‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 8 sur 45 · DU 16 OCTOBRE AU 9 (NOVEMBRE · texte numérisé non relu

DU 16 OCTOBRE AU 9 (NOVEMBRE

Falal entraînement de ta Révolution, — Complots royalitles fNmr t'évmoH dé la reine. — Perquiiition é^Bébett dam la fimon du Temple. -— AToiivelle tentative d'évasion des prisonniers du Temple. — Bruit d'enlèvement de la famille royale. — Arrêté du Comité de Salut public qui ordonne ta séparation de Marie-Antoinette et de son fils. — Scène déck^ rante. — La Commune donne pour instituteur au fils de Louis XYl le cordonnier Simon. — Nouveaux tmiits d'enlèvement du jeune prince. — Odieuse conduite de l'Autrielie à l'égard de Marie-Antoinette. — Marie- Antoinette est transférée à la Conciergerie. — Le chevalier de Rougrville essaie de sauver la reine. — Procès de la reine. — Infâme inUrrogtH toire des enfants et de la saur de Louis XVI. — Marie-Antoinette devasU le tribti/nal révolutionnaire. — Réquisitoire de Fouquier-Tinville. — i«dition des témoins. — Belle réponse de Marie-Antoinette à Hébert. — Marie-Antoinette est condamnée à la peine de mort. — Lettre de Marie- Antoinette à madame Elisabeth. — Derniers moments de Marie-Antoinette.

— Implacabilité des factions. — Procès des Girondins. — Jeunesse des accusés. — Acte d'accusation. — Les Girondins prennent le parti de se défendre. — Les témoins. — Manque d'unité de la défense. — Lettres de Lacaze, Vergniaud et Duperret. — Intérêt qu'inspirent les accusés, — Décret pour limiter les débats judiciaires. — Délibération du jury. — Leê Girondins à la Conciergerie pendant le procès.,^ — Condamnation des fitrondins. — Leur dernière nuit. — Leur supplice. — Impuissance politique de la Gironde. — Mort d'Olympe de Gouges et d'Adam Lux. — Procès du duc d'Orléans. — Mémoire justificatif de Voidel. — Le parti orléaniste dans la Révolution. — Interrogatoire du duc d'Orléans. — Véritable rôle du duo (^Orléans ; son audace, sa persistance. — Le dnc d^Orlèans est condamné à mort. — Derniers moments du duc d'Orléans.

— Madame Roland à Sainte-Pélagie. — Madame Roland devant te tri- Imnal révolutionnaire. — Mort de madame Roland. — Suicide et dernier éerit de Roland. — Exécution des chefs du parti feuillant. — Procès de Bailly. — Parole héroique de Bailly an bourreau. — Développement de la Terreur.

On vient d'exposer quelques-uns des grands faits 1793. nationaux qui ont illustré la République française; il convient actuelliëmeht destiraoer le tableau des ' actes inhumains dont Thorreur planera éternellement sur la Révolution. En quatre ans, la plupart J"»^

- I» • 1 1 1 • entraînement

des acteurs de ce drame formidable avaient assez ^eia vécu. Ils étaient tnûffs pourla fàuk^e^k mort, et Révolution. tombaient sous ses coups, pressés comme des épi^.. II y eut dans tous les palrtis une foi exécrable dans la vertu du sang versé. Et lorsqu'on eut répandu celui du roi avec la même terrible impartialité que celui du dernier des prolétaires, l'idée d'une immolation sans bornes germa danâ l'esprit du juré du tribunal révolutionnaire comme dans celui du soldat des colormes infernales. Chacun dans le fond de son cœur fit vœu de tuer et de mourir. Derrière chaque acteur de ces temps tragiques la mort se tint debout, pareille au spectre des danses macabres, derrière le juge comme derrière le condamné, les désignant les uns et les autres de son doigt blême et enveloppant les vainqueurs et les vaincus dans le syncrétisme du tombeau.

La Révolution crut n'avoir pas assez fait en jetant la tète de Louis XVI pour répondre aux menaces de l'Europe coalisée. Elle fut conduite, par ses fureurs et par Tégoïsme de la cour de Vienne, à mettre le comble à sa barbare audace en faisant tomber la tète de Marie-Antoinette au moment même où T Autriche, de concert avec l'Angleterre, venait de bloquer Mau-

4793. beuge et assurait ses derrières avant de marcher sur Paris. Selon l'expression de Barrère, la Révolution crut trancher le nœudde la diplomatieeuropéenne. Et Ton conçoit que cette idée ait pu germer dans l'imagination assombrie des hommes d'EtatdelaTerreur, quelqu'absurde et horrible qu'elle apparaisse au calme tribunal de nos consciences. Les incidents de la captivité de la reine contribuèrent en outre à exciter la méfiance chez des esprits déjà troublés par tant d'inquiétudes et d'alarmes.

Moins rigoureusement surveillée après la mort de Louis XVI, la reine put prendre le deuil. Le sang du roi pesa lourdement sur les âmes et causa un instant de prostration analogue à celui qu'éprouve un homme qui vient de faire une trop grande dépense de sa force morale ou musculaire. On crut d'ailleurs devoir quelques égards à une infortune immense. Mais la haine et la crainte ne dorment pas un long sommeil, et chaque événement dans lequel on put voir poindre une lueur de trahison ou de complot royaliste, ramena l'intention inquiète de la Convention, de la Commune et des sociétés populaires vers la prison du Temple. Les grandes calamités suscitent d'ailletirs de grands dévouements. Parmi les municipaux chargés de la surveillance de la famille royale, il se trouva des hommes qui subirent la fascination du malheur, et qui, au péril de leur vie, entreprirent de sauver la

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reine et ses enfants. On cite parmi eux Toulan, Mi* itss. chonis, Lepitre, Brimot, Moelle, Vincent^

Le municipal Toulan essaya au mois de février complots

1793 de mettre à exécution un plan d'é\asion. Il «>yaU8te8 pour

* TéTasion de

s*enteudit avec le général Jarjayes, dont la femme la reine. avait demandé à la Commune l'autorisation de partager la captivité de la reine. Le général s'introduisit dans la prison du Temple et se concerta avec Marie* Antoinette. 11 avança l'argent nécessaire à l'évasion. La reine et madame Elisabeth devaient se revêtir des habits d'officiers municipaux, et le jeune prince et sa sœur prendre le costume de deux enfants d'un pauvre lampiste qui venait chaque soir allumer les réverbères. Un redoublement de surveillance fit échouer ce projet. On essaya de décider la reine à s'échapper seule. Son cœur se révolta à l'idée d'abandonner ses enfants. Un homme de peine du nom de Tison, qui avait été placé avec sa femme dans la prison , dénonça les municipaux qui donnaient à Marie-Antoinette les moyens de correspondre avec les gens dévoués à sa cause. Une perquisition fut ordonnée par la Commune qui chargea Hébert de l'exécuter .

L'infâme substitut du procureur de la Commune Perquisiuoo

1 • . • 1 . 1*1 d'Hébert dans la

accomput sa mission avec le cynisme et la violence ^^^^ qui pouvaient la rendre plus odieuse. 11 fit arracher ^^ Temple. du lit de la reine le petit prince qui dormait, explora les matelas, et prolongea jusqu'à quatre heures du matin cette perquisition inquisitoriale. 11

im. trouva un chapeau d'homme que madame Elisabeth déclara avoir appartenu au roi, mais qui avait pu être oublié par le municipal Toulan ; un bâton de cire, une adresse insignifiante, un livre de messe contenant une estampe représentant un cœur percé d'une flèche au-dessous duquel était écrit : Jesu miserere nobis. Aux yeux d'Hébert, c'était ià un signe contre-révolutionnaire; — comme si l'infortunée n'était pas assez accablée pour implorer la compassion divine.

Nouveue tentati- Une autrc tcutativc d'évasion, mieux conduite, ve d'éYMion g|. j n'échoua que par une dénonciation anonyme,

des pnsonniers ^ ^ i •/ 7

du Temple, fut tcutéc pcu dc tcmps après. Le plan fut combiné par le baron de Batz , conspirateur audacieux et acharné, l'un des chefs des conjurés qui voulaient enlever Louis XVI sur le chemin de l'échafaud. M. de Batz avait pour complice Michonis, commissaire, et Gortey, épicier, commandant de la garde nationale de la section Lepelletier. On engagea une trentaine d'hommes de cette section, et M. de Batz fut lui-même inscrit sous le nom de Forget parmi les hommes de service. Il put ainsi entrer daûs la prison du Temple. On choisit, pour Texécution du complot, un jour où le municipal et le commandant se trouvaient ensemble de service. Les hommes de faction avaient endossé, parnlessus leur uniforme, de grandes redingotes militaires destinées à servir de déguisement aux princesses. Elles devaient faire partie d'une patrouille dans les rangs de la-

quelle le jeune priuoe eût aisément disparu. Des îm, voitures attendaient, rue Chariot, la famille et les chefs du complot. Tout allait bien lorsqu'un gendarme d'ordonnance au Temple trouva, le soir à neuf heures, devant la grande porte, un billet cacheté, sans adresse, contenant cette unique phrase: « Michonis vous trahira cette nuit : veillez! » Le gendarme le remit au cordonnier Simon, l'un des commissaires du jour. Celui-ci court au conseil général dénoncer Michonis qu'on emmène à la Commune. 11 se disculpa; mais les soupçons ne s'apaisèrent pas.

Le bruit d'un projet d'enlèvement de la famille Bmit royalp se répandit bientôt dans le public. C'est à ce **^"^^^«^««»* nouveau complot que se rattacha l'arrestation du famuie royale. général Dillon, le 1** juillet. La reine, fidèle d'ailleurs en ceci aux principes royalistes, traitait, autant que cela était possible dans une prison, le jeune Louis en roi futur. Une femme, désirant voir la Dauphine qu'elle avait ^laitée, prenait dans la demande qu'elle adressa à la Commune le titre de nourrice de Madame Première. Harcelé par ces rumeurs et par ces tentatives de complots qui soutenaient les espérances des Vendéens et des partisans de la monarchie et encourageaient aux armées la trahison des généraux, le Comité de Salut public imagina un moyen de mettre fin aux tentatives d'enlèvement. Ce moyen sûr, mais cruel, consistait à briser le faisceau de cette famille infortunée. A la

«793. suite de l'arrestation du général Dillon, un arrêté Comité de Salut ^^^^^ conçu fut publié ; « Le Comité de Salut public

public arrête que le (ils de Capet sera séparé de sa mère; la^Jé'pamtiorde ®^ Temis daus les mains d'un instituteur au choix du

Marie- couscil général de la Commune. » Le 1 i juillet, sur

AntoiDctte et de , -i >, ■ i ^ • • /»

son fils. 1^ rapport de (.ambon, la Convention ratifia cette mesure.

La séparation eut lieu le 3 à dix heures du soir. La reine et madame Elisabeth raccommodaient les vêtements de la famille , près du lit du jeune prince qui dormait. Un bruit de pas retentit soudain dans Tescalier de la tour; les six commissaires de la Commune entrent et notifient à Marie-

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