‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 8 sur 57 · LIVRE X n · texte numérisé non relu

LIVRE X n

serait de nommer un dictateur/» Non pas! s'écria itm. Robespierre; Brissot serait nommé I » Le mot de Robespierre, à propos de dictature, était aussi naïf que celui de Brissot sur Morande. A chaque instant, dans l'histoire de la Révolution, la petitesse des hommes contraste avec là grandeur des événements .

Cependant, au lieu dé se porter eh masôe auit '°*c**on

de l'Assemblée

prisons et d'entraîner le peuple cotit|re une poignée et de d'assassins, l'Assemblée votait sur la proposition du capucin Chabot, et prononçait ce serment : « Nous le jurons, plus de rai (1)! » Dans un pareil moment, un tel serment rendait bien fragile le ruban tricolore qui protégeait la prison du Temple. Aubert Dubayet ajouta plus noblement : « Déclarons que nous ne souffrirons jandais qu'un étranger donne des lois à la France. — Il n'est pas seulement question d'étranger, répliqua Larivière; nous jurons qu'aucun monarque ni étranger ni français ne souillera la terre de la liberté. » Cambon, dont le cœur s'éleva toujours à la hauteur de l'intelligence, essaya de ramener l'Assemblée au vrai sens de la situation, c Vous venez, s'écria-t-il courageusement, de jurer que vous combattriez les rois et la royauté, et déjà vous courbez la tête sous je ne sais quelle tyrannie. » La Commune et surtout le Comité de surveillance étaient désignés par ces mots.

(4} Séance de rAssemblée nationale dû i septembre, au matin.

iym; Dans la séance du soir, des ofiiders municipaux

vinrent déclarer que les prisotis étaient vides. On massacra pourtant encore dans la Journée du lendemain, 5 septembre. Il y avait des bomme&pour qui le meurtre était devenu une habitude. Les assassins réclamaient de nouvelles victimes. Santerre, beaufrère de Panis, membre du Comité de surveillance, protestait, en réponse à une injonction du ministre d« l'intérieur, de rédoubler d'efforts auprès de la garde nationale pour mettre fin aux massacres, et n'en restait pas moins à peu près inactif. ÎEn réa-** Règne sanglant H té, Marat régnait. Il poussa l'audace jusqu'à orde Marat. Jojjuep yj^e pcrquisitiou chez Brissot, et à décréter Roland d'arrestation, ordi'e qui ne fut point exé* cuté , du reste. Mais la Gironde se sentit menacée. Tout le monde l'était comme elle. L'assemblée envoya des commissaires aux sections; Santerre agit enfin; Danton vint à l'Hôtel -de- Ville et eut avec Marat une explication. La commission extraordinaire proposa même de faire arrêter ce dernier* Danton déclara qu'il donnerait sa démission plutôt que d'autoriser un acte qui eût sauvé Lafayette et les constitutionnels, et amené les Prussiens à "Paris.

Pétion vint au conseil général. Les partisans des doctrines sanguinaires de Marat essayèrent d'ètouf* fer sa voix. Mais la majorité, lasse d'une donaination qui jetait sur le conseil tout entier une horrible responsabilité, fit entendre des cris d'indignation.

Un d'eux accusa Panis d'avoir introduit Marat i7m> dans le conseil de survdllance à l'aide de la clause qui permettait à ce Comité de s'adjoindre trois membres pris en dehors de la Commune. Panis se justifia. Le terrible Comité était si puissant encore, Dominauon du que le massacre des détenus de Bieêtre ne fut point ^^^

^ ^ de surveillance.

troublé, et que de nouveaux égorgements se préparaient de la manière la plus évidente. Marat, qui venait d'être nommé député de Paris , n'était pas satisfait des massacres accomplis. Il lui en fallait de nouveaux. Il eut l'audace de rédiger seul une circaiairede circulaire qu'il signa de son nom et de celui de ses ***™^' collègues du Comité de surveillance. Dans cette pièce, Marat demandait à la France la sanction des mesures de salut public prises par la Commune. C'était habilement rejeter sur le conseil général tout entier la responsabilité des actes du Comité de surveillance.

Il serait sans doute impossible de nier toute soli^ darité entre le conseil général et ce Comité créé par lui. Cependant, l'usage bon ou mauvais que Ton fait d'un pouvoir est chose individuelle. Rappelant ensuite les massacres aux prisons, Marat ajoutait : (f Sans doute la nation, après une longue suite de trahisons qui l'a conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'employer ce moyen si utile et si nécessaire ; et tous les Français se diront comme les Parisiens : Nous marchons à l'ennemi, et nous ne laissons par derrière nous des brigands pour

479». horrible moyen de gouvernement était usé. L'anar- Anarchie ^j^j^ complète meuaçait de détruire en peu de jours

fcl brigandage. ^ * .

une civilisation si lentement et si laborieusement conquise. Gomme dans les villes décimées par la peste , avilies par la terreur et parla mort, le crime marcha le front haut. Les bandits infestèrent les rues; ceints de Técharpe municipale, ils arrêtèrent les passants, pénétrèrent dans les maisons. On dut battre le rappel contre le brigandage. Des femmes eurent les bras et les oreilles déchirées par les scélérats qui, en plein jour, leur arrachaient leurs bijoux. On pilla le Garde-Meuble. Les diamants de la couronne, notamment le Régent, furent enlevés. Des gens du peuple descendirent dans une cave du Carrousel, burent le vin, vendirent l'huile qui s'y trouvait. Sur la proposition de la section de TAbbaye, les sections songèrent à former une confédération générale pour se protéger contre les brigands. Dans ce chaos reparaissaient les formes élémentaires de la société. Pressés de fuir ce honteux spectacle, les hommes de cœur couraient aux frontières; les femmes attroupées dans les églises cousaient les effets de campement.

La Commune perdait tout prestige : le comité de surveillance ayant fait vendre publiquement les bijoux sanglants des prisonniers massacrés, Sergent, Tun de ses membres, commit la faute grave d'acheter un camée en agate qu'il convoitait; le comité fut flétri jusque dans sa probité. Pen-

dant sa longue existence , Sergent traîna le sobri- 4792. quet de Sergmi-Agate. Les prisons, remplies de nouveau, adressaient des supplications à rAssemblée pour qu'on n'égorgeât pas sans jugement. Au milieu de cet affaissement des âmes, le seul Marat conservait son imperturbable et effrayante attitude et continuait à demander du sang. Danton ayant ouereiie sauvé Duport, illégalement arrêté à Melmi, Marat ^'^riir^^ furieux le traîna dans la boue de ses placards. Danton vint à l'Hôtel-de-Ville, et Marat , pris d'un attendrissement subit, l'embrassa et déchira ce qu'il venait d'écrire.

Mais c'en était trop. De toutes parts grondait une sourde rumeur contre la commune de Paris. En Franche-Comté on arrêta deux commissaires de salut public. Un grand nombre de^ communes refusèrent obéissance à la commune de Paris. Cambon, Vergniaud, Aubert Dubayet, protestèrent contre l'usurpation de la Commune, invitèrent les citoyens à prendre les armes et à écraser ces hommes sanguinaires. Marat surtout était de- Marat devient venu l'objet d'une exécration dont on se ferait dif- ^'^^J®'

. . , de l'exécration

ficilement une idée. Lui que rien ne déconcertait, générale. continuait ses placards, traitait Roland d'endormeur, invectivait « la femme Roland et son directeur Lantbenas, » parlait de « lapider la Convention si elle oubliait ses devoirs. » Le bruit d'un nouveau massacre se répandit. On lui assigna pour date le 20 septembre. On affirmait que le jour où

4703. l'Assemblée législative cesserait ses fonctions , les

u conseil représentants du peuple seraient égorgés. Le con-

général de la ^^jj général dc la Commune comprit qu'il était

Commune *-' r "1

dissoutiecomité urgcut dc briscr le Comité de surveillance, il prit e sunrei ance. ^^^ arrêté qui dissolvait ce comité et en excluait à l'avenir tout membre étranger au Conseil (1). C'était frapper Marat. Une proclamation du conseil général , a£Eichée le lendemain , promettait à la population de veiller à la sûreté des personnes et des propriétés, de protéger les prisons, d'assurer le respect de la loi. L'Assemblée nationale prit, de son côté, des mesures pour le rétablissement de l'ordre et de la sûreté individuelle dans Paris ^2). L'organisation imaginée par les sections fut validée. On délivra des cartes civiques aux bureaux des sections. On arrêtait quiconque n'en était point muni ; mesure d'ordre qui devint plus tard un moyen de vexation. Le renouvellement de la municipalité fut également décrété.

Capitulations de Taudis quc CCS évéucmeuts se passaient à Paris, Longwy Tenuemi envahissait nos frontières. Loncwy et Ver-

et de Verdun. ^ •'•

dun avaient capitulé. Déjà, des détachements d'émigrés de l'armée du prince Hohenlohe, impatients d'imiter les Prussiens, menaçaient Thionville. Wimphen, par de vigoureuses sorties, tint en respect ces Français égarés, qui osaient porter les armes

(4) Séance du soir, du conseil général de la Commune^ du 48 septembre 4792.

{Vj Décret du tO septembre 4792.

contre la patrie. Kellermann, avec quatorze mille «tw. quatre cents hommes et quatre mille neuf cents chevaux, avait passé le 5 à Toul, le 7 à Void, le 8 à Lîgny, le 1 1 à Saint-Dizier, puis à Vitry-le-Français, où une lettre de Dumouriez lui fit connaître la marche de l'ennemi. Il se porta aussitôt à la droite dé Dumouriez, à Dampierre-le-Château , où il arriva le 18.

Le plan de Tennemi était de pousser droit vers pian d'invasion Paris, en laissant au duc de Saxe-Teschen le soin ^ ""^^

' ennemies.

d'attaquer ou de contenir les places fortes qui côtoient la frontière dans le département du Nord, et de garantir sa marche du côté de la Lorraine, en échelonnant des troupes devant Metz , au pied des Ar^ demies orientales. L'ennemi, d'après ce plan audacieux, eût marché de Verdun à Sainte-Menehould, de Sainte-Menehould à Châlons, eût franchi la Marne et envahi la Champagne. Telle était, du moins, la présomptueuse pensée du roi de Prusse. Plus circonspect et moins ennemi de la France, le duc de Brunswick trouvait que les dispositions du pays ne répondaient pas à cette idée de promenade militaire y dont les émigrés avaient bercé l'imagination de Frédéric-Guillaum.e. Il eût fallu , pour le succès d'une pareille entreprise, autant de rapidité que d'audace. L'irrésolution du duc de Brunswick, qui trouvait insuffisants les moyens d'invasion, permit à Dumouriez de concevoir et d'exécuter le plan qui devait immortaliser son nom.

479â. Il avait réuni , le 30 août , un conseil de guerre à

Audace gédan, où campait son armée. L'avis amènerai fut de

et énergie de ' ^ ^

Dumouriez. sc retirer derrière la Marne, et d'y rallier des renforts annoncés par le ministre de la guerre. Dumouriez ne répliqua rien à cet avis, garda secrète sa pensée. Elle semblait moulée sur celle de Danton, son ami. Elle consistait à opposer à l'audace du roi de Prusse une audace plus grande encore; au lieu d'abandonner le terrain , de prendre , ou du moins de feindre l'offensive. L'ennemi ne pouvait avancer sans franchir l'Argone, lisière de forêts, de marécages et de montagnes qui s'étend sur une longueur de treize lieues et sur une profondeur variable de une à quatre, derrière Charleville, Sedan, Montmédy, puis entre Sainte-Menehould et Verdun, et va mourir entre Bar-le-Duc et Commercy, dans les monts de la Meuse. On fixe à Passavant la limite réelle de l'Argone. C'est à travers les défilés de ces antiques forêts que devaient passer les armées de la coalition pour entrer en Champagne.

Cinq passages s'ouvraient parmi cet inabordable pêle-mêle de halliers , de ravins , de rivières et de marais. Le premier, nommé le Chêne-Populeux, est marqué par la route de Sedan à Rethel ; le second, la Croix-aux-Bois, conduit de Buquenay à Vouziers; le troisième, le Grand-Pré, de Stenai à Reims ; le quatrième , la Chalade , de Varennes à Sainte-Menehould; et le cinquième forme les Islettes , la route de Verdun à Paris, Le plan de Dumouriez

conBÎstâit à occuper ces défilés, à retarder ainsi la marche de rennemi jusqu'à l'entrée de l'hiver, à l'aide des secours qui lui arrivaient de toutes parts, et à réunir autour de lui les troupes de Beurnouville, de Kellermânn et de Duval. Le général prussien Clayrfait occupait déjà Stenai. Les avantpostes de l'ennemi n'étaient plus qu'à cinq ou six lieues de l'Argone. 11 fallait que Dumouriez , éloigné de douze lieues, les devançât, et que, sous l'œil même des Pnissiens, il dérobât sa marche. 11 v réussit. Dillon , traversant audacieusement la ligne des vedettes ennemies, occupa' les Grandes-lslettes avec cinq mille hommes , et plaça un détachement à la Chalade. Dumouriez manquait de troupes pour occuper tous les défilés. Il se réserva celui de Grand-Pré. Il ne mit que cent hommes à la Croixaux-Bois. Le Chêne-Populeux fut faiblement occupé. Le général Beurnon ville avait ordre de se trouver le 14 à Rethel, avec la majeure partie des troupes du camp de Maulde. Duval arriva le 7 avec cinq mille hommes. Reims envoya dix huit cents hommes et quatre pièces de canon. On sait que Kellermânn était en marche et devait se trouver, le 1 8, à trois lieues de Sainte-Ménehould, avec une vingtaine de mille hommes.

L'étonnement du duc de Brunswick fut profond, lorsqu'en poussant une reconnaissance, il vit le défilé des Islettes occupé. 11 n'osa pas, avec ses soixante mille hommes, franchir ce passage, gardé

Dumouriez s'empare des

défilés de l'Argone.

104 HISTOffiE DE SOIXANTE ANS

4792. par cinq mille soldats. Mais le prince Charles de L'ennemi Ligne, cuvoyé le 18 par Clairfayt dans la direction

passage de la de la Croix-aux-Bois, s'aperçut que la défense n'en Croix -aux-Bois. ^^j^ ^^^^ figurée. Il cnlcva la position. Elle fut reprise par le général Chazot. Clairfayt avait compris la faute de Dumouriez. Il s'obstina, rejeta Chazot de l'autre côté de l'Aisne, à Vouziers, et lui coupa les communications avec Dumouriez et Dillon. Le jeune prince de Ligne perdit la vie à cette affaire. Le passage du Chêne- Populeux fut attaqué par les émigrés. Six mille hommes sous les ordres du général Dubouquet défendaient ce passage depuis le 7. Mais Dumouriez, craignant une nouvelle attaque de Brunswick, avait retiré une partie de ces troupes et laissé seulement quatre bataillons et deux escadrons. Coupé de Grand-Pré, il se replia par Attigny, dans la direction de Châlons.

Faute et génie L'uniquc fautc de Dumouriez faillit perdre la militaire Fraucc ct la Révolution. La situation de ce général semblait alors désespérée. Réduit à quinze mille hommes, il avait devant lui Brunswick et sa grosse armée, derrière lui Clairfayt et vingt-cinq mille hommes. Une forêt, deux rivières, l'Aisne et l'Aire, l'enfermaient. La nature semblait conspirer avec l'ennemi contre la France et la Révolution. Mais Dumouriez était de cette race d'hommes qui naquirent pour ces temps extraordinaires et dont nulle catastrophe n'étonnait l'audace. Il sacrifia résolument la route de Châlons et de Paris, décidé à se

porter sur le camp de Sainte-Menebould, d'y faire itw. sa jonction avec Kellermann. Il envoyait en même temps à Chazot Tordre de quitter Vouziers, à Beurnonville de partir de Rethel, à Kellermann d'abandonner Revigny et de se réunir tous trois à lui, à Sainte-Menehoulà. Il ordonne au général Sparre de couvrir Soissons, au général d'Harville de réunir entre Suippe et Pont-Favarger les contingents de Soissons, d'Epernay et de Rheims. Arthur Dillon, averti , devait faire bonne garde aux défilés des IsletteS) de Passavant et de la Chalade.

Dumouriez lui-même, par une nuit orageuse dont Mouvement des les ténèbres enveloppaient le mystère de ses com- f^lT tels binaisons, laisse flamboyer les feux de ses postes avancés, franchit l'Aisne, se range en bataille sur la rive opposée jusqu'à ce que le dernier homme de son arrière-garde ait passé la rivière. Il était trois heures du matin. L'aube n'apparaissait pas encore. L'ennemi dormait. Dumouriez dirige aussitôt son artillerie sur Dammartin-sous-Ham. L'armée suit. Mais vers dix heures une multitude de soldats, chassés par les troupes allemandes, jettent le désordre dans nos colonnes. Une furieuse charge de ces terribles hussards que l'Allemagne tire de la Hongrie, augmente la terreur des fuyards de la division Chazot. Miranda arrête l'infanterie. Duval et Stengel repoussent l'ennemi. Deux mille hommes seulement continuent de fuir, portant dans toutes les directions la nouvelle de la déroute de l'armée

1793. française et de la trahison de Diimouriez. Une partie de ces lâches tomba aux mains de Dillon , qui les envoya au général en chef. Dumouriez leur fit raser les cheveux et les sourcils et les renvoya désarmés. Une nouvelle panique eut lieu pendant le campement. Mais elle fut promptement arrêtée. Le 16, l'armée française occupait enfin les hauteurs d'Autry , entre Mafifrecourt et Sainte-M enehould , non loin du lieu cher à notre mémoire qui porte le nom Jonction sacré de Valmy . Le 1 8 la jonction était faite, et Dudes divers corps nfiQuricz réunissait bientôt cinquante-trois mille

devant Valmy. ^

hommes autour du drapeau français. Vingt-trois mille hommes dispersés couvraient en outre Châlons.

A droite du camp TAisne formait un fossé naturel, à gauche régnaient un étang et des marécages , en face, sur la pente du plateau, s'étendait une vaste prairie. A une lieue de. là , derrière le camp , on apercevait les clochers de Sainte-Menehould. Du haut du plateau, l'armée voyait les hauteurs de la Lune et de l'Hyron. Une vallée les séparait de ces collines. Le sol verdoyant de la vallée, tuméfié en quelques endroits, accidentait le terrain de tertres , sur l'un desquels tournait un paisible moulin , le moulin de Valmy. Dumouriez avait établi son quartier général à Sainte-Menehould. Il se trouvait ainsi placé à égale distance de son armée et du corps de Dillon, qui gardait l'important défilé des Islettes. Le roi de Prusse croyait l'armée française prise au

piège, parce qu'il la séparait de la Champagne et 1792. qu'il la serrait dans TArgone. Mais par suite de la Les armées jonction de Dumouriez avec ses divers corps, et de ^^^^^c^J^g la position qu'il venait de prendre, nos troupes face étaient non-seulement en nombre pour se défendre, mais elle faisaient des deux côtés face à l'ennemi.

Les vingt-cinq mille hommes qui avaient pénétré Embarras des en Champagne, sentant une armée sur leurs der- J^y^ln rières, ne trouvant plus ni paille ni grains sur le sol pelé de la Champagne Pouilleuse ( tout avait été rentré, vendu par ordre de Dumouriez aux armées françaises) , enfonçant dans la boue , voyant briller partout la faux, du paysan prêt à défendre sa chau* mière, se trouvaient dans une situation embarrassante. Mais le duc de Brunswick, trouvant au contraire dans cette situation un moyen d'envelopper Dumouriez, s'avançait par Grand-Pré, Vouziers et Autry. Le 19, le roi de Prusse s'imagina que Du- imprudence mouriez se croyait perdu et cherchait à battre en "^^* ^ ^^' retraite. Cette erreur, provoquée par le mouvement de troupes auquel donnait lieu la jonction de Beurnonville et de Kellermann, qui s'achevait en ce moment , fit perdre toute prudence au roi de Prusse. Il lança toutes ses troupes en avant. L'ennemi voulait en finir d'un seul coup, et ne reprendre qu'après une victoire décisive la route de Châlons.

Kellermann se trouvait dans une position assez mauvaise sur le plateau de Valmy, avec les marécages de l'Aisne derrière lui. Dans la nuit du 19

1792. au 20, rennemi crut, au mouvement des troupes Bataille de françaises, qu'elles se dirigeaient sur Châlons. L'at- ^^^^ taque fut ordonnée. Les Prussiens rencontrèrent à Hausef l'avant-garde de Kellermann. Elle se replia après un engagement assez rude sur la hauteur de rUyron. Les Prussiens occupèrent celle de la Lune, fermant ainsi la route de Cbâlons. Le monticule du moulin de Valmy se trouvait entre THyron et la hauteur de la Lune; celle de THyron était un peu à la droite de Valmy. Depuis cinq heures du matin Kellermann était au pied du moulin, où il avait fait établir une batterie de dix-huit pièces de canon. Un épais brouillard enveloppait les hauteurs et la vallée. Craignant que Clairfayt n'attaquât THyron, Dumouriez y envoya Beurnonville et donna en même temps à Chazot Tordre de s'établir sur les hauteurs de 6isaucourt ; mais les Prussiens y arrivèrent avant lui. Maîtres de Gisaucourt et de la Lune , les Prussiens eurent en ligne quatre batteries formant cinquantehuit pièces , dont un quart d'obusiers. L'artillerie gronda de part et d'autre pendant trois heures. Goethe, qui suivait en poète l'armée prussienne, rapporte que l'atmosphère semblait d'un rouge foncé. Un boulet tua le cheval de Kellermann; un obus fit sauter un caisson. On vit sur le plateau de Valmy un mouvement de désordre de fâcheux augure. Les premières lignes françaises commençaient à plier. Brunswick crut tenir la victoire. 11 donna Tordre d'aborder à la baïonnette le mamelon de Valmy.

Les Prussiens se disposèrent sur trois colonnes ma. et se mirent en marche. En voyant s'avancer ces sol- Enthousiasme dats aguerris contre ces artisans français, soldats dcsv^ontohes depuis quelques jours, et vierges encore des épou- français. sailles du combat, Kellermann eut une grande lueur d'intelligence. Il comprit qu'un mot, un seul mot pouvait, en un moment, faire de ces hommes inaccoutumés aux affaires de la guerre, des soldats dignes de vieilles légions romaines. 11 cria : « Vive la nation ! » Aussitôt, le cri de : « Vive la nationj » retentit sur tout le plateau avec un enthousiasme tellement sauvage, que le duc de Brunswick en fut étonné. Le nuage de sang des journées de Septembre passa devant ses yeux. Le mot de Dumouriez se trouvait réalisé. Chacun de ces volontaires était devenu un Léonidas gardant les Thermopyles -

delà France.

. Kellermann forme son infanterie sur trois co* lonnes. Il ordonne à ces colonnes d'attendre l'ennemi sans tirer, et de fondre dessus à la baïonnette dès qu'il gravirait le plateau. Les Prussiens s'approchèrent assez près pour distinguer les mâles visages de ces jeunes soldats que l'Europe coalisée allait apprendre à connaître. Brunswick entrevoit toutes les conséquences d'une bataille perdue. Il sait que la monarchie prussienne peut être emportée dans la défaite ; il comprend que les émigrés l'ont trompé, que la France et la Révolution ne font qu'une même pensée incarnée, non pas dans quelques factieux ,

du duc de Brunswick,

mais dans la nation elle-même. Malgré les fureurs du roi de Prusse , il ordonne à ses colonnes de regagner le camp. Elles se replièrent en grande hâte, foudroyées par la batterie de Valmy. La cauoninutiieRaiiaques uadc rccommeuça. A six heures, Brunswick ordonna une nouvelle attaque. Elle fut encore accueillie aux cris de : « Vive la nation ! » et plia sous le feu. Brunswick se retira.

Ainsi finit la canonnade de Yalniy. Elle coûta huit ou neuf cents hommes tués ou blessés à chacune des deux armées. Mais dès l'instant où une armée d'invasion cesse l'offensive, on peut la considérer comme vaincue. La route de Châlons resta aux Prussiens; il nous restait celle de Vitry. Keller-. mann occupa, la nuit, les hauteurs de Gisaucourt. Le reste de la campagne ne consista qu'en escarmouches insignifiantes. L'armée ennemie, décimée par la maladie , manquant d'approvisionnements , était dans une situation déplorable. On mit peu d'ardeur à la poursuivre. La jalousie de Kellermann contre Dumouriez, les préoccupations de celui-ci relativement à son plan d'invasion de la Belgique, amoindrirent les conséquences de la victoire. Le roi de Prusse songeait à son royaume, à cette proie de la Pologne, dont il espérait sa part, il se retira définitivement le 30 septembre, au soir. Le duc de Saxe-Teschen , avait levé le siège de Lille. Custine prenait Trêves, Spire et Mayence ; Montesquiou envahissait la Savoie, Anselme le

Retraite des

armées

ennemies.

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