‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 7 sur 45 · y r: : icLês dar · texte numérisé non relu

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LIVEE XVI «<S

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4793. devenir fatal. Rossignol informé de ce déplorable

mouvement se hâta de le réparer.

Echec La division de Saumur ne fut pas heureuse dans

^^^sm^uT*^ sa marche en avant. Le 18» au bourg de Coron, elle fut attaquée par 12,000 Vendéens, commandés par Piron. Santerre et Ronsin engagèrent maladroitement leur artillerie dans une rue étroite du bourg, furent rejetés sur les hauteurs, et mis en déroute. La division d'Angers perdait presqu'en même temps son artillerie sur les hauteurs de Beaulieu, et fuyait devant Tennemi jusqu'aux Ponts-de-Cé. Le même jour, 1 9 septembre, les Vendéens attendaient Kléber à Torfou, pays de buissons, de fossés et de chemins couverts. Quoique Tillustre général n'eût que 2,000 hommes à sa disposition, il délogea d'abord les bandes de Charette. M. de Lescure, à la tête de quelques centaines d'héroïques Vendéens, revient à la charge. M. de Bonchamp le soutient avec ses Bretons. Kléber^ blessé, reste ferme. Les fuyards de Charette se gUssent alors comme des reptiles derrière les Maj ençais, et cachés dans leurs repaires tirent à coup sûr. Les Mayençais se croient trahis. Kléber les soutient par sa mâle contenance. Il ordonne la retraite, mais en reculant ces braves ne se laissent pas entraîner. Les charges de la cavalerie vendéenne sont chaque fois repoussées par une fusillade meurtrière. La retraite fut héroïquement couverte par le commandant Chevardin, de Saône-et-Loire. Elle fut la conséquence du mouve-

des généraux hébertistes.

ment rétrograde de Ghalbos, attribué au misérable 1793. et inepte Ronsin.

Beysser n'avait pas quitté Montaigu. Il fut surpris par Charette et Lescure, qui mirent la ville à feu et à sang, se portèrent sur Saint-Fulgent, rejetèrent sur Ghantonnay Mieszkouski et la division des Sables, ainsi que celle de Luçon. Heureusement les vainqueurs ne surent pas s'accorder. Charette cessa de concerter ses mouvements avec ceux des autres chefs vendéens.

Le mauvais succès de cette expédition précipita chate la chute des généraux de club que la faction hébertiste avait maintenus jusqu'alors. Le représentant dantoniste Philippeaux écrivit contre eux des rapports empreints sans doute d'exagération, et qui lui attirèrent d'amères répliques de son collègue Choudieu, mais où l'impéritie de ces généreux improvisés était surabondamment démontrée. Le tort du Comité de Salut public fut de rappeler en même temps de véritables hommes de guerre tels que Grouchy , Canclaux , Aubert du Bayet. Les deux armées furent placées dans une seule main. Ce fut un Jacobin exalté, ex-maitre d'armes, qui fut nommé à ce grand commandement. Rléber l'a flétri du nom le plus injurieux que puisse recevoir un soldat. D'autres ont défendu sa mémoire. Une nouvelle expédition était commencée quand Léchelle fut appelé au commandement en chef. L'armée de Mayence aivait quitté Nantes et reprenait la route

IT93. de Mortagne. Les autres divisions marchaient sur la Châtaigneraie, Doué, Bressuire, etc.

Succès de Kléhcr remporta une première victoire le 6 oc-

chaibolet ^obrc, à Saint-Symphoricu, contre trente-cinq mille

westermann. Vendéens, commandés par MM. de Bonchamp et d'Elbée. Le 9, au lieu dit Moulin-aux-Chèvres, près Châtillon, Chalbos vainquit Lescure, Larochejacquelin, Stofflet et Beaurepaire, qui faillirent être faits prisonniers. Le 11, le bouillant Westermann prit cinq cents hommes et deux pièces de canon, et partit en avant-garde. Les Vendéens sortirent de Mortagne et se lancèrent à sa poursuite. L'armée républicaine surprise prit la fuite. Chalbos, Lecomte, Westermann, la rallièrent entre Châtillon et Bressuire. Lecomte se fit tuer. L'ennemi dut se replier dans Châtillon. Westermann prend un détachement de hussards, fait monter un grenadier en croupe de chaque cavalier, et pousse droit à Châtillon, où il trouve l'armée vendéenne ivre et endormie. 11 en fit un épouvantable massacre ; Chalbos vint Ty aider. Châtillon fut brûlé. L'armée vendéenne quitta Mortagne où Kléber arrivait. L'ennemi rencontra, près du château de la Tremblaye, la

M. de Lescure divisiou dc Luçou, commaudéc par Marceau. M. de *^ Trelulye.^ Lcscurc, dcux fois blcssé et combattant toujours, fut tué d'une balle dans la tête. Les Vendéens désolés se retirèrent sur Beaupreau. Les chefs vendéens étaient plus que jamais divisés. Une multitude de femmes, d'enfants et de vieillards, chassés

par l'incendie de leurs chaumières, décrété le 1*' itm. août, suivaient leurs bandes armées. Il fut convenu qu'après un dernier combat on passerait la Loire. Ils marchèrent avec quarante mille hommes sur Chollet.

Les républicains avaient, de leur côté, opéré leur jonction et formaient environ vingt-deux mille hommes. Ils attendirent l'ennemi devant Chollet. Ce fut une vraie bataille rangée. Les représentants combat de du peuple Merlin (de Thionville), Bourbotte, Chou- ^^'^^^^ dieu, Turreau et autres combattirent au premier rang. Kléber , Marceau , Vimeux , Savari , Haxo , Westermann, firent des prodiges de valeur, et culbutèrent l'armée royaliste. Bonchamp et d'Elbée, Mon de mm. de blessés à mort, furent emportés par leurs soldats. ^^?^^^' Le preniier eut, avant de mourir, la noblesse et la générosité d'empêcher regorgement de quatre mille prisonniers républicains. L'armée victorieuse prit Beaupreau à la baïonnette, faute de cartouches.

L'armée vendéenne, et cette autre armée de la faim, de la faiblesse et de la misère qu'elle traînait à sa suite, armée de veuves et d'orphelins, passa la L'armée Loire le 1 8, allant demander l'hospitalité à la aéné- '^y**'"^ i^"^

j . 1 laLoire

reuse Bretagne, et laissant derrière elles les champs et se reure en couverts de cadavres et les villages incendiés, dont ^^^^^k"®la noire fumée sillonnait le ciel. Ils étaient quatrevingt mille émigrants, qui allaient porter vers d'autres contrées le fléau de la guerre civile. Mais désormais les armées républicaines, résolues à un

nos armées

aux froutières

du Nord.

système d'extermination, devaient partout rester maîtresses des champs de batailUe.

La constitution du Comité de Salut public en gouvernement, etTentrée de Carnotdans ce comité, ne furent pas moins favorables à nos armes aux frontières qu'en Vendée. On n'a pas oublié que Valenciennes, Condé, Mayence, étaient tombées aux Pitoyable état de mains de l'ennemi. Nos troupes étaient dans un état de délabrement pitoyable. L'intendance militaire ne date réellement que de Napoléon. Jusque-là, le vol, énergiquement dénoncé par Saint-Just déplorant amèrement les malheurs du soldat, fit du service des armées le plus abominable des moyens de trafic. Nous manquions d'hommes. La levée en masse ne produisait que des recrues qu'il fallait former, et qui n'avaient souvent pour toute arme qu'une pique. Carnot avait dû secrètement dégarnir nos frontières du Rhin pour fortifier celles du Nord. Mais pour quiconque tenait, comme lui, le fil des affaires européennes, il était évident que le danger était partout, aux Pyrénées comme aux Alpes, au Rhin comme à l'Escaut, sur la Méditerranée comme dans la Manche. Maîtres de Toulon, les Anglais voulaient Dunkerque. On se demanderait quel motif arrêtait aux frontières ces armées victorieuses , si l'on ne savait que le plus parfait accord ne régnait pas entre le duc dTork et le prince de Cobourg. Le plan combiné de l'Angleterre, de la Prusse et de l'Autriche comprenait sans doute la prise de Dun-

Projets de

l'Angleterre

sur Dunkerque.

kerque ; mais ce plan avait été ensuite abandonné. itm. L'Angleterre, en insistant, contraria le prince de Cobourg, à qui cette expédition enlevait une partie de ses troupes et de son autorité. L'afîaire du camp de César n'avait été qu'un dérivatif. Mais, au moment même où l'ennemi, laissant Douai, Arras et Cambrai sur sa droite, n'avait plus qu'à passer la Somme et jetait déjà ses détachements entre Péronne et Saint-Quentin, le duc d'York, qui en avait référé à son gouvernement, reçut ordre de Pitt de marcher sur Dunkerque. Le 18 août, il s'avança dans la direction de Furnes. Le prince de Cobourg reprit son ancienne position. L'armée hollandaise resta à Menin. La plus forte partie de l'armée impériale se porta sur le Quesnoy. Le souvenir de l'Argonne fut le secret de ces jeux de stratégie. Le Comité de Salut public n'ignorait pas qu'il s'agissait de Dunkerque.

Bouchard, nommé général en chef de l'armée du Arrivée Nord, sur le refus de Kilmaine et en remplacement ^e Bouchard à

l'armée da

de Custine, voué à la guillotine, arriva l'âme char- Nord. gée de soucis et poursuivi par le souvenir de son ancien chef, dont le sort tragique était facile à prévoir et semblait lui prédire sa propre destinée. Billaud-Varennes, qui l'accompagnait, augmentait sa terreur. Ce personnage passa dans les lignes de l'armée du Nord comme une apparition funèbre, et fit à Bouchard quelques amères observations sur la négligence du service. Après le départ de ce

Plan de Carnet.

Dunkerque par le dac d'York.

I7M. terrible visiteur, Carnol arriva. Il apportait à Houchard un plan d'opérations. M. Jomini suppose que ce plan consistait à lever les camps de la Madeleine, de Bailleul et de Gavarelle, ce qui eût formé cinquante mille hommes. L'ennemi en avait quinze mille à Menin, seize mille en observation, et vingtun mille formant l'armée de siège, en tout cinquante-deux mille. Bouchard prit d'autres dispositions. Il fortifia la garnison de Dunkerque et ne garda que vingt mille hommes.

Siège de Arrivé près de Dunkerque le 23 août, le duc

d'York, à la suite de quelques escarmouches, commença le 25 les travaux de siège, couvrit la ville de feu , la fit sommer et tenta vainement l'assaut. Un trapèze de neuf ou dix lieues carrées formait le terrain de la lutte. 1/ angle du nord-ouest était occupé par Dunkerque, celui du nord par Fumes, sud-est Ypres, sud-ouest Cassel Entre Fumes et Cassel s'étendait le vaste marais de la Grande- Moër. De Furnes sortent deux canaux : l'un, parallèle à la mer, va à Dunkerque ; Tautre, à Bergues, par le sud de la Moër. Le village de Hondtschootte se trouve sur cette ligne, à mi-chemin de Bergues et de Furnes. Le duc d'York y avait établi un corps d'observation de dix-huit mille hommes, commandé par le maréchal Freytag. Entre les canaux de Bergues et de Dunkerque s'échelonnait le gros de son armée, dont le corps principal, singulièrement logé entre la mer et le canal de Furnes, occupait

les Dunes. La Grande-Moër protégeait au sud les itqs. positions de l'ennemi.

Pour se rendre un compte détaillé des opérations qui vont suivre, il conviendrait de s'en référer aux indications de Grimoard et de Servan. On est obligé de se borner ici aux points principaux. I>e corps d'armée français qui allait être engagé occupait Cassel, Steinwoorde et Bailleul. Il menaçait à la fois les ailes et le centre de Tennemi. L'attaque fut simultanée sur les trois points. Tandis que Dumesnil observait la droite, Landrin la gauche , Tavantgarde, conduite par Hedou ville, secondé de Vandamme et de Collaud, chassait devant elle les Hanovriens. Bouchard et Jourdan, victorieux, purent faire leur jonction et passer Tlser. Ils emportèrent ensuite les villages de Bambecque et de Herzeele. Les lignes de l'ennemi durent rétrograder. Le général Falkenhausen , qui couvrait la retraite, se replia sur Hondtschootte. Les Français s'établirent dans le village de Bœxpoède, afin d'y passer la nuit, mais ils furent successivement attaqués par le maréchal Freytag et le général Sporcken, qui dégagea Freytag fait prisonnier et blessé. Le prince Adolphe d'Angleterre , également blessé et prisonnier, fut dégagé par les Hanovriens. L'ennemi se retira ensuite à Hondtschootte.

Laissant Jourdan à Rœxpoède, Houchard, par Terreurs un motif inexplicable, se retira à Bambecque. Le «*^^^*»^»on*<*« supplice de Custine, qu'il avait appris le l*"* sep- Bouchard.

1793. tembre, lui troublait Tesprit. Il craignait d'ailleurs une surprise et a^ait fait part de ses appréhensions au représentant Levasseur, et Tattaque du maréchal Freytag avait prouvé qu'elles n'étaient pas vaines. Mais cette nouvelle marque de crainte, de la part d'un soldat aussi brave que Bouchard, excita les soupçons de Levasseur. Le lendemain matin, dans le conseil de guerre tenu à Bambecque, Houchard continua de manifester des craintes, et les commissaires de la Convention, Delbrel et Levasseur, eurent beaucoup de peine à le décider à pousser en avant. Terrifié, et en même temps d'une imprudence inqualifiable, il proposa d'envoyer la division du général Landrin vers Dunkerque, ce qui eût diminué l'armée sans grand profit pour Dunkerque.

A laube du 8 septembre, l'armée française s'ébranla. Le brave Yandamme attaqua les postes avancés de Hondtschootte, que couvrait une redoute de onze pièces de canon. Jourdan était au centre; Hedouville et Collaud à droite. Nos soldats, dans ces plaines inondées par le canal de Furnes et la

Bataille Moër, marchaient dans l'eau jusqu'aux genoux. Le feu de l'artillerie et de la mousqueterie s'engagea et fut longtemps nourri. L'armée manquait d'ordres; Houchard, toujours incertain, ne se déterminait à rien. Ses lieutenants le maudissaient. Jourdan et Collaud étaient blessés. Il fallait en finir. Levasseur eut une inspiration. Il conseilla de cesser le feu et de battre la charge sur toute la ligne. Lui-

et victoire de Hondtschootte.

même et son collègue Delbrel marchent en avant. itm. On charge au chant de la Marseillaise. Le général Leclerc, à la tête d'une partie de la garnison de BergueSy arrive sur ces entrefaites, fond sur la droite derennemi, attaquant avec une audace et une bravoure irrésistible les retranchements des coalisés. La garnison de Dunkerque faisait en même t^nps des sorties qui empêchaient le duc d'York de porter secours au maréchal Freytag. Il apprend bientôt qu'après quatre heures de combat les Français victorieux sont maîtres de Hondtschootte. Craignant que le général Houchard ne Retraite marche sur Fumes et ne l'enferme entre Dun- du ^duc d'York. kerque, la mer et la Grande-Moër, il lève le siège à la hâte, laissant en notre pouvoir cinquante-deux pièces de canon.

La pensée du duc d'York fut partagée par les Faute représentants du peuple en mission à larmée du Nord et par l'opinion publique; et bien que le ce- sa destitution, lèbre critique militaire M. Jomini ait défendu Houchard sur ce points un doute plane encore sur sa mémoire. 11 avait perdu une occasion admirable de châtier l'Angleterre, et bientôt destitué et mis en jugement, il paya cette faute de sa vie; mais sa culpabilité ne fut pas suflBsamment prouvée. Elevé par la Révolution, il n'est pas probable qu'il ait songé à la trahir. Il y a plutôt lieu de penser qu'il manqua des talents nécessaires à un général en chef, et que, terrifié par l'exécution de Custine,

singulière de Bouchard;

\ii HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

1793. il n'eut pas la pleine possession de ses facultés. Le Comité de Salut public avait dit : « L'honneur de la France est à Dunkerque. » L'honneur de la France fut sauvé. L'effet de la délivrance de Dun* kerque fut plus considérable en Europe qu'à Paris. L'armée française, reprenant l'offensive, chassa les Hollandais de Wervick , prit Menin, et eût dé-truit le corps d'armée hollandais si le général Hedouville s'était porté en avant pour couper leur retraite, ainsi qu'il en avait reçu l'ordre. Le Comité de Salut public ne pardonnait pas les fautes de ce

DesutDtion da gcurc, quelle qu'en fût la cause. Le général Hedou- H^ruwue ^^^^^ ^^^ destitué par les représentants BentaboUe et Levasseur, et mandé à Paris. Il est vrai qu'en sortant de Menin nos troupes victorieuses avaient subi un échec sans combattre. Le terrible cri Sauve qui peut! que la trahison poussa dans toutes les guerres de la Révolution et qui retentit encore à Waterloo, causa cette panique. Nos troupes rentrèrent en désordre à Menin, poussées par un corps de cavalerie du général autrichien Beaulieu. Le général Hedou ville, dans cette circonstance, ne s'était pas trouvé à son poste, à l'arrière-garde, pour pro-

jourdan succède tégcr la retraite. Le 24 septembre, le Comité de dM^ie Salut public remplaça les généraux en chef des

commandement armécs du Nord, du Rhiu et de la Moselle. Jourdan

l'arméeduNord. f^i* uommé général en chef de l'armée du Nord, en remplacement de Bouchard.

L'armée du Nord, presque dépourvue de cavale-

rie et comptant un nombre considérable de recrues itqs. de la levée en masse, se composait alors d'environ ^!^*^°" eent trente mille hommes, échelonnés sur un espace l'arméedaNord. de trente lieues. Les troupes étaient ainsi réparties : vingt mille hommes au camp de Dunkerque; quatorze mille à celui de Cassel; mille à Bailleul et à la Madeleine ; vingt-huit mille à Gavarelle et à Arleux ; vingt-sept milleà Beaumont ; douze mille commandés par le général Duquesnoy. Jourdan prétendit pourtant que cent quatre mille hommes seulement étaient disponibles, et il n'y a pas lieu de douter de la véracité de ses calculs. Les forces de l'ennemi étaient un peu plus considérables, et pourvues d'une bonne et nombreuse cavalerie. Son plan consistait à terminer la campagne, à s'emparer de la vallée de la Sambre. Gomme il était déjà maître de celle de l'Escaut, maître de Condé, de Yalendennes, du Quesnoy , ils voulait s'assurer en outre de Landrecies et de M aubeuge. H lui eût ensuite été facile de marcher sur Paris.

Dans la matinée du 28 septembre, le prince de Cobourg franchit brusquement la Sambre avec quatre-vingt mille hommes , brûlant tout ce qu'il rencontrait , chassant devant lui les malheureuses populations des campagnes qui se réfugiaient dans Maubeuge. Vingt mille recrues défendaient cette biocus place qui n'était pas approvisionnée et fut affamée ^^^^^^ en huit jours. Surprise, enveloppée, elle n'avait nul moyen d'appeler du secours. Treize héroïques

Drouet, fait prisonnier,

est envoyé au Spielberg.

dragons se dévouèrent, franchirent Tannée enne-s* ' mie, qui fit pleuvoir sur eux une grêle de ballosr, passèrent la Sambre, firent tirer trois coups de et^ non à Philippeville, pour annoncer aux gens 4| Maubeuge le succès de leur entreprise, et poussèrent jusqu'à Givet. L'ex-maître de poste de Yarennee, le représentant Drouet, qui se trouvait à Maubeuge, essaya aussi dépasser. Il fut pris, envoyé au Spielberg. Il s'évada plus tard à l'aide d'un parachute^ rentra en France, se fit passer pour mort, et vécut paisible marchand de bœufs sous le règne de Louis XVIII.

Jourdan, dont l'armée était dispersée sur une telle superficie qu'elle devenait introuvable, parvint pourtant à réunir quarante- cinq mille hommes i Forte positioD de Guisc. Il restait soixante mille hommes aux frontières, mais il eût craint de paraître suspect s'il en prenait davantage. Cobourg laissa trente mille hommes pour continuer le blocus de Maubeuge, et se porta deux lieues plus loin pour occuper le couronnement d'une chaîne de collines où il établit à loisir ses batteries. Il intercepta les routes en abattant les arbres, échelonna son infanterie sous ses batteries , disposa sa cavalerie dans la plaine, se préparant commodément à livrer bataille au lieu de pousser sur Guise. Il dominait ainsi les territoires de Saint-Remy, de Dourlers et de Waltignies. Il avait en outre une armée d'observation de trente mille hommes qui, divisée en trois corps,

Farmée

UVRB XYI 4tr7

86 trouvait abritée par les bois. L'habile général i7«s. autrichien Clairfayt avait déployé autant d'intelligence que d'activité dans ces dispositions, et le prince de Cobourg, parcourant les lignes formidables de son armée, put s'écrier avec sincérité : ■ Si les Français me délogent d'ici, je me fais républicain. » Le mot circula parmi nos soldats et les piqua d'un désir passionné de faire du prince iJlemand un sans-culotte.

L'armée française partit le 13, mal vêtue, en partie les pieds nus, un quartier de pain à la baïonnette, chantant le Ça ira et la Marseillaise^ et pleine de cette terrible et vaillante gaîté du soldat français. Jourdan échelonna quelques petits corps de troupes en avant de Guise, et sans s'arrêter fit prendre position à la division Balan, à la gauche d'Âvesnes. L'avant-garde était à droite sous les ordres des généraux Lemaire et Duquesnoy , qui prenait le titre de boucher de la Convention. Près de lui marchait son frère le représentant, rude paysan, ex-moine, aux instincts belliqueux.

Les Autrichiens entendant notre Marseillaise se jetèrent en avant de Maubeuge. Le général Haddick se porta, avec dix mille honunes, de Beaumont sur Philippeville, afin de faire tête à l'armée des Ardennes et de lier ses opérations avec celles du général Baulieu, commandant d'un corps d'Impériaux. L'aile droite était sous les ordres de Bellegarde ; la gauche sous ceux de Terzy ; Clairfayt com-

Joardan et

Carnot

à Wattignies.

mandait le centre. Les Hollandais formaient une pointe jusque \ers Landrecies; de cette ville au Quesnoy se développaient les troupes ïlu duc d'York dont le prince de Cobourg ne crut pas d'ailleurs avoir besoin.

Dans la matinée du 1 4, Clairfayt poussa une reconnaissance. On se canonna un moment de part et . d'autre. Au bois du Tilleul, les Français tentèrent trois attaques qui furent repoussées. Le bombardement de Maubeuge commença la nuit même.

Les assiégés entendirent notre canon mais ne firent point de sortie. La journée du lendemain fut trèsgrave. Carnot dont la tête était en jeu et qui sentait d'ailleurs qu'à Wattignies le sort de la France allait dépendre d'une bataille, était arrivé en toute hâte près de Jourdan. Tous deux étaient de sincères patriotes dont les inspirations ne pouvaient être dictées que par des sentiments élevés et justes. Une distance notable sépare sans doute le caractère de Jourdan de celui de Carnot; mais fils d'un obscur médecin de Limoges, soldat en Amérique dès Tâge de seize ans, rejeté pauvre en 1 784 sur le sol français, nourri en partie du travail de sa femme qui vendait de la mercerie dans les foires, engagé volontaire en 1791, Jourdan, dont les talents militaires se firent bientôt connaître, était, lui aussi, un fils de la Révolution. C'était alors, et ce fut jusqu'au jour de nos revers, un gage dont l'histoire connaît aujourd'hui le prix. La première pensée de Carnot

et de Jourdan fut de ne pas risquer d'un seul coup 1793. le sort de la patrie; de garder les communications avec Guise; d'attaquer Tennemi sur toute la ligne en se rapprochant vers le centre, afin de Tenfoncer ; de délivrer Maubeuge, de prendre sa garnison, et de rejeter le prince de Cobourg de Tautre côté de la Sambre. Trois villages étaient devant nous, Dourlers au centre, Levai à droite, Wattignies à gauche. Le feu s'ouvrit le 1 ô, à neuf heures du matin, sur Bataiuedu toute la ligne. Nous prîmes d'abord Moncheaux, **^p^»nbre. Saint-Remy , Levai et Saint-Waast. Une imprudence de nos troupes, qui au lieu d'occuper les hauteurs débouchèrent dans la plaine, faillit les faire envelopper par la cavalerie ennemie. Nos volontaires battirent en retraite et se reformèrent avec un aplomb qui témoignait des grands instincts militaires du peuple français. L'aile gauche des coalisés pliait pendant ce temps, et notre aile droite, où Duquesnoy se battait x^omme un lion,prit Dimont, Dimechaux, et arriva devant Wattignies. Le centre pouvait en ce moment nous donner la victoire. Carnot veut marcher sur Dourlers. Jourdan hésite. D'un mot qui blessa Jourdan au cœur Carnot l'entraîne. 11 avait feint de douter de son courage. Dès cet instant Jourdan qui avait saisi un fusil et marchait à la baïonnette à la tête de la division Balland, voulut vaincre ou mourir sur place. Pendant quatre heures nos troupes se firent foudroyer par les canons ennemis placés sur les hauteurs. Un tambour de quinze ans III. 9

43j0 HISTOIRB.ra SOIXANTE ANS

iTO?. pçrjÇOf/leQ tPQU|ve3j ennemies et battit, If^ caÔBse en ' pleiap place 4e Do^^lers ju&qu'à ce qu'il tombât prir blé d^ l)alles. Ces pauvres eufaqts qui, donnaient u généreus^ement leui* vie pour le ^lut de la Fnm et de la civilisation du monde, ne voulaient pas re^ caler < La nuit mit heureusement fin à ce c^^rn^e.oi voèh son sang un homme qui depuis fut iUustjrei Succès balancés. JVfortier. Le prince de Cobourg se crut victorieux; mais noire armée ne se sentait pas vaipcue etjuû^ lait du désir de livrer une nouvelle bataille. La nuit fut longue pour Carnot, et pleine d'ani^i^ Avis alarmant té, i\ peçut, pcudaut ccttc uuit, du Comité de Salut de JiutTubiic. public, un avis secret. On présume que le Comité Anxiété iu4 ^ ^npiQnçait l'entrée 6n Alsace des émigrés, dop Priiis9ien9:et des Autrichi^o^ qui venaient de fyrodiç aQs.}ignâSj,;Si bien défendues jusqu'alors. Or^ Carnpt ^ly^i^t pj?js kVaj^mée du Rhi^ des troupes xju'il ^va^ Mt^ conduire en poste à l'armée du Nord, se trouj m\t charge de la responsabilité de l'envahissement de la France. Carnot eût péri tout entier dans un tel éVjéoeiBeqijty et eût emporté^ dans la tombe, avec le , . désespoir d'^^^pir causé la^perte de sa patrie, les mar lédictip^s.d'uB peuple^ // i^Vaincrp à quelque prix que ce fût devint donc la dernièrei resspuroQ dp Carnot, D'accord avec Jourdftii V il dégarnit: sa droite et son centre, et mit vingtqpfttrp.^Uei.hpis^oefi^ à sa gauche. C'était un peu plus-d^ la m<w*ié.de Tairiftpe. Un brouillard d'ocr té>br^i fMorisfa cette manœuvre- On arrivait aux

kajère^ qui couronnaient le plateau de Wattigaies par des pentes abruptes, après avoir traversé une rivière et deux ruisseaux. Des émigrés, des Croates, des dragons de Cobourg, etc., couvraient lej^teau que défendaient d'imposantes batteries Garaot, Jourdan, Duquesnoy, à cheval en tête des régiments, Tépée à la main, donnent le signal du départ. On entendit dans le brouillard résonner les chants de la Révolution, et quand le solml dissipa vers midi le nuages qui enveloppaient ces colonnes profondes, Tennemi vit nos troupes qui déjà franchissaient le ravin et grimpaient aux escarpements. Les premiers furent foudroyés; mais Télan était telment irrésistible, que trois régiments autrichiens furent écrasés et que la cavalerie ennemie ne put entamer nos bataillons. L'attaque était devenue générale sur toute notre ligne. Tandis que Taile gauche escaladait le plateau de Wattignies portant et servant des pièces d'artillerie volante, Balland s'emparait de Dourlers, Fromentin de Levai, de Saint-Yaast et des bois de Saint-Remy . Une brigade de l'extrême droite plia. Carnot destitua le général, prit un fusil, ainsi que le représentant Duquesnoy, et tous deux chargèrent à la tète de la brigade. Huit fois le plateau de Wattignies fut pris et repris, mais nos troupes s'y maintinrent enfin. Notre artillerie fit un feu terrible. Nous laissâmes trois mille hommes sur le champ de bataille, mais les coalisés en perdirent le double. Le prince de Cobourg se

47tS.

BataUle et victoire de Wattignies.

Carnot sar le

champ

de l>ataiUe de

Wattignies.

1793. hâta de repasser la Sambre, et nos troupes entrèrent le lendemain dans Maubeuge, dont la garnison, restée immobile, aurait pu, en se joignant à nous, détruire l'armée autrichienne. Carnot en exprima son étonnement au général Ferrant, qui rejeta la faute sur le général Chancel qui pour ce fait fut traduit au tribunal révolutionnaire et condamné à mort. Eo partant de Guise, pour échapper à un pareil sort, le général Mérenvù, suspecté de trahison, s'était tué. Le Comité de Salut public et les représentants du peuple en mission aux armées étaient résolus à ne pas souffrir qu'un général prît une attitude douteuse ou ne se soumît pas absolument aux ordres du gouvernement. Jourdan lui-même allait bientôt être destitué pour avoir présenté des objections lorsqu'on l'envoya en Belgique sans vivres et sans cavalerie.

La victoire de Wattignies coïncida avec la prise de Lyon et la retraite des Vendéens au delà de la Loire. Elle sauva la situation, détruisit l'effet désastreux que n'eût pas manqué de produire le mauvais état de nos affaires sur le Rhin, où bientôt Hoche et Pichegru allaient nous rendre la victoire. Le Comité de Salut public, en proie aux haines des partis, miné par les Hébertistes qui y comptaient des adhérents, fut sauvé par cette victoire qui lui donnait raison ; or, le Comité, c'était en somme le gouvernement, et quelque imparfait que soit un gouvernement il est toujours préférable à l'anarchie. Mais

dans cette année féconde en actes héroïques, la fé- ms. rocité fut non moins excessive. Tandis que nos armées se couvraient de gloire, les tribunaux envoyaient des légions de victimes à la mort. Le sang français coulait à flots et partout, aussi bien sur les échafauds que sur les champs de bataille. Jamais, chez aucun peuple, plus chèrement ne fut payé le rachat des corruptions du passé.

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