‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 116 sur 119 · F.IVRE XXVII · texte numérisé non relu

F.IVRE XXVII

Lucien réunit dans la soirée un groupe de députés (lu (lonseil des Cinq-Cents, qui grossit promptement des défections qui attendent toujours les partis vaincus. Cette réunion vota que le général Bonaparte et ses compagnons d'armes avaient bien mérité de la patrie. Elle décerna le titre de consuls à Sieyès, à à Roger-Ducos et à Bonaparte. Une commission fut nommée et rédigea immédiatement sur la nécessité de réformer la Constitution. Boulay (de la Meurthe) en fut le rapporteur. Soixante et un députés, parmi lesquels figuraient le Corse Aréna, qu'on accusait sourdement d'avoir voulu assassiner Bonaparte, le général Jourdan, Digonnet, Delbrel, etc., furent éliminés des Conseils. On ajourna le Corps législatif au 1" ventôse. Chacun des deux Conseils élut dans la même séance une commission de vingt-cinq membres. Celle des Cinq-Cents devait exercer l'initiative, celle des Anciens l'approbation. Lucien Bonaparte présida la première, Lebrun la seconde. La réorganisation des ministères eut lieu ensuite. Les consuls conservèrent Fouché à la police et Cambacérès à la justice. M. de Talleyrand reprit le portefeuille des relations extérieures. Berlhier fut placé à la guerre, M. Gandin aux finances, M. Forfait à la marine, M. de la Place à l'intérieur. M. Maret fut nommé secrétaire général des trois consuls. Les vainqueurs n'exercèrent point de grandes rigueurs contre les vaincus. On expulsa seulement trente-sept individus, parmi lesquels figuraient les débris du jacobinisme.

néunicn

de députés chez

Lucien Bonaparte.

Nomination

des consuls.

Ajournement

des Conseils.

Réoi^aisation

ministérielle.

<799. Une partie d'entre eux dut quitter la France, les autres furent internés dans la Charente-Inférieure.

Dispersion

desderaieradoris Cette mesure, plus comminatoire que violente, suffît **^ *"*' pour contenir les mécontents, et ne pesa réellement que sur un petit nombre des individus désignés. Une partie d'entre eux se rallia au nouveau gouvernement, qui fit d'ailleurs preuve de clémence et de modération en abolissant la loi des otages et l'emprunt forcé converti en centimes additionnels. On rappela également les déportés de fructidor. Les trois consuls s'établirent au palais du Luxembourg. On rapporte qu'à la première séance, Sieyès demanda : ce Qui de nous présidera? — Vous voyez bien, répondit Roger-Ducos, que c'est le général qui préside. » Sieyès comprit que sa carrière était finie. 11 dit à ses amis : ce À présent vous avez un maître ; il sait tout, il fait

MotdeSieyôs '^ . ' '

sur Bonaparte. tOUt Ct il pCUt tOUt. »

L'acte du 18 brumaire a été jugé avec une grande sévérité. S'il ne fallait y voir que la violence d'une ambition impatiente de se satisfaire, même aux dépens des lois, l'histoire ne saurait trop le flétrir. Mais l'ambition de Bonaparte fut conforme au vœu national. Elle exprima réellement les aspirations du pays. Le sentiment populaire désignait Bonaparte pour le pouvoir suprême. Les intérêts nouveaux avaient besoin d'une garantie qu'ils ne pouvaient trouver ni dans le système conventionnel, ni dans le système directorial. La démocratie allait ess.iyer une dernière

Page 1