La Gazette de Sorel, 25 juin
En 1871 et dans les années suivantes, nous rencontrons parmi les collaborateurs à la Gazette de Sorel, MM. Charles Dorion, avocat, C.-H. Piché, le Dr Régis Latraverse. Ce dernier, encore étudiant au Séminaire de Saint-Hyacinthe, y publia plusieurs articles fort intéressants. Durant sa cléricature, à l’Université Laval, de Québec, il aimait à collaborer régulièrement au journal. Ses articles n’étaient pas signés. M. J. -A. Chênevert, alors prote à la Gazette de Sorel, son ami intime, se laissait volontiers attribuer, avec sa permission, la paternité de plusieurs de ces écrits qui attiraient l’attention publique. Parmi les lutteurs de cette époque, il convient de mentionner M. Jean-Baptiste Brousseau, avocat, l’un des derniers survivants de cette pléiade de journalistes qui, à certaines heures, dans leurs polémiques, se montraient d’une extrême violence, soit dans les luttes municipales, soit dans celles qui avaient trait à la politique fédérale ou provinciale. A Montréal, M. Brousseau publia une petite feuille: la Guêpe. Née maligne, elle piquait presque tout le monde, et ne vécut pas longtemps. M. Brousseau fonda le Messager de Sorel, en 1870. Ce journal fit une lutte violente à ceux qui ne partageaient pas le point de vue de son directeur, en particulier à celui qui devint plus tard l’honorable juge Michel Mathieu. Au mois de décembre 1872, embarrassé dans ses finances, le directeur annonça la suspension de cette feuille, mais grâce à une entente conclue avec M. Barthe, elle vécut encore deux ans. Alors M. Brousseau entra à la Gazette de Sorel, pour le compte de M. Barthe. On se rappelle encore une série d’articles, intitulés les Épingles, qui, vers 1880-1882, furent publiés au grand désespoir des personnages qui étaient visés. M. Brousseau attaquait particulièrement les Mathieu, les Germain, les Piché, le maire et les conseillers de la ville. Un
DE SES ORIGINES À NOS JOURS
prêtre distingué et de grand savoir, Mgr Emmanuel Guilbert, alors directeur au collège de Sorel et ami de M. Barthe, collabora à cette campagne, mais d’une façon fort discrète1.
Tandis que M. Brousseau cherchait à prolonger la vie du Messager de Sorel, M. Michel Mathieu fondait le Courrier du Richelieu. Ce journal vécut deux ans. Au mois de mars 1874, M. J. -A. Chênevert en fit l’acquisition pour la somme de 1,500 piastres il versa cent piastres en signant le contrat et s’engagea à imprimer, durant deux ans, la Revue Légale, publiée également par M. Mathieu. Quelques jours après avoir acheté le matériel de l’imprimerie de ce dernier, M. Chênevert le revendit à M. Barthe.
Le Sorellois2, plus tard Sorelois, est né le 20 mars 1879. Il existe encore de nos jours. En 1889, il était publié, ainsi que le Sorel News, par la Compagnie d’imprimerie Richelieu. M. Jean-Baptiste Vanasse en était le rédacteur, et M. A. -P. Vanasse, le directeur-gérant.
Le journal le Sud fut publié par MM. Jean- Baptiste Rouillard et Cie. De tous ces journaux, il reste encore le Sorelois, dont le propriétaire actuel est M. W.-G.-M. Morgan, et le Courrier de Sorel, dont le premier exemplaire fut imprimé le 20 août 1870. M. J. -A. Chênevert, décédé en 1918, a joué un rôle important dans l’histoire du journalisme sorelois. Il a laissé un bon souvenir.
1. Durant notre vicariat à Saint-Ours-sur-Richelieu, Mgr Guilbert aimait à rappeler les incidents multiples dont il avait été le témoin pendant son séjour à Sorel. Nous lui devons cette mention ici car, le premier, il s’intéressa à nos humbles travaux et jusqu’à sa mort, arrivée aux Trois-Rivières, le 5 janvier 1914, il fut pour nous un ami sympathique et dévoué. Il était chanoine honoraire de la Sainte-Maison de Lorette, en Italie.
2. Quelques articles de M. Barthe obligèrent son fondateur à amputer d’un l le Sorellois qui devint le Sorelois.
Son Honneur le Juge Arthur Bruneau, ancien élève du collège de Sorel, fit aussi paraître plusieurs études historiques fort intéressantes, une entre autres, dans le Sorelois illustré de 1889. M. Jean-Baptiste Bérard, régistrateur, malgré son âge avance, manie la plume avec une main experte et publie encore de nombreux et très bons articles.
L ’ Éveil, journal aux couleurs conservatrices, fondé en 1911, disparut avec l’incendie qui détruisit ses ateliers, le 19 juin 1917.
Sorel fut aussi le berceau de Charles Gill, peintre et poète. Il était fils de l’honorable Charles Gill1, décédé en 1901, et de Dame M. Sénécal. Il fit ses études au collège Saint-Laurent. A l’âge de dix-neuf ans, il se rendit à Paris, où, durant cinq ans, il se livra à l’étude de la peinture, à l’école des Beaux-Arts ; il fut élève de Gerome. Il fut plus artiste que poète. Au Canada, il devint professeur de dessin à l’École Normale Jacques-Cartier, à Montréal. C’est lui qui fut chargé de la décoration de la chapelle du Sacré- Cœur en l’église Notre-Dame, à Montréal. Il peignit plusieurs tableaux et portraits, entre autres ceux de sir Évariste Leblanc, de sir Lomer Gouin, de sir Wilfrid Laurier.
Charles Gill “traduisit les odes d’Horace en des strophes d’une fermeté et d’une sonorité rares. Il composa un
long poème descriptif et lyrique: Le Cap Eternité, suivi des Étoiles filantes. Il a de plus collaboré à divers journaux, en prose et en vers. On remarque dans le chant consacré
1. L’honorable Juge Gill, fils de Ignace Gill, ancien député d’Yamaska, et d’Élisabeth McDougall, fit ses études au séminaire de Nicolet. En 1879, il fut appelé à remplacer l’honorable T. -J. -J. Loranger, juge de la Cour Supérieure, pour le district de Richelieu. En 1886, il quitta Sorel pour Montréal. Il fut inhumé à Sorel.
au Cap Éternité une ampleur de dessein, une élévation d’idées et parfois une hardiesse d’images qui nous donnent la sensation de la grande poésie. Charles Gill possède trois qualités qui se rencontrent bien rarement chez un même homme : V originalité, l’inspiration élevée et la forme impeccable Y’
Parmi les enfants de Sorel qui, de nos jours, occupent des charges importantes, nous pouvons nommer l’Honorable Arthur Cardin, Ministre de la Marine et des Pêcheries du Canada. Il naquit le 28 juin 1879, du mariage de M. Joseph Cardin et de Dame Virginie Ferron. Il étudia au collège du Sacré-Cœur à Sorel, et à l’Université Laval. En janvier 1905, il fut admis à la pratique du Droit. Depuis son admission au Barreau, il a toujours pratiqué à Sorel. Il fut élu, le 21 septembre 1911, député du comté de Richelieu. Son adversaire était M. A. -P. Vanasse. Cette élection fut contestée par M. E.-A. Morgan; en octobre 1912, il fut réélu. L’Honorable Arthur Cardin, devenu Ministre de la Marine et des Pêcheries, le 30 janvier 1924, est l’un de nos bons orateurs. Il a épousé, le 23 août 1909, Delle Rosa Casavant.
1 Sœur Marie-Élise: Précis d’histoire des littératures française, canadienne-française, étrangères et anciennes, p. 253.