‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 142 sur 275 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

Snèdëj dùc ûe iSudeitnânid, de Néricie et do Yermland , et plus tard roi de Suède , de son nom le neuvième. Sa mère était Christine % fine d'Adolphe, duc de Schleswig-Holstein y et petite-fine de Frèdérie I**, roi de Danemarlc, ei descendant par sa fiière de Chrii^tine , fine de Philfppe*Iè-6énéreux, margrare de Hesse. Son enfance s^écoula au mfiieif de la guerre civile etitretenne par le ddc Charles et les états génétaut d'un c6té , e( le roi Sigismond et ses partisans de Pantre. II suivit son pèfé et sa mère en Livonie en 1600; il les accompagna sur la fin de Tautomne, à leur retour de Reval, en Finlande. Le duc approchait du port lors^ que le froid se fil tout à coup sentir et la mer fut couverte de glaces , de sorte ^'elle lui servit de pont 9 le matin , pour gagner la terre. De la Finlande il passa en Suède.

» Jean Skyf te fut nommé précepteur du jeune prince , et Ofhon de Morner son gouverneur. Ce dernier était maréchal de cour de Charles IX : né de paren» notules dans le Brandenhourg, fl avait acqtds de grandes connaissances et des manières distinguées dans les nomhireux pays où il avait voyagé. Jean Sky tfe , après avoîf employé neuf ans à parcourir les États étrangers, était devenu secrétaire de la chancellerie et avait assisté en cette qualité au traité passé

' Il eiîstaft entre la reine Chrîstîne cft son épont tous }eê rftpporti q«l ^owafeikt la lui rendre ehére. Elle élait d'ane taille élevée et d*ime comfcltulion robuste ; son front élail bant, ses yeux bleus , grands et perçans, son nez aquilin. Sa physionomie împosanle était empreinte d*un caraetére de dureté; son humeur absolue maintenait dsns sa maison an ordre et nne diseipKne sévères. Elle égalart si elle ne surpasaait son mari en économie. L'histoire ne fait pas mention qu'elle ait intercédé pour les malheureuses victimes des guerres civiles; on dit au contraire qu'elle stimulait fbameur ambitieuse de Charles IX, et qu'elle le poussa aux actes de cruauté qui ont obscurci ses grandes qualités. Aussi Tappelaitron le prédicateur hohteinois maudit de la nuit ; la nouvelle Eve, gui avait entratné son mari à mordre dans la pomme du Toyatme. Elle vécut d'abord heureuse avec Charles. Sa constitulion vigonreose lui permltde le suivre dans ses voyages et ses expéditions. Cependant il n'était guère possible qoe l'accord régnAt toujours entre ces deux car&ctères ; leur dureté et leur impétuosité rendaient non moins dangerense qn'rnévitabte la collision d laquelle ils étaient sans cesse exposés eC ,qui à la fln se manifesta par des éclats scandaleux. Le' roi- la désignait souvent par cette eipression remplie de mépris : la femme danoise {Jutekonan), Jamais leur ancienne intimité ne fnt parfaitement rétablie. (Voyez Fryxell, tome 5, p. 48.}

avec le Danemail'k au sujet dès frontières. Gus* tave reçut toutes les instructions nécessaires à un prince destiné à régner. Skylte le dirigea dans rélude du latin , de Tbistoire et des lois de son pays. Comme Charles était éclairé, brave et sévère , et que Christine avait , oiilre sa beauté , r&me fiére et courageuse , Téducation du prince fut exempte de mollesse -, il fut habitué au travail , et il avait toujours devant les yeux les vertus de ses parens.

» Lors<}u'il eut augmenté en Age , suf tout lorsqn'il eul passé sa dixième année , êcfn père lui permit , à mesure qu'il faisait des progrès , d'assister aux conseils pcMics ; on l'habituait aussi h être présent aux aiidiences des mim^stres étrangers. Son esprit se forma ainsi de bonne henre aux affaires sérieuses. Cette époque était remarquable par les guerres et les troubles qut éclataient de toutes parts ^ des officiers de toutes les nations, allemands, français, anglais , éco^ sais , hiederlandais et quelques italiens et espagnols visitèrent la cour de Charles : ils aillaient en Suède tenter la fortune qu'ils ne pouvaient trouver dans les Niederlande» à cause de Farmigtice qui y avait été coAclu pour douze ans. Ils visitèrent souvent le jeune prince , suivant les vœux et les ordres du roi. Leurs enCrefiens sur les guerres entreprises par d'autres peuples, sur les batailles , les sièges et la discipline militaire, tant sur terre que s^ir mer , furent pour lui les sources d'une solide instruction. Ils surent tellement développer son penchant pour l'art de la guerre qu'il passait des journées entières à leur faire des questions sur les évènemens qui y avaient rapport. Ainsi , à peine sorti de l'enfance , il avait déjà acquis de grandes connaissances en cette matière -, ce qui l'intéressait surtout, c'était la manière dont il pourrait faire la guerre dans rintèrèt de la Suède : il avait adopté le système du prince Maurice d'Orange comme le plus propre à lo former. La conversation de ces guerriers expérimentés et les discussions qu'il engageait aved eux , les récits des hauts faits d'armes dont ils avaient été témoins ou acteurs , chacun dans son pays, faisaient naître dans le jeune prince le désir de surpasser les héros dont on lui traçait les portraits.

» Il acquit aussi dans sa jeunesse une connaissance approfondie de plusieurs langues étrangères : il parlait le latin *, l'allemand , le

« On voit dans Uandlingar till Skandinaviens his-^

niederlandais, le français et Fitalien aussi purement que sa langue maternelle; il possédait aussi , mais imparfaitement, le russe et le polonais.

)) Lorsqu'il eut seize ans révolus, son père le fit grand-duc de Finlande et duc d'Esthonie et de Yestmanland. Il reçut en apanage la yille de Yesler&s et une partie du Yestmanland : Jean Skytte en fut nommé préfet ( lanàshôfding), »

Ce récit est d'Axel Oxenstjema, qui mérite bien d'être cité en première ligne lorsqu'il s'agit de son royal ami.

Charles IX , comme père , était rempli de tendresse et de sollicitude : « Yous devez d'abord craindre Dieu, dit-il dans l'instruction écrite de sa propre main et adressée à son flls Gustave- Adolphe ; ensuite honorez votre père et votre mère; soyez bienveillant envers vos frères et sœurs ; aimez les fidèles serviteurs de votre père , récompensez-les suivant leur mérite. Soyez compatissant envers vos sujets; punissez le mal; attachez-vous les hommes bons et modestes ; croyez le bien , mais appliquez-vous à connaître les personnes qui vous entourent. Yeillez au maintien des lois , sans avoir égard à aucune considération personnelle. Ne violez les droits de personne, quand ces droits ne sont pas en opposition avec les lois. N'aliénez pas vos domaines avant d'être sûr que ceux que vous voudrez en investir n'oublieront pas de quelles mains ils les ont reçus*.» Le roi écrivit à son second fils Charles-Philippe des lettres qui prouvent qu'il aimait son fils sans le gâter *. La reine , orgueilleuse et sévère , montra plus tard une grande partialité pour son fils cadet , dont elle défendit le droit ducal avec une ardeur qui aurait pu compromettre la tranquillité du royaume si Gustave-

toria, t. 8 , p. 38 , que le roi savait bien le grec. Nous y lisons : « Le roi disait de Xénophon (qa*il lisait mieui dans le texte), qu'il ne reconnaissait d'autre historien que lui pour la guerre. » On ajoute que quelques années après son avènement au Irône, Gustave eut encore recours à l'expérience de Jean Skyltc. Il faisait chaque jour une lecture de plusieurs heures; il trouvait surtout du charme dans les écrits de Grolius et en i^articulicr dans son ouvrage De Jure belli et pacis,

* Voyez les manuscrits de Palmskôld.

* Lettre au duc Charles-Philippe, 7 octobre IGII. Il lui annonce dans celte lettre qu'il lui envoie Mathlas Soop pour surveiller son éducation et lui enseigner le français. Charles-Philippe, né le 23 avril iOOli avait alors dix ans.

Adolphe n'avait pas été aussi bon fils que grand roi*. Elle exigeait chaque jour de ses dames une certaine quantité de filasse et de tissu *\ et malgré toutes les réclamations qu'elle excita de la part du Danemark , elle porta tant qu'elle vécut le titre qui indiquait sa domination sur « les Lapons du Norrland , » prétention qui avait été une source de guerres et que pour cette cause Gustave-Adolphe supprima '.

Après avoir constaté les dons que ce prince avait reçus de la nature et ses progrès extraordinaires^ nos regards doivent se porter sur son appHcation précoce aux affaires publiques. Celte disposition dépendait en partie des mœurs du temps; mais Charles avait aussi plusieurs raisons pour la faire naître. Sur un trône encore chancelant, il lui importait que la nation commençât de bonne heure à connaître l'héritier de la couronne, et Ton peut dire que Gustave- Adolphe grandit sous les yeux du peuple. Le choix de ses précepteurs fut laissé aux états ^. Dès l'âge de dix ans il assistait aux délibérations du sénat, et il en avait â peine quatorze qu'il accompagna sa mère lors du voyage qu'elle fit dans les provinces du Midi et qu'il reçut de son père l'exhortation suivante : « Recevez avec bienveillance ceux qui recherchent votre.appui, de crainte qu'ils ne vous quittent désespérés. Si vous recevez des plaintes de vos sujets, vous devez les soutenir chacun dans son droit autant qu'il est en votre pouvoir. Faites en sorte que vos gouverneurs et vos prévôts suivent cet exemple, et Dieu viendra en aide â vos efforts*. » Aussi voit-on que bientôt les affaires essentielles sont décidées par Gustave-Adolphe, soit dans son propre duché , soit dans d'autres parties du royaume , au nom. du roi. Souvent il emploie son influence pour concilier des différends ou obtenir des grâces, toujours suivant les conseils de sa mère. Dans toutes ses actions perce son humeur guerrière. Il avait à peine quinze ans quand il osa demander, en 1610, le commandement des troupes dans la guerre de Russie: a L'expédition ayant été confiée à d'au-

' Il la priait de ne pas lui retirer son cœur maternel. (Lettre à la reine, SvartsjO, le 3 mars 1618.)

* Voyez les manuscrits de Palmskôld.

* Voyez Hallenberg, Guttaf Adolft hUtoria, t. 4, p. 814.

* Il est dit , au sujet de la nomination de SkyUe : « AuctoTîtate ordinum regni, »

** ÏAiilrQ de Charles IX à Gustave-Adolphe, 12 juillet 1G08.

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