‹ Histoire de SorelChapitre 37 sur 64 · M. Louis Beauchemin mourut le 6 janvier · texte numérisé non relu

M. Louis Beauchemin mourut le 6 janvier

plus rudimentaires. Us fondèrent tous deux la maison connue pendant de longues années et toujours si prospère de Beauchemin & Frères.

L’activité débordante des deux frères, aussi entreprenants l’un que l’autre, s’accommodait mal d’un champ d’opérations aussi restreint que celui d’une paroisse de quelques centaines d’habitants. Aussi, le 21 août 1856, ils quittaient Sainte-Monique et venaient à Sorel jeter les fondements de la manufacture la plus importante qu’il y eût alors dans la ville. Après avoir surmonté, à force de travail et d’énergie, les difficultés sans nombre d’une installation coûteuse et de la création d’une clientèle, M. Louis Beauchemin se sépara de son frère, en 1862, et fonda un établissement manufacturier sur la propriété appartenant aujourd’hui à MM. Pontbriand & Frères. En 1868, deux de ses frères, plus jeunes que lui, MM. Philippe et Hyacinthe Beauchemin, le décidèrent à se joindre à eux pour construire de vastes moulins à scier le bois, à moudre le grain, et à carder, sur la rivière Nicolet, à l’endroit appelé Châtiîlon.

La maison Beauchemin a doté la ville de Sorel d’un aqueduc, ainsi que du pont qui a été jeté sur le Richelieu et qui la relie à Saint-Joseph. En 1880, elle employait 75 ouvriers. L’usine, partiellement incendiée au mois de décembre 1895, fut bientôt réparée et reprit ses opérations. MM. Louis Beauchemin, Philippe et Hyacinthe, en eurent successivement la direction, ainsi que M. Alfred Beauchemin, qui vient de descendre dans la tombe.

“Les engins manufacturés par MM. Beauchemin & Fils, Beauchemin & Cie, et MM. Pontbriand, dit Son Honneur le Maire Robidoux, font l’admiration des connaisseurs. Cette maison s’est depuis quelques années spécia-

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

lisée dans la production des aciers chromés. On y coule des morceaux pesant jusqu’à vingt mille livres.”

En 1842, la compagnie Saint -Laurent établit une fonderie, laquelle, en 1872, passa à MM. Pontbriand et Bellerose. Totalement détruite le 20 avril 1882, M. Georges Pontbriand la fit reconstruire. En 1898, M. le chanoine Bernard bénit la nouvelle usine. Plusieurs ouvriers y trouvent de l’emploi1.

En 1870, trois autres fonderies existaient : celle de MM. N. -F. Patenaude et A. Patenaude, une autre appartenant à M. Lefebvre, enfin, la fonderie Portelance. A cette époque, une brasserie appartenait à M. Moïse Beauchemin.

MM. Roch Lamoureux, C. Lévesque, G. Bourdelais et Moïse Champagne entretenaient des forges très actives. Ce dernier, en 1863, inventa un appareil pour sortir du lit des rivières les objets perdus. C’est ainsi qu’il retira des eaux du Richelieu deux petits canons marqués aux armes de l’Angleterre. Le gouvernement les réclama sans toutefois rémunérer d’une manière convenable celui qui s’était donné la peine de les tirer de l’eau. En 1864, il relève trois ancres, trois canons, dont l’un chargé jusqu’à la gueule, et encloué, marqués aux armes de l’Angleterre, deux mortiers en cuivre portant le nom de Georges IL Ces canons et ces mortiers ont dû séjourner sous les eaux durant environ un siècle. Deux d’entre eux ornent la place du marché.

Une briqueterie établie par M. James Sheppard en 1836 prit de l’importance. En 1870, elle produisait plus d’un million de briques. La plupart des édifices de la ville : les

1. M. Georges Pontbriand se noya le 10 novembre 1892, à l’âge de 55 ans. Il avait épousé Mme Adélaïde-Émélie, fille de M. Moïse Beauchemin.

marchés, les magasins, beaucoup de maisons des particuliers ont été construits avec la brique sortie des fournaux de M. Sheppard. Environ trente-six hommes y trouvaient de l’emploi. Sorel possédait encore un établissement de carrosserie établie en 1838, où M. Hubert Drolet employait neuf ouvriers. De son côté, M. Villemaire, manufacturier, donnait de l’ouvrage à douze hommes. La scierie de MM. Labelle, Vignault et Chevalier, qui avait coûté 10,000 piastres, fut longtemps prospère. Il y avait encore une manufacture de coton et des tanneries, appartenant à MM. Bluteau et Leduc1.

Durant plusieurs années, MM. Duhamel & Frères ont tenu en opération une manufacture de chaussures. Les circonstances difficiles dans lesquelles se trouve plongé le commerce les a obligés à en fermer les portes.

La plupart des établissements industriels que nous venons de mentionner sont encore en pleine activité. Les Ateliers Mécaniques et la Cie Richelieu Engineering donnent de l’emploi à un bon nombre d’ouvriers. Ces ateliers fabriquent des engins, des bouilloires et de la machinerie. On y coule le cuivre et la fonte. La compagnie du chemin de fer Québec Montreal Southern possède de vastes usines où se font les réparations des locomotives et des wagons.

MM. James Sheppard & Son emploient un nombre considérable d’hommes à leurs moulins à scie. La Popular Shirt et la Loughborough Mining Co. se partagent la maind’œuvre féminine. La première dans la confection, la seconde dans l’industrie du mica sous toutes ses formes. M. Hercule Brosseau exploite une manufacture de portes et de

1. Le 13 juillet 1822, Joseph Wilment, tanneur et cordonnier, demande un terrain pour établir une tannerie entre la rue de la Reine et la rivière Richelieu.

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

châssis des plus prospères, tandis que la Compagnie de Chauffage Économique donne de l’ouvrage à un nombre considérable d’ouvriers. MM. de Grandpré et Saint-Jacques s’occupent avec succès de la confection du balai.

La ville de Sorel possède d’immenses terrains qu’elle détient pour des fins industrielles. “Elle est prête, dit Son Honneur le maire Robidoux1, à en disposer à des conditions très avantageuses.

“L’industrie, ajoute-t-il, trouvera à Sorel une maind’œuvre habile et à des prix raisonnables. Presque tous les ouvriers sont les propriétaires de leurs habitations et les taxes sont peu onéreuses.

“Le Sorelois est paisible, charitable, religieux, homme de devoir. Il vit heureux. Il ne se sert guère du légendaire tire-bouchon — histoire de badiner — que pour tirer de l’erreur ceux qui le connaissant mal et sont parfois tentés de porter sur lui un jugement erroné. Les quelques centaines de citoyens d’autres nationalités qui habitent Sorel, vivent avec nous en parfaite harmonie. Il n’y a pas de question de race ici. L’aqueduc est capable de suffire au besoin d’une population beaucoup plus nombreuse. La caserne des pompiers, de construction récente, est pourvue de tous les accessoires modernes. Les rues sont en asphalte. Trois banques transigent des affaires avec la population: la Banque de Montréal, la Banque Canadienne-Nationale, la Banque Provinciale.

“Au point de vue religieux, cette ville est desservie par deux églises catholiques et une anglicane. Les orphelins, les vieillards, les malades, sont secourus par les Révérendes

1. Discours du 1er mars 1925, au concert de la fanfare l’Harmonie, de Sorel, au poste radiotéléphonique de la Presse, à Montréal.

Sœurs Grises qui se dévouent dans un hôpital et un orphelinat. L’instruction des jeunes filles est confiée aux Dames de la Congrégation qui possèdent un couvent des plus moderne et des mieux situé. Les garçons reçoivent l’instruction primaire à l’Académie du Sacré-Cœur; le collège du Mont-Saint-Bernard prépare avantageusement notre jeunesse aux différentes carrières du commerce.

“Les enfants de langue anglaise fréquentent des écoles où rien ne manque au point de vue du confort et de l’enseignement.

“Sorel est avantageusement connu pour ses sports nautiques. Ses régates célèbres en ont fait la Mecque des fervents du Yatching. Ses îles incomparables, où sont disséminées des cabanes rustiques et de jolies villas, sont devenues le rendez-vous des pêcheurs et des chasseurs ainsi que de tous ceux qui désirent, durant le temps des vacances, se donner un véritable repos....

“Un grand penseur a écrit : le culte de la petite patrie est le premier pas hors de l’égoïsme et un acheminement vers le culte de la grande patrie. On a ajouté que c’est le seul que professent les masses, parce qu’il est basé sur des raisons concrètes, comme la maison paternelle, les champs, les bois, les ruisseaux qui l’entourent, et que l’on a parcourus dans la jeunesse. Or, quand on a vu Sorel et ses environs, quand on sait que presque tous ses habitants sont issus de ces quelques colons qui se fixèrent autour du fort, il y a près de trois siècles ; quand on songe que les fils de ces soldats-laboureurs se sont multipliés siir ce coin enchanteur de notre province, à l’abri de toute influence étrangère, on ne s-’étonne plus que le Sorelois soit un type un peu à part quoique profondément canadien et qu’il demeure attaché

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

jusqu’à l’excès à sa petite patrie. C’est ce même culte de la petite patrie qui groupe actuellement les Sorelois par centaines à l’Hôtel de ville, dans les salles des Chevaliers de Colomb, au Club Nautique, au Casino des Zouaves, dans leurs demeures, pour applaudir leur fanfare et entendre l’éloge de leur ville. Il m’est bien agréable de les saluer en ce moment et, en même temps, tous les anciens Sorelois aux écoutes un peu partout sur ce continent et qui savent se souvenir.”

La ville de Sorel, il faut bien l’avouer, en dépit des nombreux avantages qu’elle possède, ne s’est pas développée aussi rapidement que les villes-sœurs. Il lui manque encore une ligne importante de chemin de fer. Lorsque le pont de Longueuil sera construit, ce qui ne saurait tarder, lorsque la compagnie qui exploite la ligne du chemin de fer Quebec Montreal Southern aura doublé sa voie en la prolongeant jusqu’à Lévis, alors elle pourra marcher, nous en avons l’espoir, à pas de géant, dans la voie du progrès. Puisse ce jour luire bientôt sur l’ancienne ville de William-Henry, devenue la Cité de Sorel. Tel est le vœu que nous formulons de tout cœur pour la prospérité et le bonheur de ses habitants que nous avons appris à connaître et à estimer durant notre séjour dans cette agréable petite ville!

Page 1