Les Frères avaient fermé leur pensionnat deux fois
du collège classique reviennent à la charge. Ils publient, dans la Gazette de S or cl, des articles sur 1 Education Classique et Pratique. Ces écrits sont de nature à déplaire aux religieux qui se croient visés dans leur enseignement. Le Provincial s’en plaint au Président des Commissaires par une lettre en date du 19 juin 1861, dans laquelle il lui donne avis “qu’il rappellera les Frères au temps où ils ont l’habiture de donner vacance à leurs élèves. Il vous restera donc, dit-il, tout le temps nécessaire pour vous pourvoir de professeurs que vous avez l’intention de substituer à nos Frères....”
Comme ceux-ci enseignent encore à l'automne, on peut supposer que des explications leur ont été fournies ou que des excuses leur furent faites. Dans son rapport de 1867 et 1868, M. l’Inspecteur Archambault déclare que “l’Académie catholique, fréquentée par plus de quatre cents élèves, est tenue par les Frères sur un pied qui la place au premier rang des institutions de ce genre....”
Si flatteur qu’est ce témoignage, il n’empêche pas les partisans du cours classique de travailler à ce projet. M. le Grand- Vicaire Millier encourage cette fondation. Le 7 juillet 1867, il y a à l’Hôtel de ville assemblée des citoyens, dont le président est M. G.-I. Barthe, et le secrétaire M. Michel Mathieu. Des résolutions sont rédigées afin de promouvoir l’établissement d’un collège classique “sur le modèle des collèges du genre dans la Province, en y ajoutant au programme la tenue des livres....” On forme un comité chargé de recueillir les souscriptions. M. le curé Millier, MM. Barthe, E. Provost, F. St-Louis, H. Piché, R. Latraverse, M. Beauchemin, R. Lamoureux, C. Labelle, O. Boucher, A. Germain, sont choisis à l’unanimité.
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Cette fois, le mouvement est donné. Dès le printemps suivant, M. Millier l’appuie en chaire de toutes ses forces. Le 11 juin, a lieu dans l’église une nouvelle assemblée; les citoyens, les paroissiens, des îles et de la campagne, promettent leur concours. La liste des donateurs nous a été conservée. Les souscriptions se montent à la jolie somme de 6,762 piastres. On voit par là combien ce projet est cher aux Sorelois. Avec ce montant, les promoteurs de l'œuvre peuvent subvenir aux premiers frais d’installation et, le 3 septembre 1868, les classes s’ouvrent dans la bâtisse occupée auparavant par les Frères que la Commission Scolaire a remerciés le 15 août de la même année. “Ce jour-là, écrit un chroniqueur du temps, ces éducateurs de la jeunesse voyaient leurs nombreuses années de services et de dévouement recevoir le prix de l’ingratitude! Ce jourlà, les Sorelois étaient amèrement déçus dans leur espoir que la fondation d’un collège classique ne nuirait pas à l’œuvre si florissante et si nécessaire accomplie par les Frères! On commettait alors une grande faute, ainsi qu’on le vit plus tard, mais cette faute était encore réparable.”
Le collège classique, avec ses dimensions relativement restreintes, ne pouvait recevoir les élèves des cours primaires. Il fallut songer à rappeler les Frères. Au reste, les professeurs fournis par l’évêque de St-Hyacinthe n’étaient pas assez nombreux. Le 19 juillet 1869, les Commissaires achètent l’immeuble où se trouve de nos jours l’Académie du Sacré-Cœur et les Frères y reprennent les cours qui ont été interrompus durant un an. L’Académie sur la rue du Prince est un édifice de 95 pieds de longueur par trente de largeur, bâti en brique, et à trois étages. Le nombre des élèves à cette époque est de 350.
HISTOIRE DE SOPEL
Le jour même où les Commissaires se portent acquéreurs de l’immeuble de l’Académie, ils vendent à M. Mathieu et à ses collègues la propriété et la maison abandonnées par les Frères pour la somme de 5,650 piastres. Sur demande faite par Mgr Charles La Rocque, évêque de St- Hyacinthe, le collège reçoit ses lettres d’incorporation le 23 décembre 1871.
Le premier directeur de la maison fut M. l’abbé Joseph- Octave Leblanc, du 1er septembre 1868 au mois de juillet 1869. A cette époque, il quitte le collège et s’en va exercer le ministère à St-Aîmé. Son successeur, M. l’abbé Jean- Baptiste Ponton, conserve la charge un an. M. l’abbé Joseph Alphonse Gravel le remplace au mois de septembre 1870, et au mois de juillet 1872, il a pour successeur M. l’abbé A.-X. Bernard, le futur évêque de St-Hyacinthe. Il conserve cette fonction jusqu’en 1876. Au mois de décembre de cette année, M. l’abbé J. -H. Davignon, successeur de M. Bernard, quitte le collège pour aller prendre la direction de la paroisse de St-Joachim-de-Shefford, et M. l’abbé Jean- Baptiste Michon, curé du lieu, devient directeur du collège. Entre-temps, les journaux publient des articles élogieux sur cette maison “bâtie dans un site superbe, sur les bords du St-Laurent; elle a quatre-vingt-dix pieds de longueur par trente de largeur et possède une belle chapelle.” Un prêtre et six ecclésiastiques enseignent à soixante-dix-huit élèves.
Tels sont les modestes débuts du collège. Le nombre des élèves va s’augmentant d’année en année. Il y a lieu de songer à ériger une construction plus grande. Assurés, par ailleurs, que le gouvernement favorise le nouvel établissement — les directeurs comptent sur une promesse de quinze à vingt mille piastres — on ne recule pas devant l’obligation de faire des emprunts. Effectivement, les autorités con-
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tractent un premier emprunt de la valeur de douze mille piastres de M. Alexandre Ray Allen; ils donnent tomme garantie une hypothèque sur le vieux collège et ses dépendances. Le 21 février 1877, ils achètent pour 1,330 piastres une partie de la réserve militaire, sur le coteau. Le 27 du même mois, ils empruntent de la Compagnie dite Canada Investment une somme de 25,091 piastres pour être employée à la construction de la nouvelle maison. Ils donnent une hypothèque sur le terrain qui leur a été concédé. Bientôt, le plan du nouveau collège est tracé par l’architecte L.- Z. Gauthier, sous la surveillance de M. l’abbé Arthur St- Louis, et l’on commence à ériger un édifice imposant de cent cinquante pieds de longueur par cinquante de largeur, avec trois étages pleins et rez-de-chaussée. La bâtisse, “en pierre à bosse, d’un gris sombre, présente un bel aspect, surmontée qu’elle est d’une coupole centrale et d’une tourelle à chacun des coins du toit. La partie supérieure de celuici est un peu inclinée de chaque côté de la coupole, et recouverte d’une feuille de zinc qui produit une toiture solide et d’un joli aspect.” Cette maison ou collège du Sacré-Cœur, domine la ville, et fait l’orgueil des amis de l’éducation. Sa dédicace est grandiose. M. le curé Dupré ne néglige rien pour la rendre solennelle. Le dimanche précédent, il entretient ses ouailles de cet événement d’une si grande importance pour la paroisse. La cérémonie commence à l’église, le mardi, 17 septembre 1877. Une foule de fidèles se presse dans le temple pour assister à la messe que l’on célèbre à neuf heures et demie. Deux évêques, Mgr Louis-Zéphirin Moreau, de St-Hyacinthe, et Mgr Laflèche, des Trois-Rivières, occupent des trônes d’honneur. Un nombreux clergé assiste au chœur. La fanfare du collège fait entendre de brillants morceaux.
Après la messe, Mgr Laflèche monte en chaire ; au milieu du silence le plus respectueux, il fait un magistral sermon. Le digne prélat prend pour texte ces paroles de nos saints Livres : “Bonum est viro cum jugum ab adolescentia portciverit.” Ce fut, dit-on, une étude savante, philosophique, et cependant bien à la portée de tous. L'excellence de l’éducation religieuse, mise en parallèle avec l'éducation athée, telle était la thèse à soutenir. Et l’orateur le fit en maître. Les preuves tirées de l’Écriture Sainte, de l’histoire des nations, du simple raisonnement, furent rendues éclatantes, palpables. Mgr Laflèche, emporté par son sujet, parla plus d’une heure. Il termina son discours en donnant une appréciation flatteuse de la disposition des cours commercial et classique dans le nouveau collège.
Au sortir de l’église, le défilé se rendit jusqu’au collège, où la bénédiction solennelle fut faite par Mgr Moreau, l’évêque diocésain. Suivit un diner qui fut un succès; les tables étaient somptueuses et l’on y fit grand honneur. A la suite du banquet, M. le curé Dupré adressa quelques mots de remerciement à Mgr Laflèche, aux dames de charité, aux convives. “Inutile de dire que les élèves s’en sont donné à cœur-joie. De fait, le 18 septembre 1877 est une date glorieuse dont les Sorelois devront fièrement garder le souvenir," ajoute le chroniqueur1.
Sous l’habile direction de M. l’abbé Jean-Baptiste Michon, directeur des élèves, et de M. l’abbé Arthur St-Louis, procureur, on se flatte que le plus grand succès est réservé à
1. Liste des prêtres présents à la cérémonie: MM. O’Donnell, Bernard, Boivin, Bourque, Richard, Guilbert, Gaboury, Désorcy, Champoux, Plinguet, Loranger, Guilmette, Lassizeraie, Larochelle, Beaudry, Durocher, Guertin, Gauthier, Lemay, Laflamme, Brien, Lebrun, Dupré, Michon, Petit, St-Louis, St-Onge, Lessard, Boivin, Lachance, Desrosiers.
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l'institution naissante. Mais il semble que les amis de l’œuvre ont trop compté sur les promesses du gouvernement; ils voient bientôt leurs belles espérances s’évanouir. Le Ministère de Boucherville avait promis de verser 20,000 piastres pour aider la maison. Ce secours ne vient pas. Il faut pourtant solder les dettes. M. le curé Dupré, supérieur, emploie tous les ressorts de son talent pour créer des sympathies qui aideront à soutenir le collège dont l’existence est mise en péril. Le 13 mars 1879, au presbytère, il y a une réunion des créanciers; ce sont: MM. A. Taillon, représentant M. A. Allan, J. -F. Armstrong, pour Mme Veuve Bruneau, Lactance Sénécal, L.-G. Gauthier, l’architecte, Léon Leduc, Z. Trudel et Charles Daveluy. Le 26 mars, M. le curé Dupré présente une requête au conseil municipal lui demandant de payer au collège la dette qu’il doit au gouvernement de la Province. Le Conseil ne se prononce pas. M. Dupré réunit les principaux citoyens et les encourage à passer des listes de souscriptions afin de payer les intérêts de la dette. Les dames prennent cette lourde tâche en mains et vont solliciter le secours désiré. Le 21 avril a lieu une soirée dramatique et musicale qui donne une recette de 139 piastres. Il devient évident que le collège ne pourra se maintenir. Le 20 novembre 1880, la Gazette de Sorel annonce que le Conseil de l’Instruction Publique a même refusé les subsides que l’on est accoutumé d’accorder aux collèges classiques. Le 30 juin 1880, les immeubles de la Corporation du Collège sont vendus par le Shérif à l’honorable Abbott pour la modique somme de 13,050 piastres. N’est-il pas déplorable de voir tomber une maison de cette importance entre les mains de nos frères séparés ? Il semble, à la distance où nous sommes de ces événements, qu’avec le concours du gouvernement et des auto-
rites civiles et ecclésiastiques il eût été facile de garantir ce montant et d’assurer ainsi l’existence de l’institution. On peut croire que l’évêque du diocèse n’espérait pas qu’elle pût vivre par elle-même; autant valait la laisser tomber que d’essayer de la maintenir avec de trop grands sacrifices. Il n’en est pas moins vrai que Sorel fit, en cette circonstance, une grande perte.
Au mois de juin 1883, M. Henry-J. Lyall, principal de l’école McTavish, de Montréal, au nom de l’Université de Lennoxville, prend le collège en qualité de locataire afin d’ouvrir, à l’automne, un lycée anglican. Les derniers jours de l’année scolaire sont des jours de deuil autant pour les professeurs que pour les élèves. Leur belle maison leur est ravie! A cette pensée, plus d’un verse des larmes. Il se passe alors un fait digne de mention. “Il se trouve, dit la chronique, parmi les professeurs, un prêtre que la triste perspective afflige plus que les autres. Il ne peut croire que la Providence laissera tomber son collège pour toujours, entre les mains des non-catholiques : “Si Dieu permet cette rude épreuve, disait-il, ce doit être pour peu de temps; tôt ou tard, les catholiques se reprendront et recouvreront l’Institution.” Ceux qui l’entendent mêlent leurs vœux aux siens, mais rien ne peut empêcher la crise de se produire. Dans la soirée qui précède le départ du personnel, ce jeune lévite, plein de confiance en Dieu, après avoir fait une courte prière, prend une statue de saint Joseph et, en compagnie de deux de ses confrères, va l’enfouir à une profondeur de trois pieds dans le sol à quelques pas du perron principal. Il espère que le Ciel aura pitié de ses prières et de ses larmes et qu’il permettra à son Alma Mater de rentrer un jour en possession du beau collège qu’il doit quitter. Il promet en
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même temps que, ce jour-là, il viendra lui-même exhumer la statue pour la remettre à la place d’honneur.
Ainsi que le pressent ce pieux ecclésiastique, le collège Lincoln, bien qu’inauguré avec grande solennité par l’évêque anglican de Montréal, au mois d’octobre 1883, ne peut se maintenir longtemps. Le 5 novembre 1888, M. LI.-J. Lyall est obligé de vendre à l’enchère tout l’ameublement et de fermer les portes de la maison qui reste inhabitée.
Au mois de septembre 1896, avec le concours de M. le chanoine Bernard, curé de la ville, les Révérends Frères de la Charité, de Montréal, en font l’acquisition pour la somme de 12,000 piastres. Sans tarder, ces dévoués religieux réparent la maison et y installent un collège commercial de premier ordre. Cette nouvelle est accueillie avec joie par tous les Sorelois, et le 3 septembre, M. l’abbé Onésime Desrosiers, curé de Sommersworth, New-Hampshire, celui-là même qui a enfoui dans le sol la statue de saint Joseph et a constitué ce grand saint le gardien de la maison, vient l’exhumer en compagnie de son père et de plusieurs autres personnes : M. le chanoine Bernard, le Révérend Frère Hilaire, Provincial des Frères de la Charité, Son Honneur le Maire C.-O. Paradis, le Dr François-Régis Latraverse, Président de la Commission des Écoles catholiques, MM. J. -A. Chênevert et Vanasse. Après avoir enlevé quelques pieds de terre, M. l’abbé Desrosiers retrouve la statuette dans un état parfait de conservation et la porte, avec joie, dans la chapelle de la maison1.
Le collège de Sorel n’est pas encore tombé. Il survivra durant cinq ans au désastre qu’il vient d’éprouver. A l’automne, les cours reprennent dans le bloc Dupré, sur la rue
1 De nos jours, on la voit au parloir.
Augusta. M. l’abbé Elphège Filiatrault a remplacé M. l’abbé Emmanuel Guilbert comme directeur des élèves, dont le nombre est de 91, sans compter les externes.
Le 17 septembre 1880, Mgr Moreau, se rendant à Sainte-Anne de Sorel, visite le collège et il est l’objet d’une réception vraiment cordiale. Autour de l’évêque se pressent M. le curé Dupré, M. l’abbé Filiatrault, MM. Onésime Desrosiers, procureur, Beaugelin, professeur de philosophie, James Chaffers, professeur de rhétorique, Louis-Henri Duhamel, professeur de belles-lettres. La fanfare, sous la direction de M. Langevin, fit entendre un joli concert et M. Arthur Bruneau, élève de rhétorique, lut l’adresse suivante :
“Monseigneur :
“La présence de Votre Grandeur au milieu de “nous est une preuve de l’affection sincère qu’Elle ne cesse “de porter à cette humble maison. Comme un bon et tendre “Père vous venez vers vos enfants pour les bénir et encourager leurs efforts. Cette condescendance nous touche virement, Monseigneur, et nous fait éprouver moins d’inquiétude pour notre Alma Mater. Grâce, en effet, à la “protection que Votre Grandeur veut bien lui accorder; “grâce au dévouement si connu de notre bien-aimé supérieur, joint au zèle intelligent de notre directeur et de ses “dévoués auxiliaires, nous sommes assurés de trouver, “comme par le passé, dans ce nouveau local, cette éducation “si utile et nécessaire que nous n'aurions pu trouver autre- “ment sans nous imposer de grands sacrifices.
“Aussi, sommes-nous heureux d’avoir cette occasion “d’exprimer à Votre Grandeur la vive gratitude dont nos “cœurs sont pénétrés. Nous ne cesserons de former des
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“vœux pour votre bonheur et pour le succès de toutes vos “œuvres. Nous nous efforcerons également de plaire toujours à nos supérieurs par notre attention à obéir au règlement, à devenir de plus en plus pieux et assidus au tra- “vail, et pour que ces résolutions ne nous soient pas infructueuses, nous prions humblement Votre Grandeur de les “faire agréer au divin cœur de Jésus et sollicitons de sa “main une bénédiction qui nous porte bonheur....”
Mgr Moreau répond avec beaucoup d’ à-propos. Il félicite les directeurs de leur zèle pour le soutien de la maison. “C’est une institution qui a subi beaucoup d’épreuves dans le passé, mais aujourd’hui, elle doit être assise sur des bases solides. En terminant, dit le chroniqueur, Sa Grandeur espère que ses épreuves sont finies et lui souhaite succès et prospérité....”
Au printemps de l’année 1881, M. l’abbé Elphège Filiatrault est nommé curé de la paroisse St-Joseph. Le 24 mars 1882, M. le Dr Ladouceur rend compte de la dernière année de son administration. Les recettes dans les circonstances sont encourageantes. Elles ont été de 5,333 piastres et 87 centins, les dépenses sont de 4,821 et 47 centins. Il reste en caisse une somme de 512 piastres que l’on remet entre les mains du directeur pour la paroisse St-Joseph. Au mois d’août, les Commissaires prennent l’œuvre en mains et achètent le vieux collège, dans le but d’y continuer les cours. Ils déboursent 9,000 piastres. Durant l’année 1883-1884, les classes sont sous la direction de deux prêtres, six ecclésiastiques et un professeur laïque. On y enseigne toujours le commercial et le classique. En dépit du dévouement des directeurs, le vieux collège se trouve encore aux prises avec des embarras financiers. La position devient intenable, aussi bien Mgr Moreau, le 8 février 1885, avise
les Commissaires de se pourvoir d’un personnel enseignant attendu qu’il a l’intention de retirer ses prêtres et ses ecclésiastiques. Cette décision donne la mort au collège classique. Dans le cours de l’été de 1886, M. l’abbé Onésime Desrosiers, le directeur, part, bien à regret, pour Manchester, où il exercera désormais le saint ministère. Il est aujourd’hui curé de Sommersworth, New-Hampshire. Telle fut la fin d’une institution qui a rendu de grands services à la jeunesse soreloise durant les quelques années de son existence mouvementée. Plusieurs prêtres, des religieux distingués, des hommes de profession qui sont parvenus aux plus honorables fonctions, ont étudié à l’ancien collège de Soreî.
Cependant, l’Académie du Sacré-Cœur, sise sur la rue du Prince, est toujours sous la direction des Frères des Écoles Chrétiennes. Quatre cents enfants y suivent les cours. En 1881, les Commissaires font construire l’avantcorps de logis et en 1884, l’aile de la chapelle. Tout en s’imposant ces dépenses les Commissaires ne perdent pas l’espoir de voir un jour la réouverture du collège classique. Nous ne pouvons dire les démarches qu’ils s’imposent dans ce but. M. le curé Dupré s’adresse aux Pères Jésuites pour leur offrir de venir dans sa ville donner l’enseignement classique; il échoue dans sa mission. Les Commissaires écrivent à l’honorable M. Fabre, à Paris, lui demandant de s’entremettre auprès de l'une ou l’autre communauté de France qui consentirait à prendre la charge du collège. Cette démarche n’est pas plus heureuse que les premières. M. le curé Dupré se rend lui-même en Europe dans ce but, mais il se heurte à toutes sortes d’objections et il en revient avec ses espoirs déçus. De guerre lasse, les Commissaires font des ouvertures aux Révérends Pères de Sainte-Croix. Ces derniers s’engagent à fournir l’éducation commerciale à la
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place des Frères des Écoles Chrétiennes que l’on remercie le 22 février 1886. Les Frères quittent Sorel pour ne plus y revenir et s’en vont à Fraserville ouvrir une maison au mois de juillet de la même année. De cette époque à l'année 1890, de nouvelles démarches sont faites auprès des Pères de Sainte-Croix pour les engager à donner l’enseignement classique, mais pour des raisons qui nous sont inconnues, ce projet ne peut être conduit à bonne fin. En ces dernières années, des citoyens influents, entre autres MM. Jean-Baptiste Lafrenière, notaire, le Dr Régis Latraverse, MM. J.-H. Proulx, Adélard Trempe, L. Robitaille, A. Langlois, dans une requête en date du 12 octobre 1907, s’adressent à Mgr A.-X. Bernard, le priant de permettre l’enseignement classique. Cette requête reste encore sans résultat.
Du mois de septembre 1886 à l’automne de 1909, les Pères de Sainte-Croix dirigent la jeunesse soreloise. Le 5 octobre 1886, Mgr L.-Z. Moreau, évêque de Saint-Hyacinthe, bénit la chapelle de l’Académie. Le Révérend Père Louage, provincial de l’Ordre, M. le curé Dupré, MM. les abbés Sicard, Beauregard, Sénécal, assistent à cette cérémonie. Le 27 novembre a lieu la bénédiction d’une cloche, don de M. le curé Dupré; elle fut appelée Léon en souvenir du généreux pasteur. La collecte rapporta la jolie somme de 148 piastres.
En 1896, les Frères de la Charité1 ouvrent le collège Mont-Saint-Bernard, que le Supérieur Provincial, Frère Hilduard, achète. Le 3 août 1897, Mgr Maxime Decelles, évêque de Druzipara et coadjuteur de Mgr Moreau, bénit
1. La maison-rnère de l’Institut se trouve à Gand, Belgique. En juin et en juillet 1925, nous y avons rencontré le Père Ignace, ancien supérieur du Mont-Saint-Bernard, qui nous a accueilli avec la plus grande cordialité.
la chapelle. Le 6 août, M. l’abbé J.-E. Roy bénit un chemin de croix. Le 31 mai 1897, un appel est lancé aux anciens élèves du collège de Sorel les invitant à commémorer solennellement la résurrection de cette maison. On forme un comité; M. l’abbé Charles Sicard est nommé président, M. le chanoine C. Bernard, trésorier, M. A. Vanasse, avocat, secrétaire. Les autres membres sont MM. A. -A. Bruneau, P.-E. Morgan, François Lefebvre, T. Lacroix, J. -G. McCarthy, A.-E. Pontbriand, J. -B. Vanasse, Alfred Guévremont, E.-H. Provost, M.D., James McCarthy, G. Larochelle, J. -A. Villiard, J.-R.-A. Cardin, H. Champagne, Albert et Alfred Beauchemin, S. Cosky, M. l’abbé Pierre Cardin, vice-président.
Le conventum a lieu les 3 et 4 août 1897. Toute la ville de Sorel est sur pied. Deux évêques, Mgr Maxime Decelles, de St-Hyacinthe, et Mgr Ludger Gravel, de Nicolet, rehaussent de leur présence ces fêtes splendides. L’ouverture en est faite à l’église, le mardi matin, par une messe solennelle chantée par Mgr Maxime Decelles. M. le chanoine Thibaudier l’assiste. Les diacres d’honneur sont : M. le chanoine J. -B. Michon, curé de Notre-Dame de Stanbridge, et M. Hubert Beaudry, curé de St-Marcel; les diacres d’office : M. l’abbé Zotique Cardin, curé de Varennes, et M. Narcisse Latraverse, curé de St-Armand. Un nombreux clergé assiste au chœur. Le Révérend Père Jourdain Harpin, de Saint-Ours, ancien élève de l’institution, donne le sermon de circonstance.
Vers une heure, plus de 260 convives pénètrent dans la salle du banquet et se pressent autour des tables élégamment dressées. Les décorations sont ni plus ni moins que somptueuses. On y lit diverses inscriptions : Hommage à nos professeurs! — Deo gratias — Agapes fraternelles — .
M. le maire Morasse lit, tout d’abord, une adresse de bienvenue. M. l’abbé Sicard, président, y répond avec émotion. Le Révérend Père Amédée, le Supérieur Général des Frères de la Charité, assiste aussi à ces fêtes ainsi que le Père Hilduard, provincial. Plusieurs remarquables discours, dans lesquels les orateurs expriment leur joie, sont faits par les anciens élèves; deux sont particulièrement remarqués, celui de M. A. -Arthur Bruneau, M.P.P., depuis juge de la Cour Supérieure, et celui de M. Lomer Gouin, ancien élève du Collège, devenu plus tard le brillant Premier Ministre de la province de Québec. Le lendemain, le bateau la Moucheà-Feu conduit 300 excursionnistes sur l’île Sainte-Croix, au chalet de M. Joseph Renaud, où un diner exquis est servi par les dames patronesses. Le soir, il y a. illumination de la ville, et un superbe feu d’artifice couronne cette fête du souvenir.
En l’année 1909, les Frères de la Charité prennent la direction de l’Académie du Sacré-Cœur, où, de nos jours encore, plus de 650 enfants reçoivent l’instruction élémentaire commerciale que leur donnent vingt religieux. Quant au Mont-Saint-Bernard, qui fait toujours l’orgueil des Sorelois, il fut doté d’une chapelle neuve, qui fut bénite le 5 décembre 1910, par feu Mgr A. Bernard. Il reçoit chaque année plus de 200 jeunes gens, de la ville et des environs, qui y vont puiser les connaissances commerciales dont ils auront besoin dans le chemin de la vie. Les 20, 21 et 22 juin 1922, les anciens élèves se réunissaient en conventum pour célébrer le jubilé d’argent de leur Alma Mater. Puisse cette importante maison continuer à prospérer, à grandir, pour le plus grand bien de notre jeunesse canadienne!