SUITE DE LA CONJURATION DE ROBESPIERRE A GEX
Auzx citoyens représentants du peuple composant les Comités de Salut public et de Streté générale.
Geneve, 23 thermidor.
Letire de Soulavie 4 Barthélemy.
Citoyen Ambassadeur,
L’Angleterre agite violemment Genéve. Yous me marquez que la Suisse sera spectatrice des événements, mais qu’elle s’intéresse beaucoup a son indépendance. Je crois étre sir que la France suit le méme systéme.
Un Anglais, muni d’un arrété du comité de Salut public en sa faveur, muni en outre d’un passeport, avait chargé un de ses correspondants en Suisse de lui adresser sous mon couvert ses lettres.
Des Genevois, que je soupgonne fort étre peu portés pour le comité de Salut public, sont venus réclamer avec chaleur ces lettres. Je suis dans la perplexité : les rendray-je? Ne les rendray-je pas? Car il m’a paru qu’unede ces lettres était écrite de la main de ton secrétaire.
La montre de Genéve s’est détraquée un instant, mais le calme, la raison et la vérité luirendront un ton plus réglé. Donne-moy quelques-unes de tes idées la-dessus.
Que tu es heureux! Tu vis dans un pays calme.
On assure que nous avons tous failli perdre nos places par un décret.
La fusillade qui a duré une heure 4 Hermance entre les Frangais et les Suisses est un appendice de nos troubles. Mais j’ay grande confiance en tes opérations et dans la sagesse du Sénat de Berne. Ce Sénat est admirable.
Souavig,
P.S.—L’envoyé d’Albitte prés de toi est allé sur-le-champ chez Delhorme, etnous a beaucoup inquiété par les nouvelles, qu'il dit avoir regues de toy, de la demande des Genevois d’une médiation a Berne : elle est fausse,
Au Commandant de la force armée & Ostende.
Citoyen,
La Révolution de Genéve ayant obligé nos authorités de surveiller les émigrants genevois, nous avons intercepté des correspondances entre des gens de cette ville et Londres par Ostende, qui méritent toute l’attention du comité
deSalut public. Je te prie de lui adresser toutes les lettres pour Genéve que tu pourras faire intercepter, car elles sont relatives 4 la sdreté de I’Etat, Le Résident de France & Genéve,
SouLavie,
Geneve, 23 thermidor.
Auz citoyens composant les deux Comités.
... On a voulu arréter Merle d’Aubigné comme un homme & deux faces; je Vai pris énergiquement sous ma protection... Par cet acte de fermeté, j’ai sauvé organisation admirable de notre correspondance politique avec le Nord, l’Orient et le Midi. Toutes les voies étant obstruées par la guerre, Genéve est la seule porte ouverte pour la circulation de nos dépéches. Les dénonciateurs sont des valets du gouvernement de Genéve, mais je te declare que je ne connais que le mécanisme physique de la commission de notre agent secret. Toutes les lettres cachetées ci-jointes, venant de l’étranger, méritent, i mon avis, d’étre infiniment approfondies par les bons citoyens qui ont chatré et dévoilé la conjuration de Robespierre. On I’y trouvera assurément. Je présume qu’on y trouvera ses menées avec l’étranger,
Note de Soulavie a@ Darneville et Delhorme.
Le Résident de France prés la République de Genéve, ayant regu des plaintes de ce que les secrétaires de la légation et surtout l’un d’eux prenaient une part trop marquante dans la révolution de Genéve, de concert avec Janot, les invite a se tenir en permanence & leur poste jusqu’é la fin de la révolution et de maniére a faire cesser ce bruit que les secrétaires ct Janot sont le comité secret révolutionnaire.
Le Résident, officiellement averti qu’il est parti de cette Résidence des dépéches relatives & la révolution et 4 Yarmement du pays du Gex, demande auxdits citoyens secrétaires la communication et une copie, s'il est nécessaire, de ces dépéches relatives 4 l’'armement du pays de Gex et a la République de Genéve, pour faire parvenir au comité de Salut public les remarques dont
elles ont besoin, SouLaviz,
La réponse a été un mouvement de hauteur et de mépris.,. La conspiration n’est pas déjouée ! Ls sont bas et vils quand ils ont besoin, comme les nobles. Genéve, 23 thermidor.
Aus citoyens composant le comité de Salut public et le comité de Sareté générale.
Citoyens représentants,
Ce qui se développe chaque jour démontre que le profond scélérat avait
traité (par des voyes que vous découvrirez aisément & Paris) : 10 avec tous les gouvernements en guerre contre nous, et 2° avec tous les partis aristocratiques de l’étranger neutre.
Sa trahison est infiniment subtile, infiniment compliquée, comme son genie, car il en avait.
Pour Ja concevoir, il faut prendre le contre-picd de ce qu’il disait; encore on ne peut en voir tout l’ensemble ni la profondeur.
Il faisait périr les chefs des factions et se mettait 4 la place. Leurs plans, il les a continués, tout en préchant au peuple en sens contraire.
Quand il louait Stanhope, je présume qu’il traitait avec Pitt,
Lorsqu’il lut son superbe rapport sur les putssances neutres, calqué sur mon mémoire au comité de Salut public lors de son institution, et sur la protection que la France devait accorder aux puissances secondaires pour les diriger contre les grandes en coalition, je présume qu’il traitait d’avance avec cette coalition.
Hl me semble le voir au comité soutenir dans Genéve le secrétaire Darneville et y renvoyer le secrétaire Delhorme, toujours ici réputé fils naturel de Dumouriez, par la raison que je lui dénongay ces deux secrétaires et le vérificateur des assignats, tous les trois auteurs du coup de main manqué a Gex.
On assure Dumouriez caché dans le pays de Vaud.
C'est Robespierre qui, par Bousquet, arrivé de Paris, a dd traiter avec le gouvernement de Genéve coalisé surtout avec la minorité aristocratique de Berne.
Aussi voyez-vous que la majorité du Sénat nous le dévoile avec habileté, sans le nommer, en nous disant ces mots profonds qui excitérent dans le temps ma vive réclamation : les Suisses ne se méleront pas du tout contre la République Frangaise, ni contre le gouvernement actuel.
Je pense bien que cette observation n’aura pas échappé 4 Barthélemy et qu'il vous en aura dans le temps averti.
(Le reste de la lettre est contre le gouvernement de Genéve, qu’il accuse de jouer double jeu.)
Remontrances curieuses d’un Moatagnard au Résident de France, de bon matin dans son lit,
Citoyen Soulavie,
Je viens vous apprendre que la Convention a exclu les ci-devant prétres, méme les mariés, des emplois de la République. Japprends que Genéve a demandé votre changement, <Ainsi, la Convention et Genéve s’accordent a vous rappeler.
Vous n’avez pas de l’argent, je le sais, Recevez de moy tout ce que vous voudrez pour vous retirer en Suisse. J’ay tout préparé, Le gouvernement fait courir le bruit que vous étes partisan de Robespierre, il dit que vous étes son complice, les secrétaires le disent anssi.
Les prétres, d’ailleurs, vont, en quinze jours, étre déportés ; on sait ca ici
comme on sait le décret sur !’exclusion des employés et comme on y sait |’abolition des ambassades et de toutes relations extérieures.
Sauvez votre aimable épouse, citoyen Soulavie, sauvez-vous vous-méme. En Suisse, vous servirez également votre patrie. Vous écrirez de lA au comilé de Salut public, — Vous lui serez plus utile que dans Genéve. Vous y obtiendrez des honoraires. L’ennemy, dans Genéve, a triomphé contre vous ; il a enlevé toute l’argenterie des riches, i! a enlevé leurs biens; il solde 50 sols par jour & chaque révolutionnaire, 30 & chaque femme, et un florin A chaque enfant. Ila fait remercier Jes magistrats de la démarche contre vous. Sauvezvous, citoyen Soulavie, sauvez-vous !