‹ Histoire De SoulavieChapitre 5 sur 42 · CHAPITRE V SOULAVIE EN · texte numérisé non relu

CHAPITRE V SOULAVIE EN

SOMMAIRE

Brochures politiques de Soulavie en 1789. — L'Aristocratie enchainée. — La situation de l’Eglise et du clergé en France avant la Réyolution. — Le cure de campagne. — La Pragmatique Sanction, — Le concordat de 1515. — Les abus de la commende, — Réformes.insuffisantes. — La feuille des benéfices. — Impuissance du pouvoir épiscopal contre l’abus des biens ecclésiastiques au profit du pouvoir civil. — Mécontentement du bas clergé malgré I’élévation de la congrue. — Doléances du clergé du royaume. — Réformes demandées par Soulavie. — L’épiscopat d’autrefois et celui d’aujourd’hui. — Lettre au comte de Balazuc, — L’histoire, le cérémonial et les drotts des Etats généraux. — Histoire des assemblées du clergé & Bayeux et 4 Paris pour les élections de 1789. — Le rdle qu’y joua Soulavic. — Lettre de Barruel sur !’assemblée du clergé & Paris. — Résultat général des élections du clergé.

Nous voici en 1789. Comment Soulavie, étant donnés son caractére, la tournure de son esprit, et enfinles abus trop nombreux dont souffrait la société frangaise, abus que ses travaux historiques lui avaient permis d’étudier mieux que personne, n’y aurail-il pas pris une part active? On peut sans témérité présumer, — et la preuve en sera bientét dans sa conduite, — qu'il songeait dés lors & jouer un rdle dans les grandes assemblées délibérantes. Solliciterait-il les suffrages dans sa province ou ailleurs? Voila ce qu’il devait alors se demander. En attendant, le Vivarais avait déja désigné des délégués pour se rendre & la cour et porter au Roi les réclamations du pays. L’assemblée des trois ordres, tenue a Privas du 17 au 19 décembre 1788, avait délégué dans ce but le marquis de Satillieu, M. Boissy-d’Anglas et ’abbé de Pampelonne, grand-vicaire de évéque de Viviers. Ces délégués sont a peine arrivés & Paris,

que Soulavie les invite & diner, ce quimontre a lafois quilavait hate de se mettre en rapport avec cux et qu’il jouissait d’une certaine considération auprés de ses compatriotes. M. de Salillicu lui faisait, le 30 janvier, la réponse suivante:

« M. de Satillieu attendait pour répondre 4M. V’abbé Soulavie le rétablissement certain de M. de Boissy qui était indisposé au point de garder la chambre et le lit. Aujourd’hui les députés se portent tous fort bien et M. de Satillieu remercie M. labbé de toutes ses politesses, et accepte avec plaisir un diner patriotique et Jittéraire dans un des jours de Ja semaine prochaine, le mercredi 4 février, non compris.

«M. labbé n’aura qu’a indiquerle jour qui lui conviendra; les députés se ménageront leur liberté pour en profiter. Is ont Vhonneur de souhaiter le bonjour a M. V’abbé.

« Hotel du Gyene Royal, 30 janvier 1789 (1). »

Or, 4 mesure quele mouvement libéral et réformiste s’accentuail, Soulavie s’y associait avec une passion croissante. Les nombreux écrits qu’il publia, dés les premiers mois de1789, sur les grandes questions qui absorbaient l’attention de la nation tout entire, montrent assez que ses préoccupatiuns et ses

pensées étaient depuis longtemps tournées de ce cété-la. Ces écrits forment une série de brochures que nous avons eu la bonne fortune de trouver réunies dans un gros volume, provenant de la bibliothéque de l’auteur, avec ce titre au dos : uvres de M. Soulavie.— Révolution de 1789-1790. Leur simple énumération va donner une idée de la prodigieuse activité déployée par auteur au début de la Révolution:

10 Mémoire du cardinal Dubois au Régent sur les Etats généraux gue ce prince avait envie de convoguer, quand le systeme (de Law) eut mis l’Etat en désordre (4 pages).(Le Régent, disait-on, avait résolu un moment de convoquer les Etats généraux, et le mémoire du cardinal Dubois avait pour

(t) L’original de ce billet est dans Ia collection de M. Rattier, de Saint-Fortunat (Ardéche),

objet de lui représenter les dangers d’une pareille détermination) ;

2° Plan de conduite donné & l’archevéque de Sens, principal ministre, au mois de juin 4788, dont l’original en chiffres a été trouvé chez lui en 1789(45 pages). (Il s’agitdu cardinal de Loménie, archevéque de Sens, ministre de Louis XVI de 1787 44788) (4) ;

3° L’ARISTOCRATIE ENCHAINEE ET SURVEILLEE par fe peuple et le Rot, suivi d’un mémoire des barons nés du Languedoc et de la réponse a leurs prétentions exorbitantes par J. L. G.S. Premier cahier, 31 janvier 1789 (70 pages). Ladeuxidéme édition, qui a 75 pages et porte la date du 1° mars 1789, a pour sous-titre : Aristocratie des provinces ;

4o L) AnisTocratig eNcHAINEE, second cahier, contenant l’ éiat actuel du clergé de France. 10 mars 1789 (50 pages). Cette édition se trouve a la Bibliothéque Nationale L 39 b 1387;

5° DotEaNces pes cures pe Normanpig, présentées par le sieur Soulavie, curé de Sévent, au bailliage de Caen, vicaire génétal de Chalons-sur-Marne, correspondant de |’Académie des inscriptions de Paris, ctc. (16 pages). On voit dans cet opuscule que Soulavie avait projeté la publication des ceuvres du cardinal de Luynes, ancien évéque de Bayeux, ensuite archevéque de Sens ;

6° DoLeaNces DES CURES DU ROYAUME, ef particuliérement des curés de Normandie (46 pages), (ces deux derniors opuscules ne sont que la reproduction, & peu prés textuelle, du second cahier de U’Aristocratie enchainée) ;

7° A M. Le comTe pe Batazuc pe Montrkat, président def Assemblée des trois ordres du Vivarais d Privas, signé : l’abbé Soulavie, vicaire général de Chdlons-sur-Marne (4 pages);

8° L’HIsTOIRE, LE CEREMONIAL ET LES DROITS DES E;rats GENERAUX, i'* partie, février 1789 (283 pages); cette premiére partie est du duc de Luynes (2) ;

(1) Cette piece et la précédente sont reproduites dans les Mémoires de Richelieu. (2) « De Vex-duc de Luynes, »dit Soulavie (Mémoires du régne de Louis XVI, préface), ce qui montre qu’il s’agit du duc qui siégea A la Constituante, et non de son pere, l'auteur des Mémoires publi¢s en 17 volumes. I 5

66 RISTOIRE DE SOULAVIE

10° Histoire DES VAINS EFFORTS QU’ON A FAITS SOUS LES REGNES DE Louis XIV ev pe Lovis XV ovr oprenin LA CONVOCATION pes Etats GENERacx. Cette deuxiime partie, écrite par Soulavic, est la continuation de l’ouvrage précédent, février 1789 (114 pages);

44° Histoire des Etats généraux de Versailles, 1% mai 1789 (325 pages).

De tous ces opuscules, /’Aristocratie enchainéeest celui qui parait avoir fait en son temps le plus de bruit. Chassin (4) le cite comme « trés répandu et trés remarquable », mais sans avoir percé l'anonyme, Ace titre, nous allons en donner un apercu qui, d’ailleurs, aura l’avantage de bien montrer quelles étaient alors les idées de l’auteur, en méme temps que celles d’une trés grosse partie du peuple frangais.

L’opuscule est adressé 4 un duc qui n’est pas nommé, mais qui aurait traité le méme sujet. On asupposé qu'il s’agissait du duc de Luynes, celui que Rivarol, dansle Petit dictionnaire des grands hommes de la Révolution, qualifie de patriote inébranlable en ajoutant: « I] s’est établi dans le parti populaire; il a fait signe qu’il s’y trouvait fort bien et on ne lui en a pas demandé davantage. On a cu soin seulement de mettre a ses cétés deux forts de l’Assemblée qui le soulévent et le rasseoient quand il faut opiner pour la patrie. »

Les relations de Soulavie avec le duc rendent la chose assez vraisemblable. Toutefois, il est probable que la pensée de !’auleur pour la dédicace a flotté entre deux personnages, car, a la page 15, parlant du Languedoc, il l’appelle « notre communo patrie »; enfin il résulte d’un manuscrit, qui est aux archives du ministére des Affaires étrangéres, que l’opuscule avait été dédié d’abord au comte d’Antraigues.

L’Aristocratie enchainée parut, comme on l’a yu, en deux cahiers séparés, le premier dirigé contre l’aristocratie des provinces, et le second consacré spécialement & la situation do l’église gallicane.

Dans !e premier, l’auteur s’occupe de la réorganisation des pays d’Etats, attendu que « la constitution des provinces est

(1) Les Cahiers des curds, p. 187.

la base des libertés du pays ». Il traite ta question de savoir si, dans une monarchie ou le Souverain ne meurt jamais, commande les armées, distribue les graces et les emplois, il faut des représentants héréditaires ou électifs ou bien partie électifs et partic héréditaires. Cette grande question, dit-il, tient aux principes fondamentaux des monarchies modérées et ne peut étre assez approfundie dans le moment présent. Partant de Vidée que le pouvoir royal est indestructible, il demande s’il ne conviendrait pas « de lui opposer quelques puissances héréditaires pour représenter la noblesse, quelques pouvoirs successifs pour représenter le clergé, et quelques corporations municipales pour représenter le tiers état ». Il attache une plus grande force de résistance aux prérogatives héréditaires qu’aux prérogatives éligibles périodiquement. Il estime que les représentants des trois états, sortis de simples élections, sont incapables de résister a I’éternelle hérédité et a la force perpétuellement armée des monarques.

D’autre part, il déclare anormal et injuste que la noblesse soit représentée par des barons-nés ou acheteurs de baronnies, au lieu de l’étre par des nobles qu’elle aurait élus elleméme. Il ne veut pas que les évéques aient a gérer les biens du clergé. Enfin, il trouve trés insuffisant que le tiers état no soit représenté que par les maires des villes, sans que les campagnes aient aussi leurs délégués. Mais, comme il est opposé aux mesures radicales, il propose une transaction : on conserverait au Dauphiné, au Languedoc, 4 la Provence, a la Normandie, aux autres pays d’Etats, leurs barons, leurs évéques, leurs députés desvilles, mais a cdté de dix barons héréditaires, il se trouverait trois fois plus de gentilshommes électifs.

Dansl’ordre du clergé, illaisse aux si¢ges diocésains l’antique droit d’assister aux Etats; mais il voudrait qu’on y appelat trois fois plus de bénéficiers de second ordre. Enfin, il veut bien conserver aux municipalités des villes le droit dedéputer tous les ans le syndic ou le consul; mais il voudrait que, pour un envoyé des villes, il fit élu trois fois plus de consuls ou syadics des campagnes. Le pouvoir, dans les pro-

vinces, se trouverait ainsi parlagé en deux parties égales entre les membres des Etats et les membres élus, et tout plan d’asservissement serait impossible.

En somme, ce que notre auteur réclame, c’est, avec l’introduction du contréle national sur les affaires de |’Etat, une sorte d’extension du droit électoral en faveur de la petite noblesse, du tiers état et du bas clergé, de fagon a empécher toute action prépondérante des barons héréditaires et du haut clergé ; et il motive ses propositions par des précédents historiques autant que par des motifs de raison et d’équité.

« Périsse, dit-il, l’abus qui ferait détester d’étre prétre ou roturier languedocien, a la yeille de l’assemblée des Etats généraux, puisquo, sans étre évéque, baron ou maire de ville, on ne peut étre ni élu ni éligible pour les Etats...» Tout cela, d’ailleurs, entremélé de grands éloges pour le Roi, « que la postérité placera 4 cété des Trajan, des Titus et des Marc-Auréle ».

Pa

Le second cahier de f’Aristocratie enchainée a pour objet la situalion de l’Eglise et du clergé en France. Mais, avant de Vexaminer, il est nécessaire de jeter un coup d’wil rétrospectif sur I’Eglise et le clergé sous l’ancien régime, et sur les efforts qui avaient été faits 4 diverses reprises en vue de les réformer.

A propos du curé de l’ancien régime, tout le monde a lu la page célébre de Voltaire : « Quiconque exerce une fonction pénible doit étre bien payé de ses concitoyens... Je plains le sort d'un curé de campagne, obligé de disputer uno gerbe de blé a un malheureux paroissien, de plaider contre lui, d’exiger la dime de lentilles et de pois, d’étre hai, de hair, de consumer sa misérable vie dans des querelles continuelles, qui avilissent dame aulant qu’elles laigrissent. Je plains encore davantage le curé 4 portion congrue, 4 qui des moines, appelés gros décimateurs, osent donner un salaire de quarante

ducats, pour aller faire pendant toute l'année, deux ou trois milles de sa maison, le jour, la nuit, au soleil, a la pluie, dans les neiges, au milieu des glaces, les fonctions les plus désagréables et souvent les plus inutiles. »

Et plus loin: « Dans tout le Nord, dans la moitié de l’Allemagne, dans la Hollande, dans la Suisse, on paye le clergé de argent du trésor public. Les tribunaux n’y retentissent pas des procés mus entre les seigneurs et les curés, entre le gros et le petit décimateur, entre le pasteur demandeur et l’ouaille intimée en vertu du troisiéme concile de Latran dont l’ouaille n’a jamais entendu parler (1). »

Ces lignes résument le sentiment qui prédominait avant la Révolution sur la situation matérielle du bas clergé, et sur le reméde a y apporler. Or, si cette situation n’était pas ce qu’elle aurait dd étre, ce ne sont pas Jes ressources qui manquaient a |’Eglise do France. Elle tenait de la piété des fidéles ou de la générosité des rois ou des seigneurs des biens considérables. Mais depuis des siécles la répartition des bénéfices donnait lieu a des abus qui avaient toujours été en croissant. Pendant les douze premiers sitcles, les biens ecclésiastiques avaient généralement servi aux besoins du culte. Ce sontles évéques qui dispensaicnt alors les bénéfices. A partir du xme siécle, les évéques eurent a se défendre des entreprises do la chancellerie pontificale, Rome ayant alors la prétention d’avoir Ja haute main sur le temporel ecclésiastique dans tout le monde chrétien. Le grand schisme d’Occident et les nécessités ot se trouvérent les papes d’Avignon mirent le comble au désordre. La royauté chercha a y mettre un terme au moyen dela Pragmatique Sanction de Bourges, qui, se basant sur les décisions du concile de Bale, abolit les drois fiscaux de la cour de Rome et rélablit les élections canoniques. Plus ou moins soutenue par les successeurs de Charles VII, la Pragmatique fut remplacée en 1545 par le fameux concordat conclu entre Frangois [er et Léon X. Le pape abandonnait au Roi le droit de nommer aux évéchés et abbayes, moyennant I’instilution canonique,

(1) Dictionnarrg priLosopmigue, au mot Cure de campagne.

devenue une pure formalité, et lui reconnaissait le droit de régale, c’est-i-dire la nomination Atous les bénéfices vacants pendant les vacances des évéchés et abbayes; mais de son coté, le pape recouvrait les annales et une partie des réserves: les annates étaient les revenus d’une année de tout bénéfice nouvellement conféré et représentaient quelques millions de rente. On tomba ainsi de Charybde en Scylla. Les chefs naturels du clergé, c’est-a-dire les évéques, qui avaient a se plaindre précédemment de l’abus des bénéficiaires onvoyés par l’administration romaine, eurent a déplorer l’abus, encore plus grand, des bénéfices donnés en commende aux favoris du pouvoir, aux laiques comme aux ecclésiastiques, mémo & des femmes et & des enfants, au grand scandale de lareligion, et au préjudice des ministres 4 charge d’ames.

D’autre part, la plus grosse partie des revenus ecclésiastiques était retenue par les ordres religieux ou chapitres fondateurs des paroisses. Pendant les premiers siécles, les évéques confiaient souvent le service paroissial aux monastéres et aux chapilres composés de chanoines réguliers. I} en résultait des inconvénients et des abus souvent signalés dans les conciles au moyenage et qui firent reprendre aux évéques l’administration des paroissos. Or, tout en cessant leurs fonctions spirituelles, dont ils se déchargérent sur des prétres délégués, amovibles a leur gré, les monastéres et chapitres se gardérent de reuoncer aux revenus et, se prétendant curés primitifs, continuérent a percevoir les dimes. Cot état de choses se perpétua pendant des sitcles. Les monastéres et les chapitres avaient Ie droit de nomination a bon nombre de cures et les desservants étaient généralement mal payés. Avant le xv° siécle, on leur donnait ce qu’on voulait. Les conciles s’occupérent souventde cette question, mais sans pouvoir vaincre les abus au maintion desquels trop d’intéréts étaient attachés. En 1574, cependant, un édit royal portait 4 120 livres la congrue, c’esta-dire le traitement considéré comme nécessaire a |’existence des curés et 4 ladignité de leur état; et les Parlements, généralement favorables au petit clergé, élevérent cette somme a

SOULAVIE EN 1789 rh

130 ct 200 livres. A la suite des observations présentées aux Etats généraux de 1644, un édit de 1632 éleva la congrue a 300 livres; mais il ne fut exécuté qu’imparfaitement, par suite de l’opposition des décimateurs, et les 300 livres ne furent guére payées qu’aux curés pourvus d'un vicaire.

En 1686, les 300 livres furent confirmées, ot on put désormais les réclamer en justice. Une réforme plus importante fut accomplie cette année, puisqu’il fut décidé que toutes les cures unies i des chapitres ou & des communaulés, ou soumises & des curés primitifs, seraient désormais servies par des vicaires perpétuels, pourvus en titres et inamovibles.

En 1695, un édit royal commenga la réforme des abus auxquels donnait lieu la complication des juridictions ecclésiastiques. Il fut ordonné aux réguliers, c’est-d-dire aux ordres monastiques, généralement riches, et tombés en grand nombre dans le relachement, de se soumettre, dans chaque diocése, & Vordinaire, c’est-a-dire 4 l’évéque,assisté de ses grands vicaires et de son chapitre. Cette réforme se poursuivit en 1766.

On éleva alors age des veux solennels & 18 ans pour les fermmes et 21 pour les hiommes, ef on supprima tous les couvents ayant moins de seize religieux dans !es villes, moins de douze dans les campagnes. On éteignitainsi, en douze ans, douze congrégations entiéres et, au bout de vingt ans, 386 couvents étaient fermés. De 160.000 environ en 1764, le nombre total des religieux et religieuses était tombé, en 1788, a 60.000 (4).

Mais d’autres abus continuaient. Le titre et le revenu se donnaient en commende, u’y eat-il plus de religieux dans le couvent. Au lieu do servir au culte, largent, délivré par la feuille des bénéfices, allait aux courtisans, au détriment du clergé ct des pauvres des campagnes. On sait qu’il n’étail pas nécessaire de se faire recevoir dans les ordres pour jouir des bénéfices sans chargo d’ames. I n’était pas méme nécessaire d’étre né, & en juger par les paroles indignées que pronongait Pévéquo de Macon le 2 juin 1617, en présence du roi Louis XII:

(1) Taine, es Origines de la France contemporaine.

« Nous voyons, s’écrie-t-il, la France remplic d’évéques et @abbés qui sont encore, ou entre les bras de leur nourrice, ourégentés dans un collége. Il y a plus, l'abus devance Ja naissance : ils sont péres ayant que d’étre enfants, abbés premier que d’étre nés. I.’on ne sait pas encore s’ils seront males ou femelles, ettout le mondesaitqu’ils sont chargésde mitres... »

Hy avait en France 12.000 prieurés, 2.800 canonicats d’église cathédrale, 5.600 canonicats d’église collégiale : c’était 20.000 fortunes viagéres, distribuées aux protégés du pouvoir, presque exclusivement aux nobles, par le ministre en possession de la feuille des bénéfices. Taine évalue 4 4 milliards 200 millions la valeur des biens fonds du clergé, produisant un revenu anaguel de 80 & 100 millions (4); mais,en ajoutant a ce chiffre le produit de la dime, de certains droits féodaux et du casuel des églises, on peut supposer que le revenu total arrivait aux environs de 250 millions. Sur ce chiffre énorme, on n’estime pas a plus de 40 & 45 millions la part réservée au — clergé ayant charge d’dmes (2), c’est-a-dire aux 50.000 prétres qui desservaient les 36.000 cures et les 50.000 annexes.

Les curés 4 portion congrue végétaient dans une véritable misére, car, le prix desdenrées allant enaugmentant, leurs 300 livres étaient devenuesinsuffisantes pour leur entretien. On s’occupa de cette situation dans plusieurs assemblées du clergé, notamment en 1755, 1760 ct 1765. Dans cette derniére, on se basa sur lo prix du blé pour déterminer le chiffre nouveau de la congrue. On calcula que la somme de 120 livres, fixée en 15741 ct de 300 en 1686 représentait environ 29 setiers de bié suivant les prix de ces diverses époques, et l’on estima a 400 livres la somme & laquelle devait étre fixée la congrue en 4765 pour représenter la méme valeur,

(1) On est d’accord aujourd'hui, dit M. Rocher, dans une remarquable étude qu’ont publiée les Tableties du Velay, t. 1V, pour estimer toutes les valeurs mobilicres et immobilitres de l’Eglise de France a trois milliards, donnant un produit brut de 75 millions, et un produit net de Go millions, défalcation faite des dettes du clergé et du don gratuit. Pour se répartir ces Go millions, il y avait en France 17.000 religieux ct 30.000 religieuses, ainsi que le constate la discussion qui se termina le 13 février 1790 par l’abolition des vceux monastiques,

(2) Necker, Administration des Finances, Il, 86.

Dans l’assemblée du clergé de 1795, ’'abbé de Broglie, rapporteur, en exprimant la sollicitude de Vassemblée pour les curés, blamait « ’empressement et la défiance condamnables » qui avaient porté quelques-uns ¢ & présenter au ministére des mémoires indécents pour l’engager 4 prendre pitié de leur sort. Celui surtout des curés du Dauphiné, dont nous avons obtenu la suppression, portait le caractére de impatience et de la révolte... »

L’archevéque d’Arles, M. de Boisgelin, formulait les mémes plaintes & l’assemblée de 1780.

Dans J’intervalle, en 1768, la congrue avait été élovée a 500 livres pour les curés et & 200 pour les vicaires. Enfin, en 1786, elle fut portée a 700 livres pour les curés et 350 pour les vicaires. 700 livres, payables de quartier en quartier et par avance, étaient le minimum que chaque curé pouvait réclamer en renongant aux dimes.

Or, si l’on songe que I’argent a beaucoup perdu de sa valeur depuis un sidcle, on voit que le clergé frangais, a la veille de la Révolution, était mieux rétribué qu’aujourd’hui. Et cependant le mécontentement était aussi vif chez lui que dans le reste de la nation. Les raisyns en sont aisées & trouver, Le jansénisme, dans lequel il faut voir, surtout, une réaction contre ce qu’on a appelé la religiosité des jésuites, !’illusion d’un retour a l’église primitive et une sorte d’indépendance de laconscience dans les limites de la pure orthodoxie, avait laissé une trace profonde dans le pays. Ce sentiment s’étail accru, dans le clergé inférieur, de la répulsion qu’inspire l’exercice de tout pouvoir absolu, etdes tendances égalitaires, ou simplement de I’instinct de justice qui est au fond de tous les cceurs, surtout dans les classes déshéritées. Comment, malgré I’élévation de la congrue, les curés auraient-ils pu voit d’un ceil indifférent liniquité de la répartition des bions de l’Eglise? Comment auraient-ils pu s’habituer au spectacle odieux d’un privilége dont Montesquieu disait que, si un Persan venait en France, il faudrait six mois pour lui faire comprendre ce quest un abbé commendataire? Liirritation dont les

pauvres prétres des campagnes avaient peine ase défendre en présence de cet état de choses se retrouve jusque dans leurs lettres de la Collection du Languedoc (41), malgré la réserve obligéede leur langage, puisqu’ils répondaient a des religieux, membres de la congrégation de Saint-Maur, une des plus riches du royaume.

Mais la plaie de la commende n’était pas la seule. Par suite de la confusion des deux pouvoirs, spirituel et temporel, et des appétits insatiables attachés al’entourage de chacun d’eux, les affaires de I’Eglise étaient livrées & une déplorable anarchie, en méme temps que ses biens étaient l’objet d’une véritable chasse 4 courre. Les priviléges des patrons laiques, qui conféraient les fonctions spirituelles en dehors de l’évéque, le cumul] des bénéfices, le droit de prévention, gardé par la cour romaine, l’indult accordé aux membres des Parlements, le droit de résignation ect de permutation, les vacances par dévolut, etc., ouvraient la porte 4 toutes sortes de simonies. « Tous ces droits si divers, si complexes, dit ’auteur d’une étude fort intéressante sur ce sujet, avec les abus multiples que le temps avait mélés a leur exercice, avaient fini par créer & |’épiscopat, on peut dire & toute I’Kglise de France avant la Révolution, une situation intolérable. Les prélats n’avaient pas en main de quoi récompenser les prétres méritants. Ce qui était ici particuligrement grave, c'est que les évéques n’étaient pas véritablement libres de donner ou de refuser I’institution canonique aux sujets présentés de toutes parts, c’est qu’ils étaient en quelque sorte condamnés 4 délivrer le visa forcé a des clercs qu’ils n’avaient pas choisis. Le clergé de France, dans l’assemblée de 1780, se lamente de cette situation. Il s’écrie qu'on n’extirpera totalement la racine de l’abus qu’en rendant aux premiers pasteurs cette branche précieuse de la collation. » I] voudrait, du moins, que le choix des collateurs ne put se porter sur un ecclésiastique « s'il n’a pas exercé les fonctions de vicaire ou s'il n’a pas été approuvé

(1) Brstiotnzgue Natioxate, Mss. Collection des papiers provenant des Bénédictins qui ont écrit I'Histotre du Languedoc,

pour la confession ou pour la prédication le temps et espace de quatre ans >».

« Ces demandes, continue le méme écrivain, étaient faites sans grand espoir, Dans !’ancion régime, !’esprit de tradition et une légalité jalouse perpétuaient les droits acquis, que ces droits fussent un bionfait pour la chose publique oy un abus insupportable. En matiére ecclésiastique, les Parloments appor- © taient en outre une opiniatreté de revendication, un esprit d’envahissement sur le spirituel, dont le résultat était, a chaque incident nouveau, une nouvelle servitude pour |’Eglise. A la veille de la Révolution, la situation de l’Eglise, par rapport i la distribution des bénéfices, nous parait en quelque sorte inextricable. On est tenté de s’étonner qu’avec ce fonctionnement, qu’avec tant d@’entraves apportées au choix et au contréle des évéques, ce clergé renfermat tant de vertus (1). »

« Rattacher par un lien plus fort le clergé diocésain 4 son évéque et l’évéque au Saint-Siége, voila, d’aprés un autre écrivain (2), la grande réforme qu'il aurait fallu viser. Mais c’est & quoi la royauté n’a jamais songé, malgré de nombreuses remontrances des assemblées du clergé. Quand on lit atlentivement les comptes rendus de ces assemblées, on voit queles rapports du Roi et du clergé se résument dans cet éternel dialogue : Donnez-moi des réformes, dit le clergé. Donnez-moi de l’argent, répond le Roi. — Mais le clergé a beau donner de l’argent, les réformes sont toujours plus ou moins entravées par les courlisans intéressés 4 la perpétuité du statu quo. » Or, l’abus appellel’abus. « L’ingérence tracassire des parlements dans les affaires ecclésiastiques, les priviléges des gentilshommes, possesseurs. d’abbayes ou de pensions sur les abbayes, habituaient les esprits 4 voir dans les biens du clergé une propriété nationale ct, dans le clergé, un fonctionnaire de l’Etat qui relevait au spirituel et au temporel de la juridiction civile du pays (3). » Cette situa-

{t) Abbé Sicanp, Correspondant du 10 septembre 188g. (2) Evie Menic, le Clergé sous l'ancien régime, p. 74. (3) Evie Menic, idem, p. 377.

tion contenait en germe la confiscation des biens ecclésiastiques et la constitution civile du clergé. En somme, il faut bien le reconnaitre, ancien régime est responsable en grande partie des erreurs ct des excés qui suivirent sa disparition. La royaulé, malgré son titre pompeux de protectrice de !’Eglise, a toujours protégé ses favoris aux dépens de I’Eglise, et - abominable trafic des bénéfices ecclésiastiques, qui s’est fait sous son manteau pendant des siécles, a, plus que toute autre choses, provoqué l’irrésistible réaction contre les priviléges nobles et ecclésiastiques qui a abouti 41a révolution de 1789 et A la catastrophe de 1793.

Les brochures de Soulavie ne furent pas la premiére manifestation du mécontentement du clergé inférieur avant 1789. Sous l’influence de la misére, et parfois d’humiliations imméritées, beaucoup de ses membres se Jaissérent aller aux séductions quo porte en soi la perspective de tout changement. Ignorant ce que renferme d’épreuves et de déceptions la meil leure des révolutions, ils ne virent que la justice de leurs réclamations, croyant d’ailleurs & une réforme pacifique. Les premiers réclamants furent les curés du Dauphiné en 1776. Trois ans aprés, le Parlement de Grenoble leur permettait de s’assembler, mais uniquement pour arréter les termes d’une requéte sur l’insuffisance de leur salaire. Le clergé aristocratique irrité obtint du Roi, en 1782, une déclaration qui leur interdisait de former aucune réunion ou ligue et de prendre aucune délibération sans en avoir recu l’autorisation expresse.

En 1786, parut une requéte énergique en faveur de la réforme ecclésiastique sous ce titre: Le rau dela raison pour les paroisses, les curés et les pauvres, a Louis X VI, dans l’assemblée des notables. Ce veeu resta sans écho auprés de l’assembléc des notables de 1787,

Le 1 septembre 1788,1l'assemblée des trois ordres du Dauphiné, réunie & Romans, posait en principe qu’on ne recon-

naitrait plus dorénavant « pour représentants de MM. les curés que les délégués librement élus par eux sous les yeux de leurs supérieurs », La fin de année 1788 vit paraitre : un Mémoire pour les curés de France, relativement @ la constitution des Etats généraux (a Avignon); la Lettre des curés du Dauphiné a ceux de Bretagne, et le Projet de mémoire des curés du diocese d Angers.

En janvier 1789, ona l’ Extrait des délibérationset des arrétés des curés d'Orléans, relativement a la convocation des Etats généraux, puis successivement des adresses au Roi, des curés de Bordeaux, des curés du diocese de Saintes, de ceux de Toulouse, des Flandres, de Franche-Comté, de Nancy, etc. Les brochures deviennent de plus en plus nombreuses. La premiére de Sieyés: Essai sur les priviléges, montre l’iniquité de toute « dispense a la loi », et rappelle le nom que les anciens Etats généraux donnaient au cahier des deux premiers ordres : /e Couplet du mendiant. Dans sa seconde : Qu’est-ce que le tiers état? Sieyés note, en passant, Viniquité de la répartition des biens de I’Eglise : 28.000 privilégiés a peine, vis-a-vis plus de 53.000 opprimés. On sait l’effet énorme que cette brochure produisit sur !’opinion publique.

Soulavie était alors curé de Sept-Vents, dans le Calvados. Mieux que personne il connaissait les abus qui révoltaient tout le monde, et s’il mit une vigueur toute spéciale 4 poursuivre leur redressement, on ne peut y voir que l’effet naturel de son caractére et des circonstances, un trait, en quelque sorte inévitable, du grand mouvement qui entrainait la nation entiére.

Dans cette seconde partie de son travail, qui a été rééditée dans les Doléances du clergé du royaume, Soulavie pose en principe que l’Eglise gallicane est antérieure la monarchie, puisque c’est elle qui a éclairé les barbares fondant le royaume. Il rappelle que les pasteurs sont faits pour le peuple et non lo peuple pour Jes pasteurs, et que, s'il y a dans le clergé des bouches inutiles, des prétres sans fonctions, vivant sans labeur el comme pour s’engraisser du plus pur sang des peuples, c’est

un abus auquel il est urgent de remédier. Il requiert quo les évéques no recoivent plus pourles ordres sacrés que des sujets présentés par une délibération préalable des pasteurs, des seigneurs. de la magistrature et du peuple de la paroisse des clercs postulants. Il rappelle que cela existail autrefois et qu’il faut rendre au peuple ce que la féodalité lui a ravi. Il veut que, pour nommer le curé, on soit tenu de le prendre parmi les quatre plus anciens vicaires. La royauté a usurpé le droit de nommer aux évéchés et aux abbayes, de méme que les seignours et les évéques ont usurpé celui de nommer aux bénéfices sans le concours du peuple. L’élection des évéques appartient & la nation qui n’a pas mérité d’en étre frustrée. La Pragmatique Sanction, que Frangois I* a illégalement abolie, est encore la loi nationale. C’est une institution antéricure a la monarchie. Les Parlements n’ont enregistré que par force Je concordat de Léon X. Les dimes furent données 4 titre onéreux pour le service des autels. I] n’y a pas eu d’usurpation plus injuste, plus déraisonnable que celle qui a consisté a ravir les dimes aux pasteurs et aux pauvres des campagnes, en réduisant les curés & des gages toujours insuffisants, pour alimenter le luxe d’un bénéficier commendataire.

En conséquence, l’auteur requiert, « non qu’on dépouille Jes titulaires actuels des dimes, parce qu’ils possédent de bonne foi, mais qu’a mesure que les tilulaires décéderont, les dimes soient rendues au pasteur qui est propriétaire. On voit done combien illégale, injuste et inconstitutionnelle est linvention d’un bureau ministériel pour Y union des bénéfices. Le clergé de France est divisé en deux classes : /es titulaires en fonetions, ct les commendataires, ou, pour parler plus clairement, les curés en exercice, environnés de pauvres qui réclament la dime, et les commendataires qui leur ont enlevé ces dimes ».

L’auteur s’occupe de l'éducation ecclésiastique et veut que la gestion des séminaires soit publique comme celle des hépitaux, des collages et des fabriques, et que le supérieur, décharge do administration temporelle, nes’ occupe que de l’enseignement. Il espére influer, par les réformes qu'il demande, sur I’éduca-

tion cléricale, comme il a déjainflué « sur la réforme du grand séminaire de Saint-Nicolas d’Avignon, dont l’administration est confiée & un tribunal comme celle des fabriques, apres avoir élé, pendant cent ans, abandonnée a quelques despotes, dont personne ne yveérifiait la conduite ».

Il n’aime guére les ordres religieux et requiert qu’a leur extinction ¢ la province avise sur leur dépouille pour les convertir en établissements utiles 4 Ja patrie, en écoutant les fondateurs et les peuples sur cet objet ».

I] termine par la péroraison suivante :

Augustes assemblées de bailliages, ob vont étre appelés les évéques, la noblesse et le clergé! Jeez un regard de compassion sur ces vieux prétres que les parchemins des Universités ct le pouvoir absolu des collateurs éloignent des bénéfices ; suf ces pasteurs des campagnes que la puissante cupidité retient dans une congrue qui peut a peine suffire a leurs hesoins; jetez un regard de compassion sur ces villages infortunés, déja écrasés d’impdts et forcés den payer un au commendataire qui prive la paroisse chaque année du plus net produit de son labeur, et je requiers, en concluant :

Que, puisque le Roi veut bien rendre & sa nation, comme il ena donné sa parole royale, ses anciennes prérogatives, le Roi et la nation assemblés rétablissent la constitution du clergé, et pour cela qu'il n’y ait plus d'ecclésiastiques sans l’'approbation du seigneur, du curé, des juges et du peuple de la paroisse ; point de curé, s’il n’est pris dans les quatre plus anciens vicaires ; point de canonicat que pour servir de retraite aux pasteurs infirmes et agés qui ne pourront jamais mal édifier a cause de leur grand Age; et enfin point d’évéques qu’ils n’aient été présentés au Roi par les évéques, par le clergé, par les nobles, les magistrats et le peuple des provinces. Point de dime aussi que pour le service des autels ; mais je requiers encore que, les Etats généraux étant obligés de respecter la bonne foi, on ne prive ni commendataires, ni gradués vivants de leurs droits et jouissances.

Augustes pontifes et pasteurs de I'Eglise gallicane, notre élat est comparable 4 la siluation du clergé assailli par Calvin et Luther ; PEglise voulut résister, refusa de se réformer, et elle vit le protestantisme s’élever de son sein et prendre racine... Vous étes comparables encore & une place forte, assiégée de tous cdtés avec opiniatreté ! Pasteurs des Ames, si vous ne sacrifiez les bouches inutiles, si vous ne rejetez pas de votre scin les membres pourris, on prendra la place d’assaut et nous serons traités A discrétion.

Il y aurait beaucoup a dire sur tout ce qui précéde. S’il est évident que l’énormité dos abus rendait une réforme urgente, les legons de V’histoire commandaient aussi d’y procéder avec ménagements, et les événements qui suivirent ne firent que

montrer une fois de plus le danger des résolutions précipitées et des solutions radicales (4). Mais, tout en faisant nos réserves suc le style déclamnatoire de la brochure et le caractére trop absolu des réquisitions de l’auteur, il est permis d’y voir un véritable désir de justice, non moins qu’un sentiment exact des dangers que la résistance du clergé privilégié faisait courir au corps tout entier et ala religion elle-méme. D’autre part, s’il est impossible de nier le caractére peu édifiant de quelques hautes personnalités cléricales, il serait injuste d’en conclure que le haut clergé tout entier ressemblait aux quelques évéques ou aux chefs d’ordre riches et dissipateurs qui, dans les écrits du temps, en sont représentés comme le résumé fidéle. S’il y a eu des Rohan, des Dillon, des Loménie, des Savines, ily a eu beaucoup d’évéques, dont le nom a fait moins de bruit, qui furent charilables, honnétes, dévoués.

{t) On a malheureusement en France l’habitude des opérations radicales. On détruit la maison, on ne la répare jamais. Aprés avoir montré tous les services que rendait le clerg¢, ré¢gulier ou séculier, avec le produit de ses biens, un écrivain, que nous avons déja cilé, dit : « C’était la réalisation sans phrases de cette théorie si vantée en parole et si méconnue dans la loyale pratique : la séparation de l'Eglise et de Etat... Est-ce & dire que l'organisation temporelle du clergé frangais fit irréprochable et défiat toute critique et toute réforme ? On n’a jamais rien dit de pareil. — Le souffle libéral avait passé sur l’Eglise et tous les hommes de bonne volonté admettaient les redressements nécessaires... La législation qui précéda les mesures révolutionnaires avait conjuré les excts de la main morte... I suffit de signaler I’édit de 1749, rédigé par Je chancelier d’Aguesseau... En fait d’entraves a \’extension des biens d’Eglise, la législation moderne n’a rien imaginé de plus fort que cet édit... Les chefs du clergé proclamaient eux-mémes la nécessité d’une réforme. On pouyait, d'un commun accord, et & cet égard l’entente s'était établie de toutes parts, mettre en vente, surtout dans les villes et gros bourgs, les couvents inutiles, les abbayes désertes, etc... On s’était, de plus, complétement accordé sur le principe du rachat des ventes perpétuelles, sur abolition des dimes et censives, de certains droits de mutation, lods et relods, et sur l’anéantissement absolu des servitudes attachées A la personne. Enfin la soumission a l’impét commun de toutes les propriétés de l'Eglise ne soulevait aucune objection. Si l'on ajoute & ces innovations essentielles la suppression des annates et des droits de déport, la prohibition de la pluralité des bénéfices au dela d'un revenu de 3.000 |., abolition du casuel des curés sous promesse spéciale de porter leur traitement minimum a 1.200 fr., l’interdiction des yeux perpétuels, la liberté des vocations religicuses, et enfin la participation du prétre & tous les actes de la vie politique et civile, on posséde dans ses grandes lignes cette révolution pacifique et bienfaisante qui s'était préparée en 1787, 1788 et se trouvait mire A l’aurore de 1789. Alors tout était dit. Les changements nécessaires, légitimes, étaient consommés. Le délicat probléme des rapports de l'Eglise et de I’Etat se dénouait sans secousse et sans déchirement. Les principes de 8g, les vrais, ceux qui étaient issus de Ja nature des choses, et dont le clergé lui-méme s’était fait l’apdtre, ces grands principes devenus la raison écrite d'un peuple initiateur, projetaient leur lumiére paisible et sereine sur !'acheminement du vieux monde sacerdotal vers ses destinces, » Hocusn, Tablettes du Velay, t. IV.

La richesse a toujours été une grande corruptrice, et l’origine nobiliaire de la plupart des évéques était loin d’étre une garantie de sainteté et de bonne administration religieuse. A ce point de vue, l’origine démocratique de la plus grande partie des prélats actuels est infiniment préférable; s’ils brillent moins, ils valent généralement mieux. L’épiscopat était trop souvent autrefois une carriére, tandis qu’il est redevenu, heureusement pour l’Eglise, ce qu’il devait étre, c’est-d-dire un sacerdoce.

Aprés avoir exposé ses idées réformistes relativement au clergé, l’auteur de 7 Aristocratie enchatnée aborde le terrain plus particuligrement politique et s’occupe de la constitution nationale, de l’administration des provinces, de la législation, de Ja liberté du citoyen, de la liberté de la presse et des moeurs publiques, des impéts, des moours des Etats généraux et des pouvoirs des élus.

I} demande des Assemblées nationales périodiques.

Pour la constitution et l’administration des provinces, il renouvelle le voeu déja exprimé dans son premier cahier, c’esta-dire qu'il y ait dans les Etats provinciaux trois fois plus de gentilshommes élus et d’ecclésiastiques non évéques, et que la présidence devienne élective.

AParticle Législation, il demande que la nation soit appelée a disculer et consentir la loi : lex fit consensu populi, constitutione regs. Voila la base de ]’ancienne législation 4 laquelle il faut revenir. Il trouve nos lois criminelles trop rigoureuses et propose, dans un but humanitaire, une expérience de deux ans pendant lesquels d’autres peines afflictives seraient substituées & la peine de mort,

Il demande, pour assurer la liberté du citoyen, que les lettres de cachet soient & jamais supprimées, et que le pouvoir judiciaire soit séparé du pouvoir exécutif.

Il demande la liberté de la presse, mais en réprimant les attaques contre la religion et les bonnes maurs.

I] ne veut que « des impéts délibérés, consentis, libres, limités, répartis par les contribuables, sans conséquence pour lavenir et en forme de don gratuit. C’est le premier droit des peuples libres; les pays d’Etats, le clergé de France |’ont conservé et les Etats généraux en ont toujours renouvelé la loi. » Il demande aussi que, « comme les besoins de fa nation reviennent périodiquement, le consentement des impdts soit périodique aussi, et attaché au seul retour des assemblées nationales ». :

Il demande qu’aux Etats généraux les créanciers de 1|’Etat soient écoutés, que la dette nationale soit vérifiée et assurée, que les propriétés véritables soient respectées, que les charges achetées et vénales ne soient pas abolies sans remboursement, que les véritables droits seigneuriaux soient non détruits, mais rachetés, puisque c’est la propriété et la subsistance de Ja noblesse qui a joui, acheté et vendu de bonne foi: « une banqueroute déshonorerait la France dans l’esprit de tous les peuples et de toutes les générations. »

Au sujet des pouvoirs des élus, il n’admet pas qu’ils soient limités. I] demande, au contraire, que les députés aient des pouvoirs illimités, moyennant les conditions suivantes qui résument Ja constitution désirée de tous et qui sont admis par « notre bon Roi, ce Roi, de tous les Rois le plus équitable » :

4° La liberté des personnes;

2° Le retour périodique des Etats généraux sans convocation; , 3° Enfin, le consentement national a l'impét.

Dans sa lettre au comte de Balazuc-Montréal, qui présida & Privas l’assemblée des trois ordres du Vivarais, Soulavie indique fort nettement les trois partis entre Jesquels devra se décider le pays:

Le maintien de l’ancien régime ;

Un régime populaire « ola pluralité des voix et I’éligibilité des représentants décideraient de tout »;

Un régime mixte dans lequel « la France et les provinces, soumisesjusqu’a présent au pouvoir armé et absolu des minis-

tres qui gouvernent, depuis des siécles, sous le nom d’un roi héréditaire, lui opposeraient un corps de représentants héréditaires et éligibles comme en Angleterre ».

Soulavie trouve que |’Angleterre a sagement fait de se garer du régime populaire, c’est-A-dire de la république, et de revenir 4 ce que nous appelons aujourd’hui la monarchie libétale et constitutionnelle ; et c’est dans ce sens qu'il conseille ses compatriotes du Vivarais.

Arrivons aux deux brochures de Soulavie concernant spécialement les Etats généraux.

Qu’est-ce que les Etats généraux?

« Il y en a toujours eu dans |’Europe, dit Voltaire, et probablement dans toute la terre : il est naturel d’assembler la famille pour connaitre ses intéréts et pourvoir a ses besoins. Les Tartares avaient leur Cour-i/té. Les Germains, selon Tacite, s’assemblaient pour délibérer. Les Saxons et les peuples du nord eurent leur Wittenagemot. Tout fut Etats généraux dans les républiques grecque et romaine. »

S’inspirant de ce point de vue, l’auteur de |’Histotre, le cérémonial et les droits des Etats généraux passe une revue complete de Vhistoire de France au point de vue des rapports de la royauté avec la nation. Enumérant toutes les assemblées convoquées par les souverains, i) montre ces assemblées, sous la premiére race, composées seulement de militaires, auxquels, aprés la conversion de Clovis, furent adjoints des ecclésiastiques. Enfin, les conquérants s’étant alliés et confondus avec les vaincus, la classe du peuple frangais dite /idre y fut appelée et compléta la réunion des ordres de |’Etat. Les assemblées nationales furent trés fréquentes sous la premiére et la seconde race. Sous la troisitme, elles commencdrent par perdre de leurs droits et cessérent d’étre périodiques.

Les derniers Etats généraux s’étant tenus en 1614, on n’avait, au début de la Révolution, que des données incertaines

sur leur composition depuis 1302. On avait donc invité les municipalités, les érudits et particuligrement les membres de Académie des inscriptions, & élucider la question. De nombreux mémoires répondirent a cet appel. Parmi les plus remarqués, se trouvent celui de Soulavie et celui d’un autre Vivarois, le comte de Launay d’Antraigues. Nos lecteurs savent déja que la premiére partie de cette publication de Soulavie, composée de faits recueillis dans tous les ouvrages @histoire de France, est du duc de Luynes, le député libéral de Ja Constituante et le fils de l’auteur des Mémoires.

La seconde partie, qui est I Histotre des vains efforts gu’on a faits sous les régnes de Louis XIV et Louis XV pour obtenir la convocationdes Etats générauz, est la partie vraiment originale de louvrage, et l’on en retrouve d’ailleurs tous les éléments dans les autres travaux historiques de Soulavie.

Ph

La volumineuse série des publications de Soulavie, en 1789, se termine par l’Histoire des Etats généraux de Versailles, qui n’est, a vrai dire, que le compte rendu des assemblées électorales du clergé dans Je bailliage de Caen et a Paris, ‘auxquelles l’auteur prit une part active.

Déja, en téte d'une troisiéme édition des Doléances du clergé du royaume, second cahier de /’Aristocratie enchainée, Soulavie annongait la publication d’un troisiéme cahier, dans lequel il promettait de donner l’histoire des élections successives des députés du bailliage de Caen aux Etats généraux, « l’histoire détaillée des combats, des factions des trois ordres, les vues et les desseins de ces factions, s’ils’en forme, et les mobiles secrets ou publics, afin de déconcerter et de montrer au grand jour, pour l’avenir, toute pratique qui nuirait & la liberté des suffrages, et s’opposerait aux vues du gouvernement et du patriotisme ».

Il annongait encore « l’histoire de la conduite des députés de Normandie, qui certainement sera patriotique aux Etats

généraux : il est trés essentiel de rendre compte & la patrie de la gestion de ses affaires ».

Ceci se rapporte a la période électorale du mois d’avril od Soulavie paraft avoirjoué un rdle important dans |’asseinbléc ecclésiastique du bailliage de Caen.

A la suite de cette assemblée, dont nousrapportons plus bas les péripéties, Soulavie, renongant 4 la forme projetée pour ses nouvelles publications, répandit un placard annongant une Histoire hebdomadaire des Etats généraux de 1789, dont une « société d’ecclésiasliques » présidée par lui, devait rédiger chaque dimanche un numéro, qu’on aurait imprimé le lundi et le mardi, pourl’envoyer,comme les gazettes, le mercredi, contenant Vhistoire de la semaine précédente. Cette entreprise dut se heurter ade sérieuses difficultés, puisqu’elle ne fut pas réalisée, ou du moins qu’elle s’arréta aux trois premiers numéros que l’auteur nous a conservés, sous le titre peu justifié d'Histoire des Etats généraux de Versailles.

Mais cette histoire n’est pas dénuée d’intérét et le tableau qu’elle contient des intrigues et des agitations existant dans les assemblées électorales de Paris et de la Normandie s’applique probablement, avec des nuances de détail, & toutes les assemblées du royaume.

L’assemblée générale du clergé du bailliage de Caen et des bailliages secondaires de Bayeux, Falaise, Thorigny et Vire se tenait dans la salle capitulaire de labbaye de St-Etienne de Caen. Elle était, comme toutesles assemblées ecclésiastiques, divisée en deux camps : celui des curés et bénéficiers de second ordre et celui des évéques et des groscommendataires, le premier plus nombreux, mais moins expérimenté et moins uni que lautre. Il y avait 600 votants effectifs avec deux cents procurations.

Il s’agissait d’abord de nommer un secrétaire, ce qui était le poste important; les curés voulurent s’entendre entre eux pour choisir un candidat, L’orateur des moines de l’abbaye tentade s’y opposer. Les curés répliquérent que l’abbaye n’était pas au Roi quien avaitdonné, pour le moment, l’usage a

Passemblée. Le curé de la paroisse intervint et dit: A quoi bon discuter? Venez dans mon église, nous y serons chez nous. Ce qui fut fait, et la on parvint, non sans peine, a s’entendre sur un candidat qui passa le lendemain, & la grande confusion de Ja faction des commendataires. Le parti aristocratique, représenté surtout par le chapitre de Bayeux, voulut contester la validité du Réglement fait par le Roi pour Vexécution des let- ‘tres de convocation des Etats générauc. Ce réglement, affiché partout depuis le commencement de février, portait que le Roi « a appolé aux assemblées du clergé tous les bons et utiles pasteurs qui s’occupent de préset journellement de l’indigence et de l’assistance du peuple ». Ila pris soin toutefois « que, dans aucun moment, les paroisses ne fussent privées de la présence de leur curéou d’unecclésiastique capable de leremplacer, et, dans ce but, S. M. a permis aux curés de donner leur suffrage par procuration ». Les ecclésiastiques, jouissant de bénéfices dans plusieurs bailliages, avaient la faculté de désigner un procureur fondé dans chacun, mais ne jouissaient que d’une voix dans la méme assembléc.

Presque partout, le haut clergé protesta contre ce réglement, qui donnait la prépondérance dans les assemblées au clorgé de second ordre. Mais presque partout aussi, les assemblées - ecclésiastiques ou les curés dominaicnt refusérent de discuter le réglement royal. Il en fut ainsi notamment a l’assemblée de Caen. Au milieu de la confusion résultant des cris contradictoires, un jeune curé (Soulavie) monta sur la table et dit: « Nous perdrions une journée précieuse pour faire ]’appel et pour compter les voix; que ceux qui veulent juger le réglement de S. M. léventla main devant toute l’assemblée. » — Cinquante tétes pelées se dressent. — « Que ceux, au contraire, qui ne veulent pas examiner le réglement du Roi léventa présent la main. » — Et mille mains se lévent.

Les vaincus déposent alors deux protestations préparées depuis quelques jours.

On y exprime la crainte que, vu la composition des assemblées, la représentation du clergé tout entiére soit confiée 4 des

ecclésiastiques non possesseurs de bénéfices : « Un simple réglement ne saurait dépouiller les évéques de leur qualité de premiers citoyens de I’Etat, mais un réglementcontraire aux intentions de S. M., toujours conformes 4 l’équité, peut-il les dépouiller et les dégrader ? Et n’est-ce pas les dégrader que de faire dépendre leur députation aux Etats généraux d’un clergé qui leur est subordonné? » Les protestataires se retirgrent ensuite, lo président (Me de Cheilus, évéque do Bayeux) en téte, mais les curés tinront bon et constituérent l’assemblée sans eux. C’était en petit, comme on le voit, ce qui devait avoir lieu deux mois aprés aux Etats généraux de Versailles.

Soulavie, qui avait été déji le Deus ex machina pour 1’6élection du secrétaire, reparut sur la scéne pour lélection des commissaires chargés de rédiger Jes cahiers. Il proposa que chacun des cing bailliages (Caen, Lisieux, Falaise, Thorigny et Vire) nommat cing commissaires et que la rédaction d’un cahier unique, dans Jequel seraient fusionnés les vauxde tous les bénéficiers, fat confiée & ces vingt-cing membres. La proposilion fut acceptée ef les curés consentirent & faire entrer cing religieux dans cette commission. Celle-ci commenga immédiatement ses travaux qui, parait-il, furent trés laborieux. On se perdait dans le chaos des cahiers particuliers. Soulavie se présenta alors avec son programme, basé sur les idées que l’on connait. Il fut élu rédacteur général, mais le chef de la minorité des cing (1), un bénédictin, « jeune, vigoureux et beau parleur » s’éleva avec la plus grande vigueur contre la partie relative aux biens du clergé, et parvint, en effrayant les commissaires, 4 les retourner complétement. La veille, ils avaient approuvé presque a l’unanimité les vues de Soulavie; le lendemain, celui-ci se trouva seul de sonopiaion. Le cahier qu'il avait préparé fut soumis a une nouvelle discussion et largement modifié, malgré l’oppositionde son auteur. Ce cahier, lu ensuite & l’assemblée générale, fut une déception pour la

(t) Dom Menilgrand, prieur de l’abbaye de St-Etienne de Caen.

majorité qui avait compté sur le rédacteur général et qui se voyait décue. La conséquence de cet incident fut la retraite de Soulavie qui, en donnant sa démission, fit distribuer la protestation suivante:

Avant la cléture des Cahiers, je prie de demander : 1° les voeux de tous les religieux & 25 anset leur réforme dans larégle primitive; 2°I'établissement d’une caisseecclésiastique pour le soulagement des congruistes, des vicaires... peu partagés et autres ecclésiastiques ; 3° que cette caisse soit alimentée du revenu des monastéres qui n’ont pas le nombre des religieux prescrit par les ordonnances de Louis XVI; 4° que le revenu soit régi par l’ordre ecclésiastique des Etats de Normandie qu’on va former; 5° le retour des dimes au curé de la paroisse 4 la mort des décimateurs, etc., etc.

Je proteste solennellement contre le cahier que j’ai lu et que je ne signerai jamais. Je demande que |’assemblée fasse droit au moins aux six articles cidessus que Saint-Sauveur, Bonail, Saint-Germain, Tracy surtout, etc., etc., ont combattu victorieusement. Dois-je abandonner la cause que mes fréres m’avaient confiée comme leur rédacteur? Je demande a prouver par témoins, a l'assemblée, que quelques commissaires m’ont fait offrir des présents par un curé qu’on a aussi joué, et je la remercie de tant de voix pour me créer scrutateur; D. Ménilgrand m’a vaincu de deux voix. Fait 4 Caen, & 6 heures du matin. Signé : Soutavie, curé,

La faction des commendataires tenta de perdre Soulavie, et donna lecture a l’assemblée d'un acte congu en ces termes:

« Nous, grand bailli, vu le renvoi 4 nous fait, par le Président de Ja chambre du clergé, d’un imprimé en forme de protestation, aprés avoir fait appeler son auteur, /equel ne s'est trouvé dans aucune chambre, apres perquisilion faite, quoiqu'il edt paru le matin a l’assemblée, Les comMissaines bu CLERGE ENTENDUS, avons ordonné: 41° que ledit auteurs aBSsTIENDRA p’assister & V’assemblée du clergé; 2° quiil sera tenu de remettre les projets des cahiers dont il était resté saisi, etc. »

L’assemblée refusa de sanctionner cette exécution sommaire et, entourant Soulavie qui entra sur cesentrefaites, portant les cahiers, Pinvita 4 ne pas tenir compte de la motion. Mais le bénédictin, chef du parti des commandataires, prit sa revanche le lendemain en faisant interdire l’accés de Vassemblée 4 Soulavie, qu’ua suisse corpulent tint quelque temps séquestré dans un des parloirs, malgré son tilrede grand-vicaire. Aprés

diverses tentatives infructueuses de curés, ilfallut qu'un prétre Agé, des plus respectés du pays, vint Je délivrer. « Le rédacteur général fut porté dans l’assemblée et cent fois proclamé le défenseur de ordre des curés; on Véleva & coté du président et sur le plus haut des marches de son siége, ce qui en éloigna et confondit les moines qui l’environnaient. L’acte de la veille fut aboli; la demande et les cris redoublés de Yassemblée lV’ordonnérent. » Malgré ce triomphe, Soulavie n’obtint pas ce qu'il désirait, sans doute, c’est-a-dire d’étre élu député aux Etats généraux. Ce mandat fut conféré aux trois obscurs curés de Mutrecy, de Bonceil etde Tracy: Lefrancois, Letellior et Lévéque.

Les procés-verbaux de l’assemblée du clergé pour le bailliage de Caen, que nous avons consultés (1), sont beaucoup moins explicites, mais n’infirment en rien le récit de Soulavie. Il y est dit que la nouvelle rédaction du cahier, faite aprés lo rejet de la rédaction de Soulavie, fut adoptée a l’unanimité dans la séance du 26 mars. La fin de l’incident, en ce qui concerne ce dernier, y est aussi présentée d'une fagon un peu différente:

Au moment de la cldture et signature du présent procés-verbal, M, Vabbé de Barbery, président, a déclaré a l’assemblée qu’il s’était retiré vers M. le duc de Coigny pour obtenir la réintégration de M. de Soulavie, curé de Sévant, au nombre de ses membres; ce qu’il a bien voulu accorder aux instances de mondit sieur abbé de Barbery et aux priéres de l’assemblée, pourquoi M. le curé de Sévant entré dans ladite assemblée, a déclaré rétracter Vimprimé distribué dans cette assemblée, et a exprimé sa sensibilité et sa douleur d’avoir eu le malheur de compromettre, quoique sans mauvaise intention, des confréres qu’il estime, qu'il honore et qu'il regarde comme incapables de manquer aux devoirs de bons citoyens et de bons ecclésiastiques, et vu la susdite déclaration, ledit sieur curé de Sévant a repris sa place en ladite assemblée et a manifesté publiquement sa reconnaissance, dont du tout nous avons accordé acte audit sieur curé de Sévant qui a signé avec nous,

I] parait que Soulavie ne se serait pas borné, danssa rédaction du cahier, aux questions purement cléricales, puisqu’il dit lui-méme plus tard qu’il demanda la revision des trailés avec les puissances élrangéres, et ilajoute que « le duc de

(1) Ancmves Nationares, B11, 40.

90 HISTOIRE DE SOULAVIE Coigny fit enlever et les copies des traités, et le projet de cahier, ct la personne du rédacteur (4) ».

ane

La seconde partie de Histoire des Etats généraux de Versailles est consacréo aux élections de la ville, prévdté et vicomté de Paris, ot Soulavie parait avoir aussi joué un rdle, mais ov les idées qu’il représentait eurent aussi pou de succés que possible, « C’est, dit-il, dans les deux chambres du clergé de Paris que la monarchie diocésaine s'est montrée invulnérable; tout élan de liberté, tout effort pour abolirnos vices, nos abus, y ont été étoufiés et traités comme la folie du siécle. »

L’auteur s’éléve contre la pression exercée par les baillis. sur plusieurs points de la France. I] dit que « tout pouvoir né ou vénal ou donné par autorité est un véritable fléau de la liberté publique, et, 4 ce propos, il déclare que les communes de Paris doivent étre 4 jamais louées dans Vhistoire pour avoir déposé tout président qui n’a pas voulu tenir sa dignité et son pouvoir de l’assemblée... ». Mais tandis que le tiers état dans Paris, celui surtout de la montagne Sainte-Genevitve, défendait les prérogatives des peuples libres, le clergé du pays ‘latin, assemblé dans le voisinage, y montrait son godt pour la servitude...

Aprés une trés vive critique du clergé enseignant, des études scholastiques, des exercices etde l'éducation du séminaire qu'il appelle une éducation d’hypocrisic, ne faisant exception que pour les Oratoriens, Soulavie fait un tableau, chargé sans doute, de la fagon dont on procédait dans J’assemblée du clergé et des discussions puériles qui, parfois, remplissaient les séances : « On se querellait sur le cérémonial, sur le déisme, sur Ja théologie, les canons et les habits courts et longs... On ne fit pas de cahiers, mais on élut des supérieurs de séminaires ct des professeurs. On ne nomma ni le curé de Saint-André-

(1) Voir plus loin, dans le chapitre consacré aux papiers et collections de Soulavie, J’extrait de son mémoire adressé & Napoléon [** en 1810,

des-Arts ni d’autres ecclésiastiques remarquables par les suffrages qu’ils réunissaient, parleurs travaux et parleurs écrits : Vabbé Sieyés y fut comme perdu dans la foule; et, s'il edt été question de lui, un conseil de quelques commendataires et consorts, tumultueusement tenu en ma présence, dans assemblée, devait le déshonorer dans I’esprit des curés de campagne qui ne Je connaissaient pas. Dans notre état, un impudent n’a qu’aé dire dans une assemblée ; Voila l’ennemi de Moise! voila un ami caché des protestants! Sur-le-champ, il devient un membre odieux et inutile. »

Soulavie entre dans de longs détails sur les intrigues employées par le parti des commendataires pour diviser les curés et les empécher de porter des candidats de leur ordre. Il rend compte aussi des débats et des intrigues des assemblées de la noblesse et du tiers état, et, s'il est prudent de n’accepler qu’avec réserve certaines de ses assertions, son récit est du moins précieux, en ce qu’il marque bien I’état des esprits A cette époque. Il semble que, des deux cétés, on comprenait la nécessité d’imposer des bornes et un contréle au pouvoir absolu, afin de mettre un terme aux anciens abus qui avaient créé le gachis ou le pays se débattait; mais les deux partis, d’accord sur le but, étaient profondément divisés sur les moyens pratiques, pardes intéréts de classes et surtout par des défiances réciproques, qui rendaient presque inévitables les déchirements qui suivirent.

Soulavie expose avec détails les débats de l’assemblée du clergé de Paris intrd muros et constale que article des cahiers, reconnaissant 4 la nation le droit de vérifier la loi émanée du cabinet royal, ne passa qu’é la majorité de deux voix (46 contre 44).

Au sujet de la liberté de la presse, Soulavie intervint dans la discussion, pour protester contre le systsme des ordonnances, qui d’ailleurs avaient toujours été impuissantes, et demander qu’on leur substituat « des moyens plus efficaces et plus humains ». Ii parait qu’il fut hué.

Il intervint aussi pour le retour de la dime au curé et aux

pauvres de Ja paroisse & Ja mort des titulaires de la com: mende, en faisant précéder sa proposition d’un autre article ainsi congu : « Je demande que si les domaines du Roi sont vendus, aprés les déterminations nationales consenties par le Roi, les dimes inféodées,"attachées aux terres du Roi, ne soient point comprises dans la vente, mais retournent au curé et aux pauvres de la paroisse. » La motion fut rejetée.

Une autre proposition,’ tendant & empécher l’augmentation du nombre des bénéfices attribués a la feuille des bénéfices royaux, n’eut pas plus de succés.

Sur la question des immunités ecclésiastiques, Soulavie raconte l’opposition que rencontra Vidée de faire participer le clergé aux charges communes. Il y cut des orateurs pour soutenir que le clergé ne devait rien, qu’il ne contribuait aux charges publiques que parce qu'il le voulait, que ses tribuls étaient volontaires et ses dons ‘gratuits, et qu’aucune puissance sur la terre n’avait le droit d’exiger de lui le moindre sacrifice. Ces paroles ne rencontrérent pas, d’ailleurs, l’approbation générale. Alors « une voix ‘aigre se fit entendre d’un coin de la salle en faveur des immunités, et Pabbé Barruel prit la parole pour démontrer a l’Assemblée qu’elle ne pouvait consentir au sacrificede ses immunités, sans ébranler les fon- ‘dements de la religion; carilest des grands saints, dit-il, que l’Eglise honore, & quila défense deces immunités a mérité la couronne du martyre ».

A titre d’éclaircissement et de correctif, il nous parait bon de reproduire ici la lettre suivante que l’abbé Barruel écrivait a son frére le 28 avril.

... Enfin, nous tenons aussi A Paris nos assemblées pour |’élection de nos députés. J’assistai d’abord a-celle du clergé de Saint-Sulpice, ensuite jeudi dernier, comme électeur, a l’assemblée générale des électcurs des trois corps. Il m’en souviendra de celle-ci. On n’en vit jamais de plus orageuse de la part de la noblesse et du tiers, et tout cela pour une circonstance qui ne signifiait autre chose que l’imperfection du réglement, Nous étions dans une méme salle environ quatre 4 cing cents ecclésiastiques 4 droite, cent cing nobles seulement a gauche et trois cent trente-deux du ticrs en face ou sur les galeries, Notre nombre effraya les deux ordres ; on supposa des intentions ou il n’y en avait point. Il était dit, dans le réglement, qu’il y aurait, dans

cette assemblée ; 1 tous les curés de Paris, ce qui faisait d’abord 52; 2° un électeur ou procureur fondé de chaque communauté, ce qui en donnait environ 150; 3° qu’on se décimerait dans les chapitres, qu’on se vigésimerait dans les paroisses; 4° que tout bénéficier de la prévodté serait électeur. Tout cela aurait produit uo bien plus grand nombre encore. On ne le sentit pas dabord. On ne vit pas que la noblesse aurait pu étre bien plus nombreuse si elle se fit rendue aux assemblées préliminaires ov elle aurait dd se décimer; qu’on pouvait dire autant du tiers. Les deux ordres voulaient, de notre part, une réduction devenue impossible, chacun ayant son titre. D’ailleurs, que nous faisait ce nombre, puisque nous ne pouvons jamais nommer plus de dix députés, comme la noblesse? Mais il y avait intention de délibérer par téte, de faire les cahiers en commun, et on sentait que nous n’en voudrions pas. Mais nous en aurions toujours fait autant et avec le méme effet quand nous n’aurions été que cent, puisque l’opposition d’un seul ordre suffisait pour empécher cette communauté.

Le tapage fut affreux depuis g heures du matin jusqu’a 11 heures du soir, excepté de la part du clergé, dont on loua beaucoup la tranquillité et le silence.

De toutes les circonstances de ce tumulte, les plus remarquables sont que la noblesse se retira et cria au tiers d’en faire autant. Nous les laissons faire sans démarrer députations sur députations qui ne gagnérent rien. Enfin, on revient dans la salle. Nouveau tapage pour procéder aux vérifications de pouvoirs, Mgr le duc d’Orléans, monté sur une table au milieu de la salle, ouvrit un avisqui fut fort applaudi, mais qu’on se garda bien de suivre. Lanoblesse, par ses oraleurs a gosier de stentor, mendiait la fraternité du tiers qui, dés la premiére fois, répondit par quelques Non. Mais, sur le soir, ala méme solicitation, partirent comme des mille tonnerres de non! non! non! de toutes les bouches du tiers. Enfin, quelques nobles offensés criérent 4 leur orateur aussi : Non, Monsieur, non, ce n’est pas la le voeu dela noblesse! et alors les non de redoubler 4 tue-téte de part et d’autre. Le clergé riait sous cape et n’attendait que le serment pour se retirer dans sa chambre. Le lieutenant civil nous renvoya au dimanche a midi. Alors redoubla le tapage, les cris du tiers et du clergé méme : le serment! Monsieur, le serment! Le lieutenant civil se retira malgré ces cris sur les g heures. On protesta, on cria jusqu’a onze heures, mais il fallut bien aller se coucher.

Bien des fois, dans la journée, mes réflexions me navraient l’Ame et je voulais me retirer, en prévoyant tout ce que cela annoncait pour les Etats généraux. Des ecclésiastiques ne voulurent point me laisser sortir; & présent, je n’en suis pas faché, — Il est bon d’avoir eu les hommes a observer dans une pareille circonstance. Enfin, le dimanche, aprés le serment, chaque ordre se retira dans sa salle. Les seules opérations essentielles que nous ayons faites jusqu’ici ont été d’arréter ; 1¢ que nous ferions nos cayers par ordre, en communiquant aux deux ordres ce qui aurait rapport a l’intérét commun; 2° de renoncer a nos priviléges pécuniaires et d’admettre l’égalité d’imposition pour tout ce qui aurait 14 consenti librement par la nation et nous, Je fus seul au milieu de quatre cents ecclésiastiques a oser élever la voix pour représenter qu'il fallait ici bien distinguer le privilége national du privilége ecclésiastique,

privilege du pauvre, et 4 la charge du prétre, & laquelle il ne nous était pas permis de renoncer, sans trouver un moyen de dédommager le pauvre, La question fut débattue entre l’agent du clergé, M. de Montesquiou, et quelques autres de leur cOté; moi seul du mien, quoique presque tous avouassent que mes principes étaient vrais. Je ne demandais pas qu’on ne payat pas, je demandais seulement qu’on conservat le privilége du pauvre ou qu’il en fat dédommageé. Le lendemain le grand archidiacre vint 4 mon secours; on crut que quelques expressions ajoutées 4 la délibération suffisaient. C'est une terrible chose que des délibérations si précipitées ct ou le zéle n’a pas le temps de s’éclairer. Le clergé a trés bien fait de manifester tout le sien vers la patrie ; mais je vois avec peine qu’on n’a pas assez senti la nécessité de dédommager le pauvre du sacrifice de ses droits, et que c’est notre faute 4 nous, ecclésiastiques, si nous avons rendu odieux un droit dont nous avons mal usé. Les Etats généraux sont renvoyés au 4 mai... (1).

La défiance était si vive contre le gouvernement que, dans beaucoup de provinces, les communes et la noblesse prorogérent leurs séances jusqu’a la cléture des Btats généraux et leurs députés furent tenus de venir rendre compte a leurs mandants de leurs travaux et des opérations de ]’Assemblée nationale. A Paris, les communes élurent un président et un secrétaire pour continuer de temps en temps l’assemblée pendant les Etats généraux, entretenir une correspondance avec les députés, et décidérent qu’elles s’assembleraient de nouveau lo 7 juin suivant. La chambre dela noblesserenvoya sonassemblée future au trentisme jour apréslacléture des Etats géné-

‘raux, mais l’assemblée du clergé repoussa comme illégale et odieuse toute motion de ce genre, ct Soulavie, qui osa la faire, fut encore hué.

En résumé, les idées de réforme soutenues par le clergé inférieur prévalurent généralement, quoique d’une fagon modérée, dans les cahiers du clergé. Il est a remarquer que, dans le bas Vivarais, les nobles se montrérent encore plus hostiles que le tiers état aux congrégations religieuses. Ils demandérent qu'il leur fat interdit de recevoir des novices, et qu'il fat offert a chaque monastdre d’en séculariser les suj ets, attendu, dirent-ils, que «les motifs qui, en des temps reculés, autorisé-

(1) Cette lettre, comme celles qu’on a lues au chapitre m, font partie d’une collection de lettres complétement inédites, adressées par l’abbé de Barruel aA sa famille et

dont celle-ci conserve précieusement les originaux.

rent l’établissement des corps monastiqueés, ne subsistent plus et quo ces corps, en s’éloignant eux-mémes de l’esprit de P'institution, ont rendu également nuisibles a Etat leur existence et leur opulence (4) ».

Le clergé de la sénéchaussée de Villeneuve-de-Berg présente le trésrare spectacle d’un accord entre toutes les classes ecclésiastiques. Les élus sont un curé et un archidiacre de la cathédrale (2) remplagant l’évéque qui refuse I’élection. Ils regoivent le mandat impératif de voter par téte aux Etats généraux et d’obtenir avant tout « un réglement qui assure & perpétuité la liberté des personnes, la propriété des biens, le consentement libre et volontaire de l’impét, une administration constitutionnelle et élective », détail qui n’étonne pas, si Yon se rappelle qu’en 1576 les gens du Vivarais, voyant leur pays dévasté par les guerres de religion, firent déposer les armes aux catholiques comme aux protestants et organisérent la tolérance mutuelle : l’assemblée ecclésiastique de Villeneuve est une de celles qui s’abstiennent de réclamer le retrait de l’édit de tolérance de 1787, qui rendait 1’état civil aux protestants.

A Annonay, ot est nommé lecuré de Saint-Péray official et archiprétre, les Etats généraux sont suppliés de restituer enfin aux curés « leur place dans la hiérarchie ecclésiaslique, de déclarer qu’ils forment corps et qu’ils seront appelés aux assemblées en nombre égal & nosseigneurs les évéques (3) ».

Au point de vue, non des mandats mais des personnes, le résultat général des élections du clergé en 4789 fut : d’une part, 205 curés, de l’autre 52 abbés et chanoines, 7 moines ct 42 prélats (4).

Les brochures de Soulavie sont mal digérées et la forme en est plus que médiocre; mais il y a une véritable connaissance du sujet et une chaleur communicative qui vient de la pro-

(1) L. pw Poncrns, les Cahiers de 89 et les vrais principes libdranz.

(2) M, Chouvet, curé de Chomeérac, et l’abbé de Pampelonne,

(3) Cuassix, les Cahiers des curds de 1789, p. 210.

(4) Ml existe aux Archives Nationales 176 registres in-folio de 500 & 1.000 pages sur les actes relatifs aux élections de 1789.

fonde conviction de la justice de sa cause. Au reste, par leurs défauts méme, elles étaient fort bien appropriées au temps et au milieu et devaient avoir un effet sur l’opinion publique. Il esta remarquer que si les allures en sont parfois grossiéres et agressives, les idées, au fond, sont généralement modérées. L’auteur ne prévoyait pas plus que la masse de la nation les excés ou, par suite de la vitesse acquise, les revendications les plus légitimes devaient bientét entratner le pays.

Aprés la Révolution, il voit d’un oil assez différent les élections de 1789, et voici ce qu'il en dit alors :

« Une poignée d’évéques se trouva effacée et neutralisée par une masse de curés qui s’étaient élus eux-mémes et qui portaient de tous les coins de la France aux Etats généraux leur jalousie, leur mécontentement, leurs principes égaliseurs, beaucoup de droits lésés, la pauvreté irritée et leurs prétentions contre le haut clergé (4). »

(1) Meémotres da régne de Louis XVI, VI, 292.

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