Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800
Le* Girondint e» Bretagne et dont U Cahadoi. — Eesait d'intwrreelUm M Nomandie, — ÀrreetutUm de Brisêot. — ineullee de Yeryniaud au Comiié de SaM puUie, — Défaite de Puisage et fuite de Wimpfen. — Les Girondins se retirent à Bordeaux. — Constitution de ^1795. — idée politique de la Gironde. — iMuffisamee de la CùnstUutUm de ^1795. — Manifestes et pamphlets contre la Constitution de 4795. — Pétition des enragés. — Bafport de Saint-Just iwr les GirowUns. — Politique jaco^ bine. — Assassinat de Marat par Charlotte Corday. — Portrait de Charlotte Corday. — Idéalisation de l'assassinat politique. — Tendances des femmes dans la Révolution. — Àttsenee de convictions. — Vorgueil du poignard, — Lettre de Charlotte Corday à Barbaroux. — Maladie de Marat. — Sa pauvreté. — Lettres de Charlotte Corday à Marat. — Mort de Marat. — Arrestation de Charlotte Corday, — Nature de ses préoccupations en commettant le meurtre. — Son interrogatoire. — Légèreté de Charlotte Corday. — Ses contradictions. — Son esprit de raillerie. — Lettre de Charlotte Corday à son père. — Charlotte Corday devant le tribunal révohtlionnaire, — Irreligion de Charlotte Corday. —
— Défense de Charlotte Corday par Chauveau-Lagarde. — Charlotte Corday est condamnée à mort. — Sa fermeté devant l'échafaud. — Atrocité d'un bourreau. — Apothéose de Marat. — Le tableau de David. — Enterrement de Marat dans le jardin des Cordelière. — Le parti des enragés. — Arrestation des Girondins. — Organisation judiciaire et administrative de l'insurrection vendéenne. — Les Vendéens font appel à l'étranger. — Les généraux de la République dans fOuest. — Les héros de cinq cents livres. — Succès des rebelles vendéens. — Attaque et prise de Saumwr par les insurgés. — Lescure et Charette concertent leurs mouvements. — Marche des brigands sur Nantes, — Ronsin et les Bébertistes dnns t'Ouest.
— Us Namtais oublient leurs discordes pour la cause commune. — Atta-
que de Nantes par l'armée catholique et royale. — Héroïsme du ferblantier Meuris. — Calhelineau est blessé à mort. — Retraite des Vendéens.
— Progrès de la contre-révolution à Lyon. — V insurrection lyonnaise de girondine devient royaliste. — Arrestation de Chalier. — Son portrait,
— Condamnation et supplice de Chalier. — Conspiration du Midi déçoit^ verte par Dubois-Crancé. — Sommation de Dubois-Crancé aux Lyonnais révoltés, — Fête de la Constitution de -1795. — Danton adjure la Convention de constituer le Comité de Salut public en gouvernement provi' soire. — Attaque et prise de Marseille, — Les royalistes livrent Toulon aux Anglais. — Bombardement de Valenciennes et blocus de Condé. — Siège de Mayence par les Prussiens. — Bravoure de Merlin de Thionville.
— Isolement et capitulation de la garnison de Mayence. — Conduite équivoque de Custine; son urrestation, — Sédition à l'a/rmée du Nord. — Camot envoie à l'' armée du Nord le représentant Levasseur {de la Sarthe).
— Energie et dignité de Levasseur. — /( comprime la sédition. — Procès de Custine, — Condamnation et derniers moments de Custine. — Arrestation de Dillon et de Miranda, — Imprudence de Camille Desmoulins.
— Publication du Vieux Cordelier. — Influence d'^Hébert et de son journal, — Convoitise des Hébertistes. — Le Comité de Satut public se détermine à gouverner. — Portrait de Camot. — Tactique nouvelle introduite par Camot. — Décret pour la levée en masse. — Immolation du peuple français au salut de la patrie.
Les Girondins en Bretagne
et dans le Calvados.
Les historiens et les mémorialistes de la Révolution qui ont suivi à travers la France les Girondins dans leur fuite rapportent à ce sujet d'étranges aventures. Ces hommes, qui après trois mois de stériles discussions laissaient le pays en si grand danger, gagnèrent sous divers déguisements les côtes de la Bretagne et du Calvados. Ils comptaient sur le concours de huit départements; mais déjà, à travers cette France qu'ils parcouraient, tantôt à pied, tantôt en voiture , ils avaient pu entendre les malédictions du peuple contre les fauteurs de guerre civile. Avec cette pensée que la légalité était de leur côté et qu'ils soutenaient l'indépendance de la Con-
vention, leur conscience, aidée de leur ressenti- 1793. ment, résista. ]ls ne s'aperçurent point que le droit, expression de la nécessité ou du salut public, devenait distinct de la légalité , et que dès Tinstant où cette légalité ne pouvait plus couvrir la frontière et gouverner à l'intérieur, il fallait bien qu'elle fût brisée. Un peuple ne peut pas périr pour une notion. Mais cette loi qui reparaîtra plus d'une fois dans ces annales de soixante années où la patrie traversa tant de périls, froissait trop profondément le génie individualiste de la Gironde pour qu'elle pût la comprendre et s'y soumettre.
De concert avec le conseil général du Calvados , esmîs Louvet, Barbaroux, Buzot, Gorsas, Lanjuinais, Kervelegan, Pétion, Salles, Bergoeing, Guadet, essayèrent de former une assemblée centrale de résistance à l'oppression. Ils publièrent un manifeste rempli de menaces contre la Commune. « Malheureux Parisiens, Parisiens généreux, lisait-on dans ce placard incendiaire, nous venons terrasser des municipaux tyrans, briser vos fers, vous embrasser » Ils essayèrent en même temps de faire
une levée de quatre mille volontaires et choisirent pour général un brave militaire , commandant de Cherbourg, Wimpfen. Mais les opinions royalistes de cet officier engendrèrent entre les Girondins un désaccord qui rappelait le peu de discipline de leur parti en diverses circonstances. Les adresses se multiplièrent. Rennes, Limoges, Marseille, Nîmes,
d'insurrection en Normandie.
47W Grenoble, Besançon, Dijon, Mâcon, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Perpignan , s'émurent. La Convention envoya deux Commissaires , Prieur (de la Côte-d'Or) et Romme. Wimpfen les fit incarcérer. Sommé de venir à Paris pour donner des explications, il répondit qu'il ne pouvait s'y rendre qu'accompagné de soixante mille hommes. Décrété d'accusation , il n'en continua pas moins d'adjurer les Parisiens de se rallier à lui, leur disant : « Je marche vers Paris pour Paris, et non contre Paris. » L'assemblée s'indigna , perdit toute indulgence. Danton, inquiet de sa conduite au 2 juin, tonna contre la Gironde. Sur une motion de Cou thon et de Robespierre la Convention courbée sous la honte, mais plus sensible aux dangers de la patrie qu'à l'humiliation de sa captivité, décréta que la Commune et le peuple de Paris avaient sauvé la liberté, l'unité, l'indivisibilité de la République. Dès lors rien ne retint plus le bras qui devait frapper la Gi- Arresiation de roude. Brissot fut arrêté à Moulins, traîné jusqu'à Paris. On le jeta malade et sans ressources à TAbbaye. Ses amis durent se cotiser pour venir en aide à cet infortuné qui peu de tamps auparavant disposait des plus hautes fonctions. Les Jacobins cependant s'étonnaient des lenteurs du Comité de Salut public et de sa mansuétude. Un grand nombre de Girondins avaient pu s'échapper ; d'autres , comme Yergniaud, dédaignaient en quelque sorte de s'éloigner. Lui-même écrivit au Comité de Salut
brissot.
public une lettre dans laquelle ces mots : « Vous 4703. êtes des imposteurs .... vous êtes des assassins . . . . > ^ ^^Xmû revenaient à chaque commencement de phrase. ^ comité
^ ... , X j» X r de Salut public.
Ces menaces et ces mjures n eurent d autre résultat que d'aggraver la situation des Girondins. Leurs illusions tombèrent rapidement. Malgré la vivacité qu'ils avaient déployée dant^ leur appel à l'insurrection, Wimpfen ne put réunir qu'une poignée d'hommes. Un de ses aides^ie-camp, Puisaye, Défaitede chargé de conduire à Evreux cinq ou six cents Bre- ^e^wLtfen.*** tons^ essaya d'entraîner la garde nationale; mais ^e prit la fuite à la première rencontre de trois cents gendarmes et de douze cents volontaires partis de Paris. Wimpf<Ni essaya de se fortifier à Gaen ; tout fut inutile : le découragement et la méfiance gagnaient les cœurs. Uk voix de la Convention fut entendue. Wimpfen alla chercher un asile dans Bayeux ; Guiidet, Quchàtel et Kervelegan partirent pourQuimper; Louvet, Pétion, Buzot, Salles, Barbaroux, Girey-Duprey , I^sage, Bergoeing, Meillan, Cussy, un de leurs amis, Riouffe, et quelques guides, formant une troupe de dix^neuf hommes , s'incorporèi^nt d'abord dans un bataillon du Finistère, le quittèrent à Dinan, et à travers mille périls, épuisés de fatigue, les pieds ensanglantés, il3 gagnèrent Quiimper. Une partie d'entre eux partir Les Girondins se rent au bout d'une douzaine de jours sur une bar- àîtortI!L. que qui les conduisit à Bordeaux. Ils ne furent pas plus heureux daps cette ville qu'à Quimper et è
1793. Caen. La Convention mit hors la loi les membres de la société qu'ils essayèrent de former. Bientôt les partisans des Girondins fugitifs n'osèrent plus se montrer. De nombreuses arrestations et des exécutions achevèrent de décourager le parti de la résistance. La Gironde se trouva aussi vite et aussi aisément ramenée à l'obéissance que la Normandie. Constitution La Couvcntion pendant ce temps mettait la derde 4793. ^j^^^ ^^j^ ^ 1^ Constitution de 1 793 qui fut en
quelque sorte improvisée. Deux projets se trouvèrent en présence : l'un préparé de longue main par Condorcet était l'expression de la pensée girondine. rdée politique de L'csp rit de liberté et de droit individuel, la prédola Gironde, jjjjnance de la raison sur le sentiment en formaient le principe et l'essence. L'autre, improvisé le 2 juin par Saint-Just , Couthon, Ramel , Mathieu et Hérault de Séchelles, fut prêt en huit jours. Le sentiment et l'esprit de justice l'emportaient dans ce dernier sur le rationalisme. La personne de l'Etat apparaissait plus grande et plus tutélaire dans le plan montagnard; celle de l'individu, entourée dans le projet girondin de garanties supérieures, amoindrissait l'être collectif au profit du particulier. Le projet girondin ne disait rien de Dieu. Celui des Montagnards, au contraire, s'appuyant sur une sanction morale, débutait par une reconnaissance de Celui que dans le langage philosophique du temps on désignait sous le nom d'Être suprême. Par une conséquence naturelle des principes qu'on
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\ient d'indiquer, l'individu politique occupait une 4793. place considérable dans le plan girondin. Le citoyen élisait non-seulement les députés, mais encore les administrateurs et les ministres, et tendait à transporter en quelque sorte Faction législatrice du centre à la circonférence. Moins confiant dans le génie des multitudes, le projet montagnard n'étendait pas aussi loin les prérogatives des assemblées primaires et confiait l'élection des ministres à des assemblées départementales; encore ces assemblées se bornaient-elles à proposer des candidats parmi lesquels l'Assemblée nationale faisait un choix. Les Jacobins et les Montagnards se montrèrent en ce sens beaucoup plus hommes de gouvernement que les Girondins, qualifiés si improprement du nom d'hommes d'Etat.
L'idée politique de la Gironde pouvait se définir ainsi : gouvernement du peuple par lui-même Ce n'était en réalité qu'un hommage rendu à la force. Le nombre admis à s'immiscer dans la discussion des lois y eût apporté un trouble et une confusion extrêmes. Les Montagnards corrigèrent l'excès de cette théorie en bornant le rôle des assemblées primaires à une simple sanction par oui ou par non. Ils divisèrent en outre les lois en deux catégories : les imes prirent le nom de /où, les autres de décrets. Ces derniers n'étaient point soumis à la sanction du peuple. Sans cette distinction, il n'y eût pas eu de gouvernement possible. En un mot, le droit de
n HISTOmE DE SOIXANTE ANS
4793. sanction circonscrit par des moyens directs et indirects, limité à un certain laps de temps, soumis ji une condition de majorités de départepiepts, exipta de nom plutôt que de fait.
Au total, cette Constitution qui se proposait pour but la recherche de la justice et du bonheur coinmun ne fut qu'un instrument de parti orné de quelques grands attributs religieux et sociaux qui l'ennoblissent. Ils n'existait pas de gouYemement le lendemain du 2 juin. Gouthon, Saint-Just et les principaux chefs du parti montagnard et jacobin e^ sayèrent d'introduire l'âme du pouvoir dans la Constitution. Les corps électoraux départementaux qui devaient nommer les ministres allaient sans doute être envahis par les Jacobins. Dans c^tte hypothèse le pouvoir exécutif, au moyea de l^^ Mh ciété mère et des affiliations, se trouvait en mesure Insuffisance dc se reconnaître, de se concentrer. Msdgré cela, constuution ^^^ coustitutiou qu'on disait tracée en ipyle lapir de 4793. daire et qui ne fut qu'une fusion des théories girondine et jacobine, était loin de suffire aux circonstances. La nécessité de ^aQcrpisseme^t du pouvoir est proportionnelle aux dangers de )a pa^ trie. Or, pour la France, à la fois menacée par les armes des puissances coalisées à l'extérieur q\ par la guerre civile en Vendée, à Gaep, à, Cordeaux, à Marseille, à Toulouse et à Lyon, la dictature allait devenir un moyen de gouvernement à peine suffisant. 11 était dans la destinée de la Révolution d'ar-
river jtrsqti'au point suprême de la dictature miii* «m. tftire et de iie pouvoir être sauvée que par des efforts dltéroïsme et de génie capables d'imposer au monde entier et d'étonner l'histoire elle-même.
Le projet de Constitution fut présenté le 10 juin. La dii^enssion fut close le 24 du même mois, et l'acceptation eut lieu en juillet. Quoique la part de souveraineté dévolue au peuple fût immense, la Constitution de 1 793 rencontra d'assez nombreux opposants. Il y en eut de trois sortes : les royalistes^ les girondins, et ceui que l'on commençait à nommer les enragés. Ces trois factions publièrent chacune Manifestes leur manifeste. Celui des Vendéens fut fait au nom ^'p*"p*^*«^
contre
de Louis XVII. Pétion rédigea celui de la Gironde laconsutution et nia l'eristence de la Convention. Condorcet, de son côté, publia un pamphlet très-vif contre la Constitution, attribuant au parti girondin ce qu'elle avait de bon. Décrété d'arrestation , il se réfugia i3ie Servandoni, chez la veuve du sculpteur Vemet, ou il se tint caché. Quant aux enragés, qui n'étaient que les hommes de l'Evêché, ce fut sous forme de pétition qu'ils firent connaître leur sentiment.
Leclerc et l'ex-prêtre Jacques Roux se présentèrent à la barre de l'Assemblée (1 ) et voulurent lire cette pétition au nom de la société révolutionnaire des Gravilliers. Robespierre, prévoyant ce qui allait se passer, demanda et obtint la remise de la pétition
de 1793.
Pétition des enragés.
(4) Séance de la Convention du S5 juhi ^93.
H HISTOmt: DE SOIXANTE ANS
1793. à un autre jour. Mais Jacques Roux revint à la séance du soir et obtint la parole. La pétition de Jacques Roux cherchait à établir une sorte de solidarité entre la Montagne et les agioteurs et accapareurs. Elle fut constamment couverte de murmures. On demanda l'arrestation de ce fanatique. Un des pétitionnaires le désavoua au nom de la section des Gravilliers, niant que cette section eût conçu la pensée d'une telle pétition. Thuriot, Billaud-Varennes , Legendre, Robespierre, Léonard Bourdon, dénoncèrent Jacques Roux comme un ancien prêtre suspect d'égarer le peuple. Legendre demanda son expulsion. Jacques Roux courut en fureur aux Cordeiiers, se plaignit et obtint que Legendre fût mandé et sommé de s^expliquer. Le soir la populace essaya de piller plusieurs bateaux. Ces désordres se renouvelèrent pendant quelques jours, malgré la surveillance de la Commune. Leclerc et Jacques Roux, considérés comme les instigateurs de ces mouvements anarchistes, écrasés par Robespierre, par Hébert et Chaumette, furent chassés des Cordeliers. La Société soumit Varlet, leur complice, à l'épreuve de l'épuration. Ainsi furent réprimées les premières tentatives des enragés, que nous verrons bientôt reparaître. Les intrigues fédéralistes se concentraient à Lyon. Rapport Le 8 juillet, Saint-Just, membre de la section de
correspondance générale du Comité de Salut public, lut un rapport sur les Girondins. 11 acheva dans ce
de Saint-Just sur les Girondins.
discours de tracer avec un mélange de modération 4793. et de yéhémaice cette ligne politique que les Jacobins entendaient suivre entre la Gironde et les enragés. Elle consistait dans un petit nombre d'idées nettes et précises où se reflétait la philosophie déiste du xvni® siècle, telle que rentre\it Jean-Jacques Rousseau. Des axiomes de morale et de politique semés ça et là dans le rapport de Saint-Just, accusaient les préoccupations qui avaient présidé à sa rédaction. Au milieu de l'anarchie révolutionnaire, Politique jacodes conspirations royalistes et de la guerre civile, Robespierre, Saint-Just et Couthon s'efforçaient de saisir une autorité morale qui devînt la pierre d'assise d'un gouvernement. Ce long réquisitoire qui établissait la connexité des diverses insurrections pouvait se résumer dans cette parole : « Que le peuple choisisse entre les rebelles qui lui font la guerre, et vous qui soulagez ses maux. Ils ne partageront donc point avec vous l'amour du monde. Us se plaignaient qu'on voulait diviser la République : ils se partagent ses lambeaux; ils disent qu'on a outragé des membres de la Représentation : ils l'outragent tout entière; ils étaient froids contre les brigands de la Vendée, ils appelaient la France contre vous, et trouvent aujourd'hui des armes pour combattre les lois et déchirer l'empire. » Saint-Just ajouta en terminant : « J'ai peint la conjuration; fasse la destinée que nous ayons vu les derniers orages de la liberté ! Les
H HISTOIRE DE SODLAyiE ANS
fML hommes libres sont nés pour la jostice; on profite peo à troubler la terre; la jostice consiste à réprimer ceux qoi la troublent. • Le Comité, par Torgane de Saint-Just, demandait qu'on déclarât traîtres i la patrie les députés fugitifs, la mise en accusation de Vergniaud, Gensonné, Guadet, Molleraut et Gardien; il exigeait le rappel des antres.
On avait écouté Saint-Just dans un profond silence; mais la discussion sur ses conclusions fut remise à trois jours. Dans cet intervalle, les bruits de conspiration royaliste prirent une intensité nouvelle. Le parti victorieux se plaisait d'ailleurs à les exagérer et à établir la complicité des Girondins afin de justifier le coup d'Etat dont ils étaient victimes. Des circonstances fatales allaient donner à ces imputations une force nouvelle et consommer la perte de la Gironde.
Tandis que la Convention se préparait à discuter les conclusions de Saint-Just, un crime qu'on ne saurait sans partialité imputer aux Girondins, mais qui ne s'en rattache pas moins très-étroitement au mouvement fédéraliste de l'ouest, acheva d'exas- AfiMMfntt de pérer la Montagne et le parti populaire. Marat fut •J'^î assassiné le 13 juillet, à sept heures du soir. L'as-
imr Charlotte •' ' ^
corday. sassiu était une jeune fille de vingt-cinq ans, nommée Marie-Anne-Charlotte de Corday d'Armont.
Elle était née en Normandie, d'une famille noble, mais d'une extrême pauvreté. Charlotte Corday descendait d'une sœur du grand Corneille. Ses frères,
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deChaiiotto Corday.
royalistes, avaient émigré. Sa mère était morte peu 4793. de temps après sa naissance. Elle eut une enfance Portrait solitaire. A treize ans son père la mit au couvent de TAbbaye-aux-Dames, à Caen. Elle vit le monde au parloir du couvent. Lorsque les établissements religieux furent supprimés, elle se retira chez madame de Bretteville, sa tante, où elle vécut assez librement, à en juger par ses démarches. Mademoiselle de Corday avait lu beaucoup de romans. Elle connaissait aussi Ra} nal et Rousseau, ne se confessait pas, quoiqu'élevée dans une maison religieuse. C'était, à en juger par ses actes, ses lettres et ses paroles, une personne romanesque, d'une intelligence moyenne, imbue des idées philosophiques et du mauvais goût romain de son temps. Ce besoin d'héroïsme auquel se mêlait un très-vif désir de , faire parler de soi est frappant chez la plupart des hommes de cette époque, mais plus encore chez les femmes qui prirent une part quelconque à la politique de la Révolution. A travers les différences de caractère, de mœurs et de capacité, on retrouve ce trait distinctif chez Olympe de Gouges, chez Théroigne de Méricourt, chez madame Roland, comme chez Charlotte Corday. L'orgueil de cette jeune personne s'éleva dans la solitude, et se mêla chez elle, et à son insu sans doute, au désir de faire le bien de son pays. Elle crut pouvoir d'un seul coup abattre la Montagne, la couper en deuxj comme on disait