy, où l'Aisne se jette dans l'Oise; on forma le dessein de débarrasser le canal , de ces écueils, aGn d'assurer à Soissons les heureux ré<

sultats de l'ouverture d'un canal projeté entre TAisne et la Meuse, canal qui ne fut exécuté que quarante ans plus tard.

Enfin , des réclamations furent adressées à l'Assemblëe touchant les péages perçus par le duc d'Orléans à la Motte, à Jaulzy, et dans la ville de Soissons,

La session fut close le 17 décembre, une Commission intermédiaire restant constituée dans l'intervalle des sessions annuelles '.

Les événemens marchaient pendant ce temps : le Parlement ayant refusé d'enregistrer les impôts votés par les Notables , et ayant déclaré les Etats-Généraux seuls compétens pour accorder de nouveaux impôts , le roi , en novembre 1787 , avait promis de réunir les États-Généraux en i79Sà;mais bientôt de nouvelles luttes avec le Parlement forcèrent la cour d'accélérer la convocation de ces États, et un arrêt du Conseil, du 8 août 1788, fixa enfin leur ouverture au i" mai 1789. Ce fut le commencement d'une ère nouvelle et le dernier jour de la vieille France.

' Extrait du Procès-Verbal des séances de l'Âssemb. Prov. du Soissonnais , etc.^ 1788.

liOISSOMS DEPUIti IV'SB»

La grande et terrible époque de la régénération de la France arriva^.

Aux approches de la réunion des États-Généraux , toutes nos vieilles cités s'éveillèrent de leur long sommeil : plus le régime féodal et monastique avait fortement imprimé sa trace dans Soissons, plus cette ville dut participer à Tagication universelle. En attendant les élections générales , la Commune prit Toccasion du renouvellement des magistrats municipaux pour tâcher de recouvrer le droit d'élire ses maire et échevins , droit qui avait été transmis par 'la couronne au duc d'Orléans, comte de Soissons. Le 1^^ février 1789, les habitans avaient été convoqués dans les paroisses, afin de donner leur adhésion à une Adresse uu Roi, rédigée par le corps municipal, en remerciement de Isl double représentation accordée au tiers -état : ils ratifièrent cette pièce; mais, en même temps, ils arrêtèrent que le corps-de-ville serait requis de convoquer incessamment la Commune , pour la rédaction d'une autre Adresse » non plus au roi , mais au duc d'Orléans; on voulait demander à ce prince de rendre aux Soissonnais la libre élection de leurs officiers municipaux» en conservant seulement le choix du maire entre trois can*

didats présentés par les citoyens. MM. Mennesson et Brayer, premier et troisième échevins, ayant adhéré à la requête des paroisses , les paroisses , assemblées de nouveau le 8 février, considérèrent cette adhésion comme celle du corps-de-ville même , le maire , M. de Clamecy, étant absent, le quatrième échevin étant mort, et le deuxième, M. Brocheton, faisant seul opposition.

Le 12, les délégués des paroisses, au nombre de vingt-cinq , se réunirent en assemblée générale à THôtelde-Ville , en présence des trois échevins et du procureur du roi du bailliage : on désigna sur-le-champ trois sujets pour la place de maire, et un seul pour chaque place d'échevin , de secrétaire et de receveur. Le lendemain , on nomma six conseillers-de-ville; mais, dans la troisième séance , le 15, le procureur du roi Vemier, 'qui avait approuvé les premières opérations, protesta et se retira : cet incident jeta le trouble dans l'assemblée ; les sujets choisis par elle , craignant apparemment de se heurter contre le duc d'Orléans, renoncèrent à leur candidature, et, au lieu d'agir d'autorité comme on avait commencé de le faire, on revint au projet d'Adresse, et l'on se contenta d*arrêter que les habitans enverraient un mémoire au prince. Les premiers pas de la bourgeoisie soissonnsûse dans la carrière politique étaient encore un peu timides ^ incertains ^

On espérait, au reste, que la liberté municipale, comme bien d'autres libertés , sortirait incessamment des Etats- Généraux : ces réunions de paroisses n'avaient été que le prélude des assemblées primaires, appelées sur ces entrefaites dans toute la France à nommer les électeurs de second degré, chargés de rédiger les cakiers de remontrances, et d'élire les députés aux Etats-Généraux. L'assemblée électorale des trois ordres du bailliage de Soissons fut convoquée , le 10 mars , en la salle des audiences du bailliage, et ouverte par le grand-bailli, J.-B. de Beffroy, assisté de son lieutenant-général, André Charpentier. La ville de Soissons était représentée par huit lecteurs du second degré : MM. Labouret , président do présidial ; Brayer, lieutenant-général de pdiee; Gonillard,

1 Mss. de M. Fi(|iiet , membre de la Législatiye , de la Conrention et eu

conseil des Cinq-Cents.

procureur dn roi du bureau des finances; Mennesson, écbeyin; Brayer, échevin ; Ghevaliery procureur; Lecercle, marchand de blé ; et Poureille , orfèvre. Cette première séance, où furent Térifiés les pouToirs, prêtés les sermens, etc., n'eut rien de remarquable que la querelle de préséance qui s'éleva entre les députés et dignitaires du chapitre de la cathédrale, d*une part, et, de l'antre, les abbés conunendataires de Saint-Crépin-le-Grand et de Sainte Yved de Braine. C'était à la veiUe de la ruine du clergé et de l'anéantissement des ordres religieux, que les dignitaires ecclésiastiques se livraient gravement à de pareils débats : on eût dit des gens se disputant le pas au bord du précipice prêt à les engloutir.

Les trois ordres se séparèrent pour délibérer s'ils rédigeraient leurs cahiers ensemble ou isolément; le tiersétat resta dans la salle du bailliage, pendant que le clergé se rendait àFEvéché, et la noblesse à 11I6tel-de-yille. Les choses ne se passèrent pas tout-à-fait régulièrement , car le grand-bailÛ signifia que l'on rédigerait séparément les cahiers , sans que le Tiers eût aucunement délibéré. Quoi qu'il en soit , on procéda , le lendemain 1 1 , au choix des commissaires à qui la rédaction des cahiers devait être confiée : le Tiers en nomma trente-cinq ; cinq pour Soissons : MM. Labouret, Brayer ( lieutenant - général de police) , Vernier (procureur du roi) , Moilin et Fiquet ; et trente pour les autres villes, bourgs et villages du bailliage. La séance fut agitée : un des électeurs, M. Gouillard , protesta énergiquement contre la présence de deux brigades de maréchaussée , qui lui semblaient gêner la liberté des suffrages, et quitta l'assemblée, qui fut prorogée au 18 courant. Le Tiers se réunit le 18 dans l'église St-Jean-des-Vignes : le procureur du roi requit lecture du cahier général du Tiers; le lieutenant de police Brayer et M. Gouillard se levèrent alors, protestant contre l'intervention illégale du procureur du roi , et contre les prétentions du bailli et de son lieutenant, qui> disaient-ils, sortaient de leur rôle de simples présidens pour régenter magistralement l'assemblée. Les deux réclamans et dix autres électeurs se retirèrent : l'assemblée, encore novice aux débats politiques, et redoutant d'ailleurs la prolongation indéfinie des opérations, ne s'était pas décidée à soutenir les opposans.

Les élections eurent lieu les 19 et 20 mars : les noms qui sortirent de Fume furent , pour le tiers-état , Fertéd'Acy» propriétaire et fermier, nommé par 206 voix sur 290 votans, et Brocheton, écbevin (157 yoix sur 289); pour le clergé, Delaistre, curé de Berny-Riviére; et, pour la noblesse , le comte d'Egmont-Pignatelli , grand d*Espagne, comte de Braine , qui avait présidé Tadminisiration provinciale en 1787.

Les deux députés du Tiers partirent pour Versailles^ porteurs de cahiers rédigés dans un esprit plus libéral et plus progressif qu on n'eût pu l'espérer, d'après les incidens qui avaient eu lieu au sein de l'assemblée électorale. L'opinion publique était trop forte pour se laisser amortir par des circonstances secondaires, et, si l'on avait encore, dans la pratique, cette timidité que donne l'inexpérience, personne ne manquait de hardiesse dans la théorie. La périodicité des États-Généraux ; le vote par tète et non par ordre; la transformation des administrations provinciales en états provinciaux électifs et permanens , formés par moitié de membres du Tiers et de membres des deux ordres privilégiés, percevant et répartissant les impôts ; la suppression de tous les privilèges pécuniaires des nobles, gens d'église et autres ; la suppression ou réduction des énormes pensions que la couronne prodiguait aux gens de cour; la garantie de la liberté individuelle; le remplacement des aides par un impôt modéré sur les vignobles; la liberté de la culture du tabac; la suppression des douanes intérieures; le remplacement de la taille et de ses accessoires par un impôt foncieret un impôt personnel; l'établissement d'un impôt proportionnel sur les domestiques de luxe, impôt payé par les maîtres ; la promulgation d'un code civil national , avec une nouvelle organisation des tribunaux , et d'un nouveau code criminel, avec publicité des débats et octroi à l'accusé d'un défenseur qui pût l'assister dans la discussion des faits contre le parquet; l'érection, dans chaque commune, d'un tribunal de paix,composé déjuges élus annuellement par la commune ; la suppression de la vénalité des offices , ainsi que de toutes les juridictions exceptionnelles ; l'interdiction à tout fermier d'exploiter plus de quatre charrues ou quatre cents arpens, afin d'éviter la concentration de la culture dans un petit nombre de mains; l'assurance de faveurs et récompenses publiques à

3 entreprendrait le curement des rivières etledes-

t des marais ; la réforme des lois barbares sur la

: l'autorisation aux municipalités de faire détruire

en cas de dommages non réparés par les sei-

la réduction du nombre des fêtes chômées ; la

ion du casuel moyennant un traitement de

•. au minimum pour les curés , et 800 liv. pour les

, lequel serait pris sur les dîmes, dont le surplus

Tfiployé aux dépenses des bâtimens religieux, des

d'école, et des caisses de charité (bureaux de

sance); la surveillance des écoles rurales, et la di-

des enfans trouvés, des dépôts de mendicité et des

ïs de travail et de charité, attribuées aux administra-

»rovinciales ; Tabolition des commendes et bénéfices

.. toriaux; la rupture des liens qui unissaient les reli-

français à des généraux et supérieurs étrangers; la

lion du nombre des communautés religieuses , et

ication des revenus des couvens supprimés aux éta-

3mens de charité ; la suppression des ordres men-

>; l'abolition du recours à Rome pour les dispenses

-trente ; la liberté illimitée de la presse; l'uniformité

poids et mesures; l'obligation de garanties de capacité

^1* les chirurgiens , pharmaciens et sages-femmes; l'a-

tion des droits] de péage, pontage, hallage, stella-

^ etc.; la liberté complète des élections municipales ; la

tislation des cimetières hors de l'enceinte des villes et

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