‹ Histoire De SoulavieChapitre 25 sur 42 · TABLEAU DE L’EDUCATION DE MA FILLE VICTOIRE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE L’EDUCATION DE MA FILLE VICTOIRE

Religion : petit catéchisme, grand catéchisme, histoire de l’Eglise, (Commencer de ro a 12 ans.)

Histoire : chronologie, géographie, voyages, histoire universelle, histoire de France, histoire contemporaine séculaire, histoires d’Espagne, Portugal, Angleterre, Danemark, Suéde, Russie, Empire, la Turquie, la Suisse, Genéve, I’Italie. (Commencer a 10 ans.)

Belles-letires ; grammaire, poésie , éloquence, épistolaires , théatres, poémes épiques, odes, idylles, épithalames, langue italienne. (Commencer a 12 ans, )

Arts ; musique vocale et instrumentale, danse, peinture et dessin. (Commencer a 13 ans.)

Sciences : philosophie, métaphysique, morale, sphére, calendriers, cosmogonie, astronomie, physique, histoire naturelle, minéraux, végétaux, animaux,l’homme, (Commencer a 14 ans.)

Médecine : médecine préservative, étude de la santé, estomac. (Commencer & 15 ans.)

Jurisprudence : locations, successions, légitimes, mariages, testaments, droits matrimoniaux, (Commencer a 16 ans. )

S’occuper de toutes ces connaissances, chaque jour, tantdt l'une, tantot Vautre, jusqu’a 18 ans.)

Nous donnons, bien entendu, ce programme comme un indice des idées de Soulavie sur I’enseignement, et non comme un

modéle 4 suivre. Libre aux réformateurs modernes, qui ne comprennent pas la véritable mission de la femme, de se réclamer de Soulavie comme d’un précurseur. Ceux qui en jugent autrement et redoutent, pour les graces comme pour les vertus de l’autre sexe |’excds d’instruction, et surtout les diversions au réle domestique de la femme qui en sont la conséquence, nous paraissent étre bien plus dans le vrai.

Des discussions d’intérieur paraissentavoireu lieu entre Soulavie et sa femme, peu apres la naissance de leur derniére enfant. M™¢ Soulavie avait un caractére charmant, joint 4 une beauté remarquable; M™ Cheminot, qui était l’amie de l’impératrice Joséphine, lui trouvait une grande ressemblance avec cette princesse. Mais il lui manquait la fermeté nécessaire pour dominer l’esprit inquiet de son mari. Celui-ci installa sa femme et sa fille dans une maison de campagne qu'il avait louée 4 Morsang-sur-Seine, prés de Corbeil, et resta luiméme 4 Paris, ot sa présence, disait-il, était nécessitée par les travaux historiques qu’il avait entrepris. Au reste, M™* Soulavie se plaisait dans cette solitude ot elle recevait quelques visites de son mari, et elle finit méme par y passer les hivers. Or, pendant l’absence de sa femme, Soulavie avait pris 4 son service une demoiselle Poisson, !’ainée d’une nombreuse famille, fille d’un instituteur de Paris. Soulavie la présentait comme son -secrétaire et Uinstitutrice de sa fille. Ses ennemis exploiterent la présence de cette jeune personne chez lui, pour l’empécher d’obtenir une position importante dans l'Université, qu'il sollicitait alors (1). Ils dirent qu'un homme qui reléguait sa femme a la campagne, pour mettre une autre a sa place dans son ménage a Paris, n’était pas digne d’entrer dans l’Université. Soulavie, informé de ces bruits, alla aussitdét chercher sa femme. Mais c’était trop tard; le coup avait porté: la place fut donnée & un concurrent. La demoiselle Poisson resta auprés de Soulavie jusqu’é sa mort, malgré M™* Soulavie, pour qui, du reste, elle se montrait pleine de réserve et de défé-

(1) La fondation de l'Université remonte @ 1808.

rence. Elle ne fut jamais !’institutrice de M's Soulavie, mais elle était la compagne des promenades du pére et de Ia fille. M” Soulavie avait fini par se résigner a cette fausse situation, sur les instances de son mari qui, du reste, paraissait ne tenir & M'e Poisson que comme 4 un auxiliaire précieux pour ses écritures et ses recherches historiques. Il s’en plaignait méme assez souvent a sa femme, en disant : Quel malheur d’avoir besoin de cette coquine! elle me fera mourir de chagrin!

Aprés la publication de l’Histoire de la décadence de la monarchie francaise (1803), Soulavie se retira de plus en plus chez lui. Il allait encore de temps en temps chez la comtesse Fanny de Beauharnais. Celle-ci dinait une fois par an chez Soulavie. Puis, les grands de l’Empire ayant changé les soirées littéraires de cette dame en réceptions officielles, Soulavie n’y alla plus qu’au jour de I’an. Il allait aussi quelquefois chez Cambacérés et chez d’Aigrefeuille, un des acolytes de l’Archichancelier.

Soulavie, au milieu de ses travaux, se rapprochait de tout ce qui appartenait A son pays natal. Ses compatriotes du Vivarais étaient toujours chez lui les bienvenus, et il aimait a sentretenir avec eux des montagnes ov s’était écoulée son enfance. On a remarqué depuis longtemps que les pays de plaine n’attachent pas comme les pays de montagnes. Cela vient sans doute de co que les premiers se ressemblent tous plus ou moins et que leur image glisse pour ainsi dire sur l’ame, tandis que les autres, par la variété de leurs formes et de leurs physionomies, peut-étre par la peine qu’ils donuent, se gravent plus aisément et plus profondément dans limagination et le coeur, et il est rare, quand on les a quittés, qu’on n’y revienne pas tot ou tard. Cette communauté d’attachement au pays natal établit une sorte de lien de famille entre les habitants des montagnes qui se rencontrent au loin. C’est ce qui arriva notamment entre Soulavie et le dernier représentant d’une ancienne famille noble du Vivarais, celle des d’Agrain des Hubas.

Charles d’Agrain, qui est mort sous-préfet de Belfort en

1828, fut un des meilleurs amis de la vieillesse de Soulavie, et il résulta de leur rencontre introduction dans les biographies générales d'une légende historique qui dure encore. Charles d’Agrain était fort entiché del’ancienneté de sa famille sans oser cependant la faire remonter au dela du xuve siécle, puisque ses titres de famille s’arrétaient a cette époque. Soulavie, qui avait lu les historiens des creisades, peut-étre de bonne foi, sous l’influence d’une quasi-similitude de nom, eut Pidée dela rattacher 4un persoonage marquant de cette lointaine 6poque : Eustache Granarius ou Grener, prince de Sidon et de Césarée et régent du royaume de Jérusalem pendant la captivité de Baudoin en 14123. L’identification des deux familles fut opérée au moyen d’une notice biographique qui figure au mot Dagrain, dans la Biographie universelle publiée par Prudhomme en 1840 ; et toutes les Biographies générales l’ont répétée depuis. Bien plus, elle a été, en quelque sorte, officiellementconsacrée par l’inscription a la salle des Croisades du Musée de Versailles, d’Eustache Granarius, sous le nom d’Agrain, avec l’attribution 4 Granarius des armoiries de Ja famille d’Agrain. Cette identification n’en est pas moins dépourvue de toute preuve ; on peut voir, en effet, par les titres de la famille d’Agrain des Hubas (1), que ses membres connus ne remontent pas audela du xiv? siécle et que leur nom était Agrenius. Nous pouvons ajouter, d’aprés les papiers du dernier comte d’Agrain, que ni celui-ci, ni personne de sa famille ne soupgonuait, avant 1805, Villustre origine dont Soulavie le gratifia, puisquec’est le 10 février de cette année que Charles d’Agrain, dans une lettre 4 son pére, qui habitait Langogne (Lozére), raconte la « grande découverte » qu’il vient de faire, dans les chroniqueurs des Croisades, dela personne et des hauts faits d'Eustache d’Agrazn.

Au reste, la fagon expéditive avec laquelle Soulavie procédait pour rattacher les familles modernes aux illustrations d’autrefois est naivement exposée dans une lettre qu'il écrivait a

(t) Brsuiotuzgue Nationate, Mss. Nouvelles acquisitions latines, 2166.

la méme époque a un geatilhomme du Vivarais appelé M. Fontaine de Logéres. Aprés avoir fait un éloge, d’ailleurs trés mérité, de cetle famille, Soulavie propose ea ces termes, a M. de Fontaine, de faire remonter sa famille au temps des croisades: « Pons de Balazuc (1), dans son manuscrit que j’ai eu sous les yeux, il ya plus de vingt ans, Ala Bibliothéque Impériale, parle du chevalier de Fonte, ainsi que de plusieurs autres seigneurs du voisinage, et comme je ne connais personne en Vivarais qui puisse vous contester ce nom ou le partager avec vous, je lai attribué aunde vos aieux. S’il vous restait quelque document pour en confirmer l’opinion, pour continuer les notes historiques jusqu’aux temps modernes et lier le temps ancien au moyen 4ge et al’age actuel, j’en ferais usage (2)... »

La lettre en question, qui est dalée du 10 décembre 1806, est consacrée ensuite a déplorer la destruction de Ja noblesse héréditaire, qui était une des forces morales de la nation, et a louer les efforts de’ Napoléon pour en créer une nonvelle. On était au lendemain d’Jéna et l’auteur de la lettre croit que, sila monarchie prussienne s’est effondrée avec la destruction de son armée, cela tient 4 ce qu'elle était privée de l’assistance des ordres de I’Etat par suite de lu place prépondérante de l’armée. Il croit que Napoléon est occupé. & comparer cette « destructibilité » de la Prusse a la « perpétuité de la grande nation si hiérarchique de son naturel et si bien conservée par des ordres depuis Pharamond ». I] rappelle le courage des nobles ot des prétres montant a I’échafaud pendantla Révolution, pour soutenir « les priacipes héréditaires et constitutifs de ’Etat et la morale du premier apdtre des Gaules. L’Empereur a vu Yesprit de ces ordres indestructibles disputant pied a pied le

(1) Pons de Balazuc, qui accompagna a la premiére croisade Raymond de St-Gilles, fut le collaborateur de Raymond d’Agiles, chanoine de Puy et chapelain du comte de Toulouse, qui a laissé l'histoire de cette expédition sous le titre de Historia hierosolymitana. {i fut tué en 1099 au sitge d’Archos. Voir l'étude de M. Léon Vedel : Balazue et Pons de Balazuc, dans la Revue lyonnaise (aout 1884). Voir aussi, dans la collection des historiens des Croisades, la preface placée en téte de la chronique de Raymond d’Agiles.

(2) Nous devons la communication de cette lettre a l’obli, ce de Mue i de Logéres, Joannas (Ardéche.) oF peace

terrain 4 la République, lui opposant la doctrine de la monarchie, étonnant l’univers par la constance dans les tourments, obligeant tout Frangais probe a revenir des erreurs du temps eta se soumettre a une forme de gouvernement si essentielle dla France. Voyez le calme des esprits six ans aprés avoir recouvré ce gouvernement tutélaire ; le chef de la monarchie est 4 Berlin, etsonesprit gouverne ici en paix etavec calme. Elle reparaitra doncla distinction des ordres et des rangs, quand les Frangais seront bien convaincus qu'elle est la base dutréne, do lareligion, de la propriété et de la liberté ».

Soulavie, dont l’esprit actif ne reculait devant aucun projet, s’était aussi occupé d’un plan d’embellissements de Paris. Voici ce qu’on lisait, en effet, dans fe Monde illustré du 30 avril 1870 :

« En 1804, une société, a la téte de laquelle était M. l’abbé de Soulavie, un ex-ministre plénipotentiaire, proposa au gouvernement de l’empereur Napoléon J*, une série d’embellissements pour sa bonne ville de Paris. Parmi les vingt-quatre articles que contenait ce précis, se trouvait le projet, coté sous le n° 5, qui consistait 4 réunir I’tle de Louvier & Vile Saint- Louis, au moyen d’un pont d’une seule arche. Or, c’est dans le courant de cette année (1870), que cette amélioration a été opérée définitivement. L’ancien pont de l’Estacade est déja complétement démoli, et 4 sa place on va construire un pont d’unoe seule arche, qui aura donné raison au projet de Soulavie, qui ne voulait qu’une seule enjambée de l’ile Saint-Louis a Vile Louvier. » Ce travail de Soulaviese trouvait alors entre les mains de M. Mac-Vernolt, un des rédacteurs du Monde cldustré. On verra plus loin, & propos des Mémoires du mintstere du duc d Aiguillon, que Soulavie avait étudié, bien avant 1804, la question des embellissements de Paris. Nous ne connaissons pas le plan qu’il proposa al’Empereur & cette époque, mais ou en trouvera certainement la substance dans les projets qu’il exposait dds l’année 1790, en les attribuant, aumoins en partie, au feu Dauphin, pére de Louis XVI.

Sa sociéte intime, vers 1808, se composait du comte Torelli de

Guastalla (1), d’un abbé d’Aligre, de Leclerc, le fils de l’auteur de VHistoire dela Russie (2), qui avait joué un rdle dans I’émigration, de M. de Flers, ancien chanoine, de Vabbé de Berthelet, que la suppression des Jésuites avait trouvé novice chez eux et qui avait miraculeusement échappé aux massacres de septembre, du comte Charles d’Agrain, etenfin de I’Italien Delprato. Ce dernier portait le petit collet et le titre d’abbé, mais il n’avait jamais été engagé dans les ordres. Il poursuivait une idée fixe : arriver au donheur universel par un institut philosophiqueuniversel. Tlavait mangé son patrimoine en Italie ala publication de gros volumes ou son utopie est développée. Soulavie l’avait recueilli chez lui. C’était tousles soirs ou a peu prés que ces messieurs se réunissaient dans son cabinet. Quelques provinciaux venaient s'yjoindre de temps en temps, entre autres l’abbé Balestrier de Canilhac, devenu juge au tribunal de Nogent-sur-Seine et reutré dans l’Eglise 41a Restauration. La jeune fille de Soulavie se faufilait plus d’une fois au milieu de ces doctes conversations, assise sur un petit tabouret, entre les jambes de son pére toujours en robe de chambre, écoutant en silence de longues discussions bien au-dessus de sa portée. On parlait souvent avec vivacité et en élevant la voix plus qu’ilne convenait. Un soir, il y avait sept personnes réunies, et les débats furent orageux. Le lendemain tous furent appolés chez le préfet de police, M. de Rovigo, et Soulavie et ses amis furent invités 4 étre désormais plus prudents dans leurs discours.

L’astronome Lalande, le collaborateur de Sylvain Maréchal au Dictionnaire des Athées, venait aussi chez Soulavie. — Me de Susini raconte, dans une de ses lettres, le trait suivant. Lalande était allé 4 Saint-Thomas d’Aquin pour voir le pape

(1) Soulavie a fait, dans la Biographie universelle de Prudhomme, Paris, 1810, une notice sur la maison Torelli de Guastalla. Dans les Piéces inédites, t. II, p. 407, il nomme « le colonel Torelli, des comtes de Guastalla, maison ancienne, illustre, alliée a celles d'Este, de Wurtemberg et de France », comme ayant été le premier des aides de camp du maréchal de Mailly vers 1780.

(2) Histoire de la Russie ancienne. Paris, 1783, 6 vol. in-4, Leclerc fils était né a Beaume-les-Dames en 1757. C’était un ardent royaliste qui figura dans V'armée du prince de Condé. Il rentra en France sous le Consulat et mourut a Versailles en 1816,

Pie VII, venu 4 Paris pour le sacre de |’Empereur (4804). Il était seul 4 rester debout, la téte couverte, sur le passage du pontife. Pie VII, 4 qui on le désigna, alla a& Jui en disant : « Monsieur, la bénédiction d'un vieillard est toujours bonne! » Et lathée fléchit Je genou devant la main qui le bénissait.

Soulavie était bien connu, dans la société od il vivait, pour ses distractions. Un jour, sortant de chezlui, dans le costume des hommes de son age (habit, culotte ct bas de soie blancs ou noirs, suivant la saison), cravate blanche, chemise a jabot, les cheveux a la Titus, il traversa la rue de Poitiers, alors fort peu fréquentée, longea le chantier qui existait alors sur l’emplace- ment du palais du Conseil d’Etat, le quai d’Orsay, dont la casernen’avaitalors qu'un élage, et arriva au milieu dupontRoyal, parlant seul, a demi voix, selon son habitude, et méme gesticulant. L’heure était matinale. Tout a coup un passant lui barre le chemin avec sa canne. Soulavie s’arréte étonné et reconnait son ami Leclerc quilui crie: Ou diable allez-vous dans cet équipage ?— Quel équipage! fait Soulavie. — Regardez-vous donc, mon brave ami. Soulavie s’examine et voit qu’il avait pris un bas noir 4 une jambe et un bas blanc & l'autre. Il se hata de rentrer chez lui, Heureusement, a cette époque, le quartier était beaucoup moins fréquenté qu’aujourd’hui. Soulavie -apportait bien souvent ces distractions dans des choses plus graves.

Vers 1810, il était en grandes relations avec le prince Kourachin, ambassadeur de Russie, ainsi qu’avec l’amiral Tchichatkoff et son frére le général. Il's’agissait d’un grand travail d’histoire naturelle et d’une expédition scientifique dans la mer Caspienne, que Soulavie devait dirigor. Mais la guerre avec la Russie fit abandonner le projet.

La lettre suivante, adressée aux libraires Treuttel et Wurtz, nous montre Soulavie conlinuant avec ardeur ses travaux his-

toriques :

Messieurs,

Jai prié ce matin M. de Balestrier de ne pas partir sans finir nos discussions, attendu mes dispositions. Je ne veux pas, si nous sommes dans le cas

de faire des affaires, en faire avec d’autres. Alors je vous envoye la lettre que j’écris AM, Nicole contre M. Coxe, parce que vous voudrés peut-¢tre publier vous-méme :

1° La lacune de l’ouvrage qu'il vient de publier;

2° Mes justes observations sur la diplomatie anglo-autrichienne sur le traité de 1756, Le tout précédé de Vhistoire du ministére secret de Louis XV. Medités sur cette entreprise de 5 4 6 feuilles contre Coxe : sans oublier que ma critique est aussi honnéte et aussi juste envers lui que celle de nos journalistes est brutale, grossiére et anti-frangaise.

J'ai l’honneur de vous saluer.

J.-L. Souvavie (1).

Coxe (William) est un historien anglais,né en 1747 et mort en 1828, qui a publié de nombreux ouvrages. Celui auquel il est ici fait allusion est é6videmment l’History of the House of Austria from 1218 to 1792 paru en 1807. La lettre, qui n’est pas datée, doit donc étre de 1808 (2).

L’année d’aprés, Soulavie s’occupait d’un vaste projet de publications nouvelles qui devait comprendro la réédition de tous ses ouvrages. Voicila lettre qu’il adressait 4 ce propos, le 21 janvier 1809, & Bertrand, libraire, rue Hautefeuille :

Monsieur,

En rentrant chez moi, j’ai examiné les traités des Mémoires de Richelieu, de Louis XV/ et dela Décadence. Suivant le traité, la deuxiéme édition de Richelieu et les suivantes scront au moins de 2.000 et au plus de 3.000, Liédition &4 2,000 sera payée 800 fr. par volumes, c’est-a-dire pour les g volumes 7.200 fr, et cent exemplaires, Et si louvrage est tiré 43.000, 1.200 fr, par volume, I] m’est libre de faire des additions et corrections a chacun des neuf volumes pour la méme somme, sans rien répéter que !’exécution du traité et les cent exemplaires convenus.

Ou bien je vous propose de réduire 4 tel nombre que vous voudrez l’ouvrage {pourvu que la réduction ne diminue pas le prix convenu) de la troisiéme édition, altendu que je ne pourrais pas faire un nouvel ouvrage pour perdre sur le prix convenu. Ainsi, ou je vous demande 1’exécution littérale du traité en réimprimant le méme nombre de volumes auxquels je porterai

(1) Loriginal de cette lettre se trouve dans la collection de M, Henry Vaschalde, de Vals-les-Bains.

(2) Coxe a aussi publié des voyages en Russie et en Pologne, dont parle Soulavie dans ses Mémoires du régne de Louis XVI, Ill, 309, en disant qu'il « a dépaysé ses lecteurs et les a dloignés de la vérité ».

tous mes soins ; ou, si vous décidez la réduction & six volumes, je demande la confirmation du nombre d’exemplaires et du prix convenu.

Quant & la Décadence de la Monarchie, je vous prie de voir le propriétaire actuel, de voir combien il lui en reste, d’en prendre une note, Je prends l’engagement de réduire dun volume cet ouvrage, dans le cas o8 vous réduiriez Richelieu & six volumes, et alors je ne vous demande pour ce volume réduit que cent pistoles et le méme nombre d'exemplaires réservés. J] serait le dernier volume aprés les Mémotres de Louis XVI. 11 serait le résumé des deux ouvrages réunis de Richelieu et Louts XV/. Voici l’article convenu avec Duprat :

Il sera fait des traités ultériears pour les éditions suivantes relativement au binéfice de Vauteur qui sera libre de faire les corrections, augmentations e/soustractions convenables et ne fera imprimer d’éditions ultérieures par Wautres libraires que sur le refas des citoyens Duprat et compagnie.

En conséquence, le premier point est de savoir ce qui lui reste d’exemplaires, d’épuiser par voie d’échange ou autrement ce reliquat, qu’il eit venda comme tous mes autres ouvrages, s’il ne l’ayait mis A un prix exorbitant, N’oubliez pas qu’il en vendit toutes fois et de suile de quoi payer tous ses frais et que c’est ce que j’ai jamais fait de mieux, J’ajouterai que je fus obligé de poursuivre légalement la demande des cent exemplaires convenus de cet ouvrage et qu’ils attendirent le matin du jugement pour me les envoyer. C’est le seul article de différend entre nous. Ce méme différend existe, mais sans procedure, avec MM, Wurtz et Treuttel, qui me disputent 30 exemplaires apres m’avoir conduit Atirer i 3.000 plus cent papier fin, plus huit mains de passe, au lieu de quinze cents d’abord convenus. J’ai perdu, de leur aveu, une somme considérable, mais ne touchez pas cet article-la. Voici ce qui les concerne dans le traité :

« Mémoires ve Louis XVI. Article relatif aux nouvelles éditions.

« Aprés la vente totale d’une édition, les entrepreneurs auront six mois pour se (lécider 4 en faire une nouvelle. En cas de refus, M. Soulavie sera libre d’y procéder aprés avoir offert aux entrepreneurs son travail pour cette nouvelle édition. Si les entrepreneurs se décident & une nouvelle édition, ils en préviendront le citoyen Soulavie ou ayant cause, 4 qui il sera payé pour cette édition 4.750 francs. »

Dans le cas ob vous pourriez les amener 4 une réunion avec vous, et ov vous consentiriez la réduction de Richeliea, je consentirais aussi a réduire les Mémoires de Louis X VJ a tel nombre de volumes que vous voudrez, mais en me donnant les cent exemplaires et le prix convenu de 4.750 fr. pour la deuxiéme édition, :

Je vous demande comme une faveur spéciale de ne leur parler que comme d’une spéculation a vous, Il n’est pas de leur intérét de réduire Louis XVI, ni du votre de réduire Richelieu, ni du mien de diminuer les prix convenus, et je ne les diminuerai pas. Mais s’il est de vos intéréts de vous réunir, il le sera peut-étre de réduire ces deux ouvrages, et je m’y pré terai avec zéle, sans augmenter du produit de ce nouveau travail les prix convenus de la deuxiéme édition des deux ouvrages ; & condition que vous

ferez un seul et méme corps d’ouvrage, sous le titre d’@Zuvres, de ceux qui suivent, ajoulés aux antécédents, et au prix seulement de la réduction de la Décadence (mille fr. par volume). Faites attention, je yous prie, a ce qui suit :

L’Académie de Pétersbourg a mis dans ses mémoires in-4, dont il n’y a que trois exemplaires a Paris, mes Kléments d'histoire naturelle, un volume in-4. (Je le réduirai A un volume in-8,)

En 1780, VAcadémie des sciences de Paris publia sous son privilége et approbation ; 10 L’Histotre naturelle de la France méridionale, 7 volumes;

2° Les Guvres de milord Hamilton sur les volcans d’Italie, commentées par M. Soulavie, avec le paralléle des volcans éteints de la France méridionale avec les volcans allumés de I’Italie. Un vol. in-8;

3° La Géographie des plantes disposées par la nature en climats depuis les sommets glacés des Pyrénées, des Cévennes et des Alpes jusques aux plaines inféricures de la Provence,avec des cartes géographiques de cette disposition. (MM. Bomplan et un Prussien viennent tout bonnement de recopier ces principes et observations.) Ces neuf volumes publiésa mes frais, tirés 4 1.500, ont été vendus dans l’espace de deux ans. Il n’y en a plus du tout. Je propose de réimprimer les E£léments en un volume et les neuf volumes de voyages réduits & deux, précédés de l’Art d’observer la nature et d’en écrire UVhistotre dans un département, ouvrage inédit.

Enfin, je propose (pour completer l’ouvrage) la publication en un volume de plus de trente mémoires de diplomatie, politique, haute administration, qui n’ont jamais paru. Vous souvenez-vous de mon Plan du rétablissement de la monarchie, inséré en téte des Mémoires de Pompadour, quand on projetait le consulat 4 vie ?

Relisez en ce moment ce plan et vous jugerez s'il a été suivi mot 4 mot (avec les mesures et les formes indiquées). Tous mes mémoires inédits d’administration et de diplomatie en sont le développement. Je résume donc et je forme un tableau de ces différents ouvrages qui auraient, sous le nom d’Quvres d'histoire naturelle, d'histoire politique, d’administration et de diplomatie, la distribution suivante ;

1° Eléments d’histoire naturelle, dans lesquels on voit comment les neuf révolutions arrivées sur la surface du globe y ont dépose les neuf classes naturelles de minéraux ; —tirés des mémoires de 1’A-

Histoire cadémie des sciences de Pétersbourg. 1 vol. pee 29 Ktudes locales et descriptions des Pyrénées, des yol.

Cévennes et des Alpes, pour servir de piéces juslificatives des révolutions antécédentes (2° édition de I’#Hist, nat. de la France mérid.) 1 vol, 3° Géographie des plantes, avec des cartes représentant leur distribution par climat. 1 vol,

4° Mémoires de Richelieu, depuis 1700 jusqu’en 1774. Histoire 6 vol.

politique 5° Mémoires de Louis XV/, depuis 1774 jusqu’a sa 41 volumes, mort, 4 vol.

Histoire dela Décadence dela Monarchie. 1 vol. Suite de mémoires de diplomatie (inédits) :

Sur la France et la Hollande, = : Sur la France et la Westphalie, anes Sur la France et |’Angleterre, etc., Sur la France et l’Espagne et le Pape et |’Autriche, Sur la France et la Russie, la Perse (extraits quelques-uns des papiers de Louis XVI).

Sur la reconstitution de la monarchie francaise ; Sur la reconstitution de Ja sociétéaprés la dévastation Heute opérée par légalité et laliberté révolutionnaires ; Administration Sur les révolutions de Genéve aprés la destruction 1 vol. du prince, du clergé et de la noblesse;

Sur les causes et les effets des cing guerres continentales du xvim" siécle, etc.

Voila, Monsieur, le tableau de 27 volumes sur l’histoire naturelle, politique, sur la diplomatie et administration, réduits A seize.

Si vous ne voulez pas de la réduction ou sont une grande variété d’ouvrages, je conserve les neuf de Richelieu et les six de Louis X VJ tels qu’ils sont, et je vous offre tous mes soins pour les bien corriger. L’impression commencera quand vous youdrez.

J’ai ’honneur de vous saluer cordialement.

SouLaviE.

J’enverrai chercher les deux exemplaires incomplets. Faites-moi le plaisir de passer a la maison, en revenant de chez Wurtz et de chez le ministre, afin que vous voyiez les approbations de l’Académie des sciences et les volumes que j’ai 4 réduire. — Je vous attends demain.

Paris, 21 janvier 1809.

La note suivante (1), trouvée parmi les papiers de Soulavie apres sa mort, doit étre rapprochée de la lettro précédente :

Manuscrits des ouvrages de M. Soulavie ou d'autres qu'il voulatt faire paratire comme éditeur.

1° Histotredu Vivarats, 3 vol. in-4 cartonnés ;

Cet ouvrage a été imprimé (2),

(1) Ancuives Nationaes F? 6572. Sort (2) L'Hislotre du Vivarais, de Soulavie, n’ayant jamais étéimprimée, comme on I'a

2° Mémoires sur la Russie sous Pierre III, adressés & M. de Broglie. Ce manuscrit se compose d’un grand nombre de mémoires. M. Soulavie n’a fait que Jes relier par quelques morceaux de narration ;

39 Mémoires de J.-L. Soulavie sur le royaume de Hollande (1) ;

4° Cahier sur l’oraison funéhbre du cardinal de Luynes et quatre meémoires sur Rome moderne;

5° Recueil de mémoires, etc., relatifs 4 l’affaire entre Soulavic et Barruel ;

6° Manuscrit in-4, d’une histoire de Guyenne ;

7° Manuscrit in-4, histoire de Henri IV ;

8° Quatre cahiers intitulés: Louis XV;

9° Mémoires du président Rolland, Manuscrit sur Vhistoire des remontrances en 1753.

Tous ces manuscrits, al’exception peut-dtre du 3° et du 5°, doivent se trouver aux archives du ministére des Affaires étrangéres.

Soulavie préparait avec passion son Misloire de la Révolution. Il avait réuni pour ce travail la plus belle collection de piéces originales et d’imprimés du temps qui ait jamais existé. Il recherchait toutes les occasions de voir lesnotables survivants de cette époque, qui pouvaient le renseigner sur les événements. L’extrait suivant d'une lettre de M™e de Susini concernant Barére ne sera pas lue sans intérét : « C’était un soir, vers 4810 ou 41841. Barére avait diné chez mon pére. Il n’avait rien de farouche, mais bien J’attitude d’un homme comme il faut, celle de cesvieux gentilshommes que je voyais constamment chez nous. Soulavie avait fait venir a grands frais de Londres une collection de fort belles estampes classées dans sa collection. Barére m’avait pris 4 cété de lui. Je connaissais le nom de cethomme, mais ses belles maniéres m’avaient rassurée. Soulavie, je le vois encore, s’attachait ale faire parler. Arrivé devantles gravures représentant Louis XVI a la barre dela Convention, Barére s’anime en retrouvant la devant

vu au chap. m, il s’agit probablement ici du recueil de documents sur le Vivarais qui a servi A former, aux archives du ministére des Affaires ¢trangéres, les deux volumes du fonds de France n* 1344 et 1626. Ce dernier volume contient une copie des Commentaires du soldat du Vivarais, qui ont été publiés en 1811 & Privas, par M. de la Boissiére, et c'est une confusion entre ces deux ouvrages qui peut expliquer "erreur que nous relevons.

(1) On a vu que ce Mémoire était aux Archives Nationales. F? 6572.

ses yeux tous ceux qui furent ses amis, ses victimes. II s’arréte devantla grande figure duRoi.Svulaviel’interroge duregard, puis luidit: Cest bien cela? Barére se lévede son siége. Aprés un moment de silence,ils’écrie: Si c’élatt da refaire, je lereferais! Ma mére, qui futtoujoursroyaliste, recula son fauteuil.La peur me prit. Mon pére garda le silence. On ferma le livre. Un quart d’heure aprés, Barére se retirait (4). »

Les grands événements de cette époque : les démélés de lempereur avec le pape, son divorce, son nouveau mariage, auxquels Soulavie prit un vif intérét, furent. sans doute une premiéro cause de l’abandon ou de l’ajournement indéfini de ses vastes projets de publications. Soulavie assista en costume de cour, avec sa femme, aux fétes qui furent données a }’occasion du mariage de l’Empereur et de la naissance de son fils, afin de pouvoir en faire plus exactement le récit un jour. Eo 4809, il eut de fréquentes conférences avec les hommes qui s’occupaient des affaires ecclésiastiques et il y a lieu de croire qu'il fournit beaucoupde notes et de documents a l’abbé d’Astros (2).

I] fut atteint, cette méme année, d’une grave maladie dont il releva avec peine. Comme il avait ’habitude d’écrire lanuit, il prenait de grandes tasses de café, ce qui était contraire 4 sa santé. Que |’on ajoute 4 ces circonstances la saisie d’une partie de ses papiers, effectuée par la police impériale en 1844, dont nous parlerons au chapitre de ses collections, et l’on s’expliquera aisément |’ahandon de ses projets de publications.

Soulavie était naturellement d’humeur douce et facile, mais la maladie ou les préoccupations le rendaient parfois assez maussade. I] ne sortait volontiers deson silence que lorsqu’il pouvait causer de politique. Il prétendait avoirla goulte et se nourrissait de laitage, mais quand le docteur Menuret, son

(1) Lettre de M™* de Susini du 3 novembre 1880.

(2) L'abbé d'Astros, neveu de Portalis, était vicaire général de larchevéché de Paris en 1808, lors de la mort du cardinal du Bellay et administra le si¢ge vacant jusqu'a la prise de possession du cardinal Maury. I] regut la bulle du 10 juin 1809 excommuniant Napoléon, Eo 1811, il fut incarcéré & Vincennes et y resta jusqu’en 1814, Il est mort cardinal archevéque de Toulouse en 1851.

vieil ami, qui le visitait souvent, arrivail chez lui : Ah! mon cher, vous voila! s’écriait-il, quelle nouvelle? Et au lieu de parler de sa santé, il ne s’occupait que des événements du jour.

Aprés le désastre de la campagne de Russie, Napoléon, de retour a Paris, alla un soir & l’Opéra avec I’Impératrice. Soulavie paya deux places fort cher pour y conduire sa fille. Il voulait, disait-il, voir homme et lire sur son visage ce que le désastre y avait laissé de traces. II était dans une avant-scéne des quatridmes loges, plongeant dans la loge impériale. Quand l’Empereur parut, il y eut des acclamations 4 faire crouler la salle. On jouait Jérusalem délivrée. Soulavie ne tourna pas les regards vers la scéne. Ses yeux ne quittaient pas la loge impériale et il répétait 4 chaque instant : Z/ est tmpassible !

Soulavie ne voyait pas son frére depuis de longues années. Un beau jour, il se miten téte de se réconcilier avec lui. Il envoya sa fille & l’abbé Soulavie qui était alors ingénieur géographe, conservateur des cartes au dépdét de la guerre, ce qui ne l’empéchait pas de dire tous les jours la messe, soit chez M™ de Soyecourt, supérieure des Carmélites dela rue de Vaugirard, soit chez lui, dans une chambre de son appartement. L’abbé Soulavie recut l'enfant poliment, mais assez froidement : on sentait une lutte entre son cceur et ses ressentiments. Il dit 4 la femme de chambre qui conduisait sa niéce: Dites & mon frére que, lorsqu’on ne voit pas les parents, il n’est pas d’usage de voir les enfants !

C’est dans cette période qu’il s’occupa de régulariser définitivement sa situation avec |’Eglise. On sait que son mariage avec Madeleine Mayaud, en septembre ou octobre 1792, n’avait recu que la bénédiction insuffisante de son ami, le conventionnel Fauchet, évéque constitutionnel de Caen. Pour plus de stireté au point de vue civil, Soulavie, pendant son séjour a Genéve, avait renouvelé son mariage devant le maire frangais de Carougo, mais il l’avait fait plusieurs mois apras |’expiration du délai fixé aux officiers civils pour pouvoir régulariser ces sorles d’unions. Au sortir de sa prison, en 1798, ayant ap-

pris que l’acte de Carouge n’était .pas valable, il s’empressa de faire procéder, chez le maire de son arrondissement, a un troisiéme mariage accompagné cette fois d’un contrat notarié. Il ne s‘agissait jusque-la que de préoccupations d’intérét de famille. Mais dés 1802, il négocie évidemment sa rentrée en grace auprés de l’Ezlise. On peut le deviner Ason changement général do langage vis-a-vis de la religion catholique, mais on peut encore en voir un indice direct dansle passage de ses Tableauc de l'histoire de la Décadence dela monarchie frangaise parus cette année-la, of, préchant l’apaisement des querelles religieuses, il fait allusion aux mesures de Pie VII qui « admet dans I’Eglise universelle et bénit des unions qui étaient, il y apeu de temps, punissables en France ect anathématisées ».

L’année suivante, il obtenait du cardinal Caprara, légat du pape, un bref de sécularisation. Cet acte, qui porte la date du 23 avril 1803, expose que le suppliant, emporté par la violence de tempétes majeures (impetu superiorum tempestatum abreptus),a abandonnél état ecclésiastique pour épouser Madeleine Mayaud, mais il s’en repent et désire vivement adhérer a Punité catholique, demandant nonseulement a étre pardonné de sa faute, mais encore a étre dispensé miséricordieusement de l’obstacle résultant de son entrée dans les ordres sacrés, afin de pouvoir épouser légitimement Madeleine Mayaud. Par suite, le Iégat autorise l’Ordinaire du lieu d’origine ou de domicile du suppliant, de l’absoudre, lui et Madeleine Mayaud, pourvu qu’ils donnent des signes non douteux de repentir. De plus, « suivant la clémence paternelle du Saint Pére qui, pour la paix de |’Eglise et le bien de l’unité catholique, et pour d’autres causes trés graves, a cru devoir condescendre a de plus amples exemples d’indulgence et de bonté, le légat autorise l’Ordinaire & marier Soulavie & Madeleine Mayaud et a déclarer légitimes leurs enfants nés ou a naitre (4) ».

(1) Voici le début de ce document :

E.r parte Oratoris J.-L, Soulavie presbyteri ex clero seculari, in dicecesi Parisiensi vommorantis, oblata nobis petitio continebat quod ipse, impeta supertoram

On peut s’étonner qu’une fois en possession de ce bref Soulavie n’en ait pas profité, autant pour sa tranquillité personnelle que pour dissiper les scrupules de conscience de sa femme. Il est certain cependant que c’est seulement 8 la yeille de sa mort qu’il fut procédé & son mariage religicux avec Madeleine Mayaud, bien que sa conversion remontat déja & quelque temps.

Les trois derniéres années de sa vie furent en quelque sorte pleines du pressentiment de sa mort prochaine. Il ne s’était jamais bien remis de sa maladie de 1810. Par suite, les questions d’intérét commengaient a le trouver indifferent. La maison avait besoin de réparations urgentes : Vous les ferezaprés ma mort, disait-il 4 sa femme.

Il tomba malade a la fin de 1812. I] continua cependant 4 recevoir ses vieux amis, mais sa femme remarqua que l’abbé Delprato avait avec lui de longues conférences, qui se prolongeaient souvent jusque dans la nuit. Cet abdaze, qui n’avait recu que la tonsure et ne portait que le petit costume d’abbe, logeait depuis 1805 chez Soulavie, qui luitémoignait beaucoup de confiance. On apprit plus tard que depuis longtemps il s’agissait entre eux d’autre chose que de politique. Delprato, quoique plus réveur que théologien et peu dévot, était un catholique romain. C’est cet homme simple qui ramena a Dieu esprit ardent et frondeur de Soulavie. De tempsa autre, surtout vers Paques, Soulavie allait le soir chez ses anciens amis, les Hudistes de la rue des Postes. Il en revenait triste et pensif.Les E'udistes avaient été, avec les Jésuites et les Sulpiciens, les grands défenseurs de la bulle Unigenitus et les graods adversaires du jausénisme. Il est piquant de voir Sou-

tempesiatum abreptus, nuptias cum Maria Magdalend Mayaud laicd et liberd maliere, nalliter attentavit. Cum autem, sicat petitio subjungebat, idem Orator de pramissis summopere doleat, et catholica adherere unitali vehementer ecoptans ne ullo prepediatur obstaculo, non solum postulet ab ejusmodi eccessibus apostolica autoritate absolvi sed instet alterius de apostolice potestatis plenitadine secum misericorditer dispensari super impedimento exc sacro ordine resultanie, ud cum dictd muliere legitimum matrimonium inire valeat. ~ Quare nos oratoris precibus inclinati, de apostolicd speciali et expressd auctoritate, eumdem oratorem a quibusdem sententiis, censuris et penis ecclesiasticis ad effectum infra seriple gratice duntaxcat consequendum, harum vigore litterarum absolventes, eic.

Javie, qui avait tant écrit contre’ les partisans de la bulle, aller se convertir chez eux.

L’état du malade s’aggrava a la fin de janvier 1813. Le docteur Menuret, qui le traitait pour la goutte, reconnut ensuite une affection au foie. Mais il était trop tard.

Vers le milieu de février, Soulavie fit appeler l’abbéGirolet, de Genéve, attaché a la paroisse de Saint-Thomas d’Aquin, et eul avec lui de longs entretiens. I] fit sa confession générale. La premiére exigence du confesseur fut qu’il se réconcilierait avee son frére. Ce fut M. Le Clerc, ami des deux freres, qui fut chargé d’informer le cadet de la conversion de Yainé. L’abbé Soulavie vint aussitol auprés de son frére qu’il n’avait pas vu depuis une quinzaine d’années. L’entrevue fut touchante. L’abbé Soulavie fut poli avec sa belle-sceur. Celleci resta froide et réservée. On demanda ensuite au malade de se réconcilier avec son compatriote et adversaire, le P. Barruel. L’abbé Soulavie et son ami, l’abbé d’Astier, allérent chercher le P. Barruel pour le conduire auprés du malade. On demanda alors a celui-ci une rétractation générale de ses écrits, et il écrivit les lignes suivantes qu’il remit au P. Barruel (4):

Monsieur, voulant vivre et mourir dans le sein de l' Eglise catholique, apostolique et romaine, je vous prie deconstater, par l’insertion de ma présentedéclaration dans vos ouvrages, mon repentir d'avoir publié dans les miens des erreurs contre la religion. Je les condamne. Nrest-il pas notowre que les matheurs de notre patrie etles crimes de la Révolution proviennent de Voubli dela religion? Quel est donc le chrétien qui ne gémisse des erreurs de cette nature quand il en voit les résultats?

Ace moment, nous a raconté sa fille, le malade étaitentouré par le P. Barruel et quelques autres. Sa femme, inquiéte pour l'avenir de son enfant, pour elle-méme, passait les nuits a le soigner. M'* Poisson montra aussi du dévouement. On ne demanda pas son départ, mais on exigea qu'elle fit absente de

(1) Cette rétractation a été déja publice dans la Biographie universelle de Michaud. Nous en avons une copie écrite de la main de Soulavie cadet.

la maison le jour ot la communion fut donnée a Soulavie. Le P. Barruel fit aussi enlever une statuc de Vénus de Médicis qui se trouvait dans le vestibule de I’hétel, ne voulant pas que le Saint-Sacrement passat devant elle.

Les inquiétudes de M™° Soulavie n’étaient pas tout a fait sans motif. Le P. Barruel et quelques autres prétendaient que Soulavie,ne devant sa fortune qu’a des scandales politiques et littéraires, devait laconsacrer uniquement a de bonnes ceuvres au détriment de sa famille. Ce fut l’abbé Berthelet, ce vieil ami du malade, qui releva son courage, en lui disant que, devenu séculier par la volonté du Saint-Siége, il se devait a sa femme qui avait été le modéle des épouses et des méres, et que ses fautes, d’ailleurs pardonnées par l’Eglise, ne pouvaient retomber sur sa jeune fille. Appuyé par l’abbé Berthelet, Soulavie sut résister au P. Barruel, mais celui-ci l’emporta sur une autre question. On se demandait si le bref du pape, qui avait relevé Soulavie de ses vooux en le sécularisant, impliquaitja confirmation de son mariage, sans une nouvelle bénédiction nuptiale. Le P. Barruel n’eut pas de peinea démontrer, par Je texte méme du bref, la nécessité d’une nouvelle cérémonie, On appela alors le curé de Saint-Thomas d’Aquin pour marier, de nouveau, avec dispense de publications de bans, Soulavie mourant & Madeleine Mayaud. Cette cérémonie eut lieu dans la soirée du 9 mars. L’abbé Pothey avait été spécialement autorisé & bénir les époux. Berthelet, un des témoins, ancien vicaire général de Mende, était un des intimes de Sou- Javie. La fille du mourant entendait tout, d’un cabinet voisin ot elle était cachée avec M's Poisson. Quand on eut terminé, elle pénétra auprés de son pére dont, depuis huit jours, la présence presque constante d’étrangers la tenait éloignée. Deux jours aprés, le malade mourait sans agonie.

Quelques jours avant sa mort, Soulavie eut une longue conference avec sa femme. II la pria de lui pardonner les chagrins qu'il lui avait causés et la remercia de tous ses soins et de sa conduite si parfaite 4 son égard. I! lui fit promettre de ne pas mettre M'* Poisson la porte immédiatement aprés sa mort,

110 NISTOIRE DE SOULAVIE

mais d’attendre quelques jours, afin de ne pas fournir de nouvel aliment a Ja malignité publique. M@™¢ Soulavie lui demanda si cela le satisferait qu’on la gardat un mois. ll remercia en disant qu’il n’aurait pas demandé plus de quinze jours. Dans son testament, il laissa a cette fille 800 francs avec les meubles de sa chambre et sa garde-robe.

Voici les piéces relatives au mariage de Soulavie a son lit de mort:

Nous soussignés certifions que M. Allégre, prétre du diocése de Valence, lié d’amitié intime avec nous et avec J.-L, Soulavie, domicilié rue de Verneuil 51, nous adéclaré avoir fait des démarches auprés de Ms? le cardinal Caprara, légat de sa sainteté Pie VII, afin d’obtenir un indult spécial pour bénir en face de l’'Eglise le mariage que ledit Soulavie, prétre, avait contracté civilement, et que S, Em. Caprara aurait accordé cet indult vers le mois de may 1810.

L’existence de cet indult est mentionnée dans la supplique envoyée 4 Sa Sainteté Pie VII, et de Fontainebleau renvoyée & M. Girolet.

En foi de quoi nous avons signé, a Paris, le g mars 1813.

ASTIER, prétre.

Souravie, prétre du diocése de Viviers.

J’autorise M, Pothey 4 bénir le mariage de M. Soulavie avec M'le Mayaud, mariés dé}a civilement Pun avec Pautre, et d’aprés l'indult de S, E, M&* le cardinal Caprara, dont il est fait mention cy dessus, le 9 mars 1813.

Ramond Latanpe, curé & St-Thomas d’Aquin (mort évéque de Rodez). ,

Nous ne saurions mieux raconter la mort de Soulavie qu’en reproduisant la lettre suivante, adressée par son frére & M. Rouviére, a Largentiére :

Paris, 20 mars 1813,

Mon cher ami,

Dieu vient de me frapper d’un coup d’autant plus douloureux qu'il était bien inattendu, Je viens de perdre mon frére mort dans mes bras. Il est reniré hautement dans les voies ob nous avions été élevés ensemble par une mére trés pieuse. Il a eu de graves erreurs A se reprocher dans la Révolution, mais il en détesta toujours les crimes. Depuis neuf ans, toutes ses opinions politiques étaient changées, et depuis quinze mois il se débattait contre ses remords, dont une éducation chrétienne avait laissé le germe dans son cur. Ses anxiétés et un travail trop soutenu l’alitérent vers la mi-janvier. Il écri-

vit alors le sommaire de sa confession générale a laquelle il se préparait depuis longtemps. Il fit appeler un confesseur avec lequel il est resté dix-sept heures en cing jours consécutifs. I] ademandé et recu le vialique deux fois en onze jours, a demandé pardon des scandales qu'il avait donnés, et est décédé avec calme, aprés avoir montré constamment pendant cinquante-deux jours la foi la plus vive etles vertus qui constituent le chrétien mourant.

S’il existait quelqu’un doutant d’une puissance surnaturelle qui dompte les ceeurs les plus rebelles quand iJ lui plait, et qui, d’un vase de misére, fait par sa grace et ses miséricordes un vase d’élection, I’cxemple de mon frére le raménerait a cette vérité de la foi: Ubi abundavit delictum superabundavit gratia. Mon frére a laissé des fragments d’une histoire de la Révolution qui edt été extrémement curieuse. Il travaillait au plan d’un ouvrage trés important: Nécessité de la Religion et sa puissance pour la conservation de la Société.

Il fut attaqué pour la premiére fois dans les Helviennes, ouvrage public en 782 pour la défense de la religion. En s’alitant, il fit inviter plusicurs fois ’abbé Barruel, auteur de cet ouvrage, 4 venir pour se lier d’amitié avec lui, le faire dépositaire de sa profession de foi et de sa rétractation et étre insérées dans le méme livre ov il avait été si cruellement maliraité.

L’abbé Barruel I’a constamment visité une et deux fois par jour. Depuis ce temps, il ne cesse de publier et d’admirer la sincérité et énergie que mon frére A mises dans son retour, On ne lui a pas demandé de sacrifices (il a prévenu toute demande); je puis dire avec étonnement qu’il les a faits sans réserve,

Ma mére, qui fut martyre de l’amour pour ses enfants, m’avait déclare maintes fois qu'il reviendrait 4 Dieu. C’est aux larmes et aux priéres de cettc autre Monique, de sa famille et d’un grand nombre de personnes pieuses, priant sans cesse, que nous devons la conversion de cet autre Augustin. Mon frére n’en doutail pas, car il s’écriait en levant les mains au cicl : Sainte mére, saintes tantes, saints amis, sans vos priéres que serais-je devenu !

Ii ne concevait pas le vertige qu’ayant approfondi les principes philosophiques et ceux de la religion, il edt pu se livrer & des réves et laisser la réalité.

Je Pai vu, le crucifix dans ses mains, ne plus craindre la mort et 1’éternité, persuadé que, puisque Dicu faisait un miracle de sa miséricorde pour le convertir, il ne voulait pas le perdre. Il récitait des passages de |’Ecriture et des priéres de ]'Eglise d’un ton si pénétrant que, dés lors, je l’ai regardé comme un saint et l’approchais avec vénération.

Ainsi, ce caractére si prononcé et si hardi dans les orages de la Révolution, mon frére !’a conservé éminemment dans sa pénitence. Cette pénitence n'est pas V’effet de la maladie ; elle était dans son cceur depuis longtemps, ct quand il l'a manifestée, ga été sans ménagementet sans réserve. Comment ne serais-je pas désolé de sa perte, lorsque tout le rendait si intéressant et si respectable ? J’en suis inconsolable. L'abattement ne me quitte plus, Je ne suis soulagé de ma peine qu'en pensant que je l’ai perdu dans le sein de Dieu, ct que les vertus chrétiennes, dont il a fait preuve pendant quelques scmaines,

ont réparé suffisamment 4 mes yeux les erreurs de vingt années, et qu'il a réalisé dans sa personne la parole du sage : Nihil odistieoram quer fecisti, parcis autem omnibus quia tua sunt, domine, qui amas animas.

J'ai employé tout ce que j’ai pu de zéle, d’amour et de religion, pour apaiser les inquiétudesde mon frére sur son salut et sa famille. I] était désolé de ne pouvoir faire les bonnes euvres qu'il désirait. Je lui ai donné aumoins la consolation d’apprendre que, depuis que je le savais malade, des personnes pieuses se succédaient pour prier pour lui sans interruption du matin au soir dans l’église des Carmes, église des nouveaux martyrs, devant l’autel de la Vierge, qu'un cierge y brilait sans cesse, que cing prétres célébreraient tous les jours la sainte messe pour le salut de son Ame et de son corps, que cela continuerait jusqu’au nombre de cing cents, que dans Paris et dans les environs un grand nombre d’Ames saintes faisaient les priéres les plus ferventes pour que la volonté de Dieu et ses miséricordes s’accomplissent sur lui,et qu’il ne se passerait pas unseul jour de ma vie qu’une bonne ceuvre ne s‘exécutat pour lui en expiation. ,

J’ai cru que quelques détails sur les derniers moments de mon frére pourraient vous intéresser. I] me restea vous prier de ne pas m’oublier, moi qui suis 4 présent le chétif et mauvais reste d'une famille qui fut trés respectable par sa foi el ses bonnes ceuvres.

Soulavie fut inhumé dans l’ancien cimetiére de Vaugirard depuis longtemps abandonné et qui est aujourd’hui couvert de constructions récentes. L’épitaphe suivante, munie du visa de l’autorité, fut placée sur sa tombe :

repose J.-L. Soulavie ancien ministre résident de France & Genéve et au Valais membre de plusieurs sociétés savantes muni des sacrements de lEglise.

De Profundis.

Soulavie, dont le testament était chez les successeurs de maitre Oudinot- Fevrier, notaire rue du Bac, laissa une belle fortune pour !’époque, c’est-adire plusieurs centaines de mille francs, outre la maison de la rue de Verneuil. Malheureusement pour sa fille, la veuve Soulavie se laissa prendre aux belles

maniéres Wun de ses compatriotes de PArdéche, un ancien garde du corps, nommé Basile Brunel, de la commune de Graviéres, et consentit 4 l’épouser en 1816. Ce Brunel était déja veuf d’une demoiselle Frangoise de Bournet, qui était loin d’avoir été heureuse en ménage, et dont il avait eu unc fille qui fut mariée a M, Perrier, sous-inspecteur aux revues. La scconde dame Brunel ne le fut pas davantage. Brunel était joueur, débauché et il ne Ini fallut pas plus de quatre ou cinq ans pour dévorer toute Ja fortune qu’avait laissée Soulavie, Cela fait, il disparut et on n’a jamais su ce qu’il était devenu. Mme Brunel quitta alors le nom de son second mari et reprit celui de Soulavie qu’elle porta jusqu’a sa mort,

Par suite de la débacle de sa fortune, elle eut des proces ot la question de ses quatre mariages avec Soulavie fut longuement discutée au point de vue de leurs effets civils. En mars 1824, la Cour d’appel de Paris déclara nul le mariage de l’an IV et la stipulation de non-communauté dont il était accompagné, et valida l’acte de mariage célébré 4 Carouge en 1793. La maison rue de Verneuil 51 fut achetée par Adeline et revendue le 31 mars 1824, a MM. Destailleurs, Visconti et Journault et 4 Mme de Montbron.

L’abbé Soulavie cadet, que nous avons laissé dans une situation assez précaire en 1793, était entré plus tard au ministére de la guerre, ou i! fut employé au dépdt des cartes, Il y forma une école de sept jeunes géographes avec lesquels i] fit ume carte de France qu’il vendit en 1815 au prix de 120,000 fr. Parmi ses éléves était Daguerre, le futur inventeur du daguerréotype. Il prit sa retraite, en 1815, de chef du dépdt des cartes, avec le grade de chef de bataillon. Mais ses fonctions au ministére nel’avaient pas empéché de tenter une entreprise industrielle, dans laquelle il avait pour associés deux anciens Carmes et une demoiselle Alain qui le servit jusqu’A sa mort: c’était une fabrique de chocolat, industrie alors peu connue. L’établissement, situé dans larue de Vaugirard, prospéra et quand on liquida, notre abbé-géographe-chocolatier retira pour sa part 40.000 francs qui lui servirent & acheter une ferme a Jouy-le—Chatel. En 1816, il quitta Paris pour se retirer a Villiers Templon, domaine qu’il avait acheté sur la commune de St-Mars, canton de la Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne), comprenant environ 650 arpents. I] était 4 la fois maire et curé de sa commune. I] mariait les gens comme maire et bénissait ensuite leur union a l’église. Il allait voir les ma- Jades et rendait aux paysans de la contrée une foule de services, Il mourut, Je 28 juillet 1834, aprés avoir institué le séminaire de Meaux son heriticr, sous le couvert de sa gouvernante, Mlle Alain, qui était trés dévote. Dés année 1817, Soulavie cadet avait formé le projet de laisser sa fortune, évaluée 300 ou 400 mille fr., pour un établissement religieux, puisque nous avons de lui tout un projet de cette date, relatif & Pétablissement d'un Ludovicée (ou lycée-Louis), qui devait étre un véritable collége des missions étrangéres od lon aurait regu de préférence les enfants abandonnés ct les petits orphelins. La niéce du défunt, mariée, en 1828, 4 un avocat de la Corse, M. de Susini, attaqua le testament, et c’cst M® Marie, le futur membre du gouvernement provisoire de 1848, qui fut chargé de-la défense de ses intéréts. Le proces tit beaucoup de bruit, mais la cour de Paris déclara la vali-

il 8

dité du testament. Sur ce3 entrefaites, l’évéque de Meaux, Mst Gollard, vint a mourir, et son successeur, Msr Allou, voulut au moins adoucir l’épreuve infligée aux héritiers naturels par certaines concessions; le séminaire de Mcaux constitua 4 Mae dz Susini une pension viagére de mille fr, en méme temps qu'il se chargeait de l'éducation des deux enfants, en allouant a chacan une pension annuelle de 500 fr. jusqu’a leur majorité.

Madeleine Mayaud, la veuve de Soulavie ainé, mourut en 1862.

Sa fille, Mme de Susini, veuve depuis longtemps, est mort2 en 1883. Elle avait deux enfants: un fils, récemment décédé, laissant une petite orpheline, et une fille, qui est receveuse des postes & Villemomble (Seine).

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