‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 102 sur 119 · LIVRE XXVII S · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII S

mission des dépenses, des fonds cl de la guerre demanda, par Torganc deBoulay (de la Meurthe), des éclaircissements sur la situation intérieure et extérieure de la République. Le Directoire en était réduit aux explications. Il se déclara en permanence. se déclare

, <*" permanence.

La majorité directoriale, à peu près livrée à ellemême, sans appui, essaya vainement de résister. Les conseils Tattaquèrent d*abord dans la personne de Treilhard. Avec l'impudeur des partis et Tinjustice si commune en politique, ils firent valoir contre le seul Treilhard un argument qui eût dû frapper également Sieyès. Il fallait, pour être élu directeur, avoir depuis une année révolue quitté les conseils. Il manquait quatre jours à Treilhard. Ons'enaperçutlo jour où on voulut le renverser. Il fut remplacé par un magistrat patriote de Rennes, Gohier, honnête homme étranger aux affaires. 11 entra au Directoire le 20 prairial. Une vive agitation régnait dans Paris. Les conseils firent menacer Merlin et Lareveillère de mise en accusation s'ils ne se retiraient pas. Sieyès consentit à se charger de cette ouverture délicate, et leur demanda leur démission. Barras, le vrai coupable, assistait silencieux à cette scène de haute comédie. Les accusés ne répondirent point. Barras envoya la nuit Bergamy près de Lareveillère; mais le philosophe, malgré la douceur de son caractère et son peu de goût pour le pouvoir, se roidit contre ces tentatives d'exclusion. Barras commençait à trembler; car, si Lareveillère et Merlin restaient au pou-

FiéYOlution du 30 prairial.

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voir, les conseils mcltnicnt la Inmlère dans les actes (lu Directoire, et cette lumière éclairait le vrai coupable. II fit donc le lendemain une nouvelle tentative près de Lareveillère. Ayant échoué, il attaqua furieusement Merlin; mais Lareveillère prit la défense de son collègue, et Barras, ayant eu l'imprudence de parler de l'emploi de la force, reçut de Lareveillère une réplique d'un mépris foudroyant. Goliier s'interposa. Dans cette crise, le doux Lareveillère déploya une énergie singulière. Il fléchit enfin devant les supplications d'une députation des conseils, qui vint le trouver dans la nuit du 30 prairial. Il se borna à prédire les périls qui attendait la République, et, croyant qu'il serait impuissant à la sauver, il dit noblement : « Je cède, puisque je reste seul. » Cet utopiste, difforme comme Ésope, amant de la nature, dédaigneux des grandeurs et de l'opulence, refusa le carrosse et les cent mille francs qu'une convention, réglée entre les cinq directeurs, lui permettait d'emporter. Il se retira, fier et pauvre, comme un Romain des grands jours de l'antiquité, dans sa petite maison des champs, à Andilly, près de Montmorency.

Ni les partis, ni Sieyès, qui était alors l'homme d'État du Directoire, ne songeaient à former un gouvernement solide. La Constitution de l'an III était usée. Chacun en avait conscience. On nomma donc; pour remplacer les deux directeurs démissionnaires, ^çwi homipes médiocres ^t intègres ; ftoger-Pucos,

républicain modéré, entièrement dévoué à Sieyès, et 1799. Moulins, ancien général de Vendée, créature des patriotes. Le Directoire se divisa en deux partis : Sieyès et Ducos, qui regardaient la Constitution comme un instrument usé; Moulins et Gohier, qui voulaient la Nominaiiou

^ de Rofjer-Ducos

maintenir en Tinterprétant dans le sens du parli et de Moulins avancé. Barras garda la neutralité et prolongea ainsi la durée de son éphémère inQuence. Le parti qui' prétendait créer une constitution nouvelle chercha un chef militaire et choisit Joubert, qui devait, comme on Ta vu , périr peu de temps après à la bataille de Novi . Championnet fût rendu à la liberté et mis à la tête d'une armée des Alpes, alors en formation. On appela Bernadette au ministère de la guerre, Robert Lindet aux finances, en remplacement de Ramel. Talleyrand, trop habile pour servir un gouvernement intérimaire, donna sa démission et désigna pour lui succéder un diplomate Wurtemberg eois, rompu aux affaires internationales, Reinhardt. Cambacérès remplaça Lambrect à la justice, et Bourguignon devint ministre de la police. Fouché, destitué, fut envoyé cà la Haye.

Le gouvernement s*occupa ensuite d'appeler sous Emprunt forc^. •les drapeaux les jeunes soldats de la conscription et lit décréter un emprunt forcé de cent millions, remboursable en biens nationaux. Les conseils promulguèrent ensuite une loi dite des otages, destinée h réprimer les brigandages de la chouannerie en Vendée, Cette loi d'urgence consistait q rendre responsa-

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