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La Gazette de Sorel, 28 mars

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

jour-là, tout Sorel est sur pied, les rues sont pavoisées, l’église est remplie d’une foule émue, qui acclame les deux défenseurs du Saint-Père, revenus sains et saufs, après avoir gagné l’un et l’autre les épaulettes de caporal. En ces dernières années, M. Francœur fut créé Chevalier de St-Grégoire-le-Grand.

Le 20 mai 1868, Mgr Charles La Rocque, évêque de St-Hyacinthe, arrive à bord du vapeur le Chambly, en tournée pastorale. Une foule considérable, M. le curé Millier en tête, se rend sur le quai à sa rencontre. Son Honneur le Juge Lo ranger, les membres du Conseil de ville, ceux des Sociétés St-Michel, St-Pierre et St-Joseph, les Frères des Ecoles Chrétiennes et leurs élèves font un cortège à l’évêque, tandis que la maison Beauchemin le salue par l’artillerie et qu’un corps de musique fait entendre un morceau de son répertoire. Il y a présentation d’adresses par le maire et M. Charles Dorion, président de la Société St- Pierre. Ce fut durant cette visite que M. Millier fut nommé vicaire-général du diocèse.

Le 23 juin 1869, le curé Millier est l’objet d’une autre manifestation de la part de ses ouailles. A cette époque, les revenus de la cure ne sont pas considérables, il n’y a que les cultivateurs qui paient les dîmes, les citadins donnent ce qu’ils veulent; on peut juger de l’état de gêne dans lequel vit le curé. Afin de lui venir en aide, deux citoyens influents, MM. L.-P. Cardin et G.-I. Barthe, ce dernier propriétaire de la Gazette de Sorel, ouvrent une souscription publique. Ils recueillent la jolie somme de trois cents piastres qu’ils remettent à leur dévoué pasteur.

Trois ans plus tard, M. le curé Millier se rend en Floride dans l’intérêt de sa santé; il revient le 23 mars 1872. Son retour est marqué par une autre belle manifestation qui

témoigne des bonnes dispositions des paroissiens. Les prêtres du collège, les Frères des Écoles Chrétiennes, leurs élèves, les associations de bienfaisance de St-Joseph et de St-Michel, bannières en tête, vont le recevoir au quai. Une bourse de 330 piastres lui est offerte par M. Emmanuel Crépeau, au nom du comité de réception. La démonstration a lieu à l’Hotel de ville.

Les Sorelois sont enthousiastes et aiment à en donner des preuves. Lors de la visite pastorale de Mgr Charles La Rocque, le 8 juin 1872, Sorel est le témoin d’une de ces manifestations. Nous laissons la plume au rédacteur du Messager de Sorel : “L’arrivée de sa Grandeur Mgr de St- Hyacinthe à Sorel, mercredi soir, a été accueillie par une véritable ovation !

“La population, avide de revoir le vénérable prélat, s’était portée en foule au débarcadère. Une plate-forme, ombragée de verdure et de drapeaux flottants, y avait été érigée; aussitôt que Sa Grandeur en eut monté les gradins, la foule recueillie s'agenouilla pour recevoir sa bénédiction. Pendant cette touchante cérémonie, la fanfare du Collège fit entendre quelques morceaux de musique, accompagnés des détonations du canon et des carabines de nos volontaires, annonçant au loin l’heureuse arrivée.

“L’honorable Juge Loranger, revêtu de l'insigne de sa nouvelle distinction de Commandeur de Pie IX, présenta à l’évêque, au nom des paroissiens, une adresse de bienvenue, et M. le Dr Bruneau une autre au nom des associés de Saint-Michel et de Saint-Joseph. L’évêque répondit en termes flatteurs et remercia les paroissiens de leur sympathique accueil.

“Dans le cortège qui se forma, on remarquait l’honorable Juge Loranger, M. Michel Mathieu et tous les mem-

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bres du comité de réception. On prétend qu’il comprenait plus de trois mille personnes. Les rues avaient été décorées de drapeaux et un arc de triomphe portait cette inscription : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

“Une demi-heure après son arrivée, l’évêque faisait son entrée solennelle, au son des cloches et de l’orgue, dans l’église remplie de fidèles, où un salut fut chanté. Les réjouissances se terminèrent par un magnifique feu d’artifice en face du presbytère. Pendant plus de deux heures d’éblouissantes fusées se croisaient en tous sens, parsemant l’espace de longues traînées de feu et d’étincelles de toutes les nuances, faibles images de la joie et de l’allégresse qui éclataient dans tous les coeurs.

“Sa Grandeur est accompagnée dans cette visite du Rvd. Père Lagier, O.M.I., et des Rvds. MM. Provençal, curé de St-Césaire, et Gatien, vicaire à Belœil.”

A cette époque, la population s’est considérablement accrue. L’église est trop petite; M. Millier, dans l’automne de 1872, ressuscite la question de la construction d’une autre sur le terrain de l’ancienne. Ce projet, mis à l’étude en 1866, a rencontré de l’opposition de la part des habitants qui s’étonnaient de voir qu’on eût l’intention d’ériger une église succursale sans démembrer la paroisse. Ayant contribué à la construction de l’ancienne et voyant la Fabrique chargée d’une lourde dette, ils adressèrent une requête contre ce projet le 20 février 1866, ne voulant pas payer pour le temple projeté. Cependant, M. le curé Millier, quelques jours avant la visite de l’évêque, convoque une assemblée des paroissiens afin de leur soumettre ses plans. En sa qualité de président, il explique la situation. M. G.-I. Barthe, invité à prendre la parole, insiste sur la nécessité de la dite construction et du démembrement de la paroisse; il

ajoute que l’église actuelle peut suffire aux habitants de la campagne, mais non aux besoins des citadins. M. Taillon, qui remplit la fonction de secrétaire, exprime l’opinion que l’église future devra être construite non sur le terrain de l’ancienne, mais dans un lieu plus central. Après ces discours, on forme un comité chargé d’étudier cette question. Il y a division dans le populo. Il en est cpii désirent la division de la paroisse, d’autres veulent que la nouvelle église soit une succursale de l’ancienne. Ce dernier projet, étrange assurément, ne devait pas l’emporter. C’eût été un fait inouï dans l’histoire que de voir se construire une église succursale près de l’ancienne, tandis qu’il était si facile d’ériger une nouvelle paroisse pour les campagnards. Le 25 novembre 1872, M. le curé Millier faisait tenir à la Gazette de Sorel la communication suivante : “Contrairement à ce que je vous avais fait espérer, Mgr ne vous parlera point de l’affaire de l’église à construire; il n’en sera nullement question aujourd’hui. Il n’y aura point d’assemblée à ce sujet.

“Mgr avait espéré un résultat tout différent de celui qui s’est produit à propos de la suggestion qu’il avait cru devoir faire à la paroisse. Mgr voyant même qu’il se forme des courants et des divisions d’opinion tout à fait défavorables à ce qu’il considère comme le seul moyen de concilier tous les intérêts, ceux du présent d’abord, et surtout ceux de l’avenir, voulant rendre justice aux cultivateurs de la paroisse et les placer dans une situation à ne plus se trouver encore une fois dehors, comme ils disent, c’est-à-dire à peu près sans places dans l'église pas plus dans les allées que dans les bancs, garde, malgré la manifestation d’une opinion contraire, partagée par un plus ou moins grand nombre de paroissiens, tant de la ville que de la campagne, la conviction bien ferme que le plan qu’il a proposé est le seul qui

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puisse rendre justice et satisfaire à tous les besoins, tant présents qu’à venir.

“Mgr, en conséquence, s’est décidé de vous prier de ne point vous préoccuper de l’affaire, d’éviter surtout les discussions irritantes et même de garder le silence jusqu’à ce qu’il trouve lui-même à propos de le rompre. Et quand il le fera ce sera par une lettre pastorale qu’il vous adressera. Mgr ne désire que deux choses : C’est, d’abord, que la paix règne parmi vous et ensuite que justice soit faite afin que tous les partis soient satisfaits....”

Cette question en reste là pour le moment. Elle devait être résolue d’une manière plus pratique quelques années après. Le 9 janvier 1875, la paroisse de Sorel était en liesse à l’occasion de l’ordination d’un prêtre sorti du rang des familles soreloises dans la personne de M. l’abbé Arthur St-Louis. Ce fut Mgr Fabre qui présida la cérémonie; par une circonstance remarquable, vingt-quatre ans auparavant, étant vicaire à Sorel, il avait lui-même versé l’eau baptismale sur le front du nouvel ordonné. Il y eut de grandes réjouissances, une assistance et un clergé nombreux.

Avec le temps, il fallut enfin se rendre compte de la nécessité de construire une nouvelle église. La paroisse avait une étendue de 20,480 âcres, la ville 2,042 âcres. Cette dernière renfermait 857 maisons, 1,023 ménages et une population de 5,636 âmes. Dans la campagne, on comptait 390 maisons habitées, 438 ménages, 3,446 âmes. Cette fois, il ne sera plus question d’église succursale. N’est-il pas plus pratique d’ériger de nouvelles paroisses, afin de donner aux habitants de ces endroits un accès plus facile à l’église? Il y a la question de la dîme qu’il faut considérer, les citadins contribuant pour bien peu dans le soutien du curé et de ses vicaires, mais cette question sera résolue

en son temps. Le 4 mars 1874, M. le curé Millier invite ses ouailles à signer une requête pour demander de construire une église au Chenal-du-Moine afin d’y attacher les habitants de cette partie de la paroisse et ceux des îles. Il propose en même temps de demander une autre église pour ceux des habitants situés entre le fleuve et la rive nord du Richelieu. Ces deux projets devaient se réaliser plus tard. Quant à M. Millier, affaibli par une cruelle maladie, il songea à prendre un repos relatif et donna sa démission. Il fut transféré à Belœil où il exerça le ministère durant dix ans. En 1885, il se retira au couvent des Sœurs de Saint- Joseph, à St-Hyacinthe. Il mourut le 13 août 1889. “M.

le Grand-Vicaire Millier, écrit son biographe, a été l’une des figures remarquables du clergé de ce diocèse. Tous ceux qui l’ont connu ont admiré sa belle intelligence, son zèle pastoral, son éloquence, son talent d’administrateur et son exquise politesse.

“Pendant sa carrière sacerdotale, il a toujours montré un profond respect et une humble obéissance envers ses supérieurs ecclésiastiques. Il a été honoré de leur confiance. Feu Mgr Charles La Rocque lui donna des lettres de conseiller diocésain, le 31 août 1868. Mgr Moreau, en prenant la direction du diocèse, lui confirma les mêmes pouvoirs. Il le nomma chanoine titulaire de la cathédrale le 26 juillet 1877. Depuis plus de vingt ans, M. le Grand-Vicaire Millier a enduré des maladies pénibles, qui lui ont occasionné des souffrances continuelles. Il a souffert avec résignation et abandon à la volonté de Dieu. Il a vu arriver la mort sans crainte après avoir reçu les sacrements et les prières de l’Église. Ses funérailles ont lieu à la cathédrale1.”

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