‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 115 sur 119 · LIVRE XXVIl · texte numérisé non relu

LIVRE XXVIl

el SCS grenadiers. Lucien monta à cheval, et, quoique 1799. dépouillé de ses insignes, il harangua les troupes : « Citoyens soldats, leur dit-il, le président du Conseil Harangue des Cinq-Cents vous déclare que l'immense majorité Laden Bonaparte de ce Conseil est dans ce moment sous la terreur de *" ^^^v^quelques représentants à stylets qui assiègent la tribune, présentent la mort à leurs collègues et enlèvent les délibérations les plus affreuses ! Je vous déclare que ces audacieux brigands, sans doute soldés par TAngieterre, se sont mis en rébellion contre le Conseil des Anciens , et ont osé parler de mettre hors la loi le général chargé de Texécution de son • décret, comme si nous étions encore à ce temps affreux de leur règne où ce mot ahors la loi» suffisait pour faire tomber les têtes les plus chères à la patrie... Au nom de ce peuple qui depuis tant d'années est le jouet de ces misérables enfants de la Terreur, je confie aux guerriers le soin de délivrer la majorité de leurs représentants, afin que, délivrés des stylets par les baïonnettes, elle puisse délibérer sur le sort de la République.

ce Général, et vous, soldats, et vous tous, citoyens, vous ne reconnaîtrez pour législateurs de la France que ceux qui vont se rendre auprès de moi! Quant à ceux qui resteraient dans l'orangerie, que la force les expulse!... Ces brigands ne sont plus les représentants du peuple, mais les^ représentants du poignard! Que ce litre*leur reste! qu'il les suive partout! et lorsqu'ils oseront se montrer au peuple,

1799 que tous les doigis les désignent sous ce nom mérilo

de représentants du poignard! »

L'exagération de ce discours, où la vérité était immolée au salut des conjurés placés entre le succès et la mort, exalta les troupes. Toute hésitation disparut. Les cris de «Vive Bonaparte! » retentirent. Murat vint prendre les ordres du général. Bonaparte donna Tordre d'entrer dans la salle. Les grenadiers s'élancèrent au pas de charge. Le colonel qui les Les grenadiers commandait s^arrêta d'abord sur le seuil et invita les

envahissent

la salle du Conseil représentants du peuple à se retirer, ne répondant et expulsent • plus dc la sûrcté du Conscil. On lui répondit par les les deputéb. ^^j^ j^ «Vive la République! » Les grenadiers traversèrent la salle. Le colonel renouvela son invitation, et comme les représentants ne quittaient point leur place, il s'écria : c< Grenadiers, en avant! » Le tambour battit la charge, et les soldats croisèrent la baïonnette. La force l'emporta sur la légalité. Les représentants furent contraints de prendre la fuite, les uns par les portes, les autres par les fenêtres. Il nW eut d'ailleurs aucune effusion de sang. Bonaparte triomphait, et la multitude allait bientôt applaudir comme elle applaudit à Rome quand César franchit le Rubicon. La France fit cette expérience, que la raison des masses n'est pas conforme au droit écrit. On conspua ces députés, qui pourtant s'étaient conduits avec dignité et n 'avaient cédé qu'à la force. Où était le temps où Mirabeau forçait de sa voix tonnante l'envoyé du roi de sortir à reculons !

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