‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 89 sur 119 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

de s'emparer de ce point important de la Méditer- iim. ranée. L*île était, depuis Charles-Quint, au pouvoir des chevaliers de Malte, oj^dre à la fois religieux et militaire, dont la mission était de protéger les chrétiens contre les infidèles. Mais, comme les autres institutions du moyen âge, cet ordre avait perdu l'esprit des anciens jours. Les chevaliers de Malte, gorgés de richesses, couraient le monde, vivant dans l'opulence et la galanterie. Ceux d'entre eux qui habitaient l'île y végétaient dans l'oisiveté. La vue de la flotte, qui apparut le vingtième jour après son départ de Toulon, jeta l'île dans l'épouvante. Les chevaliers, inquiets, dépossédés de leurs biens en France et en Italie, et voyant le développement de la domination française dans la Méditerranée, s'étaient mis sous la protection de Paul P'. Bonaparte demanda au grand maître l'entrée du port Attaque et prise pour prendre de l'eau. Sur le refus qui lui fut fait, ^^ ^*'*®il ordonna le débarquement. Les chevaliers résistèrent à peine. Le grand maître, Ferdinand de Hompesch, capitula moyennaut certains avantages pour hi et pour les débris de son ordre, que Bonaparte voulut bien stipuler. U avait des intelligences dans la place, dont quelques chevaliers de la langue do l^rance favorisèrent la reddition. Une sérieuse résis- ^nce eût certainement sauvé l'indépendance de l'île, protégée par des fortifications admirables. Vaubois -t Regnault de Saint-Jean-d'Angely restèrent dans île avec trois mille hommes.

1798. Au bout de dix jours, c'est-à-dire le 1" messidor

(19 juin), la flotte quitta Malle. Rien n'arrêta sa marche. Par un concours de circonstances providentiel, toutes les manœuvres de Nelson furent si mal combinées, qu'un doute est resté dans l'histoire sur leur but réel. On supposa que cet amiral, agissant d'après les ordres de son gouvernement, dirigea sa marche de manière à ne point rencontrer une flotle qui emportait vers un exil d'une durée indéterminée l'élite des généraux et des hommes supérieurs dont la présence excitait les craintes et la jalousie du Directoire. En secondant ces calculs, aussi bas qu'imprudents, l'Angleterre eût prêté les mains à l'affaiblissement de la France. Mais tout porte à croire que le machiavélisme du cabinet britannique n'alla point jusque-là. La source de la prépondérance anglaise en Orient et de ses intérêts commerciaux l'eût empêchée de favoriser une pareille perfidie. Dans le cas contraire, ignorant le but de l'expédition, on pouvait, à Londres, la croire dirigée contre la Grande-Bretagne ; et le comte Saint-Yincent garda trop bien le détroit de Gibraltar pour qu'il soit possible de conserver un doute sérieux sur les intentions de l'Angleterre. Un coup de vent avait forcé Nelson de faire radouber ses navires en Sardaigne, et lorsqu'il arriva dans les eaux de Toulon, la flotte était déjà partie. Lord Saint- Vincent envoya à Nelson dix vaisseaux de ligne et quelques frégates que lui amena le capitaine Towbridge. Nelson passa devant Messine,

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