LIVRE XX 4t
de Robespierre murmurèrent. « Ce décret est im- «tw. portant, s'écria Ruamps; j'en demande Timprea- réJm!^^^!^^ sion et Tajoumement. S'il était adopté sans ajour. nemeoide nement, je me brûlerais la cervelle. » Lecointre (de Versailles) appuya Tajoumement. Barrère demanda que cet ajournement n'excédât pas trois jours. Robespierre ne fléchit point sous le choe. Il combattit Tajoumement, dit qu'il compromettrait le salut de la patrie. Il défendit ensuite le projet de loi , articulant qu'après mûr examen il n'était pas possible d'y découvrir un article qui ne fût fondé sur la jus^ tice et sur la raison. Avec un mélange d'audace et d'hypocrisie, il fit valoir le projet de loi sur les points où il sentait bien que, nul ne l'attaquerait, ne parla pas de ce qui causait la secrète alarme de la Convention, et que nul, soit par honte de pardtre trembler, soit par crainte de trahir ses appréhensions, n'osait aborder. Robespierre chercha ensuite à émouvoir l'Assemblée. « On veut vous diviser, dit-il, on veut vous épouvanter... Nous voulons bien mourir, mais que la patrie et la Convention soient sauvées. Nous braverons les insinuations perfides par lesquelles on voudrait taxer de sévérité outrée les mesures que prescrit l'intérêt public. Cette sévérité n'est redoutable que pour les conspirateurs , que pour les ennemis de la liberté et de l'égalité. B
Bourdon (de l'Oise) proposa de diviser la proposition, de compléter le nombre des juges et jurés.
I«8 HISTOIRE im SOIXANTE ANS
I7W. et d'ajourner le reste. Robespierre continua de re- ^^iTw" P®^8®®^ rajoumement, et la loi votée article par doitpiiwtL article passa le jour même. On renouvela en même temps les pouvoirs du Comité de Salut public. Tallien, Fouché, Barras, Bourdon (de l'Oise), Lecointre, L^ndre, et tous ceux qui sentaient déjà leur tête menacée, résolurent de soutenir le l^sdemain un amendement qui sauvegardât la personne des représentants du peuple. Dans la soirée du 22, une scène scandaleuse se passa dans le jardin du Palais- Royal. Tallien et deux de ses collées se crurent épiés par des espions des Comités. Ils les saisirent au collet et les menèrent au corps-de-gaide. Le lendemain, à la Convention, Bourdon (de roise) profitant de l'absence des Comités , revint sur la 1« votée la veille. « La Convention ne p^it avoir entmdu, dit-il, que le pouvoir des Comités s'étendil sur les membres de la Conventimi sans un décret ÀHkit préalable. » C'était aborder le fcmd de la qoestic». Merlin (de Douai), avec beaucoup de finesse^ demanda la question préalable appuyée d'un considérant; la Convention n'ayant pu, disait-il, se dépouiller du droit inaliénable de décréter seule l'arrestation des représentants du peu[de.
Une scène violoite mt lieu, le même jour, au Comité de Salut public. Billaud-Varames et la plupart des membres du Comité blâmèrent vivemexkt Rdbespierre d'avoir préparé une pareille loi de concert avec le seul Coutbon. 11 répcMidit
que tout, jusqu'alors, se faisait de confiance. La itm. discussion dégénéra en dispute. Robespierre fut pris d'une sorte de fureur, et poussa de tels éclats de voix, qu'on l'entendait de la terrasse du jardin. Il fallut fermer les fenêtres. 11 entra dans un violent désespoir. « Il y a une faction qui veut me perdre..., s'écriait- il, et que tu défends, Ruamps. Personne ne me défend..., je suis seul. — 11 faut donc dire, d'après ton décret, que tu veux guillotiner la Convention, répliqua Billaud-Varennes. » La fureur de Robespierre dépassant alors toutes les bornes : « Vous en êtes tous témoins que je ne dis pas que je veuille faire guillotiner la Convention nationale. Je te connais I dit-il à Billaud d'un ton menaçant. — Et moi aussi, je te connais, répondit celui-ci..., tu es un contre-révolutionnaire. » Robespierre marchait à grands pas. La colère le suffoquait; il se calma et versa des larmes. Il fut convenu qu'on amenderait la loi, et que Ton garderait le secret sur cette querelle. Le lieu des séances du Comité fut transféré au second étage, afin d'éviter que le public pût se douter que de telles discordes existaient parmi les hommes qui se chargeaient de gouverner la France.
Le 1 2 juin, Cou thon fit un effort pour arrêter le mouvement qui menaçait d'emporter la loi, et reconquérir un peu du pouvoir moral qui commençait à faire défaut au triumvirat. Il prit contre ce qu'il nommait c d'atroces calomnies » la défense
m HISTOIRB m SOIXANTE ANS
I7M. du Coniité de Salut public. Quelques yoix, cher^
chant à isoler le triumvirat, s'écrièrent: « Non,
non, personne n'accuse le Comité de Salut public. »
couthon Ck)uthon insista, attribuant à la malveillance, à une
rapport iuteutiou marquéc de porter un coup au gouverne-
de l'article meut, Taccusatiou portée contre le Comité de vou-
additionnel de ' ^
Merun loir usurpcr le pouvoir. Sans prétendre faire révo- (do Douai), q^gj^ l'article additionnel voté dans la séance précédente, Couthon regardant comme une injure le considérant dont il était accompagné , en demandait la radiation. Il laissa tomber sur Bourdon (de roise) des paroles de blâme, réclamant la confiance de la Convention pour le Comité de Salut public , ajoutant que le Comité était prêt à se retirer si cette confiance lui manquait. Bourdon (de l'Oise) répliqua d'une façon à la fois audacieuse et timide. « Qu'ils sachent, les membres des deux Comités, dit-il, que s'ils sont patriotes, nous le sommes comme eux. » Et craignant d'en avoir trop dit, il ajouta qu'il estimait également Couthon, le Comité et la Montagne. On4'applaudit; mais ce n'était pas encore assez pour Robespierre*
Disconn Plciu dc hauteur et de sécheresse, il répliqua qu'il
menaçant ^^^ suffisait pas de rétractations éternelles et peut-
de Robespierre. * ^ *
être concertées pour se justifier d'avoir voulu diviser la Convention. 11 évoqua encore l'ombre de Danton et de ses autres victimes, c Qui ne voit pas, dit-il, que leur système est resté organisé. » Et revenant à son thème habituel, il ajouta qu'il n'exis-
tait dans la Convention que deui partis : « les bons mk. et les méchants. > Le fiel montait de son cœur à ses lèvres. Les mots d*intrigants méprisables et d'hypocrites, lancés, par une allusion transparente, à Bourdon (de l'Oise) et à ceux qu'il accusait de se faire chefs de parti pour séparer le Comité de la Montagne, amenèrent un orage. « Jamais, s'écria Bourdon (de l'Oise), il n'est entré dans mon intention de vouloir me faire chef de parti. » Robespierre continuant de parler, il l'interrompit encore : « Je demande qu on prouve ce qu'on avance ; on vient de dire assez clairement que j'étais un scélérat... — Je n'ai pas nommé Bourdon, s'écria Robespierre; malheur à qui se nomme lui-même 1 » 11 poursuivit ce discours menaçant, se plaignit des calomniateurs, raconta le scandale causé la veille par Tallien, comme une preuve à l'appui du système de calomnie dirigé contre le Comité.
Quand Robespierre eut parlé, de vifs applaudissements retentirent dans la salle. Merlin (de Douai) s'excusa d'avoir rédigé le considérant. Tallien voulut eiphquer sa conduite; Robespierre lui coupa brusquement la parole par un démenti formel.
€ Tallien est un de ceux, ajouta-t-il, qui parlent sans cessé et publiquement de la guillotine comme d'une chose qui les regarde, pour avilir et pour troubler la Convention nationale. » Tallien ne put s'expliquer. Bientôt Barrère prit la parole. Avec sa mobilité ordinaire, il se tournait du côté du plus
iae HISTOIRE 0B SOIXAME ANS
iTM. Terto, n'était pas chose facile; mais il y avait dans le groupe des Thennidoriens des hommes comme Fouché, Taliien, Barrère, qui, en matière de fourberie et de raillerie ne connurent point d'égaux. Chose digne de remarque aux yeux du moraliste, la calomnie, elle aussi, quoique différente de ton, avait été l'arme habituelle de Robespierre, et c'est avec cette arme, qui allait le tuer, qu'il avait précipité dans la tombe Brissot et Danton, la Gironde et la Montagne.