‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 87 sur 119 · LIVRE XXVIl · texte numérisé non relu

LIVRE XXVIl

« Soldais, matelots, fantassins, canonniers, cava- ^-^s c< liers, soyez unis; souvenez-vous que le jour d'une a bataille vous avez besoin les uns des autres. — Sol- « dats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés ; « aujourd'hui la plus grande sollicitude de la Répuc< blique est pour vous : vous serez dignes de l'armée c< dont vous faites partie.

a Le génie de la liberté, qui a rendu dès sa naisc< sanee la République l'arbitre de l'Europe, veut c< qu'elle le soit des mers et des nations les plus loince taines. »

Il y avait dans ces paroles un mystère, un inconnu qui entraînait et soutenait les imaginations. Ainsi Bonaparte partait, et l'armée qui le suivait ignorait où il la conduisait, mais elle l'eût suivi à l'autre , „

' ^ La flotta

extrémité du monde. Il partait, et quand, le 20 flo- lôverancre. réal, son vaisseau-amiral VChient se détacha du port de Toulon, entraînant la flotte et l'armée, la France ne savait point vers quelle contrée se dirigeait le héros, mais toutes les imaginations suivaient sur les flots le sillage de son navire et se répétaient ces paroles d'une puissance magique : Où se dirige-t-il î Quelles grandes choses va-t-il accomplir?

Le prestige de Bonaparte, au moment où l'escadre commandée par l'amiral Brueys sortit de Toulon, dépassait tout ce que l'imagination concevrait aujourd'hui. Il y avait encore en France, à cette époque, ce que l'on pourrait nommer le génie de l'enthousiasme, génie fécond et créateur qui ne fait pas

1T98. les grands hommes, mais qui les saisit au plus épais des foules, les tire en quelque sorte du néant de Tobscurité et les place sur le piédestal de Tliistoire. Bonaparte était déjà un général illustre. La campagne d'ÉgypIe allait en faire un de ces personnages extraordinaires qui servent à reconstruire, à travers les siècles, la légende de Thumanité.

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