‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 10 sur 57 · DU 21 SEPTEMBRE AU 7 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

DU 21 SEPTEMBRE AU 7 NOVEMBRE

Aspect de la Convention. — Causes de haine entre tes partis. — Caractère de la Montagne. — Qualités et défauts de la Gironde. — Le Centre on Marais. — Première séance de la Convention. — Mouton de Mamuel sur ta présidence. — Dan/on se démet de ses fonctions de ministre de la justice. — La Conventim abolit la royauté. — La Convention décrète te renouvellement des jc<>^ps municipauXy administratifs et judiciaires. — Débals relatifs à la réforme judiciaire. — Persistance et acharnement des partis. — Accusation de la Gironde contre Paris. — Discours violents au club des Jacobins. — Vaines tentatives de conciliation entre ta Mon^ tagne et la Gironde, -r- AccusatUnis de dictature et de triumvirat. — Défense de Danton. — Robespierre se disculpe. — Portrait de Marat. — Marat à la tribune de la Convention. — IHscours de Yergniaud contre Robespierre et Marat. — Fureurs que soulève Marat. — Menaces d€ Marat à la Convention. — La Commune désavoue le comité de surveillance. — Préventions de la Gironde. — Complots imaginaires. — Baine de ta Gironde contre tes chefs de la Montagne. — Marche victorieuse des ar-^ mées françaises. — Dumouriez à la barre de ta Convention. — Dumouriez au club des Jacobins. — Harangue ,de CoUot-d'Berbois. — Affaire des soldats prussiens massacrés à'Rethel. — Dialogue entre Marat et Dumouriez dans le salon de Talma. — Accusation de Marat contre Dumouriez. — Indignation de la Convention contre Marat. — Acharnement de la Gironde contre Danton. — Brusque attaque de Danton contre Roland. — Accusations indirectes de madame Roland contre Danton. — La Convention décrète Pexamen des comptes de la Commune. — Etranges déclarations de Marat. — Examen des dépenses secrètes du pouvoir exécutif. — Négligence et prodigalité de Danton. — Les sections protestent contre le projet de donner une garde à la Convention*. — Aveu sanguinaire de Marat. — Situation morale et politique de Robespien'e à ta fin de 1792. — Doctrines de Robespierre. — Robespierre est accusé d'aspirer à la dictature. — Discours de Jéouvet. — Menaces de Cambon contre

Robespierre. — ExagératUm des attaques de Louvet, — Caraelère Ikéatraî de la Convention. — Succès passager de Loweet. — La Commune fUekH éevoMt la Convention. — Us Jacobins s'unissent contre le péril commun: •^ Réponse de Robespierre aux accusations de houvet. — Habileté de Robespierre dans sa défense. — La Convention passe à l'ordre du jour sur les accusations de Louvet contre Robespierre. — Joie et triomphe des Jacobins. — Rapport de la commission des Vingt-Quatre contre Louis XVt.

La première séance de la Convention eut lieu le 21 septembre, un vendredi, à midi. Les députés, au nombre de sept cent quarante-neuf, se réunirent dans Tancienne salle de théâtre du château des Tuileries. Les scènes qui allaient s'y passer ne rappellent guère ridée des comédies galantes en vogue au xviii'' siècle. Dans cet étroit espace, les partis purent ARpect de la se compter, se mesurer des yeux. A droite se plaça c«»^«n^»<>°la Gironde, qui jadis avait tenu la gauche. De l'autre côté siégea la Montagne, maintenant forte d'une centaine de meipbres. Le plus grand nombre se ' tenait au centre et formait cette masse flottante qui donnait la majorité. On comptait à la Convention quarante membres de l'Assemblée constituante. Les membres réélus de l'Assemblée législative étaient au nombre de plus de cent quarante, presque tous Girondins. Les célébrités révolutionnaires, anciennes ou récentes , se trouvaient ainsi réunies dans une même assemblée comme pour une lutte suprême entre les principes qu'elles représentaient. La Gironde et la Montagne avaient en quelque sorte levé le ban et l'arrière-ban de leurs partisans. Outre Vergniaud, Condorcet, Isnard, II. 8

iin\ Guadet , Gensonné , Lasource , on voyait dans le groupe girondin Rabaud-Saint-Etienne , Pélion , Buzot, Lanjuinais. La Montagne avait évoqué les monstres eux-mêmes, Carrier, ex-procureur, Lebon, ex-curé de village, l'instituteur Billaud-Varennes, rhistrion Collot-d'Herbois, Panis, Fréron, Marat. Parmi les chefs figuraient du moins des hommes comme Robespierre, Danton, Camille Desmoulins, Manuel, le jeune Saint-Just. Deux jurisconsultes, Merlin (de Douai), Cambacérès; deux poètes, Chénier , Fabre-d'Eglantine ; un chimiste illustre , Fourcroy ; deux artistes , David et Sergent. Le duc d'Orléans, élu sous le nom de L. P. Joseph Egalité, siégeait aussi à la Montagne. Dans une lettre adressée à la Commune, il avait remercié les électeurs de lui avoir donné ce sobriquet, disant qu'il Tacceptait avec reconnaissance, que la Commune « ne pouvait en choisir un plus conforme à ses sentiments et à ses opinions. » On apercevait au centre Siéyès et Barrera, qui en personnifiait la mobilité et les terreurs.

Causes de haine La uominatiou d'une partie des membres de la Commune avait achevé d'exaspérer la Gironde et les anciens députés de la Législative. Us oubliaient leur abstention pendant les massacres de septembre et rejetaient sur leurs adversaires politiques toute l'horreur du sang versé. Les députés des départements, épouvantés des récits des massacres des prisons, habilement excités à l'indignation et à la

entre les partis.

colère par les Girondins, arrivaient avec les plus 47». fortes préventions contre Paris et sa députation. Ils prêtaient ainsi le flanc à ces accusations de fédéralisme que la Montagne allait bientôt lancer contre eux. Les hommes avaient mûri sans doute pendant ces tix)is années d'orages, mais il s'en fallait bien que leurs passions se fussent assoupies. On remarquait au contraire sur leurs traits une concentration singulière. Soumis trop longtemps à l'action des passions politiques, ils avaient perdu le sang- froid. Quelques-uns touchaient à un état voisin de l'aberration. Les formes de leur langage, comme leurs traits, exprimaient l'exaltation de leurs sf^ntiments.

La Montagne était, selon l'expression de Garât, caractère de la un poste militaire où se rendaient les hommes à **"*^«"® passion, ennemis de la théorie, pleins de mépris pour l'élégance de langage, parce qu'ils se figuraient qu'elle pouvait dissimuler des pièges tendus à la liberté. On y voyait les députés élus par les campagnes et les classes ouvrières, et qui avec une sorte d'ostentation d'égalité en conservaient le costume. Quelques-uns, plus propres à porter les armes qu'à faire des lois, apportaient à l'Assemblée un esprit purement belliqueux. D'autres mêlaient à leurs passions politiques un fanatisme qu'on n'avait jusqu'alors observé que dans les querelles de religion. Quelques rares débris de la noblesse et du clergé, craignant sans cesse qu'on ne suspectât leur amour pour la Révolution, croyaient conjurer

4799. ce péril en s'unissant à la Montagne. A ces divers éléments il faut ajouter quelques savants de sciences exactes, fort dédaigneux des gens de lettres et des avocats , croyant qu'à la science seule appartenait la solution des prc^lêmes de l'avenir et chez qui la rectitude dégénérait en raideur. Les mélancoliques, les soupçonneux, les gens qui ne conçoivent la vertu que sous l'aspect de la plus sombre austérité, les exagérés, complétaient ce groupe de députés qui dans rhistoire a conservé le nom de Montagne. La Gironde accusait la Montagne d'ignorance et de barbarie. Elle lui reprochait de fomenter l'anarchie, de propager des théories contre la propriété, de viser à l'égalité des fortunes, de conspirer enfin contre la République pour mettre sur le trône le duc d'Orléans. Quelques-uns même soupçonnèrent Danton d'aspirer à la couronne, tant furent injustes et ab^ surdes les accusations du temps.

Qualités La Gironde se composait, à la Convention, de

républicains de sentiment plutôt que de raison, d'économistes amis de la grande propriété, de la liberté, des arts et du commerce, de théoriciens brillants mais souvent spécieux, de rhéteurs épris des luttes oratoires, de quelques hommes de génie et de beaucoup d'hommes de trop d'imagination, de quelques impétueux devenus réactionnaires , d'esprits affectés d'invincibles préventions, d'un grand nombre d'hommes cultivés, à passions douces, doués de vertus domestiques, agréables, bien-

et défauts de la Gironde.

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