CHAPITRE VI SOULAVIE JACOBIN
(De 4790 jusqu'au 10 aoft 1792.)
SOMMAIRE
Mémoires historiques publiés en 1789-go. — Article dans le Monitezr pour ne pas laisser aux ministres le droit de déclarer la guerre. — La disparition de dom Patouillot.— Collection des mémoires historiques durégne de Louis XV. — Brouille avec le libraire Buisson. — Une nouvelle gazette de la Révolution. — Conseils aux législateurs. — La Constitution civile du clergé. — Soulavie présente a l’assemblée quelques prétres assermentés, — Ses idées sur l’éloquence de Ja chaire.—Le mariage des prétres. — Le club des Jacobins. — Génes et Paris. — Conseil au Roi. — La reine Marie-Antoinette. — Le comte d’Antraigues, — Les embarras de la cour en juillet 1792. — Louis XVI. — Conversation avec M. de Chambonas. — Négociation de la cour avec Brissot. — Ajournement de la proposition de déchéance.
Soulavie employa la fin de 1789 et le commencement de {790 & préparer diverses publications historiques. On voit paraitre en 1790 la premiére édition des Mémoires du duc de Richelieu (4 vol.), les Guvres completes du duc de Saint- Simon (43 vol.), la premiére partie des Mémoires de Duclos (A vol.), les Mémoires du ministére du duc d Aigutllon (4 vol.), la Correspondance du cardinal de Tencin(A vol.), et, en 1794 et 1792, les Mémoires de la minorité de Louis XV, soi-disant par Massillon (4 vol.),et les Mémoires de Maurepas (4 vol.).
Le 2 juillet 1790, le Monitteuz publiait un article de Soulavie dont le titre dit assez l’objet et le sens: Observations sur la guerre imminente entre l'Espagne et [Angleterre, et sur les causes qui la préparent. —Caractére desguerres ministé-
rielles des Francais pendant le reqgnede Louis XV.— PrinlL 7
cipes des Républiques, des Monarchies et des Etats despotiques sur la paixet la guerre.— Nécessité de lier les mains au ministére francais sur cet objet. C’est un discours que l’auteur devait lire, le 17 mai précédent, a la Société des amis de la Constitution. Soulavie ne veut pas qu’on laisse aux ministres le droit de paix et de guerre. Il soutient, en s’appuyant sur les guerres du régne de Louis XV, que toutes nos guerres onl été inutiles, prétextées, ministérielles, injustes, désastreuses. Il montre, du reste, qu’il en est de méme dans les autres Etats, méme en Angleterre, ou, aprés avoir employé les prétextes Papisme, France et Prétendant, on emploie aujourd’hui le mot Commerce. L’article se termine par celte phrase comminatoire:
« Aprés ces faits, cos tableaux, ces résultats, si l’'assemblée juge convenable d’associer le ministére 4 la fatale prérogative de déclarer la guerre, il me restera & prononcer dans cette assemblée un discours sur ce probléme politique : la guerre ayant élé toujours et partoul J’instrument du caprice, de la politique et des passions privées du pouvoir exécutif, quel moyen peut-il rester au peuple pour garantir ses représentants des suggestions anti-patriotiques? »
Deux jours aprés, le Moniteur publiait une autre lettre de Soulavie sur la cage de [abbaye de Citeaux etsur la personne de Dom Patrouillot gui y a été renfermée. La lettre est adressée al’abbé de Citeaux ct aux départements qui renferment cette abbaye et celles de la Fremade, d’Oléron et des Chambens. Elle débute ainsi:
M. Vabbé et supérieur général de l'ordre, En parcourant, en 1776, nos montagnes méridionales, j’aboutis 4 une des abbayes de votre ordre, celle des Chambons, toute eavironnée de précipices, et j'y trouvai une pierre précieuse qui appartient & votre ordre et que je voudrais restituer &la nation; je veux dire unde vos religieux inconnu, fait pour illustrer votre corps par ses talents, son amour de la liberté, son savoir dans l’agriculture et l'histoire naturelle, et surtout par ses mémoires sur l’ordre de Citeaux. Ce religieux vraiment précieux se nomme Patouillot. Il eut la bonté de me guider dans nos montagnes et, avec ce guide, je tragai sur nos cartes la division naturelle de nos terres primitives, calcaires, volcanisées, etc. Ce religieux disparut de la société en Janvier 1780, et le pricur des Chambons m’écrivit, en ce temps-la, que vous
l'aviez renfermé a Citeaux quand il vous portait les doléances et la procuration des religieux de votre ordre. Toute l’année 1780 et 1781 se passérent a vous écrire et a faire supplier votre révérence de rendre la liberté& mon ami Patouillot : vous ne daignates pas écouter mes priéres ni les bonorer d'une réponse, Je me liai avec plusieurs de vos religieux ; ils m’assurérent que le logement que vous avez donné 4 mon ami a Citeaux était une cage de fer...
Soulavie raconte ensuite ses démarches auprés du ministre de la Bastille et des prisons, auprés d’un avocat de Nuitz et enfin auprés du Parlement de Dijon, pour retrouver Dom Patouillot. Il apprend par l’avocat de Nuitz, d’aprés des dires d’ouvriers, qu’un frére avait été enfermé dans une cage pour avoir donné un soufflet a l’abbé général de Citeaux. Il assure qu’il vient de recevoir d’un homme public et connu une lettre Yinformant que des recherches de Ja municipalité de Citeaux ont amené la découverte d’une cage, non en fer, mais en bois, « ot quelques religieux ont été placés de méme que dans les vade tn pace, ou ils ont péri. Soulavie finit en répétant sa demande sur Dom Patouillot. Il veut savoir ce qu’il est devenu. Il a des raisons personnelles d’avoir son extrait mortuaire, s’il est mort, ou de le voir s'il est encore en vie. Si tout ce qu’on lui a dit est une fausseté, il sera le premier 4 le publier. En attendant, il appelle sur sa lettre l’attention des municipalités et des départements sur lesquels se trouvent des couvents de Vordre de Citeaux.
Cette lettre marque un pas notable de Soulavie dans Ja voice des crédulités et des violences qui caractérisaient l’opinion régnante, dés qu’il s’agissait de la monarchie ou des ordres religieux.
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Cette année de 1790 fut marquée par une grosse brouille entre Soulavie et son éditeur, Buisson. Soulavie, mécontentde Buisson, forma alors une société pour éditer toute une Gollection historique des Mémoires du régne de Louis XV, dont faisaient partie les ouvrages cités plus haut, mais il y a lieu de croire que cette société ne comprenait pas d’autre personne
que lui-méme. La Collection était sous forme de livraisons, d’onviron cent pages, paraissant le 10, le 20 et le 30 de chaque mois; la publication commenga le 30 septembre 41790 et se continua jusqu’a la 36¢ livraison. On peut suivre les phases de cet incident dans les Mémoires de Maurepas. En téte du 1° volume qui porte Vindication : A Paris. Au dureau de la collection des Mémoires relatifs & [histoire du régne de Louis XV, rue Condé, n° 7. 1791, se trouve la liste suivante des livraisons parues depuis le 30 septembre 1790 jusqu’au 20 avril 4794 :
i, du 30 sept. Vie secréte de Richelieu.
Il, — 10 oct, Lettres de M™ de Tencin.
ltl. — 20 oct. Suite des lettres.