‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 43 sur 45 · FIN DU TBOISIÈME VOLUME · texte numérisé non relu

FIN DU TBOISIÈME VOLUME

LIVRE XV. Du 6 juin au 30 août 4793. — Les Girondins en Bretagne et dans le Calvados. — Essais d'insurrection en Normandie. — Arrestation de Brissot. — Insultes de Vergniaud au Comité du Salut public. — Défaite de Puisaye et fuite de Wimpfen. — Les Girondins se retirent à Bordeaux. — Constitution de 1793. — Idée politique de la Gironde. — Insuffisance de la Constitution de 4793. — Manifestes et pamphlets contre la Constitution de 4793. — Pétition des enragés. — Rapport de SaintrJust sur les Girondins. — Politique jacobine.

— Assassinat de Marat par Charlotte Corday. — Portrait de Charlotte Corday. — Idéalisation de l'assassinat politique. — Tendances des femmes dans la Révolution. — Absence de con* victions. — L'orgueil du poignard. — Lettre de Charlotte Corday à Barbaroux. — Maladie de Marat. — Sa pauvreté. — Lettres de Charlotte Corday à Marat. — Mort de Marat. — Arrestation de Charlotte Corday. — Nature de ses préoccupations en commettant le meurtre. — Son interrogatoire. '- Légèreté de Charlotte Corday. — Ses contradictions. — Son esprit de raillerie. — Lettre de Charlotte Corday à son père.

— Charlotte Corday devant le tribunal révolutionnaire. — Irreligion de Charlotte Corday. — Défense de Charlotte Corday par Ghauveau-Lagarde. — Charlotte Corday est condamnée à mort. — Sa fermeté devant l'échafaud. — Atrocité d'un bourreau. — Apothéose de Marat. — Le tableau de David. — Enterrement de Marat dans le jardin des Cordeliers. — Le parti des enragés. — Arrestation des Girondins. — Organisation judiciaire et administrative de l'insurrection vendéenne. — Les Vendéens font appel à l'étranger. — Les généraux de la République dans l'Ouest. — Les héros de cinq c^nts livres.

— Succès des rebelles vendéens. — Attaque et prise de Saumur par les insurgés. — Lescure et Charette concertent leurs mouvements. — Marche des brigands sur Nantes. — Ronsin et les Hébertistes dans l'Ouest. — Les Nantais oublient leurs

1794: fort. Il demanda que le considérant fût rapporté, et cherchant à établir une connexité entre les manœuvres des conspirateurs et ce qui se passait en Angleterre, il cita des passages des feuilles anglaises où se trouvaient des attaques contre les membres du gouvernement révolutionnaire. Il lut notamment un article du Star, dans lequel ce journal, rendant compte d'un bal masqué au Ranelagh, citait parmi les masques de caractère « une Charlotte Corday sortie du tombeau, qui agitait, pendant toute la nuit, son poignard ensanglanté à la poursuite de Robespierre qu'elle jurait de maratuer. » Un mouvement d'horreur se fit dans la Convention. « Voilà donc les fêtes de ce peuple cannibale, ajouta Barrère; voilà les jeux publics Laconvenuon de ces rois marchands. Des assassins sont les ac- "'T'^*'''?f ' teurs de leurs bals, et le meurtre est le drame qui

additionnel de ' ^

Merlin leur couvieut. » Sur l'impression de ces complai- (deDou ). gantes paroles, la Convention rapporta le considérant du décret rendu la veille et passa à l'ordre du jour pur et simple sur les autres propositions (1). Terreur des Robespicrre restait donc maître du terrain. Ses ennemis euncmis tcrrifiés s'humilièrent. Tallien lui écrivit

de Robespierre.

une lettre humble et basse pour lui expliquer sa conduite. Sa maîtresse, la dame Cabarus de Fontenay, était déjà sous les verroux. Il se sentait perdu. Plus de soixante députés, craignant comme

(4) Séance de la Convention du 42 juin (Si prairial 4794).

lui d'être arrêtés, ne couchèrent plus chez eux. On nw. parlait d'une liste de dix-huit victimes. Bourdon (de l'Oise) tomba malade de fatigue et d'anxiété. Mais cette victoire devait coûter cher à celui qui la remportait. Il ne l'avait obtenue que par une sorte de désaveu de ses intentions. La discussion avait jeté une lumière sur la terrible loi du 22 prairial, et la résistance d'une partie du Comité prouvait à Robespierre que ce grand instrument de terreur ne fonctionnerait pas à son seul commandement. A la suite de la querelle du 23 prairial, Robespierre, sans toutefois donner sa démission, affecta de ne plus paraître au Comité de Salut public. L'impor- Robespierre tance de son rôle lui faisait attribuer par Topinion descraiitéB. publique l'initiative de la plupart des actes du gouvernement, et ses ennemis, par une manœuvre aussi habile que perfide, secondaient cette tendance de l'opinion. Tout l'odieux de la situation retombait donc sur Robespierre. En se retirant du Comité, il déjouait ce calcul, se dégageait de cette lourde responsabilité, la laissait à ses adversaires, aggravée de tout ce qu'allait y ajouter d'horrible l'exécution de la loi du 22 prairial et le redoublement de la Terreur. On avait transféré la guillotine à la barrière du Trône; chaque jour, pendant deux mois, le nouveau tribunal allait y envoyer cinquante victimes, dont on enfouissait les cadavres dans un angle du parc de Mousseaux. L'absence de Robespierre, le membre le plus populaire du gouverneni. S8

de Robespierre.

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im. ment, était en même temps une accusation indirecte contre les Comités et une préparation à la dictature, vers laquelle son parti le poussait et qu'il croyait Puissance uécessairc. Du fond de son cabinet, il planait d'ailleurs sur les Comités par Couthon et David ; sur la police et le tribunal, par Herman, Héron et Dumas; sur la Commune, par l'agent national Payan ; sur la force armée, par Henriot. Homme d'exécution, il eût trouvé sous sa main tous les éléments d'un coup d'Etat. Assidu aux Jacobins, qu'il dirigeait à peu près exclusivement, et dont il s'était fait un sanctuaire, on'l'y voyait chaque soir, entouré de ses principaux partisans. De cette tribune redoutable, il parlait contre l'indulgence, poussait les Comités dans le sang, les jugeant, les passant en quelque sorte au crible de sa redoutable épuration. Que nul obstacle imprévu ne surgît, il devenait évident pour tous que le pouvoir suprême allait tomber dans la main de Robespierre, sans qu'il eût besoin d'autre chose que d'un de ces discours, son arme favorite, qu'il élaborait lentement, avec le génie de la patience, et à l'aide desquels il subjuguait la Convention. Il n'avait plus d'autres ennemis à briser qu'un petit nombre de Montagnards , débris des Hébertistes et des Dantonnistes : Tallien, Bourdon, Fouché, Rovère, Monestier, Legendre, Fréron, Amar, Vadier, Vouland et quelques autres. Il eût ensuite aisément renversé les Comités, et procédé, sous une

sorte de protectorat, à rétablissement du régime ^^' constitationnel.

Les Comités mmacés, les victimes hautement Ligue désignées et que le Comité de Sûreté générale, dans

et des

la crainte de diminuer le nombre des ennemis de mdaigenu

contre

Robespierre, ne poursuivait pas, quoique plusieurs Robespierre. d'entre euit, comme Tallien, fussent souillés de crimes notoires, voyaient clairement cette situation, et se sentaittit glisser sur la pente qui les entraînait à l'abîme. Ils se comptèrent, oublièrent leurs anciennés querelles. Modérés et exagérés s'unirent par le péril commun; et, pour intéresser un plus grand nombre d'hommes à leur cause, ils firent circuler des listes de proscription qu'ils attribuèrent à Robespierre et à Couthon. Parmi ces ennemis^ d'autant plus implacables que leur tète était menacée, il en est qui eussent au besoin poignardé Robespierre. Ses partisans le sentaient, et des Jacobins qu'on nommait ses gardes du corps le suivaient de loin, armés de bâtons, et veillaient sur ses jours. Au moral, Robespierre était encore plus difficile à attaquer. Ses mœurs austères et sa probité absolue ne laissaient aucune prise contre lui. Mais les Machiavel de la Terreur étaient rompus à toutes les ressources de l'intrigue. Ne pouvant trouver dans Robespierre un point vulnérable, ils résolurent d'employer les deux grands moyens de ce genre de tactique : le u calomnie. ridicule et la calomnie. Ridiculiser ce personnage austère et terrible, calomnier ce théoricien de la

im. vertu, n'était pas chose facile; mais il y avait dans le groupe des Thermidoriens des hommes comme Fouché, Tallien, Barrère, qui, en matière de fourberie et de raillerie ne connurent point d'égaux. Chose digne de remarque aux yeux du moraliste, la calomnie, elle aussi, quoique différente de ton, avait été l'arme habituelle de Robespierre, et c'est avec cette arme, qui allait le tuer, qu'il avait précipité dans la tombe Brissot et Danton, la Gironde et la Montagne.

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