‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 1 sur 275 · IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET PLON · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET PLON

lUiE DR VAimiRAno, 36.

ffiSTOIRE DE SUÈDE.

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INTRODUCTION

La vaste coDirée du Nord» que Ton nomme Scandinavie^ n'a pris que lard sa place dans rhîstoire; elle fut presque inconnue aux nations civilisées de l'antiquité. Environ trois cents ans avant Tére chrétienne, Pythéas^ se trouvant dans la Grande-Bretagne , entendit parler de Thulé comme de la plus reculée des contrées septentrionales, dont les habilans n'étaient pas tout à fait étrangers à la civilisation et à Tagriculture. Cette Thulé^ selon toutes les probabilités, n'était autre que la Scandinavie occidentale. Il s'agissait d'une tie, d'une immense élendue, semblable à un continent, située à peu de distance des bords de la Scytbie et des côtes où l'on recueillait l'ambre Jaune, ce qui ne pouvait s'appliquer qu'à la Scandinavie méridionale. Ces traditions obscures furent bientôt ensevelies dansToubli ou se transformèrent en fables, et s'il en pénétra quelque chose en Grèce, elles s'éteignirent tout à fait dans les souvenirs lais-

ses par les Romains. Pline, quoiqu'il n'ignorât pas les récits que nous venons de mentionner (il avait lui-même visité les bords de la mer du Nord) , rapporte , comme une chose nouvelle, que de vastes lies avaient été découvertes depuis peu des côtes de la Germanie \ que la plus célèbre, Scandinavia (la Scandinavie), dont la grandeur était inconnue, était regardée par les Germains comme un autre monde *. Il ne soupçonnait pas que Nerigon (la Norvège), qu'il dit être une grande tle à part. Ht partie de la première. Ce n'est qu'un demi-siècle après Jésus-Christ que ces noms sont prononcés. — Bientôt après, il est fait mention dans Tacite des « états des Suéones, situés dans l'Océan et puissans en guerriers, en armes, en vaisseaux. » Le géographe Ptolémée, qui vivait dans le deuxième siècle de notre ère, reconnaît dans les Goths et les Danois les habitans de la partie septen-

' Âltcrum terrarum orbcm. (L. IV, c. 27.)

trionale de la Scandie. Ces noms, qui ont survécu à tant d'autres engloutis dans les ténèbres de l'antiquité, sont parvenus jusqu'à nous, mêlés à d'autres noms dont la signiflcation ne s'est pas conservée.

Les relations de Rome païenne ou de Rome chrétienne, des anciens dominateurs du monde ou du souverain pontife avec les autres nations, ont introduit sur la scène historique la plus grande partie des peuples de l'Europe occidentale et septentrionale-, et quand la civilisation leur a permis d'y jouer un rôle , l'influence romaine a déjà obscurci leurs anciens souvenirs, de sorte qu'il ne leur reste qu'une faible lueur de leur existence passée. Cette observation ne s'applique pas seulement aux nations qui avaient adopté la langue des Romains, mais encore en grande partie aux peuples germaniques qui avaient conservé leurs idiomes. Tout ce qu'on sait de l'ancienne Germanie vient de Rome. Point de souvenir national qui lui rappelle son antiquité -, et les efforts gu'on a tentés dans ces derniers temps pour suppléer à cette disette n'ont pas été couronnés de succès. C'est en quelque sorte un temple devant lequel l'antiquaire Jouit de sa science, mais dont l'ensemble n'a point de voix pour le peuple.

C'est du plus jeune membre de celte grande famille Scandinave que nous nous proposons de retracer les destinées. Il vient le dernier dans l'histoire, mais il est aussi resté le dernier dans la maison paternelle , il en connaît mieux l'intérieur. Moins exposé à l'influence extérieure, il a plus donné à l'étranger qu'il n'en a reçu. Il connaissait peut-être mieux l'ancienne Rome, quand elle s'écroula, qu'il n'était connu d'elle, et mille ans de l'ère chrétienne s'étaient écoulés avant que d'ennemi formidable il devint un âls soumis de l'Église romaine.

Quant à ce que les Scandinaves ont ajouté aux souvenirs germaniques, nous y découvrons, avec une origine plus récente, l'em-

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preinle plus originelle des traditions nationales les plus complètes, anlérieures à Fiofluence romainc^l continuées jusqu'à Tépoque où cornifience Ib cerlilude historique. Ainsi Fhistoire du Nord ressemble à sa nature : ses montagnes cl ses rocbes revotent encore leurs formes primitives, tandis qu'elles sont recouvertes, dans les régions méridionales, par des couches de création moderne.

Nous avons présenté les rapports de Thistoirc du Nord, en général , avec celle des peuples d'origine commune; nous allons ajouter quelques observations relatives à la liaison qu'ont entre elles toutes les parties de l'histoire ancienne du Nord. Cette marche nous fournira l'occasion d'indiquer les sources où nous avons puisé les citations nécessaires à noire ouvrage.

Ce fut le christianisme qui fit connaître la Scandinavie à TEurope. Les rapports des missionnaires sur les progrés de l'Évangile chez des peuples dont le nom avait été longtemps la terreur du christianisme, les relations amicales qui s'éiablirent progressivement par suite de la conversion du Nord , mirent enfin en évidence ces contrées lointaines jusqu'alors peu connues et que les premiers pères de TÉglise chrétienne comparaient à un nouveau monde *. Les communications avec TEglise de Rome ayant fait naître le goùl de sa science et de sa langue, les ecclésiastiques employèrent le latin dans la rédaction de leurs chroniques. Dans cette communauté d'efforts entre tous les peuples de l'Europe, le Danemark se distingua particulièrement, et en général rhisloire de son moyen âge est plus riche que celle du reste du Nord. Saxo seul vaut plus que presque tous les autres chroniqueurs réunis. Son témoignage est irrécusable pour les faits rapprochés de l'époque où il vivait; quant aux temps antérieurs, il montre, d'un style savant mais quelquefois trop chargé d'ornemens , sous quelle forme les fables et les croyances du paganisme vivaient encore au douzième siècle dans Tesprit du peuple. On voit quelle richesse de traditions nationales l'antiquité nous avait léguée , et les anciens chants du peuple, si abondans au moyen âge du Danemark , nous font voir

* « Transeuntibus insulasDanoram aller mundusaperitiir in Sueaniam vel Nordmannlam , quœ sunt duo lalissima aquilonis régna el noslro orbi fcrè incognita.» (\dani. Brem. De situ Dan,, c, 60. Ed. Ltndenbrog.)

comment ces traditions s'étaient propagées. Saxo puise à pleines mains dans la source vivante des sagas populaires. Il n'y a rien dans ce genre qu'il n'ait rapporté , rien qu'il ne se soit approprié avec une foi aveugle. Seulement il a éprouvé de l'embarras quand il a voulu donner à ce qu'il a recueilli l'apparence d'une histoire véritable du royaume depuis les temps les plus reculés : ce n'est pas sans peine qu'il y est parvenu.

Ce que le Danemark est pour l'histoire du moyen âge chrétien dans le Nord , la Norvège l'est pour l'histoire du paganisme sur son déclin. Mais les principaux matériaux viennent des Islandais, qu'on pourrait nommer un peuple d'écrivains de sagas. Quelques colons Scandinaves, mécontens de leur son, quittèrent leur patrie : c'étaient pour la plupart des hommes considérés et de haute naissance, qui voulaient se soustraire à la domination d'individus plus puissans qu'eux. De 874 à 934 ^ ils fondèrent dans celle tielointaineunétatqui conserva pendant quatre cents ans son indépendance , malgré ses relations fréquentes avec la mère patrie et surtout avec la Norvège, qui avait fourni à l'Islande la plus grande partie de sa population et qui finit par soumettre cette fie Âsa domination.

Les Islandais étaient regardés dans toute la Scandinavie comme possédant les plus anciennes poésies du Nord et les connaissances les plus étendues sur l'antiquité : les plus vieilles chroniques sont unanimes à cet égard. Ce fut l'Islande qui fit entendre le plus longtemps ces chants poétiques dont on attribuait l'origine a Odin et aux dieux; ils perdirent de leur simplicité quand les croyances païennes, qui leur servaient de base, eurent disparu. Longtemps encore après l'établissement du christianisme, le barde {skald) conserva sa place h la cour des rois. Ce poste fut presque exclusivement occupé par des Islandais. Comme suivant un antique usage le po6te était aussi historien , on retenait avec soin les vers des bardes, qui ne furent d'abord confiés qu'à la mémoire. Quand les bardes les chantaient pour la première fois, quelques-uns des assistans les apprenaient immédiatement par cœur, et l'on a vu souvent refuser aux bardes le prix ordinaire de leur travail lorsqu'ils ne faisaient pas à la cour du souverain un séjour assez long pour donner le temps à leurs vers de se graver

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dans le souvenir '. Des récits historiques faisaienl le fond de ces chants, source inépuisable d'un plaisir qui se faisait sentir dans les assemblées du peuple comme dans la cour des rois. Telle fut Torigine des sagas islandaises les plus anciennes. Elles avaient pour objet de célébrer les premières familles de Ttle et celles des chefs des étals du Nord, surtout de la Norvège. Elles s'appuyaîentsur le témoignage des bardes ; elles différaient tout à faitpar leur caractère de celles qui vinrent plus tard et qui n'étaient que des œuvres d'imagination. Il y avait déjà un peu plus de deux cent quarante ans que Flslande avait été peuplée quand on commença à composer des sagas. Et comme les plus anciennes ne sont presque toutes que les chants mêmes des bardes , il est à croire qu'elles n'ont été conservées que bien plus tard par des moyens graphiques. Ainsi cette riche et précieuse transmission orale des souvenirs de Tantiquité, qui ' s^était maintenue pour ainsi dire avec art, sur celte terre lointaine , se transforma de bonne heure en une littérature qui lui était propre. Elle est déjà remarquable par cela seul qu'elle «^exprime dans la langue maternelle, celle qui «e {Mirlait à celte époque dans les trois royaumes du Nord.

Le {dus célèbre des écrivains de ce genre, e8t Snorre Sturleson, né en 1178: il était séoéchal d'Islande et jarl de Norvège *, il florissait à Fépoque des dernières luttes qui eurent Heu pour la liberté islandaise ; il y prit part et il en fut victime. Il produisit les Sagas des raie de Norvège ( Norriges Konumga-Sagor ) ou , comme il le dit lui-même (car il est plut6t compilateur qu'auteur), il enregistra dans son livre les anciennes sagas des rois qui oui régné sur les pays du Nord , et il a puisé dans les chants des bardes , dans les généalogies des rois et dans les récits des hommes instruits. Aussi la Nouvelle Edda ou VEdda prosaïque porte-t-elle son nom , quoique ce ne soit qu'un recueil formé lentement et par raddition successive des œuvres de plusieurs auteurs, tant de sagas en l'honneur des dieux que de commentaires, images et poésies païennes. Cette Edda^ destinée à l'usage des jeunes poètes, sert à démontrer que l'ancienne poésie fut cultivée comme un art par les Islandais. Les chants mythiques^ parmi lesquels nous « \ojez M aller, Sanabibliotek, Snege, — Halls Tbal* ter.

remarquons ceux de la Devineresse du Nord (rôlespâ) et le ChatU d'en haut {Hàvamàl) qu'on attribuait à Odin , se sont presque tous conservés et se trouvent dans V ancienne Edda ou VEdda poétique , Sœmunds-Edda , ainsi nommée du nom du prêlrc Sœmund le Sage , qui mourut en 1133 et qui est regardé comme l'auteur de cette collection. La SœmundS" Edda contient en outre plusieurs chansons héroïques ■, des fragmens d'une saga d'un héros, qui prend sa racine dans les souvenirs de la grande migration des peuples. C'est pourquoi l'on en trouve des restes dans plusieurs contrées -, mais partout sous une forme chrétienne, à l'exception du Nord , où elle a conservé sa forme originaire païenne. Ces chanls mythiques et héroïques, qui dérivent du paganisme du Nord, sont antérieurs à toutes les autres poésies islandaises^ c'est pour cela que les noms de leurs auteurs sont ignorés ^ car les Islandais possèdent parfaitement ceux des bardes depuis l'époque où leur Ile fut peuplée. Ces poésies, dans leur belle et sauvage simplicité, l'emportent sur toutes les productions des bardes de cour islandais , en étendue et en profondeur, en hardiesse et en originalité.

La Suède, quant à son histoire, se trouve, relativement à la Scandinavie , dans la même situation que celle-ci relativement au reste de l'Europe. Elle est entrée plus tard en communication avec le monde européen. On n'a pas sur son âge païen de documens aussi complets que sur les derniers jours du paganisme en Norvège. L'histoire de son moyen âge est plus obscure que celle du Danemark et de la Norvège ^ mais dans son histoire moderne elle a éclipsé ces deux pays et a conquis par Gustave- Adolphe ce qui a manqué à l'un et à l'autre, une haute importance polilique-, cette grandeur n'a duré qu'un moment, il est vrai ; mais n'estce pas assez pour en rendre le souvenir immortel ? Cependant c'est précisément à la Suède que se rattachent les plus anciennes traditions , qui nous arrivent plutôt comme un murmure copfus que comme une voix historique. Le nom des Suéones, du temps de Tacite, était

* De F'ôhmd et de Helgê , de Sigurd et de Bryn^ hilde» de yoUungar et de Niflungar, { f^oyez toat le second volume du Smmund^-Edda.) Cette matière est plus développée dans la p^oUungo'-Edda, dans la Saga de Nomagett, danslaiVoure/Ze Edda, dans la Saga de Vllklna [nikina-Saga).

déjik redoutable. Celui des Goths traversa le moDde. Les Sagm des rois de Slurleson commencent avec la Suéde. Dans l'ancien Sui- Ihiod^ Odin, avec les dieux ^ avait régné sur Manhem ou le monde dei hommes. Les Ases, venus des bords delà mer Noire, donnèrent ce nom à la Suède : cettedènominatîon n'était peutêtre pas inconnue à Pline.

Dans la première partie de cette histoire, nous exposerons tout ce qu'on peut savoir de Tanliquitéde la Suède jusqu'à la prédication de l'Évangile dans le Nord, vers le milieu du neuvième siècle; nous tracerons ensuite un tableau de rétatdu pays et du peuple à la fin du paganisme. Puis , arrivant à l'introduction du christianisme, nous décrirons son influence sur l'ancienne constitution et la lutte sanglante des Suéones (^Svear) et des Goths pour la possession du royaume, jusqu'au treizième siècle. La période des Folkungar vrent ensuite et s'ari*è(e au milieu du quatorzième siècle. A celle puissante famille succèdent les rois étrangers, et l'union des trois couronnes nous conduira jusqu'au milieu du quinzième siècle, aux temps des Sture. Nous peindrons les Sture comme régens (riksfôresiàndare) et comme tribuns de la liberté jusqu'à la Saint-Barthélémy de Stockholm en 1520, peu de temps avant l'extinction des temps catholiques; nous y joindrons un tableau de l'état du peuple et du pays. Dans les parties qui suivront, nous entrerons avec Gustave Wasa dans l'histoire moderne de la Suède.

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