‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 86 sur 119 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

outragé et quitta rAulriche. Il fallut que Bonaparte, qui était devenu Torgane de la France près le cabinet autrichien, s'en aperçût en lisant la correspondance du jeune général avec M. de Cobentzel. Bonaparte voulut retourner à Rastadt; le Directoire ne le permit pas et pressa son départ. Déjà, d'ailleurs, la pensée de Bonaparte appartenait tout entière à Texpédition qu'il allait entreprendre. Ce n'était plus une descente en Angleterre qu'il méditait ; il voulait s'établir en Egypte, frapper l'Anglais dans la source de sa vie, le commerce; s'emparer de la route de l'Inde, diriger vers la France ces grands courants commerciaux qui de l'Afrique et de l'Asie aboutissent au Caire, et faire de la Méditerranée un lac français. La seule pensée de cette expédition fut une marque de génie politique. Napoléon n'a rien conçu de plus grand dans sa prodigieuse carrière. En même temps qu'il fit preuve en cette circonstance d'une élévation et d'une profondeur de vue hors de proportion avec tout ce que les souverains français du dix-huitième siècle avaient pu concevoir, il franchit d'un seul bond les sphères les plus hautes qu'ait envahies l'ambition de la gloire. L'Orient, berceau des religions, patrie du soleil, est aussi le point mystérieux où s'accomplit le baptême des renommées immortelles.

Cependant la commission pour l'armement des côtes de la Méditerranée achevait ses préparatifs, dont elle-même ignorait le bût, et qu'on destinait officiellement à former l'aile gauche de l'armée

Nouveaux

dissentiments

avec rAulriche.

Grandeur

politique

de l'expédition

d'Egypte.

Bonaparte quitte Paris.

Son arrivée à Toulon.

d'Angleterre. Pilt, inquiet, suivait du regard ces mystérieuses dispositions ; mais son esprit perspicace, mis en défaut cette fois, s'absorba dans Tidée fixe que le point important à garder était le détroit de Gibraltar. Lord Saint-Yincent en eut la garde, tandis que Nelson poussait, avec trois navires , une reconnaissance dans la Méditerranée. Laissant en bonne voie et à peu près réglés les points les plus délicats des négociations avec rAulriche, Bonaparte partit enfin pour Toulon. Il y arriva le 20 floréal an YI (9 mai 1798). Il y retrouva son armée d'Italie, qui tressaillit de joie et d'enthousiasme en revoyant son chef. Celui-ci la salua d'une harangue ainsi conçue : a Soldats, c< vous êtes une des ailes de Tarmée d'Angleterre. c( Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, a de sièges ; il vous reste à faire la guerre maritime.

« Les légions romaines, que vous avez quelquefois « imitées, mais pas encore égalées, combattaient c< Carthage tour à tour sur cette mer, aux plaines de c( Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce c< que constamment elles furent braves, patientes à « supporter la fatigue, disciplinées et unies entre c< elles.

« Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! Vous avez a de grandes destinées à remplir, des batailles à lice vrer, des dangers, des fatigues à vaincre; vous ferez c< plus que vous n'avez fait pour la prospérité de la «patrie, le bonheur -des hommes, et votre propre c< gloire.

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