III
1799. national au-Klessus de ses préférences pour telle ou telle forme de gouvernement. Il eut, quoique militaire, le génie de la liberté^ et fut constamment fidèle à ses principes; mais le salut de la patrie l'emporta chez lui sur ces principes mêmes, et dans la dictature de ce Comité de Salut public dont il allait faire partie, il prit sa part de tyrannie pour sauver la France envahie. En tout temps sa conduite fut droite et pure, et de tous les personnages illustres qui traverseront cette péi^ode de soixante années de notre histoire nationale, nul ne laissera dans les jugements de la postérité une plusihaute estime.
Camot entra au Comité de Salut public sous les auspices de Barrère, qui Tavait compris et qui devina en lui rhonune qui allait organiser la réquisition et imprimer à la guerre l'impulsion d'une tactique ^nouvelle^ Il régularisa ce colossal mouvement et put songer, en présence de la levée en Tactique non- masse, à appliquer les principes de tactique militaire indiqués dans Grimoard et essayés par le grand Frédéric, et qui consistaient à ne présenter à l'ennemi que des masses portées rapidement d*un endroit à un autre. Cette tactique, qui a été pratiquée par Napoléon dans de si vastes proportions que les batailles devinrent en quelque sorte ^ des duels de nation contre nation, allait sauvw la France.
Sur le rapport du Comité de Salut public où
▼elle introduite par Camot,
venait d'entrer Carnoty la Convention rendit nn itss. décret dont les dispositions allaient faire de la France entière un camp et un arsenal. Le génie de ces temps extraordinaires, où la France fut nn hérosy éclate dans cette page formidable et sublime, dcmt ksf fragments suivants peuvent donner une idée :
« ART. I*^ Dès ce moment, jusqu'à celui où les Décret pour u ennemis auront été chassés du territoire de la Ré- ^^ ®" pubKqne, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées.
» Les jeunes gens iront au combat; les hommes mariés forgeront des armes et transporteront des subsistances; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux; les enfants mettront les vieux linges en charpie; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, la haine des rois et Tunité de la République.
» II. Les maisons nationales seront converties en casernes, les places publiques en ateliers d'armes, le sol des caves sera lessivé pour en extraire le salpêlare.
» III. Les armes de calibre seront exclusivement confiées à ceux qui marcheront à l'ennemi; le service de l'intérieur se fera avec les fusils de chasse et Tarme blanche.
» IV. Les chevaux de selle seront requis pour compléter les corps de cavalerie; les chevaux de
1793. trait, autres que ceux employés à l'agriculture, conduiront Tartillerie et les vivres.
» Y. Le Comité de Salut public est chargé de prendre toutes les mesures pour établir, sans délai, une fabrication extraordinaire d'armes de tout genre, qui réponde à l'état et à l'énergie du peuple fran-^ çais; il est autorisé en conséquence à former tous les établissements, manufactures, ateliers et fabriques qui seront jugés nécessaires à l'exécution des travaux, ainsi qu'à requérir pour cet objet, dans toute la République, les artistes et les ouvriers qui peuvent concourir à leurs succès; il sera mis à cet effet une somme de 30 millions à la disposition du ministre de la guerre, à prendre sur les 498 millions 200,000 liv. d'assignats, qui sont en réserve dans la caisse des trois clefs. L'établissement central de cette fabrication extraordinaire sera fait à Paris.
» VIL Nul ne pourra se faire remplacer dans le service pour lequel il sera requis; les fonctionnaires publics resteront à leur poste.
» YIll. La levée sera générale; les citoyens non mariés ou veufs sans enfants, de dix-huit à vingtcinq ans, marcheront les premiers; ils se rendront sans délai au chef-lieu de leur district, où ils s'exerceront tous les jours au maniement des armes, en attendant l'ordre du départ. '
» XL Le bataillon qui sera organisé dans chaque district sera réuni sous une bannière portant cette
inscription : Le peuple français debout contre les itw. tyrans,
Barrère avait, au nom du Comité de Salut public, exposé dans un discours rapide et entraînant les motife de cette résolution suprême du peuple français. « La liberté, dit-il, est devenue créancière de tous les citoyens; les uns lui doivent leur industrie, les autres leur fortune; ceux-ci leurs conseils, ceuxlà leurs t>ras; tous lui doivent leur sang. Ainsi donc touâ les Français, tous les sexes, tous les âges sont appelés par la patrie à défendre la liberté I Toutes les facultés physiques ou morales, tous les moyens politiques ou industriels lui sont acquis; tous les métaux, tous les éléments sont ses tributaires. Que chacun occupe son poste dans le mouvement national et militaire qui se prépare. Les jeunes gens combattront, les hommes mariés forgeront les armes, transporteront les bagages et l'artillerie, prépareront les subsistances; les femmes travailleront aux habits des soldats, feront des tentes et porteront leurs soins hospitaliers dans les asiles des blessés ; les enfants mettront le vieux linge en charpie; et les vieillards, reprenant la mission qu'ils avaient chez les anciens, se feront porter sur les places publiques; ils enflammeront le courage des jeunes guerriers, ils propageront la haine dés rois et l'unité de la République. Les maisons nationales seront converties en casernes, les places publiques en ateliers; le sol des caves servira à préparer le sal-
i7»3, pêtre; tous les chevaux de selle seront requis pour la cavalerie, tous les chevaux de voiture pour l'artillerie; les fusils de chasse, de luxe, les armes blanches et les piques suffiront pour le service de Tinlérieur. La» République n'est qu'une grande ville assiégée; il faut que la France ne soit plus qu'un vaste camp. » Désormais les armées n'étaient plus que l'avant-garde du peuple. Dans chaque ville, dans chaque village, à chaque coin de champ se dressaient un régiment, un bataillon, im soldatcitoyen, prêts à marcher à l'heure du péril. Ce mouvement de géant qui rassemble ses forces eut un caractère de spontanéité formidable. Le niveau de l'Egalité, en passant sur le patriotisme et en l'imposant à tous indistinctement, vainquit les répugnances, la paresse et la trahison. Le pauvre coudoya le riche dans les rangs de l'armée; sur l'autel de la Patrie la France entière jura de s'immoler elle- Immolation mèmc s'il Ic fallait. Cette immolation d'un peuple fran^HTMiut ^^ principe de la nationalité fut complète, sans réde la Patrie, gcrvc. La Icvéc cu massc put inscrire sur ses drapeaux cette devise : « Le peuple français debout contre les tyrans. » Nous.entrons ici dans une phase de ces annales qu'on pourrait comparer au septième et formidable cercle de l'enfer du Dante; mais au sein même des atrocités de la Terreur, la France de 1 793 reste grande aux yeux du politique et du philosophe. Elle sauva la civilisation en se sauvant elle-même.
bransparenlte aux malheufs de là veine. On y re- itm, comaîssait Monsieur et le comte d'Artois. Une part de générosité se mêlait donc à ces menées contrerévolutionnaires. Mttis elles étaient une occasion de troubk\y et pouvaient devenir un danger pour le pays, dons immcMnent où la guerre civile et la coa* litioD menaçaioit son existence.
Ea représentation de Paméla donna lieu à de graves ^désordres* Un officier employé au siège de LycHiV et mandé par le Comité do Salut public, fut insotté, atrété et admonesté, il se plaignit aux iaêobins: La' pièce fnt suspendue; on arrêta les comédiens. Cet incident jeta en quelque sorte une traînée de lumière sur la situation. On s'aperçut que la^ Terreur, comme certains fléaux, avait développé une sorte d'insouciance de la mort, et une frénéaiiB de jouissances^ qui se trahissaitdans un excessif déploieraient dé luxe. Les prisons elles-mêmes, Régune dont 'le' régime était d'autant moins rigoureux qu'elles n'étaient, le plus souvent, que l'antichambre de t^é^afaud, étaieni devenues des lieux de plai- 8ir*ponr les derniers d^ris de cette brillante société du xvftt^ siècle, qui venaient y expier les folies de la Régenceetdu règne de Louis XY. La prise de Toulon, le^ siège de Dunkerque^ ranimaient chez ces infortnwés des espérances explicables sans doute appoint de vue personnel, mais bien coupables au pdint de- Vite naticmal.
En mêmertemps que le luxe essayait de renaître,
despriacMM.
de Code civil. **- Révolution financière ; fondation du grand livre dfi la dette publique par Cambon. — Système décimal^ unité de poids et iimsures. — Réformes du calendrier. — Brrew de la philosopMe révohitiàth' iwire. — Mesure du temps ; fumUtè et prètentims religieuses d(a prc^sl de Romme et de Monge, — Poétique nom^nclatwte de Fabre d'EglanHne,
— Vice de la conception matérialiste du calendrier républicain. — Gim~ séqusMe de ces innovations. — Assistance pubUqw, MpUaun^ seeowrs à domicile. — Initiative de la Terreur. — Siège de Lyon. — Expéâieuts des royalistes à Lyon. — Couthon et les réquisitionnaires de ^Auvergne.
— KeUermann repousse ('tutiianon piémontaise^ *>- TemporisaUpn de Dubois-Crancé. — Impatience du Comité de Salut public. — Doppet remplace Kellermann. — Assaut et prise de Lyon. — Entrée des représentants du peuple et des troupes dans Lyon. — Les partis à Lyon, — Terrpbks décrets de la Convention contre la ville de Lyon. — Conduite de Couthon à Lyon. — Couthon cède la place à CoKot-d^Bvrbois et à Touché: '■^'Lei partis en Vendée. — Lee deux partis se disputent le cmmanéiment 4ê l'armée de Mayence. — Division des forces républicaines; mouvements mal combinés. — Trahison attribuée à Ronsin. — Echec de la division 4ê Saumur. -*- Chute des gènéraua héberUstes, — Succès de Kléhety CkaXJbH et Westermann. — M, de Lescure est tué près de ta Tremblaye. — Combat de Chollet. — Mort de MM. de Bonchamp et d^Elbée. — Varmée rtiffatiste passe la Loire et se retire en Bretagne. — Pitoyable état de nos armée» aux frontières du Nord. *— Projets de l'Angleterre sur Dunkerque. — Ar^ rivée de Bouchard à formée du Nord. — Plan de Camol. — ^iige de Dunkerque par le duc d'York. — Terreurs et hésUatione du ginmil Aonchard. — Bataille et victoire de Hondtschoote. — Aetraite préeipiUe dm due d'York. — Faute singulière de Bouchard ; sa destitution. — Dee^ tiintion cfu générai Bédouville. — Jourdan recède à Bouchard dam le commandement en chef de l'armée du Nord. -^ Position et effectif de l'armée du Nord. — Blocus de Maubeuge par les coalisés. — Drouet, fait prisonnier y est envoyé au Spielberg. -» Forte poûlion de Vannée ennemie. — Marche de l'armée française vers Maubeuge. — Jourdan et Carnot à Watlignies. — Bataille du A A septembre. — Succès balancés.
— Avis alarmant du Comité de Saht public. — Anxiété de CanAft — - Bataille et victoire de Wattignies. — Carnot sur le champ de bataiUe de Watlignies.
1793. Le règne de la Terreur était enfin inauguré. Sans
doute, plus d'une fois déjà son spectre funèbàre ert apparu dans ces annales, sur lesquelles il plane4iè8 le début. Mais ce fut seulement en septembre 4793
que leplti» Iftehe des sentiiBents humains, et en 1793. même temps le plus impérieux, fut érigé en moyen de gouvernement, et systématiquement constitué. Un mouvement populaire, qui éclata dans les premiers jours de septembre, en précipita Favénement et en organisa le système.
La tîiflettefiit la cause première de ce mouvement, qui dégénéra presque aussitôt, et devint, entre cer* taines mains, un moyen politique. A la fin d'août et dans les premiers jours de septembre, deux classes d'individus qui se confondaient quelquefois, parce qu'ils se proposaient les uns et les autres de jeter la Révoliftkn dans l'extrême, se remuèrent beaucoup. L'appareil de la Terreur semblait irriter plutôt que Aspect glacer leur audace. Le luxe, écrasé par des lois J^^Za^ draconiennes et qui, dans ces temps de méfiance, de la Terreur. devenait une cause de suspicion, essaya de reflorir. On vit reparaître une foule de carosses à la porte des théâtres. Les cafés, les salles de spectacle et les lieux de plaisir étaient envahis par une foule de jeunes gras qu'on commençait à désigner sous le nom de muscadins j et dont les artistes du temps nous ont légué l'étrange et ridicule physionomie. Ces jeunes gdtïs, à rbcure où il fallait que la France, pour être sauvée, devînt un vaste camp, déclamaient contre la réqmsition et <^rchaient à éluder l'obligation qo'eUe imposait à tous les citoyens valida. Dans un iHomant où la< ^vérité des mœurs était au imoins un hôinmage rendu aux malheurs de la patrie et à la
47M. misère pablique , ils affectaient ^iob diss^uUtm blessante. (^9 hdinmefr,'queBonap6tftiBBii^naim plus tard du nom flétrissante de poumV, se déaîr^ gnaient sous la dénomination àé gen&€(mmi0 il faïuL Ils y ajoutèrent cdie d'honnêtes gens, qui a tnfvfersé tout le xix^ siècle, variable dans ses nuanoesfy idmr ^ tique par le fond, et qui^ en certaines ciroonstaniM, losoieDce ^ pris ttuo redoutabk signification politique. Les des muscadins, muscadinsj baissaient les Jàcobihs^ et les battaiwit partout où ils le pouvaient faire eç sécurité^: :piM>fir' tant du petit nombre de Jacobins présents à Raris^ ils se rendaient au club et y faisaient du tapage, ib appelaient cela aller chez le amin Jacques, pairaihision à l'assassin Jacques Clément.
Or, tandis que la reine, séparée de sonfils^ suh bissait à la Conciergerie le martym de la royauté, elle devenait, «ans y songer, le prétexte de ces dan* LeTfaé&tre< gercuscs manœuvTes. Les comédiens du ThMtiti^ Français en pj,j^jjça|g devcnu Ic ceutre de réunion des muacar dins, ne pouvaient oublier qu'ils avaient été les comédiens du roi. Ils acceptèrent et représentèrent une pièce d'un ancien député royaliste de VAssem*blée législative, M. François de Neufchl^teatt./^La pièce avait pour titre Pam^/a. Les cocarâe8LiK>irei»et les cordons bleus y étaient prodigués avec une intention marquée.jPam^/a était une glorification con* tinuelle des Anglais, qui, déjà ma^ti^S/de Tcmlpa, assiégeaient alors Dunkerque:J)ansrlearhéâtre du Lycée on jouait une pièce qui n'était qu'une allusion
transparente aux malheun de la reine. On y re- itm. ooapaîggait Monsieur et le comte d'Artois. Une part de ^nérosité se mttait donc à ces menées contre* révolutionoaires. Miâs elles étaient imé occasion de troubk\y et pouvaient devenir on danger pour le paya, dans unincMnent où la guerre civile et la cealitîoD menaçaioit son existence.
Ha représentation de Paméla donna lieu à de graves /désordres* Un officier employé au siège de LyonV et mandé parle Comité de Salut public, fut insohé, atrété et admonesté, il se plaignit aux jacobins; La' pièce fut suspendue; on arrêta les oon^diens. Cet incident jeta en quelque sorte une traînée de lumière sur la situation. On s'aperçut que la^ Tevreurv comme certains fléaux^ avait déyebppé une sorte d'insouciance de la mort, et une frénésib dejotiissances^ qui se trahissaitdans un excessif déploiement de luxe. Les prisons elles-mêmes, Régune dont lie* régime était d'autant moins rigoureux qu'elles n'étaient, le plus souvent, que l'antichambre dé l^édiafand, étaieni devenues des lieux de plaisirpoor les derniers d^ris de cette brillante société du xvïit^ siècle, qui venaient y expier les folies de la R^enee^et du; règne de Louis XY. La prise de Toulon, le' siège de Dunkerqne^ ranimaient chez ces iafortnnés des espérances explicables sans doute an point de vue personnel, mais bien coupables au pciint de vue • naticmal .
En mêmetemps que le luxe essayait de renaître,
despriaoïM.
ms. la misère publique devenait chaque jour plus profonde. Couthon n'atait pas sans raison fait décliar rer le gouvernement anglais coupable de lèse4iu!i!iiift- M.pitt nité, et M. Pitt ennertii du genre humdift. Le blôëus
et le maximum. ^^ ^^^ poHs avaît paralysé toutes les traiisacMons commerciales, et en même temps développé la èii» pidité des accapareurs. Le maximum^ remède empi* rique à un mal sans autres moyens curatifs que la paix et la liberté, allait devenir une nécessité. On sait ce que peuvent devenir les crises dé subsistances dans une ville comme Paris. Bientôt la qm^ lion du pain devint Tunique préoccupation des sections. 11 fallait passer une partie des nuits à la porte des boulangers. Pendant ces longues heures où Touvrier fatigué, affamé, attendait son tour comme à la porte d'un théâtre, des malveillants et des alarmistes l'irritaient, l'épouvantaient par leurs propos.
Les sections envoyèrent des délégués délibérer à l'Evêché. L'idée d'un nouveau 31 mai se cachait derrière la question des subsistances. Le Comité de Salut public ne l'ignorait pas. Il espéra couper le mal en détruisant le prétexte. Il fit déclarer que Paris pourrait au besoin être approvisionné par des réquisitions à main armée. La Commune se sentit débordée. Elle craignit pour sa propre existence, et fit d'inutiles efforts pour arrêter le mouvement. Journées des H éclata Ic 4 Septembre, au point du jour. Lé branle
4et58eptembre. ^^^ ^^^^^ ^^^ |^ scctious dc Moutrcuil, dcs Quinzo-
Vingts et de Popincourt. Le tambour battit. La miil- n^. titude s'assembla sans armes sur le boulevard, pous* sant pour unique cri[: « Du painl du pain! » A midi cette masse couvrait la Grève. Sur une table posée au milieu de la place, une pétition fut im^ provisée, couverte de signatures. Le peuple nomma une députation qui se présenta au corps muni*
pauTres.
Chaumette avait, dans la matinée, obtenu de la Convention un décret qui autorisait la fixation du maanmum pour les objets de première nécessité. 11 lit le décret, le tumulte couvre sa voix. La salle est pleine d'une foule qui ne veut plus se contenter de promesses et n'a qu'une réponse : « Du pain tout de suite! — Et moi aussi, j'ai été pauvre, s'écrie Chaumette, et par conséquent je sais ce que c'est que les pauvres. C'est ici guerre ouverte des riches ugaerre contre les pauvres... Il faut les écraser, nous avons <iea riches et des la force en main. Us ont mangé nos chemises, ils ont bu notre sueur, et ils voudraient encore s'abreuver de notre sang! » Par ces horribles paroles, Chaumette espère calmer la foule. 11 requiert le transport immédiat de farines à la halle, la levée immédiate d'une armée révolutionnaire, pour assurer les réquisitions et punir les coupables^ a Surtout, s'écrie Hébert^ que la guillotine suive chaque rayon, chaque colonne de eette armée. » Le conseil général arrêta aussitôt que les anciens administrateurs des subsistances, Cousin^. Bidermann, Filleul, Favanne
78 fflSTOIRE DE SOIXANTE ANS
47M. et rex-ministre Garât seraient gardés par trois sans^ culottes choisis, indemDisés'à 5 livres pajr jour; Le peuple, satisfait, se retira yers dix hearea.
Le soir, atix Jacobins, Robe^ierrê démasqua lé sens occulte de la manifestation; mais, toojoiM inébranlable dans sa politique de juste mi}iei!^i H craignit à la fois d'exaspérer ^u de tropr oahmries Robespierre Jacobius, et ne proposa aucun moyen. Un' des '^ItT^Lr'' ïûôîïïbres de la société, Royer, fît, aucoiitwdre; appel aux hommes d'action. La socfété ^'enflamma à ces paroles, prit rende]&-Yous pour le lendemain & la place de THôtel-de-Ville, afin de marcher avee la Commune à la ConTention, et d'en obtenir des décrets vengeurs contre les ennemis de la^ Révo^ lution.
Robespierre était alors président de la Convention et devait être remplacé dans la soirée. On avait arrêté la veille un de ses acolytes, Taschereau. Ce manque de respect pour son autorité était de mauvais augure. Il prit pourtant le chemin de TAssem* wputation hlée. Pache, maire de Paris; Chaumetle, procureur ^^ eénéral, arrivèrent à la tête d'une députation de la
Commune *^ • i ^
et des Jacobins Communc. Le maire, avec son flegme habituel, dé«à la Convention. ^^^^^ ^^^^ Pafîs u'avait pas mauqué de subsistanoes, mais ne se- nourrissait plus que des arrivages du jour. Il se plaignit de l'inexécution des lois sur les subsistances, de l'égoïsme et de la malveillance des riches détenteurs de grains. Chaumetté Itft ensuite la pétiticm des citoyens de Paris. Elle était écrite
dans un style \ioIent et imagé. Il associa la justice mt. à la colère. Il déclara que le peuple avait enfin ramassé le gant qu'on lui jetait, « Montagne, s'écriat-il, soyez le Sinaï des Français. Lancez au milieu dds foudres les décrets étemels de la justice et de la Tolonté 4iu peuple I » Sa parole fut saluée d'applaudissements prolongés. Thuriot, qui présidait en attendajQit l'aripiyée de Robespierre, répondit : « La liberté survivra. aux intrigues des conspirateurs* » Asoa discours, Ghaumette ajouta une de ces mo- Etrange ti(M[is singulières qu'on nommait des carmagnoles. ^^^^!^^^^^ 11 proposa de mettre le jardin des Tuileries « ea cultuise utiile^ % déclarant les fleurs de lis, buis et stataeSy aliments du luxe et de l'orgueil des rois.
La députation , admise aux honneurs de la séance, entra suivie d'une multitude qui poussait le cri de Vive la Républiq%ie et portait des bannières sur les* quelles on lisait ces mots : c Guerre auco tyrans I guerre wa> aristocrates ! guerre aux accapareurs ! » Cette scène augmientait l'exaltation. Moïse Bayle pn^se de convertir en motions les demandes des sections. iBillaud-Varennes, Léonard Bourdon, Dan- Les demandes ton appoi^nt et développent ces motions. Basire de- ^«««««''n^BO" mande l'épuration des Comités révolutionnaires, le motions. désarmement des sijLspects. Suspect lui-même de modérantisme» il saisissait cette occasion de faire preuves dô civisme. La formation immédiate de l'arnée révoluti(Mmaire est appuyée par Léonard Bourdon. Danton, fait observer que le temps passé aux
Elan
patriotique de
Danton.
sections devient une cause de ruine pour le peuple. 11 veut qu'on décrète seulement deux grandes assemblées de sections par semaine, le jeudi et le dimanche, et que l'homme du peuple indigent qui assistera à ces assemblées reçoive une indemnité de quarante sous par séance. « Je demande, ajouta-t-il, que vous décrétiez au moins cent millions pour faire des armes de toute nature ; car si nous avions eu des armes, nous aurions tous marché. Jamais la patrie en danger ne manquera de citoyens. Qu'un fusil soit la chose la plus sacrée parmi nous ; qu'on perde plutôt la vie que son fusil. » La fougue de Danton entraîne le vote de ces motions que le Comité de Salut public se hâte d'appuyer.
L'enthousiasme était à son comble lorsque la députation des Jacobins, réunie aux délégués des quaà la Convention, rautc-huit scctious, prit à son tour la parole par l'organe de son orateur. L'adresse des Jacobins était une dénonciation contre les ennemis de l'intérieur, non moins redoutables que ceux du dehors. Elle se plaignait de l'impunité des coupables et désignait nominativement Brissot, demandant son jugement ainsi que celui de ses complices. Yergniaud, Gensonné furent aussi nommés dans cette sauvage diatribe. « Il est temps, ajouta l'orateur des Jacobins, que l'Egalité promène sa faux sur toutes les tètes. H est temps d'épouvanter tous les conspirateurs. Eh bienl législateurs, placez la Terreur à l'ordre du jour. Soyons en révolution, puisque la contre-ré-
Sinistre
adresse des
Jacobins
UVRE XVÎ 84
voliition est partout tramée par nos ennemis. Que itw. le glaive de la loi plane sur tous les coupables ! Nous demandons qu'il soit établi une année révolutionnaire, qu'elle soit divisée en plusieurs sections, que chacune ait à sa suite un tribunal redoutable et l'instrument terrible de la vengeance des lois ; que cette armée et ces tribunaux restent en fonctions jusqu'à ce que le sol de la République soit purçé des traîtres, et jusqu'à la mort du dernier des conspirateurs (1). »
Des acclamations interrompent à chaque instant Torateur des Jacobins et quand il termine en appelant sur les nobles la vengeance du peuple, l'Assemblée retentit longtemps des applaudissements des tribunes et de la multitude. Drouet, l'auteur de sortie trieuse l'arrestation de Louis XVI à Varennes , s'agite comme ^^ ^°®*un homme pris de vertige et s'écrie : « Puisque notre vertu, notre modération ne nous ont servi de rien, soyons brigands pour le bonheur du peuple. .. Déclarez aux gens suspects que si la liberté était en péril, vous les massacreriez impitoyablement, et que vous ne rendrez aux tyrans la terre de la hberté que couverte de cadavres. » Un murmure d'indi- Beiie réponse de gnation couvrit sa voix, et Thuriot qui présidait ar- Thunot. tîcula cette belle parole : « La France n'est pas alté- Téede sang, elle n'est altérée que de justice. »
Diverses députations se succédèrent à la barre.
(4) Séanee de la Gonyention nationale du 5 septembre 4793. ni. 6
1793. Chacune apportait sa pierre au sombre mmiument
de la Terreur. Le jurisconsulte Merlin (de Douai),
fit rendre un décret portant peine de mort contre
Résumé quiconque achèterait ou vendrait des' assignats . Bar^
de Barrère. ^^^ ^^^^ eusuite résmuer dans un de ces rapports
La Terreur ^ **
egt à l'ordre du d'unc parfaite clarté qu'il rédigeait avec tmerapi- ^^"'^' dite prestigieuse/ l'ensemble des pétîtibns^' Lui aussi répéta le mot de la Commune : « Plaçùns la Tetreur à Tordre du jour. » On avait patlé de répandre le sang des conspirateurs : au nom de Brissot, il ajouta celui de Marie-Antoinette.' 11 dénonça ensuite les royalistes, les muscadins, les femmes, à l'animadversion des patriotes. « Ils veulent faire périr la Montagne, dit-il ; la Montagne les écrasera. » 11 annonça, en terminant, l'arrestation du neveti de Pitt dans le château de Camiriet à Dinan. Cette nouvelle causa des transports de joie.
Décrets La Convention décréta séance tenante la levée de
pour la création gj^ j^jj^ hommes ct douze cents canonniers, deisti-
de ràrmée
réYoïutiounaire. ués à formcr l'arméc révolutionnaire. Un second
en^"3nt ^^^^^* éloigua à vingt lieues de la frontière, et plaça
des principaux SOUS la surveillauce de la police, les personnes au-
Girondins. ^ji^fo^g attachées à la maison militaire de Louis XVI .
Elle décréta aussi que Brissot, Yergniaud, Gen-
sonné, Ckvière, Lebrun et Baudry, son secrétaire,
seraient immédiatement traduits devant le tribunal
Motion de révolutionuaire. Billaud-Yarennes demanda la dé-
Biiiaud-varen- pQ^t^^ÎQ^ au-dclà dcs mcrs des femmes de mauvaise
nés contre *
les prostituées, vîe, les cousidéraut comme une peste dans la so-
ciété, déclarant qu'elles ne faisaient des jeunes 4793. gens que des syl^irites incapables de servir la liberté, et les considérant ooûime un germe deieontreréYolution. Les esLcessÎTes prétentions chorales de la Terreur commençaient à se produire. Politique* meirt cette joumée eut des conséquences considéraUe& CTest d'elle que sortit la constitution défini^ tire du Comité dé Salut public, telle qu'on Ta vue à la M Au précédent livre, et qui eût scindé ici le tableau de la fohnàtion du régime épouvantable à l'aide duquel la Frdnce osa tenir tête à la Coalition.
Apte» le renouvellement du Comité de Sûreté RenouTeiiemeDt générale et l'entrée de deux nouveaux membres ^^^^}^^
o censures, epura-
&DS le Comité de Salut public, la Terreur continua tion, inquiside s'organiâer. Sur la demande de la société popu- ^^ fortunel des lâire de Tours , la Convention décréta que tout fonctionnaires; fonctionnaire public serait tenu de rendre compte d'hospitalité, de sa fortune (1 )• On autre décret de même date mesures contre
les jolies
obligea les étrangers de se munir d'un certificat soUiciteuses. i'hospitalké délivré par les officiers municipaux. Letnème jour, sur le réquisitoire de Chauihette, le eoBBeii général de la Commune se soumit à k censurefetàrépuration. Quelques municipaux s'étaîmt laissés séduire par des femmes qui réclamaient la liberté d'individus mis en arrestation. La Commune prit une Àiesure d'exclusion contre les belles sol-^ Mteuses o\\ jolies intriganles. L'accès des bureaux
(4) Séance de la Gonvenlion du 6 septembre 4793.
84 fflSTOroE DE SOIXANTE ANS
4783. de police leur fut interdit. Le conseil arrêta le même
jour que toutes les femmes, sous peine de huit jours
de prison et d'incarcération jusqu'à la paix en cas
de récidive , seraient tenues de porter la cocarde
Rapport de tricolorc. Lc 17, Ic jurisconsultc Merlin (de Douai),
Merlin ^^^ ^^^ j^ Comité de Législation que présidait Garnie Douai) sur le ^ T. JT
projet de loi bacérès, lut un rapport sur le projet de loi relatif leswspl^ta. ^^^ suspects. Uu décrct conforme aux conclusions fut immédiatement rendu. L'article 2 était ainsi conçu : « Sont réputés suspects : 1® ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou par leurs écrits , se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme, et ennemis de le liberté; 2** ceux qui ne pourront pas justifier, de la manière prescrite par la loi du 21 mars dernier, de leurs moyens d'exister et de l'acquit de leurs devoirs civiques; 3<* ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme ; 4® les fonctionnaires pu^ blics suspendus ou destitués de leurs fonctions par la Convention nationale ou par ses commissaires, et non réintégrés, notamment ceux qui ont été ou doivent être destitués en vertu de la loi du 1 2 août dernier; 5<^ ceux des ci-devant nobles, ensemble les maris, femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs, et agents d'émigrés, qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution; 6® ceux qui ont émigré dans l'intervalle du 1" juillet 1789 à la publication de la loi du 8 avril 1792, quoiqu'ils soient rentrés en France dans le
délai fixé par cette loi ou précédemment. » Ce décret, dont le cadre était ausssi large que vague, devint un des plus redoutables instniments de la Terreur.
Coupé (derOise) demanda ensuite un décret contre le& muscadins^ et Barrère une mesure de répression contre les propagateurs de fausses nouvelles. On organisa l'armée révolutionnaire, le tribunal criminel extraordinaire et son jury. Ronsin fut général de l'armée, Herman (d'Arras) le président, Fouquier-Tinville l'accusateur public du redoutable tribunal. La loi sur le maximum fut achevée dans les derniers jours de septembre. Le Comité de Salut public se fortifiait en même temps et devenait, comme l'avait souhaité Danton, un gouvernement. Deux tentatives furent faites à la fin de septembre pour arrêter cette formation de l'autorité terrible qui allait permettre à la France de lutter contre tous ses ennemis à la fois. La première fut dirigée contre la Convention par les enragés, dont le chef, Jacques Roux, était toujours en prison. L'attaque eut lieu sous forme de pétition contre l'indemnité allouée aux Sans-Culottes les jours où ils assisteraient aux réunions des sections. Varlet fut l'orateur de l'Évêché et les femmes révolutionnaires appuyèrent cette adresse qui fut renvoyée sévèrement au Comité de Sûreté générale. L'autre attaque fut dirigée contre le Comité de Salut public et la Convention par les Cordeliers et les Hébertistes inquiets
Décrets contre les mtM-
cadin» et les
propagateurs de
fausses
nouvelles.
Organisation de
l'armée
révolutionnaire,
de son
tribunal et de
son jury.
Attaques des enragés et des
Hébertistes contre le Comité de Salut public etla Convention.
86 HISTOroE DE SOIXANTE ANS
i793. de raméliôratiôn dès états-majors et de la lumière que rorganisation nouvelle allait jeter sur Tadministration de la guerre. Ils demandèrent la mise en vigueur de la Constitution. Danton, brisé de douleur de la ruine de son parti et de Tidipuissance de sauver les Grirondiùs, s'était retiré à Arcis-8ur*Aiibe: Ce qui restait dé ses partisans essaya d'anéantir Hébert sous les preuves accablantes de Timpéritié et des crimes de ses acolytes.
L'audace de cette faction anarchique et sanguinaire ne fut point abattue. La découverte de l'état déploi'able dans lequel Bouchotte, Vincent, avaient mis l'armée de l'Ouest et celle du Nord; ne les déconcerta pas. Maîtres de Robespierre, par sa crainte de la presse, ils portaient aux Dantonistes des coups formidables en demandant impérieusement la mort des Girondine. Les seconds ^traînaient en efifetles premiers, puisque ceux-ci avaient vbulu fonder le parti dé la clémence et des indulgents. Thuriot, qui venait de dbbner sa démission de mèmbwdu Cbbiité de Salut public, fit une amère et violente allusion aux Hébertistes en parlant des coqums, des voleurs et des hommes de sang qui aspiraient au pouvoir (1). Il n'osa point les nommer. Mais des lettres de Levasseùr et de Merlin (de Thionville) eussent achevé la déroute de cette faction abomînd)le, si Barrère n'eût détourné le danger qui la menaçait
(4) Séance de la Convention du Î5 septembre 4793.
en faisant dévier la question. Robespierre évita de itw. lutter contre les Hébertistes^.mais il trouva moyen de planer à l^ fois sur le Comité de Salut public et sur la|CoJivçn]4pn; il prit la défense du premier et blâma la seconde, lui reprochant son manque d'énergie. Il parla en homme de gouvernement, et si sa personnalité domina dans cette circonstance le Comité da Salut public, il acheva du moins d'affermir son autorité.
Le 10 jQctobre, Saint- Ju&t, au nom du Comité de Rapport Salut public, lut un rapport qui reliait entre eux les ^\^^^*** divers décrets votés dans le courant du mois de sep- de la Terreur. tembre« C^ rappprt fut en quelque sorte la synthèse de la Teneur, et la constitution du Comité de Salut public lan ^gouvernement provisoire. La Révolution aq^ira dès lor^ à sortir de sa période anarchique. Elles'ejQbrça de dégager la personne de l'Etat moderne, du chaos qui la recelait. Efforts infructueux, sans doute, puisqu'ils ne trouvaient d'autres moyens que la violence, la crainte^ le despotisme de la hache, pour s'imposer aux multitiides ; mais dont il faut pourtant tenir compte, et qu'il importe de ^gnaler au lecteur. Vue sous un de ses aspects les plus élevé^,! l'histoire de nos soixante dernières anné^ n'psjt eu effet que l'exposition des principes, de»;idéç^ et des .actes législatifs qui ont successivem^t engœdré la constitution de l'Etat tel qu'il existe actuellement. C'est dans le sang et dans les
1798. larmes du plus héroïque des peuples que s'accomplira la première série de ces formations.
Saint-Just parut à la tribune, implacable et sombre comme la Terreur, jeune et beau comme la Li- Amère critique bcrté uaissautc. Sa parole, plus froide que le trand^ partis çijant du glaive, tomba indistinctement sur tous les
par Saint-Just. ^ '
partis. Chacun d'eux se sentit touché à l'endroit de son secret ulcère. Malgré ses déclamations sur la vertu, la Révolution était infectée des vices du xviii* siècle. Parmi ces tribuns, ces généraux, ces fonctionnaires, bien peu étaient sans tache. Le mal avait un caractère endémique. La France du Régent et de Louis XV n'avait pas encore été purifiée par vingt années de guerres, et relevée par sa propre immolation de sa déchéance morale. Quoique ce discours eût fort souvent un caractère axiomatique et visât évidemment à des formules, chacun de ces axiomes, chacune de ces formules frappait si directement sur tel ou tel groupe qu'ils ressemblaient à des menaces personnelles.
« Vous devez vaincre à tel prix que ce soit, dit Saint-Just... Votre Comité de Salut public, placé au centre de tous les résultats, a calculé les causes des malheurs publics; il les a trouvées dans la faiblesse avec laquelle on exécute vos décrets , dans le peu d'économie de l'administration, dans Finstabilité des vues de l'Etat, dans la vicissitude des passions qui influent sur le gouvernement. » Après ce début, il déclara que le Comité était résolu à exposer l'état
réel des choses, qu'il fallait punir non-seulement les traîtres, mais encore les indifférents. « Tout ce qui est hors du Souverain est ennemi, » dit-il. Et complétant cette menace , il ajouta : « Entre le peuple et ses ennemis, il n'y a plus rien de commun que le glaive. » Il parla de gouverner par le fer, assusa l'administration, la comptabilité. « Tout le monde a pillé l'Etat, » s'écria-t-il. Et retournant ensuite ses regards vers les armées : « Il n'est peutêtre point de commandant militaire qui ne fonde, en secret, sa fortune sur une trahison... On ne saurait trop identifier les gens de guerre au peuple et à la patrie. » Les gens en place eurent leur tour : «Le gouvernement, dit-il, est une hiérarchie d'erreurs et d'attentats... Tous les ennemis de la République sont dans son gouvernement. » Il dénonça les agents de l'administration des hôpitaux fournissant des farines aux Vendéens insurgés, les accapareurs, commissionnaires, courtiers, etc. , ligués avec le gouvernenement. « Les voleurs que l'on destitue, dit-il, placent les fonds qu'ils ont volés entre les mains de ceux qui leur succèdent. Le gouvernement est la caisse d'assurance de tous les brigandages et de tous les crimes. > Il évalua ces vols à trois milliards, lesquels entraient en concurrence avec l'Etat pour toutes les acquisitions et rendaient le crime plus fort que la loi. Il demanda un tribunal pour examiner tous ceux qui, depuis quatre ans, avaient manié les deniers de la République. Les
AccusalioDs
et menaces de
Saint-Just.
Déplorable état
politique
et moral du
gouvernement
delà République.
1793. riches étant enrichis par les taxes qui doublaient leur revenu, il prétendit qu'il fallait diminuer l'excès des fortunes, ajoutant que ces vérités appartenaient davantage au cœur qu'à l'esprit. Par allusion aux débauches des Hébertistes et de certiuns représentants en mission, Sa^nt-Just traça la ligne de conduite des représentants, 1^ prescrivant d'être peu familiers avec les, généraux, de manger seuls, d'une manière frugale, d'être actif s,* infatigables, pareils à Annibal avant Çapoue, a Mithridate qui savait le nom de tous ses solds^s. a Ceux qui font des révolutions dans le monde; dit*il, ne doivent dorniir que dan^ le toogibeau. » il parla de l'épuration des étatsrmajors, se plaignit de leur libertinage, de leur inexactitude et de leur orgueil, ajouta qu'il était nécessaire de former des institutions et des Ipisi militaires, e?.pliqua pa.r ses côtés constitutifs k puissance; de la légion et dela|)Aalange y dit que notre système militaire devait être impétueux, flétrit ceux qui volent le soldat, montra l'Europe altérée de notre sang, et conclut à la nécessité d'éviter les épidémies, suite du naauvais régime. La bureaucratie ne fut pas épargnée. « Le ministère est un monde de papier, dit-il... Les bu« reaux ont remplacé le monarchisme; le démon d'écrire nous fait la 'guerre, et l'on ne gouverne point.» Il montra le service public devenu métier et non vertu. « Tout enfin, ajouta-t-il en terminant, a concouru au malheur du peuple et à la disette :
Varistocratie , Tavarice , Tinertie , les voleurs, la 1793. mauvaise méthode. 11 faut donc rectifier le gouvernement tout entier pour arrêter TimpulsiiMi que nos mnemis s'efforcent de lui donner vers la tyrannie; quand tous les abus seront corrigés, la compression de tout mal amènera le bien; on verra renaître rabondance d'dle-même. »
Au lableau' trop fidèle de l'état des choses sous la Révolution, Saint-Just ajouta la présentation d'une série de mesures embrassant le gouvernement^ les subsistadces, la sûreté générale et les finances. L'article premier du plus important dé ces projets saint-justprode décret, celui qui concernait le gouvernement, *^nmVnt*^de7r était ainsi conçu « Le gouvernement provisoii^e de la Répubuque France sera révolutionnaiï«e jusqu'à la paix. » Le ^^j^l^^^ conseil exécutif provisoire , les minisères, les gé- i««néraux, les corps constitués étaient placés sous la surveillance du^ Comité de Sahit public, et ne pouvaient prendre de mesure sans son autorisation. Le même Comité présentait les généraux à la nomination de la Convention. En un mot, il absoii)ait du Dictaturedu même cotap tous les pouvoirs et s'emparait de la ^^ ^™^iic. dictature.
La^ Convention écouta dans un morne silence ce discours inqitîsitorial, qui descendait au fond de tant de consciences troublées. Saint-Just inaugurait le régime de la Terreur par cette parole draconienne : « Il faut que le gouvernement soit terrible envers lui-même, et pèse sur lui-même et non
Causes
de la haine et de
TefFroi
qu'inspirèrent
Robespierre,
Saint-Just
et Couthon.
sur le peuple. » Ces principes sont importants à noter. Ils contenaient Tœuf des haines qu'allait soulever le triumvirat de Robespierre, de Couthon et de Saint-Just. Ces hommes, qui voulaient terroriser les grands, se montrer doux et modérés envers le peuple, chercher le juste- milieu de la Révolution, et imposer, par la crainte de Téchafaud , la probité, Ténergie, le zèle, la vertu, jetaient, par ces doctrines mêmes, le germe d'un pacte secret entre toutes les faiblesses, toutes les corruptions, tous les vices et, disons-le aussi, entre toutes les âmes pour lesquelles les principes de la clémence et de rhumanité dominent ce qu'on nomme la raison d'Etat. Ne faisant point la part du mal, ils devenaient, non plus des hommes d'Etat, mais des moralistes armés du glaive de la loi, et la haine qu'ils suscitèrent fut proportionnelle à l'effroi qu'ils durent inspirer. Quiconque s'était écarté de l'étroit sentier de cette morale austère qu'ils traçaient à une population corrompue en même temps qu'héroïque, folle de son émancipation naissante, ayant soif de richesses autant que de gloire, de jouissances autant que de liberté, sentit, au souffle de la voix de Saint-Just, sa tête osciller sur ses épaules. En rapprochant les idées de ce discours de la conduite relativement modérée de Couthon à Lyon et de ce qui s'était passé dans la séance de la Convention du 3 octobre, on devina le secret de cette politique, qui eut la prétention de se montrer à la fois
exempte de faiblesse et d'exagération, de s'affermir im. par la clémence envers le prolétariat, réservant sa sévérité pour les chefs de faction.
Dans cette séance, Robespierre avait en effet pris Robespierre la défense des soixante-treize députés de la droite "'*^®*«*
i soixante-treize
qu'on voulait comprendre dans le procès des Gi- députés rondins parce qu'ils avaient signé la protestation de *"^e pl!^t*"* ce parti. Il les représenta comme des hommes éga- des Girondins, rés, affirma qu'il en trouvait dont la signature avait été surprise. Il les sauva. C'était une grande audace d'arracher cette proie aux Hébertistes. Cette clémence, au milieu même de la Terreur, excita chez les hommes qui depuis Septembre marchaient dans le sang jusqu'aux genoux , une sourde fureur. Ce rôle nouveau des gens de la haute main ne laissait de place à personne , pas plus aux modérés qu'aux enragés. Si rien n'arrêtait cette autorité naissante, les uns et les autres deviendraient ses justiciables.
La Terreur, avec son gouvernement personnifié u Terreur est dans le Comité de Salut public; sa Convention pour ««"^tituée. voter les décrets ; son club des Jacobins et ses seclions entretenant l'agitation ; son Comité de Sûreté générale cherchant les coupables , et son tribunal criminel les envoyant à l'échafaud, était constituée. Par le maximum, les réquisitions, la loi des suspects, elle disposait des biens et des personnes. Elle allait bientôt étendre sa main sur tous les partis, et leur faire, aux uns et aux autres, dévastes funérailles.
<793. A côté de ce tableau de la Terreur, il est indis-
^™°î îT *"^ pensable de placer celui des immenses travaux qui Révoiatioo. ont illustré la Révolution. En même temps qu'elle s'armait de toutes, pièces pour sa propre défense, elle don^ait carrière à son génie novateur, et dans toutes les branches que peut embrasser l'esprit humain, elle jetait les bases des magnifiques institutions dont .Dous .jouissons aujourd'hui. Ce fut en août, septembre et. octobre, au moment même où la France levait douze cent mille hommes, décrétait le maximum, les réquisitions, l'armée révolutionnaire, et organisait la Terreur , que jaillirent ces éclairs de génie qui devaient éclairer et féconder l'avenir. 11 semble qu'à cette époque toutes les passions bonnes et mauvaises, poussées à leur extrême dilatation, aient en même temps centuplé les puissances créatrices de l'entendement humain.
Plans Ainsi, le plan d'éducation nationale proposé le
26 juin 1 793 par Lakanal, au nom du Comité d'Insetde truction publique, fut discuté en juillet. On lui opsair-Fwgeau. posa cclui de feu Lepelletier de Saint -Fargeau. Lakanal proposait une école primaire par mille habitants. L'Etat venait au secours de l'enfant pauvre qui dénotait des aptitudes supérieures. Tdle est l'origine de ce que l'on nomme aujourd'hui dans les collèges les boursiers. L'enseignement était libre dans le plan de Lakanal. Celui de Lepelletier de Saintr-Fargeau, dont le thème a été repris par les socialistes de 1848, réclamait l'éducation gratuite,
d'éducation de Lakanal
commune et obligatoire. Il distinguait entre Tédu- «m cation et Tinstruction, les divisait, accordait à la première sept années, prenait Tenfant des mains de la nature à Tàge de cinq ans, le rendait à douze à la famille et à la sociétés La fîUe sortait un an plus tôt. Les deux sexes étaient confotvdtis. La République faisait les frais de l'éducation nationale. Les écoles publiques, les instituts et. les lycées attendaient ensuite ceux des jeunes citoyens que ne réclamaient pas les travaux de Tagricultureet de l'industrie. On en choisissait' un sur cinquante. Ils étudiaient cinq ans aux frais de l'Etat. Les mèr^ recevaient une indemnité de cent francs.
Cette théorie, où l'on remarquait quelques observations judicieuses, mais dont TensemUe était entaché d'un caractère utopique et d'une excessive réglementation, fut soutenue par Robespierre, et combattue par l'abbé 6régoik*e et par Danton, qui y substitua l'idée de rextemat et d'un système mixte. Le plan fut complété en septembre^ à la requête des sociétés populaires, qui réclamèrent trois degrés d'enseignement. Lakanal appuya l'idée et là pétition. C'est dans ces premiers efforts du génie et du patriotisme que nous retrouvons l'embryott de nos Ecoles Normale et Polytechnique . C'est wée première donc au peuple français lui-même et à la coopéra- Nomlie^rde tion de quelques législateurs patriotes que revient l'Ecoie l'honneur de^ la conception première de ces grandes ^° y'®^^"»*!"®écoles. On suivra dans ces annales les progrès de
<793. leur formation, afin que la part de chaque époque et de chaque génération à ce monument du génie national soit distincte. Mais, dans cette embryologie de la société moderne qu'on nomme la Révolution, il importe de ne jamais omettre les formations premières , qui sont le point de départ et la clef de toute une série de combinaisons postérieures.
Unité de langue, A CCS grands travaux du Comité d'Instruction Muséum, publique se rattachent encore quelques faits subsi-
Gonservatoirede * ^ t. n
Musique. diaircs, notamment le décret par lequel ce Comité fut chargé de la composition d'une nouvelle grammaire et d'un nouveau dictionnaire. Un instituteur de la langue française fut aussi donné à chacune des communes où l'on parlait allemand, bas-breton, basque, italien et provençal. On fonda des con* cours et des prix pour les beaux-arts. Une somme fut consacrée à l'achat de tableaux et de statues pour la formation d'un Muséum auquel plusieurs salles du Louvre furent affectées. La commission
Etudes des arts demanda l'achèvement du Louvre. Quelques travaux préliminaires , qui devaient plus tard servir à la formation du Conservatoire des Arts et Métiers et de l'Institut, furent également élaborés parles Comités de 1793. Chaumette proposa et fit accepter la création d'un Conservatoire de Musique, qui fut dirigé par le vieujt et célèbre Gossec.
D'autres travaux d'un ordre différent, mais d'un intérêt non moins élevé, appartiennent encore à
diverses des Comités de 4793.
cette époque, eictraordinaire sous tous les rapports. ms.
C'est en 1 793 que fut réglée Tadministration du té- organisation
légraphe ; que Cambacérès jeta les premières bases ^^i/^^ip
d'un Code civil , admis en principe depuis 1791, mai s Première
. . ' I . /-j • p ^ ' de Code civil.
qui, trouve alors trop procédurier, fut renvoyé par la Convention à un comité de philosophes ; il ne fut réalisé que sous TEmpire. Le grand livre de la dette Révolution publique j dont la création fut décrétée sur la propo- *"^^o'r'dn**° sition de Cambon, appartient encore à cette année grand uvie de lu terrible et féconde. Cette conception, qui jette un ^(^3* grand éclat sur la mémoire de Ciambon, constituait à elle seule une révolution dans les finances de TEtat. Lorsque Cambon entreprit, selon le lanfjage du temps, de républicaniser la dette, cette dette confuse, multiple, embrouillée par une foule de vieux contrats, offrait l'image du désordre et chargeait la comptabilité de l'Etat de difficultés sans nombre. Des corporations, des communautés dont on avait absorbé les capitaux, des obligations du clergé mises à la charge de TEtat, etc. , constituaient un peuple de créanciers dont les droits étaient différents. Cambon transforma chaque créance en rente perpétuelle à cinq pour cent d'intérêt, dont le titre négociable permettait à tout créancier de rentrer dans son capital et à l'Etat d'amortir graduellement la dette en rachetant les titres de rente dans les moments où les cours fléchissaient. Les impôts qui incombaient à la dette publique furent également uniformisés en un impôt d'un cinquième . III. 7
98 HISTOffiE DE SOIXANTE ANS
Hfts. La dette flottante se trouva ainsi diminuée d'autant, et l'addition du grand livre devint la vraie science du financier.
Cet esprit de simplification qui s'empara de la Révolution fut une des conséquences du retour violent et passionné vers la nature qui caractérise la philosophie matérialiste de la fin du xvni® siècle. Au point de vue religieux et moral, les conséquences en furent fâcheuses et engendrèrent des réactions non moins exagérées dans le cœur même an XIX® siècle ; mais au point de vue des progrës^sciéntifiques et du perfectionnement, des rouages administratifs de la société, ces tendances eurent des Système dé- résultats avantagcux. Le système décimal dériva de la mesure du méridien et du nombre dix, servant de diviseur et de multiplicateur; Teau distillée servit à former l'unité de poids. Ces conceptions, basées sur un système simple et ingénieux, survécurent et firent le tour du monde. Elles découlaient de la nature des choses. Mais les innovations qui, de près ou de loin, s'attaquaient au symbolç religieux, périrent avec les circonstances qui les avaient fait naître. .
Réforme La réforme du calendrier fut du nombre. On con-
%^rdr ^^* Q^^^ ^® ^* isolement de la France républila philosophie caine, mise.au banc des nations, l'idée de couper les derniers liens qui les attachaient au vieux monde ait pu séduire l'orgueil des Christophe Colomb de la Révolution. Mais leur audace égara cette raison
cimal,
unité de poids et
mesures.
même dont ils étaient si fiers. Dans leur ivresse 179s.
philosophique, ils oublièrent que Thomme, quelles que soient les aventures de sa destinée, ne rompt jamais entièrement avec la tradition, ils ne comprirent pas que le lien religieux, noué au plus profond des entrailles de l'humanité, ne saurait être brisé par une tempête politique, quelque violente qu'elle soit ; que les religions ne finissent pas, ou plutôt que la religion est une, qu'elle se perpétue en se transformant , mais qu'en tous cas tine forme ne disparaît que lorsqu'une forme plus parfaite l'a usée par le lent travail des siècles, par le dévouement des martyrs, et qu'elle cesse seulement faute de raison d'être.
La CoiiVebtion chargea Romme, Monge et quel- neBuredu ques autres de fixer la mesure du temps. Opposant *^^|^n^*f fîdée politique à l'idée religieuse, ou plutôt faisant, raugieuses du coma^e on Ta trop fait depuis, de la politique une deR^rmeeide sorte de religion, ils datèrent l'ère nouvelle du Monge. 22 s^tembre 1 792, jour de la proclamation de la première République française. Cette imitation romaine était en outre basée sur la curieuse considération que le soleil entrant le 22 septembre, à neuf heures dix*-huit minutes trente secondes, dans le signe de la Balance, arrivait à l'équinoxe vrai, et symbolisait, par Tégalité des nuits et des jours, l'égalité civile et morale proclamée par les Français. Enumérant d'autres considérations du même genre, Romme ajoutait que ces circonstances imprimaient
4793. un caractère religieux à l'époque du 22 septembre. L'année fut de trois cent soixante-cinq jours. Les phases de la lune décidèrent la commission à conserver les mois, mais on les fit tous égaux et de trente jours. A rinstar des Egyptiens, Tannée se termina par cinq jours complémentaires. L'antique et belle institution du dimanche fut abolie. Le mois eut trois décades^ par cette considération non méprisable d'ailleurs, qu'il était bon de faire rentrer la mesure du temps dans le principe de l'unité de poids et mesures. La nomenclature des mois et des jours offerte par Romme fut rejetée. Elle rappelait les actes principaux et les symboles politiques de la Révolution, tels que le niveau ^ \à pique ^ etc. Poétique Fabre d'Eglantine combla cette lacune. Il proposa
lomenciAture j, ^^ nomenclature des mois les noms suivants
de Fabre *^
d'Egiaotine. Correspondant à ceux du calendrier, en commençant par septembre : vendémiaire ^ brumaire^ fri-maire, nivôse, pluviôse, ventôse, germinal, floréal, prairial^ messidor, thermidor, fructidor. Cette nomenclature pleine de grâce et de charme qui faisait passer dans l'imagination du peuple le riant panorama des saisons et des travaux agricoles, ce jeune calendrier de la Révolution, bien supérieur à la nomenclature absurde, barbare, du calendrier grégorien qui ne respecte même pas les nombres, et donne aux neuvième, dixième, onzième, et douzième mois de l'année les noms de septembre, octobre, novembre et décembre, restera dans l'histoire. Ce fut un
vrai poëme en douze mots que tous apprirent et retinrent. Mais la dénomination des jours qui, bien qu'empruntée à l'astrologie judiciaire, ne manque pas de poésie, devenait désagréable dans le projet de Fabre d'Eglantine sous les noms de primidi, iuodi, tridij quariidi, quintidi, etc. Quant à remplacer, comme on le fit, les noms des saints de la légende chrétienne par des noms de légumes et d'outils, c'était achever de perdre par une conception basse, matérialiste et ridicule un projet qui déjà révoltait ce que l'homme a de plus cher, son culte et ses coutumes. Quant aux cinq jours complémentaires on les consacra noblement aux fêtes du géniey du travail^ des actions^ des récompenses et de V opinion. Mais par cette même tendance macaronique qui sans cesse dans la Révolution marie le sublime au grotesque, on les affubla du nom général de sans-culottides (1). Comme on le verra plus loin, ces innovations conduisaient directement au culte de la Raison, pure fille de Descartes, de Kant, de Voltaire, ou plutôt de ce xviii® siècle qui fit l'autopsie des facultés humaines, et par la recherche de l'absolu, toucha au néant.
Contraste singulier et digne de remarque ! la charité fut immense à cette époque où la politique était impitoyable. Les femmes en couche, les aveugles, les orphelins, les vieillards, les malades des hospi-
Vice de
la conception
matërialisle du
calendrier
républicain.
Conséquences
de ces innovations.
Assistance publique, hôpitaux, secours à domicile.
(4) Décret du ti octobre 4793.
102 fflSTOlRE DE SOIXANTE ANS
1793. ces, les mères privées de leurs enfants par la réquisition, furent l'objet de la sollicitude de la Commune dans plusieurs arrêtés qui modifièrent avantageusement le régime des hôpitaux, notamment à Bicêtre, à la Salpétrière, repaires horribles où vivaient confondus le vice, la maladie et la folie. Des secours à domicile furent organisés^ La sollicitude fut poussée au point d'envoyer aux convalescents des imprimés qui les rattachaient du fond de l'hospice au mouvement de la vie commune, allégeaient leurs ennuis, leur rappelaient qu'ils appartenaient à la grande famille française et qu'ils n'en étaient point oubliés.
Initiative L'orgduisatiou de la Terreur avec ses épouvantes,
de la Terreur. ^^ migères et ses gTaudcurs telles qu'on vient d'en esquisser le tableau, permit à la France de briser le cadre de la contre-révolution, de la disloquer et de repousser l'étranger du territoire qu'il commençait à envahir. Avant même que le Comité de Salut public fût constitué en gouvernement révolutionnant, on avait pressenti son avènement, et déjà l'influence des hommes qui devaient en prendre la direction s'était fait sentir, notamment dans les opérations du siège de Lyon.
Siège de Lyon. Assiso au coufluent de la Saône et du Rhône, protégée par les hauteurs de la Croix-Rousse, par les collines deFourvières et de Sainte-Croix, la ville de Lyon n'avait besoin que d'artillerie et de quelques redoutes pour soutenir un siège. Or, c'est avec
des royalistes à Lyon.
six mille hommes au plus que Kellermann entrepre- itm. nait de soumettre une place défendue par plus de vingt mille combattants, trop compromis pour ne pas persister dans leur rébellion.
Commandée par le général Précy , qui avait combattu avec lei Suisses au 1 août, par M. de Virieu, ex-consljtuanty p^ un Milanais, Roubles, par Rambaud et autres royalistes qui mettaient leur espoir dans l'intervention des Piémontais , la ville de Lyon Expédients devait être victime d'une tactique misérable qui consistait, de la part de ses chefs, à s'abriter derrière la cocarde tricolore jusqu'au moment où il leur serait permis d'arborer le drapeau blanc. Déjà ce drapeau ^tait prêt ; mais on n'osait pas le déployer mcore, et pour que l'équivoque portât ses fruits sanglants, il fallait conserver jusqu'au jour du triomphe les couleurs de la République. Ceux des républieaifîa lyonnais qui n'étaient pas dupes de cette nianœuvre étaient jetés en prison ou fusillés. Tels sont les expédients auxquels sont obligés de descendre 1^ partis qui, malgré leur infime minorité, persistent à poursuivre par la force, et non par le temps et la persuasion, la conquête du pouvoir.
Les proclamations conciliantes de Kellermann, de Gauthier et de Dubois-Crancé n'obtinrent que des réponses méprisantes. Pour achever d'égarer les esprits des républicains lyonnais, leurs chefs royalistes firent circuler une fausse lettre de Danton à Dubois-Crancé, contenant ces mots : « Si ,
Couthon et les réquisi-
tionnaires de l'AuvergDe.
contre mon attente, tu ne pouvais réduire cette ville orgueilleuse par la famine^ il faudra pour lors V assiéger sans miséricorde^ et même, s'il le faut, la réduire en poussière; le sol nous restera toujours (1)11!» Danton, interpellé, n'eut pas de peine à se disculper; d'ailleurs, il n'écrivait jamais. La Convention, sur le rapport de Barrère, envoya de nouvelles forces pour hâter le siège. Couthon, Maignet et Châteauneuf-Randon furent adjoints à Gauthier et à Dubois-Crancé. Les trois premiers représentaient le parti jacobin, qui voulait en finir. Couthon mit en réquisition les rudes paysans du Puy-de-Dôme, les comparant à des rochers qu^il voulait précipiter sur les faubourgs de Vaize. Le bombardement commença le 24 août. On sait que la première attaque datait du 9. Les monuments publics, les magasins, les hôpitaux s'écroulèrent les premiers. La résistance ne désarma point. A une troisième sommation, il fut répondu : « Nous n'ouvrirons pas nos portes. » A une autre tentative de conciliation du commissaire des guerres, Paris, Précy répliqua : « Nous irons jusqu'au bout. » Une circonstance vint d'ailleurs ranimer les espérances des rebelles. Ils apprirent que les Piémontais descendaient, au nombre de vingt cinq mille, des hauteurs du Saint-Bernard et du mont Cenis, et roulaient comme une avalanche dans les vallées de la
(\) Monitmr universel, 22 août 4793.
Kcllermann re-
pousse rinvasion
piémontaise.
Tarentaise et de la Maurienne. Kellermann dut aussitôt partir pour 8e mettre à la tète des gardes nationales de l'Isère et de la Savoie. Il repoussa l'étranger, et lui fit repasser les Alpes plus vite encore qu'il ne les avait franchies.
Cependant les royalistes lyonnais et les sections égarées qu'ils commandaient se défendaient avec une bravoure extraordinaire. La nouvelle de la prise de Toulon, qui parvint à Paris le 2 septembre, n'était pas de nature à ralentir les opérations du siège. Les forces des assiégeants furent augmentées de cent bouches à feu, de six compagnies d'artillerie, de deux régiments de cavalerie et de dix bataillons de ligne. Malgré ces nouveaux renforts, Dubois- Temponsauon Crancé usa encore de modération. 11 rétrécit le cercle de feu qui enveloppait la place , mais il ne Uvra pas l'assaut : il comptait prendre la ville par la famine. Une foule de malheureux afiEamés, d'autres que n'avaient pu entraîner .les chefs royalistes et dont la liberté ou la vie étaient en péril, se réfugièrent dans les bras des assiégeants qui partagèrent leurs vivres avec eux. Dubois-Grancé en évalua le nombre à plus de vingt mille.
L'impatience du Comité de Salut public ne s'ac- impatience du conmiodait pas de ces lenteurs. Il remplaça, le 11 Comité de
^ r ^ ? Salut public.
septembre, Kellermann par le montagnard Doppet, Doppetrempiaœ qui partageait l'ardeur du Comité et de ses envoyés '^®"®"°*"°- Couthon, Maignet et Châteauneuf-Randon. L'Auvergne se levait à la voix de Couthon. Les paysans
de Dubois- CraDoé.
im de la Haute-Loire, de TArdèche, du Cantal, de Rhône- et- Loire arrivaient armés de piques, de faux et de fourches. « Je n'entends rien à la tactique, disait le paralytique Couthon; j'arrive avec mes paysans d'Auvergne; leur sainte colère emportera tout. D'ailleurs, j'ai promis à mes concitoyens l'assaut pour lundi, et il faut qu'ils aillent faire leurs vendanges. » Le parti de Dubois-Crancé prétendait, au contraire,. qu'il était inutile d'employer la force, Lyon n'ayant plus de vivres que pour un petit nombre de jours. Nonobstant, l'avis de Couthon, Chàteauneuf-Randon et Maignet prévalut.
L'arrivée de Doppet, qui prit son commandement le 26, accéléra le siège. Le feu n'avait pas cessé d'ailleurs depuis le 19 septembre, et quoique les batteries des rebelles fussent nombreuses, leurs positions avantageuses et leurs chefs expérimentés, Assaut et OU Icur culcvait. fréquemment des postes. Trois pribedeLyoD. j^^^j^g ^L^Tès SOU arrivée^ Doppet ordonna l'assaut. On s'empara des hauteurs^ de Sainte-Foix, de quatre redoutes, de quatre pièces de canon et de beaucoup de prisonniers V parmi lesquels se trouvait un ex-constituant, l'infortuné évêque Lamourette. Dubois-Crancé et Gauthier, malgré les services qu'ils avaient rendus, furent rappelés. Le 8 octobre, les derniers ordres furent donnés pour porter le coup décisif aux rebelles. On enleva les hauteurs de Fourvières et du faubourg de SainfrJust. Les der-
oières redoutes furent prises. La nuit, des commis- 1793. «aires des sections de Lyon vinrent offrir leur soumission. Les assiégeants suspendirent le feu. Précy et Virieu profitèrent de ce moment de répit pour s'échapper par le faubourg de Yaize avec deux mille cinq cents hommes et quatre pièces de canon. Ils calbutèreût l8s postes de la division Rivas; mais, poursuivis comme des bêtes fauves par les paysans deTAin^ ils ne purent gagner la Suisse. Virieu fut tué, et Précy, n'ayant plus avec lui que deux de ses compagnons, erra longtemps dans les bois, et trouva enfin un asile chez un laboureur du Forez, qui le tint neuf mois caché dans un souterrain. Cette évasion de Précy et de sa troupe excita les soupçons des Jacobins.
Le lendemain 9 octobre, les troupes entrèrent Entrée des dans Lyon iepain à la main. On sait que Robes- '^"^"^^'•du pierre et Saint-Just cherchaient à tracer dans la et des troupes Révolution, eptre la Gironde et les enragés, une ^**°®^y®°politique de juste milieu. Couthon, l'un des membres de ce trfumvirat jacobin qui devançait, par certains côtés de juste-milieu, les théories du régime de Juillet 1830, était résolu de sauver Lyon, sans pourtant se départir de sa fermeté. Les soldats, sous ^l'inspiration de cette politique, jurèrent de respecter les propriétés. Couthon fit rouvrir les ateliers, ranima le commerce. Les coupables furent divisés par catégories et protégés par l'observation des formes judiciaires.
4793. Deux partis se dessinèrent donc à Lyon : celui
'^Lyor* ^^^ hommes de la haute main, représenté par Couthon, Châteauneuf-Randon , Maignet et Laporte; celui des gens révolutionnaires, personnifié à Lyon dans Jayogues, Gauthier et Dubois-Crancé. Ces deux derniers n'étaient pas encore allés à Paris rendre compte de leur conduite. Ils se plaignirent à leurs chefs, Barrère, Billaud-Varennes et CoUotd'Herbois de la modération de Couthon, qui montrait autant de sang-froid après la victoire qu'il avait témoigné d'ardeur avant. La fuite de Précy fut perfidement commentée. Les partisans de Chalier criaient vengeance, réclamant pour les cendres de leur chef les honneurs du Panthéon, ce qui fut accordé. Mais Couthon resta ferme dans sa ligne de conduite.
Terribiesdécreto Cependant la Convention (1) venait de rendre un co^enuon ^^^^^^ Q^^ sur Ic rapport du Comité de Salut pu-
coDtreiaviuede blic, Ordonnait la nomination d'une commission ^^°°* de cinq membres pour faire punir militairement les contre-révolutionnaires de Lyon, désarmer tous les habitants, venger les pauvres de l'oppression des riches. Les articles 3, 4, 5 et 6 de ce décret étaient ainsi conçus : « La ville de Lyon sera détruite; tout ce qui fut habité par les riches sera démoli ; il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égorgés ou proscrits, les édifices spé-
(4) Décret de la Convention du \t octobre 4793.
cialement employés à Tindustrie, et les monuments 47m. consacrés à Thumanité et à l'instruction publique. —Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la République. — La réunion des maisons conservées portera désormais le nom de Ville-Affranchie. — Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville, avec cette inscription : Lyon fit la guerre à la liberté; Lyon nest plus. — Le dix-huitihne jour du 1®' mots Van II de la République une et indivisible. » On affecta, en outre, les biens des riches à indemniser les pauvres.
Couthon était trop politique pour exécuter à la conduite de lettre un pareil décret et annihiler une ville de couthon à Lyon. l'importance de Lyon. Il se fit porter, il est vrai , dans un fauteuil, armé d'un marteau d'argent et suivi d'une bande de démolisseurs; mais, tout en feignant la plus vive admiration pour le décret, il eut soin d'en éluder les dispositions. Il attendit pour l'exécuter jusqu'au 26, On le vit alors, sur la place Bellecour, toucher une maison de son marteau en disant : « La loi te frappe; » mais la vengeance ne s'accomplissait pas. Dubois-Grancé, Gaillard , ami de Chalier, qui avait passé dans un cachot la période du siège, vinrent à Paris, exposèrent leurs doléances aux Jacobins. Collot-d'Herbois et les violents accueillirent avec enthousiasme des plaintes couthon cède la qui servaient leurs passions. Couthon comprit que ^^"^^
^ ^ ^ ^ ^ r n Collot-d'Herbois
sa situation n'était plus possible. Ne voulant pas etàPouché.
47M. sortir de la ligne politique qu'il s'était tracée, il céda la place à deux hommes qui ne reeulaiec^ devant rien^ à deux roués sanguinaires étrangers i toute morale comme à toute doctrine politique: Gollot-d'Herbois et Fouché. Rien ne saurait sans doute effacer l'auréole sanglante qui enveloppe le sombre triumvirat de Robespierre, Saint-Just et Coutbon, mais il ocmvieat cependant à Thistoire de distinguer dans la Révolutictt les hommes qui réglèrent leur conduite sur des prineipw de politique et de morale (ces principes fussent-ils excessifs comme les temps où ils se produisirent) , des scélérats sans conscience et sans foi qui ne virent dans la Révolution qu'un moyen de fortune et d'élévation.
Tandis que Lyon expiait sa révolte , Barras et Fréron à Marseille, Tallien à Bordeaux, ramenaient les populations du midi à Tobéissance. E^ Vendée le succès de la défense de Nantes fut suivi de revers dont il convient d'expliquer les causes, i^ partis en Ou Sait qu'il s' était formé, dans les rangs des républicains, deux partis désignés sous les ncons de farii de Nantes et parti de Saumur. Le premier avait pour chefs le général comte de Canclaux el le représentant dantoniste Philippeaux. On accusait ce parti de tendances aristocratiques et militaires. Le général Rossignol, ex-ouvrier, ex-clubiste qui avait succédé à Biron, était le chef du second. Il avait avec lui les représeatants Richard et Chou-
Vendée.
dieu. Santerre servait sous ses ordres. Rossignol nos. représentait le parti ultra*démocratique. Lorsqu'il avait été question de le reoverser, Robespierre luimême avait daigné le soutenir. C'était un homme d'une Téritable bravoure, mais absolument incapable de commander en chef et d'un caractère faible qui le mettait à la merci de Ronsin et des Hébertistes.
Ces deux partis se renvoyaient les accusations lm de» pvt» les plus amères. L'arrivée de l'armée de Mayence ••««p^'entie
-1 -1 1 commandement
qui, ne pouvant servir contre 1 ennenu du dehors, de rarmée de venait d^être envoyée en poste en Vendée, augmenta M»yen««cette animosité. Cette armée promettait, en effet, à celui des: deux partis qui la commanderait l'honneur probable de la victoire. De part et d'autre un plan de campagne fut mis en avant, et de l'adoption de l'un ou de l'autre de ces plans allait dépendre la direction que prendrait l'armée de Mayence. Le plan du général Grouchy , chef d'état major de larmée des côtes de Brest, plut au Comité de Salut public, et donna d'abord gain de cause au parti de Nantes. Mais le Comité revint sur sa décision, et un conseil de guerre, auquel assistèrent les deux partis, eut lieu le 2 septembre. On ne put s'entendre. Rossignol eut 4e bon esprit de s'effacer, et l'armée de Mayence resta sous les ordres du général Qindaux. Elle avait pour général d'avant-garde Kléber, pour général de division Aubert du Bayet. Haxo était de la réserve. Merlin (de Thionville), qui à lui
Division des
forces républicaines;
mouvements mal combinés.
seul valait un bataillon, avait suivi ses amis de Mayence. Huit mille hommes, commandés par les généraux de brigade Beysser et Grouchy, complétaient les forces de Canclaux, commandant de Tarroée des côtes de Brest. Rossignol commandait les cinq divisions de Santerre, Chalbos, Duhoux, Mieszkouski et Tuncq. Les deux armées devaient opérer, Tune par la rive gauche de la Loire et la basse Vendée, et l'autre partir de Saumur, de façon à opérer sa jonction le i 5, devant Mortagne.
Cette combinaison avait le double inconvénient de diviser les forces de nos armées, et d'exiger dans les mouvements des deux corps expéditionnaires une précision sur laquelle il était difficile de compter. Tuncq, qui commandait la division de Luçon, étant parti sans laisser d'ordres, à la suite d'une chute de cheval, le jeune général Lecomte, qui prit le commandement, fut battu, par 30,000 Vendéens, à Chantonnay. Marceau était à cette malheureuse affaire. Canclaux, du côté de Nantes, fut plus heureux. Il repoussa Charette. Kléber, à la tête de Tavant-garde des Mayençais, prit Port-Saint-Père et marcha sur Saint-Léger, où il ne put arriver que le 14, c'est-à-dire deux jours plus tard qu'il ne fallait pour être le 1 5 à Mortagne. Bôysser le rejoignit après avoir pris Pornic, Bourgneuf et Machecoul. On continua d'avancer. Montaigu fut pillé. La guerre de Vendée prenait un caractère d'extermination tel que l'âme héroïque de Kléber en fut
frappée de mélancolie. On arriva à Clisson le 17. 1793 Canclaux ne savait rien de Rossignol. Il lança l'avant-garde des Mayençais vers Torfou.
La division de Saumur, commandée par Santerre, atteignit Doué le 14. Rossignol ayant appris l'échec de la division de Luçon à Chantonnay , n'osait plus suivre à la lettre le plan de Texpédition. Les républicains n'avaient à Doué que 7,000 hommes armés militairement, ils furent attaqués par des forces considérables que commandaient le garde-chasse Slofflet, le prince de Talmont et M. d'Autichamp. Les troupes républicaines culbutèrent ces masses sauvages et les poursuivirent la baïonnette dans les reins. M. de Lescure essuya aussi une défaite à Tliouars. Encouragé par ces succès, Rossignol continua de porter en avant la division de Saumur en y joignant celle d'Angers, commandée par Duhoux, mais en même temps, par une contradiction inexplicable, qui ne saurait être attribuée à Rossignol, ordre fut donné à la division de Niort, commandée par Chalbos, et qui occupait la Châtaigneraie de revenir sur ses pas. Cet ordre, daté du 16, parvint le 20 à Saint-Fulgent au général de la division des sables, Mieszkouski. Tout Trahison porte à croire que Ronsin, profitant d'une indispoaition de Rossignol, abusa de son nom et donna par malentendu, d'autres disent par basse jalousie contre l'armée Mayençaise, cet ordre, qui pouvait