CHAPITRE XVI
M. l’abbé Maxime Decelles. — Débuts de son ministère. — Il devient curé de la cathédrale de St-Hyacinthe. — Il est fait chanoine. — Curé à St-Roch-sur-Richelieu. — Curé à Sorel. — Évêque de St- Hyacinthe. - — Sa mort. — M. l’abbé Joseph-Cléophas Bernard. — Vicaire à la cathédrale de St-Hyacinthe. — Curé de Salmon River. — Curé d’Eel-Brook. — Aumônier de l’Hôtel-Dieu de St-Hyacinthe. — Curé d’Adamsville. — De Waterloo, de Sorel. — Fondation de la paroisse Notre-Dame. — M. l’abbé Hector Tétrault, premier curé.
Lorsque M. le curé Dupré prit sa retraite, Mgr Moreau choisit pour le remplacer un prêtre distingué dans la personne de M. l’abbé Maxime Decelles. Le nouveau curé naquit le 30 avril 1849, à St-Damase, comté de St-Hyacinthe, du mariage de sieur François Decelles et de Dame Apolline Coderre-Lacaille1. D’après M. l’abbé Arthur Allaire, il descend, par une de ses aïeules, du célèbre découvreur Louis Jolliet, par conséquent de Guillaume Couillard et aussi de Louis Hébert, le premier colon canadien2.
1. La famille Decelles, qui a fourni au clergé canadien deux évêques et plusieurs prêtres distingués, eut pour chef, au Canada, Gabriel. Celles du Clos, fils de Jean Celles et de Colette Pagnot, de Noraie. Il épousa Barbe Poisson, à Montréal, le 19 novembre 1652. Cette famille portait : Ecartelé au 1 et au 4 d’or, au lion de sable, armé et lampassé de gueules ; au 2 et 3 de gueules, à une fleur de lis d’argent. Chamillard: Recherche de la Noblesse, Généralité de Caen, 1666.
2. Louis Jolliet était marié à Delle Claire-Françoise Bissot, fille de François Bissot, sieur de la Rivière, et de Dame Marie Couillard, celle-ci fille de Guillaume Couillard et de Dame Marie-Guillemette Hébert.
M. Maxime Decelles qui, trois ans plus tard, devait monter sur le trône épiscopal de St-Hyacinthe, fit ses études classiques au Séminaire de cette ville, prit la soutane en 1869, et le 21 juillet 1872, fut ordonné par Mgr Charles La Rocque, dans l’église de St-Athanase d’Iberville. Envoyé d’abord comme vicaire à St-Denis-sur-Riehelieu, il y demeura jusqu’au mois de mars 1874. Il fut vicaire à Belceil, curé d’office en 1874 et 1875, vicaire à la cathédrale de St-Hyacinthe, puis curé de 1875 à 1880, et fut créé chanoine titulaire et pénitencier du diocèse. Au mois d’avril 1880, il remettait son canonicat pour prendre la direction de la paroisse de St-Roch-sur-Richelieu, poste qu’il occupa durant neuf ans. De là, il partit pour Sorel.
Dans cette ville, M. Decelles trouva un champ d’action plus vaste pour déployer son zèle sacerdotal. Toutes les oeuvres si bien commencées par M. l’abbé Dupré furent heureusement menées à bonne fin. Durant les trois années de son séjour dans cette paroisse, il s’appliqua à développer les oeuvres de piété et de bienfaisance, il montra une habileté remarquable dans l’administration des affaires de la Fabrique. Il sut s’attacher, en peu de temps, le cœur des Sorelois. Lorsqu’en 1893 il fut appelé à devenir le coadjuteur de Mgr L.-Z. Moreau, évêque de St-Hyacinthe, ses ouailles manifestèrent un véritable chagrin. Toutes les fois que Mgr Decelles eut à visiter la ville de Sorel, la population lui fit des réceptions grandioses, notamment dans ses courses apostoliques de 1893 et 1895, lors de la bénédiction de la première pierre de l’Orphelinat.
Mgr Maxime Decelles, élu le 14 janvier 1893, fut sacré évêque de Druzipara et, après la mort de Mgr Moreau,
DE SES ORIGINES À NOS JOURS
administra le diocèse de 1901 au 7 juillet 1905, jour de sa mort1.
Son successeur dans la cure de Sorel fut M. l’abbé Joseph-Cléophas Bernard qui, depuis trente-trois ans, dirige la belle et bonne population soreloise. Le nouveau pasteur est né à Belœil, comté de Verchères, du mariage de sieur Théodule Bernard, cultivateur, et de Dame Héloïse Préfontaine. Il fit ses études au Petit Séminaire de Montréal, sa théologie au collège de Sorel et au Grand-Séminaire de Montréal. Ordonné prêtre par Mgr A. Racine, à St-Hyacinthe, le 30 novembre 1875, il exerça le saint ministère à la cathédrale de cette ville et partit après deux ans pour la Nouvelle-Écosse. Il fut curé de Salmon-River de 1879 à 1881, où il termina le presbytère. En 1881, il était curé d’Eel-Brook. En 1882, il prit la charge de chapelain chez les Sœurs de l’ Hôtel-Dieu de St-Hyacinthe, fit un voyage en Europe, et devint curé d’Adamsville en 1885. De 1888 à 1893, il occupa la cure de Waterloo. C’est de ce dernier poste que M. l’abbé Bernard partit pour prendre la direction de St-Pierre-de-Sorel.
Durant sa longue administration, ce digne prêtre, devenu chanoine titulaire de la cathédrale de St-Hyacinthe eti 1901, employa tout son talent à amortir la dette de la Fabrique et à faire d’importantes réparations à son église. En 1906, après avoir restauré la façade du temple, refait les clochers, il y installa quatre cloches provenant de la maison Ballée en France. La première, d’un poids de 5,185 livres, la seconde, de 2,020 livres, la troisième, de 1,468, la
1. Le 29 juin, neuf jours auparavant, le regretté pontife fit sa dernière ordination au monastère des Sœurs du Précieux-Sang, à St- Hyacinthe ; nous étions du nombre des nouveaux prêtres.
quatrième, de 1,076 livres. Le carillon fut bénit le 2 décembre 1906, par Mgr A.-X. Bernard, frère de M. le curé de Sorel.
Déterminé à restaurer le temple complètement, M. le chanoine Bernard fit ajouter des planchers neufs et remplaça les bancs anciens par des nouveaux de facture plus moderne. Il n’y a pas jusqu'à la balustrade qui ne fût renouvelée. Le chœur, les stalles, la chaire, le baldaquin, furent également retouchés. La décoration intérieure dite à fresque, si à la mode il y a quelque vingt ans et que nous sommes loin de goûter ainsi que beaucoup d’autres, a été changée par une autre plus riche et plus délicate. Le blanc et l’or ont pour effet de rajeunir un temple, de l’éclairer, de l’enrichir. Avec ses riches verrières et sa nouvelle toilette, l’église Saint- Pierre est assurément l’une des plus belles du diocèse de Saint-Hyacinthe.
M. le chanoine Bernard compte parmi les œuvres qu’il a établies la fondation de l’Orphelinat. Il aida encore de tout son prestige à la résurrection du collège, devenu le Mont-Saint-Bernard. En 1915, avec le concours précieux de ses deux vicaires : M. l’abbé Henri Béland* 2 et M. l’abbé Ernest Bouvier3, il entreprit une lutte contre les débits de boissons alcooliques qui ont fait de grands ravages non seulement à Sorel mais dans notre province. A la suite des missionnaires, Sa Grandeur Mgr Paul-Eugène Roy, alorsarchevêque de Séleucie4, fit entendre sa parole si vibrante
h La plus petite des anciennes cloches, qui avait été coulée à Montréal, était en usage dans la vieille église avant 1832 Les deux autres, fondues à New-York, furent bénites en 1848.