‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 90 sur 119 · LIVRE XXVII o3o · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII o3o

Malle et Alexandrie. La flotte était invisible. Mais à i798, peine Nelson avait-il repris la direction de la Sicile, que la flotte française, séparée des Anglais de quelques lieues, arriva elle-même devant Alexandrie. Pendant toute la durée de la traversée, on s'était préparé à la rencontre des Anglais. Le consul français apprit à Bonaparte la récente et courte apparition de Nelson. Une voile fut signalée. Bonaparte frémit. « Fortune, m*abandonnerais-tuî s'écria-t-il; quoi, pas seulement cinq jours! » Mais la voile signalée était la frégate française la Justice. La mer était mauvaise. Le port d'Alexandrie, dont les minarets étincelaient au loin, pouvait tenter une résistance. Le général ordonna de débarquer sur la côte,

^ . ,. 1 1 «Il M* 1 .1 Déliarquemcnl

a cmq lieues de la ville, au milieu des vagues et des deia rochers. Cinq mille hommes prirent terre dans la eSTgypT^PrL nuit du 15 au 14 messidor (1" juillet). On marcha d'Alexandrie. dans les sables; Tassant fut donné; Kléber fut frappé d'une balle à la tête, mais sa blessure était légère. Déjà les Turcs demandaient à capituler.

Bonaparte possédait la science des conquêtes. Il savait au suprême degré Tari d'apparaître aux nations vaincues en libérateur plutôt qu'en maître; et il est juste d'ajouter que partout où il porta le drapeau tricolore, ce drapeau fut un signe de délivrance. L'Egypte était placée sous la suzeraineté du sultan. Elle était gouvernée par un paclia impatient du joug de la Porte et qui opprimait le pays à l'aide d'une milice d'esclaves circassiens, nommés mame-

354 f HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

1798. luks, que* .commandaient vingt-quatre beys orgueilleux et indisciplinés comme des barons féodaux. Flatter la race opprimée, ménager la Porte, écraser les beys et les mameluks, tel fut le plan politique de Bonaparte. Son génie le mit aussitôt au niveau de la situation et lui donna en quelque sorte Tintuition du langage qu'il fallait parler à ces hommes si nouveaux pour lui. Il jura de respecter le Coran et le sultan, et invita publiquement le pacha à venir Taider dans son œuvre. Il adressa en même temps au peuple égyptien une allocution que les historiens, nos devanciers, s'accordent à considérer comme un modèle d'éloquence et d'habileté digne des plus grands capitaines. Bonaparte exposait dans les termes Allocution suivants le but de l'expédition : c< Depuis trop

de Bonaparte • iV^ • i

aux peuples de longtemps Ics beys qui gouvernent 1 Egypte msullent

à la nation française, et couvrent ses négociants d'avanies. L'heure,de leur châtiment est arrivée. Depuis trop longtemps ce ramassis d'esclaves, achetés dans le Caucase et dans la Géorgie, tyrannise la plus belle partie du monde; mais Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que leur règne finît. Peuple de l'Egypte, on vous dira que je viens pour détruire votre religion, ne le croyez pas. Répondez que je viens vous restituer vos droits, punir vos usurpateurs, et que je respecte, plus que les mameluks, Dieu, son prophète et le Coran. Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu. La sagesse, les talents et les vertus mettent seuls la différence

l'Egypte.

Page 1