‹ Histoire de SorelChapitre 36 sur 64 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Les industries à Sorel. — Les chantiers de construction de navires. — Les principales compagnies industrielles : les maisons Beauchemin, Pontbriand, Champagne, Lamoureux. — Les carrossiers. — La maison Duhamel. — Les quais. — Autrefois et aujourd’hui. — Discours de Son Honneur le Maire Robidoux. — Sorel et ses avantages. — Le Sorelois. — Son caractère. — Sorel dans l’avenir.

Les premiers missionnaires du Canada, aussi bien que M. de Champlain, remarquèrent les forêts de pins et de sapins qui, à l’origine de la colonie, bordaient les rives du St- Laurent et du Richelieu, surtout aux environs de l’emplacement de la ville de Sorel. En 1740, le gouverneur lançait une proclamation pour empêcher la destruction d’un bois si précieux pour la construction des navires. Aux portes mêmes de la ville, sur le chemin de Saint-Ours, on voit, de nos jours encore, les restes d’une pinière qu’on exploite avec avantage au profit des compagnies de construction. Sous le régime français, des chantiers furent-ils ouverts en ces endroits? Nous ne saurions l’affirmer, faute de documents. Cependant, sous le régime anglais, la ville de William- Henry est à peine fondée que les autorités s’occupent de cette question et réservent certains lots pour établir des chantiers de construction, dont trois lots sur le côté ouest du Richelieu, formant une étendue de terrain de 750 pieds par 600.

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

De bonne heure, MM. John Molson, père et fils, William Molson, John et David Torrance, marchands de Montréal, forment une société désignée sous le nom de St. Lawrence Steamboat Company. Plus tard, les deux derniers s’unissent en société sous le nom de Steam Tow Boat Cy. La Compagnie St. Lawrence avait fait construire un quai sur le bord du Richelieu, sur un terrain avoisinant le jardin du curé de Sorel. On y faisait le chargement des navires et l’on y accumulait de fortes quantités de bois destiné à chauffer les bouilloires. Afin de prévenir les dangers d’incendies, les autorités de la ville firent une défense d’y laisser séjourner plus de deux cents cordes de bois. Ce règlement, approuvé par la Cour à Montréal, nuisait aux opérations des associés. Ils s’adressèrent à Lord Alymer pour obtenir la permission d’y reconstruire leur quai, de bâtir un hôtel et d’ouvrir un chemin public. Le 11 juin 1832, des Sorelois influents s’opposèrent à ce projet1.

MM. Molson ne pouvant plus construire de vaisseaux dans les limites de la ville, sollicitèrent du gouverneur la cession d’un terrain, sis sur la rive ouest du Richelieu à l’endroit appelé La Pointe, d’environ six arpents en superficie.

Déjà, en 1810, M. H. Jollief, qui s’était porté acquéreur des domaines de M. James Walker et du major Jessup, occupait tous les édifices érigés en cet endroit et se livrait à la construction des navires. Il possédait 304 arpents en superficie. En 1844, David Vaughan, à son tour, obtint du gouvernement une pièce de terre de 190 pieds de front sur 700 de profondeur pour y établir des chantiers.

1. M. le curé Kelly, le Révérend John Jackson, Aaron Allen, Charles Gouin, Alexis Péloquin, Jacob Dorge, s’opposèrent au projet Molson.

De nombreux navires y furent construits à cette époque1. L’honorable John Molson et Vaughan confièrent la direction de leurs ateliers à un constructeur de renom, M. Daniel McCarthy, né à Cork, Irlande, en 1817, fils de John McCarthy, aussi constructeur de navires. Il s’établit à Sorel le 22 novembre 1839 avec deux de ses frères, John et Thomas McCarthy. Daniel McCarthy avait vingt-deux ans, quand il entra comme apprenti aux ateliers de MM. Molson et Vaughan, et il ne tarda pas à devenir le gérantgénéral de cette importante maison. Il mourut le 17 juin 1892. Thomas, son frère, représenta, en 1867, le comté de Richelieu à Ottawa, et mourut relativement jeune.

Plus de cent navires furent construits à ces chantiers. Le premier, le Richelieu commença à naviguer vers 1845. Le Jacques-Cartier en 1847. En 1856, le Nautilus et le Victoria , bâtis l’année précédente, commencèrent à faire le trajet entre Québec et Montréal. En 1862, le Montréal fit son apparition, et en 1866, le Québec. Plus tard, en 1867, le Canada , navire de 250 pieds de longueur, 32 de largeur, dont la coque était en acier de Bessener. Le Trois-Rivières, le Bcrthier, le Chambly, le Tcrrebonne, le Sorel, la Moucheà-feu, le Rocket , le Météor, furent construits à ces ateliers. Le dernier, lancé en 1866, avait 132 pieds de longueur, 24 de largeur, 10 de cale. Il était en fer. La société continua à prospérer jusqu'en 1871, alors que les frères McCarthy abandonnèrent leur industrie ayant acquis une fortune considérable.

En 1853, la Compagnie Richelieu fut fondée par MM. J.-F. Sincennes, Robert Sincennes, Augustin St-Louis et

1 Le 30 décembre 1829, Charles Pagé, charpentier et menuisier, s’engage envers Robert Ritchie, à faire et à lancer deux bateaux de 55 pieds de long, de 14 de large, pour le prix de 35 louis. ( Crebassa ).

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F. Saint-Louis. En 1867, cette compagnie possédait un quai de cent-cinquante pieds de longueur. Vers cette époque, on voit se former la Compagnie Sincennes & McNaughton, la Compagnie Tranchemontagne & Saint-Louis. Le capitaine Smith donnait de l’emploi à 66 hommes, la Compagnie Richelieu, en 1866, employait 196 hommes, 15 femmes, la Compagnie Sincennes & McNaughton, 103 hommes, la Compagnie McCarthy, 87 hommes, la compagnie Tranchemontagne & Saint-Louis, 20 hommes. Les gages payés variaient de cinquante centins à une piastre et demie par jour.

En 1867, s’ouvre le chantier Fréchette, Fréchette & Girard. On y emploie 50 hommes. En 1872, le Beaver, vaisseau de 140 pieds par 20, y est construit pour le compte de M. Tranchemontagne. L'ancien Fashion, de 108 pieds par 22 et demi, reconstruit à neuf, et qui porta le nom de Vermont, et le Whitehall, de 109 pieds par 22 et demi, sont construits pour le compte de la Compagnie Sincennes & McNaughton.

La même année, M. P. Dauphinais entreprend la construction du Salaberry, pour le compte de MM. Paulet & L’Ecuyer. Ce navire avait 125 pieds de longueur par 23 de largeur.... Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer tous les navires grands et petits qui sont sortis des chantiers de Sorel. En 1869, plus de 700 hommes y trouvent de l’ouvrage. Outre les compagnies que nous avons nommées, il y a encore les chantiers Sheppard, ceux de M. Matton qui, à une époque plus rapprochée de nous, ont employé bon nombre d’ouvriers. Le vapeur Impérial, construit par la Compagnie Canadienne Saint-Laurent, fut bénit par M. le chanoine C. Bernard, le 14 mai 1907, en présence de M. l’abbé Napoléon Desmarais et de M. l’abbé Jean-Baptiste

Nadeau, vicaires. Durant la grande guerre de 1914 à 1918, plusieurs vaisseaux d’un fort tonnage furent construits aux chantiers Leclaire, sous l’habile direction de M. Louis Beaulac, sorelois d’origine. Tous furent lancés avec un égal bonheur. Depuis, M. Beaulac est devenu l’inspecteur en chef au Canal Lachine pour le compte du gouvernement fédéral, et il doit cette position importante à son énergie et à ses aptitudes qui le font se distinguer dans l’art de la mécanique.

L’industrie de la construction des navires a toujours été une aubaine pour Sorel. Le port de cette ville possède plus de six mille pieds de quais à eaux profondes. Leur accès, facile en aucun temps de l’année, en fait un endroit idéal pour l’hivernement des navires. En 1866, il s’y trouvait pour une valeur de 800,000 piastres, dont la moitié appartenait à la Compagnie Richelieu.

Durant l’hiver le port de Sorel offre un réel intérêt. Toute la flotte est là sous nos yeux. Dès que le sifflet ou la cloche d’appel au travail se fait entendre, le matin, une nuée d’ouvriers se précipite vers chaque navire ou bâtiment. Quelques instants après, quand chacun a pris le poste qui lui a été assigné, commence un vacarme d’enfer. Ici, on frappe le fer, là on calfate. Tantôt ce sont les cris de dix ouvriers s’accordant à tirer un plançon, tantôt dix autres, sur le même air, sont à replacer le tuyau d’un steamer qui a passé l’hiver à découvert. Enfin, partout, c’est l’agitation, le mouvement et chaque jour amène quelque chose de nouveau.

C’est le temps où la plupart font toilette neuve, s’ornent des couleurs les plus gaies et se préparent aux courses qu’ils entreprendront bientôt sur l’onde gracieuse. Chaque année des noms nouveaux s’ajoutent à ceux déjà connus. En

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1893, dans sa chronique sur le port, M. Bellehumeur mentionne les noms des vaisseaux et ceux des capitaines qui en ont la direction. Ce sont: le Trois-Rivières, vapeur des pèlerins qui vont à Ste-Anne de Beaupré, sous la direction du capitaine F. St-Louis; le Bohemian, le Berthier, capitaine Boucher, le Stone, le John Young, remorqueur puissant de la compagnie Sincennes & McNaughton, le Georgianna, le Hudson, le Nasmith, le Dandy, le Cultivateur, capitaine W. Labelle, le Québec, capitaine Nelson, la vieille Mouche-àfeu, capitaine Faubert, le Sorel, capitaine Charles Gouin, le Terrebonne, capitaine Laforce, Y El gin, capitaine C. Vigneau, le Chambly, capitaine H. T ranchemontagne, le Laprairie, capitaine Bourdon; en 1895, le Laprairie avait pour capitaine M. Coursel, la M ouche-à-feu, le capitaine Crépeau, le Cultivateur, le capitaine William Paul, le Montréal, le capitaine Roy, le Monarque, capitaine Monarque, la Charlotte, capitaine Alphonse Monarque1.

D’autres industries ne tardèrent pas à s’implanter dans la ville, en particulier les maisons Beauchemin et Pontbriant qui jouissent encore d’une grande prospérité. M. Louis Beauchemin2, qui avec son frère, Moïse, fonda la première, naquit en 1824, à Sainte-Monique, comté de Nicolet. Il épousa Dlle Adéline Rivard de Bellefeuille et se livra tout d’abord, dans sa paroisse, à l’agriculture, profession de son père, mais son esprit entreprenant lui fit chercher un champ plus vaste où il pourrait déployer toute son énergie. Il quitta bientôt la chaumière pour étudier la mécanique. M. Moïse Beauchemin, son frère aîné, était alors propriétaire d’une petite boutique dans laquelle il construisait des machines à battre le grain avec un outillage des

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