CHAPITRE XIV
rrontière« de Suède. La Russie servit de théâtre aux divisions intestines et à Tambilion des étrangers. Sctiuisky fut déposé, un nouveau Démétrius assassiné et le ûls de Sigismond élu tzar pour être plus tard abandonné. Pendant ces troubles , de La Gardie , en 1611, prit d'assaut Kexholm et Novogorod, et fit un traité par lequel les Russes prenaient un prince suédois pour grand-duc. Charles IX était à son lit de mort quand il reçut cette nouvelle.
A la diète de Tannée 1609, le roi demanda de nouvelles contributions pour la guerre. Les états roturiers y consentirent ^ les nobles offrirent la dixième partie de leurs revenus avec certaines restrictions que le roi ne voulut pas accepter, et le décret de la diète fut adopté par les prêtres , les bourgeois et les paysans , sans l'intervention de la noblesse. Irrité par ces circonstances et par le refus des nobles d'accepter son nouveau projet de loi , le roi parla avec tant de chaleur à la noblesse que les premiers symptômes d'apoplexie se manifestèrent. Depuis ce jour, il ne parlait qu'avec une extrême difiicultè. Les forces de son âme se consumant elles-mêmes ne tardèrent pas à s'éteindre. Les secrétaires de la chancellerie, personnages de basse extraction , mais qui avaient fait leur chemin, étendirent leur influence en nourrissant la colère du vieux roi, déjà fatigué de la vie. Ils excitèrent ainsi de nombreux mécontentemens. Cependant l'activité du roi ne cessa qu'avec sa vie.
Le danger devenait plus imminent. Des différends s'élevèrent avec le Danemark \ ils avaient pour cause principale l'ancienne querelle des trois couronnes et les plaintes des Danois , la défense du roi concernant le commerce de Riga et les contributions levées sur les Lapons, que le roi de Danemark prétendait appartenir à la Norvège. Ces points avaient été discutés par des plénipotentiaires des deux royaumes dans des entrevues ménagées à cet effet-, mais rien n'y fut décidé, et à la fin Charles fit faire à son fils Gustave-Adolphe un voyage en Danemark pour prévenir la guerre. Mais Christian IV la voulait. Charles pensait quMl y était poussé par les méconlens suédois el surtout par les proscrits. Ceux-ci insinuaient que le roi étant faible et malade, et ses fils mineurs, c'était une bonne occasion pour tenter quelque entreprise *. Des manifestes provo-
• Lettres du roi en date du 10 aQût ]C10«
quant à la révolte circulèrent dans le pays. Les états furent convoqués de nouveau à Ôrebro pour le mois de novembre 1610. Le jeune Gustave-Adolphe y parla pour la première fois, parce que le vieux roi ne pouvait faire connaître son opinion que par des signes ou des paroles interrompues. Chacun redoutait une nouvelle guerre et souhaitait qu'on la prévînt en faisant des concessions au Danemark *, mais Charles ne voulait rien entendre el repoussait avec indignation les propositions pacifiques des états *. Us finirent par accorder tout ce qu'il demandait , le tranquillisèrent par de nouvelles protestations de soumission el s'irpposèrenldescontributions plus fortes que jamais. Au mois d'avril 1611, on reçut la déclaration de guerre du Danemark , et malgré les propositions de paix réitérées de Charles, Christian partit de la Scanie à la tête de seize mille hommes el marcha contre Kalmar. La ville fut prise après avoir repoussé deux assauts. La citadelle tint bon. Lorsque l'armée suédoise, sous les ordres du roi, de Gustave-Adolphe el du duc Jean, arriva, il y eut plusieurs engagemens où l'on se battit de part el d'autre avec une égale ardeur. Le IG août , Christer Some livra le château. Ce soldat, qui s'était distingué dans les campagnes de Livonie autant par son courage que par ses manières grossières , avait été maltraité quelque temps auparavant par Charles , irrité ■ \ il passa à l'ennemi. Charles, indigné de cette trahison, proposa un duel à Christian, « d'après les coutumes des anciens Goths \ s'il refusait, il ne le tiendrait pas pour roi et guerrier loyal. » La réponse de Christian ne fut digne ni de son rang ni d'un homme d'honneur : il s'emporta en invectives *. Les attaques multipliées des Danois contre le camp suédois de Ryssby furent repoussées. On y voyait des envoyés hollandais el anglais. Des négociations importantes avaient occupé le roi pendant les dernières années qui venaient de s'écouler. En 1608, il avait envoyé des députés en Niederlande. Celte république était sur le point de se réconcilier avec l'Espagne -, les envoyés étaient chargés d'insinuer que l'affaire intéressait tous les princes et toutes les puissances, qui devaient s'opposer aux superstitions des papistes et à l'ambition espa-
« Voyez Stockholm» Magasin, t. 2, p. C94. • Voyez Werwing. t. 2, p. 243.
> Voyez la leUrc de Charles datée du 12 août 161 f , et la réponse de Christian du 14 août de la même année^
gnole, et en outre de faire demander par les états généraux de Hollande la médiation de TEspagne dans la guerre contre la Pologne. Si la paix était conclue, le roi désirait y être compris; car la guerre contre la Suéde et la Pologne ayait pour cause la religion, non moins que celle entre la Hollande et l'Espagne. Si la guerre continuait avec TEspagne, Charles consentait à fournir aux états un secours de mille hommes, tant à pied qu'à cheval, en échange de la faculté d'exporter du sd de Niederlande * . En 1610 , Gustaye Ériksson Stenbock et Jean Skytte Airent envoyés en Angleterre, chargés de rechercher la médiation de celte puissance dans la guerre de Pologne ef de faire connaître FinCention du roi , de s'allier avec l'Angleterre, la Niederlande et la France*. C'était dans le même but qu'on avait député vers Henri IV* lorsqu'on apprit qu'il était tombé sous le poignard de Ravaillac^. Les plénipotentiaires d'Angleterre et de Hollande firent de vains efforts pour faire cesser les hostilités entre les deux rois protestans du Nord. Charles quitta son camp pour tenir une nouvelle diète; il tomba malade en route et mourut À NykOping, le 13 octobre 161 1 , à l'âge de soixante ans.
« L'historien doit être l'interprète de la vérité, » dit-il dans sa Chronique rimée; aussi ai-je cherché, autant que mes moyens me l'ont permis , à peindre avec impartialité le plus jeune et le plus grand des (ils de Gustave I". Héritier de plusieurs qualités de son père, s'il resta quelquefois au-dessous de lui, peut-être lui fut-il supérieur en d'autres occasions. Ajoutons seulement un trait de caractère qu'on a pu reconnaître en lui d'une manière saillante jusqu'au moment même où s'ouvrait sa tombe ^ il pourra servire à expliquer sa sanglante carrière. C'est une disposition innée à voir toujours au delà du but et à en poursuivre un second après avoir atteint le premier. Ce fut au prix de peines et de dangers sans nombre qu'il gagna la couronne. D'autres se seraient arrêtés
• Voyez le» Archives du royaume pow 1608.
' Voyez les Archives du royaume pour 1608.
» Ibid.
^ « Il a élé assassiné à rinstigalion et par les intrigues des jésuites, » écrit Charles à ses ministres le 4Jurn IGIO. (Voyez les Archives du royaume*,)
* H était permis à Cbirics d'igaorev les particularités de riiisloirc de France, (jsoïc de è'editeur»)
à ce point. Un seul trône n'était pas assez grand pour lui , et il eût pu le laisser plus affermi qu'il ne fit. Il transporta de suite hors des frontières , au fond de la Livonie, de la Pologne et de la Russie, la guerre , qui avec l'indoleoce et l'irrésolution de Sigismond se serait bornée , pour longtemps du moins, À un combat de manifestes et de paroles ^ etedle qui éclata avec le Danemark ne l'empêclia pas de passer en revue pour ainsi dire les membres d'une ligue prochaine contre hi papauté et la maison d'Habsbourg, en ordonnant & ses enfans, par son testament, d'entretenir des liens d'amitié avec les princes protestans de l'Allemagne *. L'âme de Charles était donc , plus qu'aucune de celles de ses contemporains , travaillée par l'avenir brûlant qui se manifesta dans la guerre de trente ans , et ces paroles qu'il avait coutume de dire en posant la main sur la tête du Jeune Gustave-Adolphe : « lUe fadei ( il doit le faire), y> étaient i»'(^hétiques. Ce sont ces hommes remplis d'avenir qui de gré ou de force entraînent les peuples après eux. Excepté son père, aucun roi avant lui n'avait exercé iine influence si profonde sur les Suédois. Celte puissance personnelle domina pendant plus de cent ans sur le trône de Suède. La nation, si lente à émouvoir par elle-même , si ce n'est pour sa défense immédiate , a suiyi avec empressement et admiration, soit à contrecœur, soit avec amour, mats par un entraînement impérieux, les Gustave et les Charles à la gloire et n^ême jusqu'aux bords de Fabtme. Il n'y a ici ni éloge ni blânnie : c'est la vérité. En écrivant l'histoire du peuple suédois, je sens mieux que tout autre que j'écris celle de ses rois.