‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 54 sur 57 · II · texte numérisé non relu

II

im. voyés auprès de l'Assemblée légi&latiye pour de-

u Commune mander la suspension des tyrans. » 11 demanda, au

demande ^^m j^g corps constitués et des quarante-buit sec-

la mise en accu- '■ ^

sation du Comité tious de Parîs, un décret d'accusation contre le ^Zt'ài^ Comité des douze, contre les correspondants de Girondins. Dumouriez, et contre les provocateurs à la haine et à la destruction de Paris. Il désigna nominativement Petion, Guadet, Gensonné, Vergniaud, Biizot, Brissot, Barbaroux, Chambon, Birotteau, Rabaut, Gorsas, Fonfrède, Lanthenas, Grangeneuve, Lehardi, Lesage, etc. « Le nombre est de vingt-sept. » dit-il. Il termina son discours par ces rudes paroles : « Législateurs, il faut en finir, il faut terminer cette contre-révolution. 11 faut que tous les conspirateurs tombent sous le glaive de la loi, sans aucune considération. » Marat, pris d'un sentiment de clémence singulier chez un tel homme, voulut sauver trois des victimes : Dusaulx qu'il traita de vieiiœ radoteur, Lanthenas qu'il qualifia de pauvre d'esprit, et Ducos qu'on devait épargner, dit-il, pour sa grande jeunesse. Le boucher Legendre eut au contraire voulu qu'on traitât en conspirateurs les députés qui avaient voté l'appel au peuple. Gambon et Barère protestèrjBut contre ces rigueurs excessives, et le dernier demanda qu'on poursuivît sur des faits, non sur des opinions. Un décret en vertu duquel le Comité de salut public devait présenter sous trois jours des mesures pour sauver la chose publique et faire un rapport sur la

du 9 juin 479S.

LIVBK XÎV 339

pétition des autorités constituées termina \ers mi- «m. nuit et demi la séance (1).

Les Représentants du peuple sortirent au milieu d'une multitude armée et au bruit du tocsin, qui durant la nuit entière sonna à pleines volées. Le jour se levait à peine que Paris entier, le fusil au bras ou la pique en main, était debout.

L'Assemblée, au bruit de la~ générale qui ne ces- Journée sait de retentir, ouvrit cette séance où de si fatales nouvelles devaient porter le dernier coup aux Girondins et paralyser la clémence du Comité de salut public. On lut une lettre Clavière arrêté la nuit par la section des Piques. Il demandait protection, Tinfortuné. On renvoya sa lettre au Comité de salut public. Une adresse des volontaires du premier bataillon du Bas-Rhin, qu'on lut ensuite, demandait le remplacement par leurs suppléants des députés qui avaient voté Tappel au peuple. Une lettre des autorités constituées de La Rochelle contenait ces mots : (. Voyez le précipice profond sur le bord duquel vos divisions nous ont entraînés. » Les signataires annonçaient la prise du chef-lieu par l'insurrection. Artillerie, munitions, vivres, papiers, tout était perdu. Les Commissaires de la Haute- Loire et de la Lozère annonçaient dans une autre dépèche la prise de Marvejols par les révoltés. A Mende, le sang des patriotes coulait déjà. « La

(4) Séance de la Convention du *•«' juin 1793.

Courageuse

réttstance de

Lanjuinais.

Coaveution, s'écria Jean-Bon-Saint- André, ne peut pUiB fermer les yeux sur les dangers qui menacent la liberté... Dé toutes parts les contre-révolutionnaires s'agitent. Dans la Vendée la rébellion a fait de grands progrès; à Lyon, huit cents patriotes ont été égorgés; l'aristocratie y marche sur les cadavres ensanglantés des amis de la liberté. » Cette aristocratie, c'était la Gironde, et derrière elle, les royalistes. Cette nouvelle causa une violente émotion. Et quand une sourde fureur s'alluma contre les Girondins, Lanjuinais, avec le courage entêté d'un breton, s'écria : « Je demande à parler sur la générale qui bat dans tout Paris. — A bas ! s'écria- . t-on, vous voulez allumer la guerre civile 1 — Tant qu'il sera permis de faire entendre ici ma voix, réplique Lanjuinais, je ne laisserai pas avilir dans ma personne le caractère de représentant du peuple Vous ne délibérez plus, vous êtes influencés

au dedans et au dehors ; une puissance rivale vous commande : elle nous environne au dedans de ses salariés, au dehors de ses canons. » Des interruptions, des cris, des menaces Couvrent sa voix. Thuriot, Legendre, Drouet, Billaud^-Varennes lui envoient de sanglants démentis. Il continue, plus intrépide encore. 11 s'étonne que cette Commune révoltée existe encore; il flétrit cette pétition traînée dans la boue des rues de Paris; il gémit sur Pacis opprimé par des tyrans avides de sang et de domination. A ces mots, un mouvement de rage s'em-

pare de quelques Montaguards. Ils s'élancent les itw. regards étincelants, le pistolet au poing, vers la tribune. Un groupe de Girondins s'arme et marche à leur rencontre. «Descends, ou je t'assomme, s'écrie le boucher Legendre en faisant le geste d'assommer l'orateur. — Fais d'abord décréter que je suis bœuf! » réplique froidement Lanjuinais. Le président Mallarmé s'était couvert. Le tumulte s'apaisa. Mallarmé rappela les perturbateurs à l'ordre. Lanjuinais continua de parler comme s'il n'eût couru aucun danger. 11 demanda que la Convention cassât les autorités révolutionnaires de Paris et mît hors la loi quiconque voudrait s'arroger une autorité nouvelle.

Une députation des autorités révolutionnaires unedeputation entrait au même instant. Elle demanda l'arrestation J^i^^^^^lea, provisoire des factieux de la Convention, sommant somme la la Convention de sauver Iç peuple, si elle ne voulait faire^êter L pas qu'il se sauvât lui-même. Le président Mal- Giroodinset

1 ^ » !• -y* * , -ïT ji«» de sauver le

larme répondit avec dignité : c Vous venez de faire peuple, à la Convention une demande que vous lui dites être la dernière : la Convention l'examinera. Elle pèsera la mesure que sa sagesse lui commandera, et fera exécuter avec courage celle qui lui paraîtra nécessaire. » On décréta encore une fois le renvoi au Comité de salut public. Mais les hommes du mouvement ne se contenaient plus. Le cri « Aux armes I » retentit dans les tribunes. Les pétitionnaires s'élancent furieux hors de l'Assemblée. On cherche à arracher un décret d'arrestation par ces cris :

Zit HISTOIRE ïm SOIXANTE ANS

fm. « Sauvez le peuple de lui-même, sauvei; vos collègues! » I^ Reveillere-Lepeaus. fit une noble réplique : « Nous irons tous en prison partager les fers de vos eoUègues. » La droite s'était levée et répondait par un non énergique à ceux qui demandaient l'arrestation des Girondins.

L'Assemblée ne pouvait se résoudre à ce sacrifice qui l'humiliait dans le présent et la menaçait dans l'avenir. La Montagne elle-même, bien qu'elle n'ignorât pas que' l'Assemblée fût entourée de canons, de piques et de fusils, et que la force fût du côté de l'insurrection, ne pouvait oublier qu'elle appartenait à la Convention. La tyrannie de ta Commune l'atteignait à ce titre. Les Jacobins de la Convention durent craindre alors de se trouver dans un grand embarras. A quoi leur servait l'insurrection, morale ou non, qu'ils avaient suscitée, si la Convention couvrait d'une protection presqu'unanime les honunes contre lesquels ils avaient, précisément poussé le peuple de Paris. Un montagnard, Leva»seur, laissa percer ce sentiment dans un discours violent où il demanda Tarrestation définitive et non provisoire des vingt*sept Girondins.

Rapport du Le Comité de salut public préparait pendant ce temps son rapport. Barère vint en .donner lecture et en exposa d'abord les motifs. « Pour être impartial dans cette affaire, dit-il, le Comité a dû se placer au milieu des passions et des intérêts; il a dû examiner la situation morale et politique de la

Comité de salât public.

Coûventioii. li n'a pas cru devoir adopter la mesure im. de l'arrestation; il a pensé qu'il devait s'adresser au patriotisme, à la générosité et à Tamour de leur patrie des membres accusés , et leur demander la suspension de leurs pouvoirs, en leur représentant que c'est la seule mesure qui puisse faire cesser les divisions qui assiègent la République et y ramener la paix. > 11 lut ensuite un projet de décret en vertu duquel les Représentants désignés par le départe^ ment de Paris étaient invités à se suspendre volontairement de leurs fonctions. «Eh bien! 8*écria Les Girondins, aussitôt Isnard, je me suspends et je ne veux d'au- u^uinau * tre sauvegarde que celle du peuple pour lequel je etdeBarbaroux,

• /» » • 1 A offrent

me SUIS constamment sacriue. — Jai les mêmes de quitter la sentiments à vous exprimer qu'lsnard , ajouta Lan- co^^enuon. thenas. — ^Ma vie est à la République, » articula Fauchet. Lanjuinais ne suivit pas leur exemple : «J'ai, je crms, dit-il, jusqu'à ce moment montré quelque courage et quelqu'énergie; n'attendez donc de moi ni démission, ni suspension. » Chabot l'interrompant et injuriant Barbaroux : « Je dis au prêtre Chabot, reprit-il, on a vu dans l'antiquité orner les victimes de bandelettes et de fleurs, mais le prêtre qui les immolait ne les insultait pas.. . On parle du sacrifice de nos pouvoirs! Quel abus de mots ! Les sacrifices doivent être libres, et vous ne l'êtes pas. » Alors Barbaroux avec une fermeté non moins insigne : « Si la Convention croit la suspension de mes pouvoirs nécessaire, j'obéirai à son décret.

1791. Mais n'attendez de moi aucune démission ; j'ai juré de mourir à mon poste; je tiendrai mon serment. » Le vieux Dussaulx offrit simplement sa démission. La situation se développait si rapidement d'ailleurs, que la suspension, possible peut-être le matin , ne suffisait plus aux Jacobins qu'entraînait l'insurrection active de la Commune et de l'Evèché. Marat oïïrt la Marat prit la parole contre le projet de décret du de*i!!ITnctron8 Comité de salut public : « 11 faut être pur, dit-il , de dépoté, pour offrir des sacrifices à la patrie ; c'est à moi , vrai martyr de la liberté, à me dévouer : j'offre donc ma suspension, du moment oii vous aurez ordonné la détention des contre-révolutionnaires , en ajoutant à la liste Ferment et Valazé, et rayant Ducos qui n'a eu que des opinions erronées, Lanthenas, pauvre d'esprit, et Dussaulx, vieux radoteur.» Billaud-Varennes alla plus loin : « La Convention, dit-il, n'a pas le droit de provoquer la suspension d'aucun de ses membres ; s'ils sont coupables , il faut les renvoyer devant les tribunaux; je demande le décret d'accusation par appel nominal motivé conti*e les trente membres dont il s'agit. » uGoDvenuon Dcpuis Ic Commencement de la discussion , des est enTeioppée pi^ju^gg s'étaient élcvécs à propos de rassemble-

par la force * r r

armée. mcuts qui s'étaicut formés devant les portes de la salle et semblaient vouloir mettre obstacle au passage des représentants du peuple. Le commandant du poste, appelé une première fois à la barre, avait déclaré que les couloirs étaient envahis par des

UVRB XIV 346

femmes qui voulaient empêcher les députés de im. sortir avant la fin des débats. Il avait suffi, selon cet officier, d'une simple sommation pour les disperser. Mais au moment où Billaud- Varennes achevait de parler, de nouvelles rumeurs s'élèvent aux portes de la salle. Des éclats de voix se font entendre. Tout à coup, Duperret, député girondin, rentre dans la salle et s'écrie : « Des soldats ont voulu m'empécher de sortir ! » Dussaulx indigné se plaint du même outrage. Boissy-d'Anglas paraît à la tribune , les vêtements en lambeaux. C'en est trop pour que la Montagne elle-même puisse tolérer un pareil scandale. Un ami de Danton , La* croix, court à la porte , est repoussé. Grégoire constate également que la Convention est prisonnière. L'Assemblée , oubliant alors ses dissentiments , laisse éclater son indignation. Danton veut qu'une mesure vigoureuse venge la majesté nationale outragée. I^acroix demande la tête de l'officier qui a donné cette insolente consigne. Le commandant du poste est appelé ; il n'a pas donné de consigne. Un autre officier, appelé à la barre , déclare que ses factionnaires ont été remplacés par des bataillons de garde extraordinaire. On continue les recherches , et pendant ce temps , Barère , à la tribune , accuse la Commune. « Nous sommes en danger, dit-il, car des tyrans nouveaux veillent sur nous ; leur consigne nous entoure, et la représentation nationale est près d'être asservie par

1798. elle ; cette tyrannie est dans le Comité révolutionnaire de la Commune. » Il insinue ensuite que le conseil général renferme dans son sein des hommes dangereux. 11 fait habilement remonter la cause du mouvement à Londres, à Berlin, à Madrid. « Un des membres du Comité révolutionnaire, nommé Gusman, m'était connu, ajoute-t-il, pour être espagnol... Peuple, on vous trahit; on vous abuse; un prince anglais occupe le camp de Famars, et ses émissaires sont au milieu de nous. .. 11 faut que la tète de l'audacieux qui oserait attenter à la liberté des représentants du peuple, tombe, afin d'apprendre par cet exemple terrible à ceux qui voudraient l'imiter, que tout fléchit devant la volonté nationale. »

On apprend à ces mots que l'officier qui a violé la consigne est le citoyen Lescieu , capitaine de la force armée de la section de Bon-Conseil. Lhuillier, l'un des agents de Robespierre, appartenait à cette section. La Commune et les Jacobins étaient donc d'accord. L'officier, mandé à la barre, ne vint pas. Mallarmé avait quitté le fauteuil et était remplacé par Hérault de Sechelles. Barère, à

Bapère inTite la ^OUt d'cxpédicUtS, u'cU VOit pIuS qu'uU SCul. « PrOU-

convention yQjjg q^g jj^^g gommcs librcs, ditril: que la Con-

à délibérer au . ^ ' » i

miueudeia veutiou aille délibérer au milieu de la force armée

forceannée. ^^^^ ^^^^ j^^^^^ j^ protégera. »

Hérault descend aussitôt du bureau et se dirige vers la porte, guivi de la droite et du Marais. Une

UV8E XIV 347

partie de la Mcmtagne les suit. « 11 y a du danger ; .1793. n'y allez pas ! » leur criai(ron des tribunes. Marat et une trentaiae de Montagnards restèrent seuls , causant avec les tribnnes et annonçant que les députés ne tarderaient pas à rentrer et à voter le dé* cret d'accusation contre les Girondins. Hérault s'avançait , la tète couverte en signe de détresse. La Conventi<m le suivait, tète nue. Les sentinelles crot^it la séance, lewe, ne s'opposent plus au passage de la Convention. Mais autour des Tuileries , du côté des cours et du côté du jardin, quatrevingt mille bayonnettes forment un cercle de fer. Trois mille canonniers , cent soixante-trois pièces de canon occupent le Carrousel et les Champs- Elysées. Les canonniers font rougir les boulets sur les grils comme s'il s'agissait de bombarder une ville. La banlieue elle-même accourt. A la tète des hussards de Rozentall, caracole, au milieu d'un état-major empanaché, le général en chef de l'insurrection. C'est un ancien laquais, espion et saltimbanque, nommé Henriot , sorti des prisons de Bicêtre et qui, depuis la mort deLazouski, a hérité de l'amour de la popiilace pour cet aventurier polonais.

La Convention se présente à la grande porte du Lacouvenuon Carrousel , précédée de ses huissiers. Hérault de ^^.f ^^* Sechelles lit un décret de la Convention qui ordonne à la force armée de se retirer. Henriot, enfonçant son chapeau, tire son sabre et accourt en jurant,

4793. suivi de ses aides de camp. 9 Vcms n'avez point

d'ordre à donner ici , s'écrie-t-il , retournez à votre

poste, livrez les députés que le peuple réclame. —

Qu'on nous livre tous ! s'écrient les 'députés. »

Henriot Ilcnriot s'écartc d'une quinzaine de pas et crie :

ut braquer tes ^ ^^^ armcs!... Canonuiers, à vos pièces! » Les

anons contre ^ ^

les dépotés, fusils se lèvcut, les mèches s'approchent des canons. Quelqu'un saisit Hérault et le conduisit dans la direction du pavillon Marsan. L'Assemblée le suivit, tt C'en est fait , dit douloureusement Lacroix, la liberté est perdue 1 »

A chaque endroit où se présentait la Convention les troupes restaient devant elle comme une muraille , mais l'accueillaient des cris : « Vive la Convention 1 vive la République 1 la paix ! des lois ! vive la Montagne I vivent les bons députés 1 A la guillotine, Brissot, Guadet, Yergniaud , etc. Tirez le mauvais sang ! » Une grande partie des troupes étaient dans des dispositions favorables, mais elles ignoraient ce qui se passait et ne se trouvaient point placées au premier rang. Quand la Conv^ition passa dans le jardin, quelques députés virent des gardes nationaux échelonnés sur les quais et qui leur faisaient signe de venir. La Convention se dirigea vers le pont tournant; mais Marat, prévenu, accourut près du bassin suivi d'une cinquantaine de gamins en guenilles et vociférant : c Vive Marat ! » Celui-ci , de sa voix perçante , s'écriait : « Au nom du peuple, que les députés fidèles retournent à leur

poste ! > Le pont tournant était gardé , la Conven-* lion n'essaya pas d'en forcer le passage. Elle regagna tristement les Tuileries. Danton ne fit rien ; il avait d'abord demandé la tète d'Henriot, mais, voyant la tournure que prenaient les événements, il dit en riant à ce dernier :• « Va ton train ; n'aie pas peur 1 »

La Convention rentrée en séance se vit absolument prisonnière. Les tribunes elles-mêmes étaient pleines d'hommes armés. Couthon parlait d'un ton calme , d'une voix douce , et l'ironie la plus poignante n'eût pas trouvé d'expressions plus cruelles pour constater la défaite de l'Assemblée. « Tous les membres de la Convention doivent être maintenant, ditr-il, rassurés sur leur liberté. Vous avez marché vers le peuple ; partout vous l'avez trouvé bon , généreux et incapable d'attenter à la sûreté de ses mandataires, mais indigné contre les conspirateur^ qui veulent l'asservir. Maintenant donc que vous reconnaissez que vous êtes libres dans vos délibérations, je demande , non quant à présent, un décret d'accusation contre les vingt-deux membres dénoncés, mais que la Convention décrète qu'ils seront mis en état d'arrestation chez eux, ainsi que les membres du Comité des douze, et les ministres Qavière et Lebrun. — Donnez un verre de sang à Couthon , il a soif 1 s'écria Vergniaud. » La Convention , brisée dans sa dignité , écouta en silence la lecture des noms des députés

La Conveotion

rentre dans

la salle de seb

séances.

La Convention prisonnière vote l'arrestation de la Commission des douze et des vingt-deux Girondins.

d!M> HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

419S. mis en arrestatk» diez eux. Cette liste se composait de Gensomié^ Yéi^iaiid, Brissot, Guadet, Gorsas, Petion, Salles, Cliambon, BarbarouX) Bu* zot , Birotteaii , Rabaut , Lasoufoe > Lanjuinais , Grangeneuve , Lesage , Louvet, Yahié , Doaleet , IJdon , Lehardi , Ducos , Lantbenas , Ehifi$aolK ^ Fonfrède, Saint-Martin, Kervelegan, Gardien^ B*>îleau, Bertrand, Vigée, Molle vault, Larivière, Go* maire, Bei^oeing, Lebrun, Clayière. «Je demande qu'on excepte Fonfrède et Saint-Martin, s'écria Legendre. » Couthon et Marat réclamèrent Lanthenas, Dussaulx et Ducos. Ces cinq membres fu* rent exceptés. Le président lut ensuite une lettre. Des citoyens, au nom du peuple de Paris, s'offraient en nombre égal à celui des députés mis en ai'restation, pour répondre à leurs départements de leur Belle parole de sûrcté. « Mcs otagcs, s'écria noblcmeut Barbaroux, Barbaionx. ^q^^ jg^ pureté dc ma conscience et la loyauté du peuple de Paris entre les mains duquel je me remets. » Un grand nombre de députés de la droite s'abstinrent de voter. I-.e procès-verbal fut arrangé de telle sorte que la postérité put se méprendre sur le caractère de cette séance humiliante. Quelquesuns signèrent une protestation; mais Durand de Maillane, secrétaire, reçut les signatures sur une feuille volante , prévoyant bien que l'indignation apaisée la prudence reprendrait le dessus et que ces signatures lui seraient redemandées; ce qui eut lieu.

Commune après la journée du

La séance fut levée à dix heures et demie. Les ni». Montafiiiards sortirent les premiers, Tâme navrée '"^*^«»^<'«>»

^ '^ ' Convention;

pour la plupart. Quand la droite voulut se retirer, actmtédeia elle trouva la porte gardée. Meillan s'en plaignit à Mallarmé qui avait repris le fauteuil. Mais celui-ci, a jmn le visage courbé sur ses papiers, répondit qu'il ne se mêlait pas de cela. 11 fallut attendre une autorisation de la Commune pour que cette consigne fût levée.

Les arrestations commencèrent la nuit même.

Des excès furent commis. Les prisons ne suffirent bientôt plus. 11 fallut déverser le trop plein des prisons dans les monuments publics. Les feuilles girondines disparurent. La Commune mit le soir même en vigueur le décret sur le maximum, et donna une vive impulsion à la perception de Femprunt forcé et à l'armement général. Le sang n'avait pas coulé, mais la fatigue était immense. L'inquiétude et la honte courbaient les têtes. Garât voulut donner sa démission. Quelques-uns de ses amis l'en empêchèrent.

liCS Comités, à Texception du Comité de salut public, furent renouvelés. Le Comité révolutionnaire et le général Henriot se démirent de leurs fonctions. Marat tint parole et cessa de paraître à la Convention . On aflFecta beaucoup de générosité et d'horreur du sang. La Commune se montra modeste. Les Jacobins témoignèrent de la mélancolie. A la Convention le marais et la droite suivaient dé-

i7«3. sonnais la gauche, de sorte que sauf Fonfrède, Du-

cos, Fennont et Mazuyer, la Gironde n'avait pkis

de représentants. On ne discutait presque plus, on

votait. Ainsi qu'on le verra plus loin, le projet de

u GonvenUoD Constitution des Girondins fut éliminé. Le Comité

t^^i'lte de salut public fut invité à en préparer un autre et

la coDstiiutioD. on lui adjoignit pour ce travail, Hérault de Se-

chelles, SaintJust, Ramel, Couthon et Mathieu.

Douze membres de la Convention furent en même

temps chargés de réviser le Code civil et le Code

criminel.

Le rapport du Comité de salut public sur le projet de Constitution fut prêt en une semaine. Hérault de Sechelles le lut le 1 juin^ et la discussion qui ne devait durer qu'une douzaine de jours s'ouvrit le lendemain. Les Girondins proscrits étaient pendant ce temps traités avec égards. Leur mort était alors loin de la pensée de la Montagne et du Comité de salut public. Le coup d'Etat du 2 juin s'était accompli sans meurtres. On crut les moeurs des Français a jamais adoucies. A la veille de répandre des flots de sang, jamais la Révolution ne manifesta plus d'horreur pour le sang versé. Les Girondins prisonniers étaient confiés à la garde d'un seul gendarme. Sous cette surveillance ils circulaient dans Paris. Ils conservèrent leur indemnité de représentants. Il fut même question d'une amnistie de la Commission des douze.

Mais rien ne désarma le ressentiment des Giron-

dins. Les uns comme Vergniaud, Valazé, Gensonné, itm. restèrent à Paris et traitèrent la Convention avec un ^^. Girondin»

s'échappent

mépris et une violence qui attestait leur indomp- dePans tablé courage. Les autres profitèrent du peu de sur- ^^mIcX^L veillance qu'on exerçait sur eux et gagnèrent les départements. départements. Buzot, Salles, Bergoeing, Gorsas, Barbaroux, Petion, Louvet, se réfugièrent dans le Calvados et se réunirent à Caen. Brissot essaya d'agiter Moulins, et Rabaut-Saint-Etienne, Nîmes. Chasset se réfugia dans Lyon révolté et tombé aux mains de la Gironde victorieuse. Deux Girondins qui n'avaient pas été frappés par le décret du 2 juin, Moillan et Duchâtel se jetèrent en Bretagne ainsi que Kervelegan et Guadet. Ils allaient confier aux chances déplorables et chimériques de Ja guerre civile leur dernières espérances. Le sein de la patrie allait être une fois de plus déchiré par les mains de ces fils égarés qui jusqu'à l'heure dernière devaient pourtant confesser pour elle le plus ardent amour.

Page 1