CHAPITRE XV
trcs mains* , dit Oxenstjerna, il fut éloigné, à son grand regret , du théâtre de la guerre et contraint de demeurer à la cour de son père jusqu'à ce qu'il eût seize ans accomplis.» En 1611, lorsque Christian lY, roi de Danemark, eut rompu la paix et déclaré la guerre, le prince, suivant les anciennes coutumes, fut déclaré par son père à la diète, le 24 avril, digne de porter Tépèe, qu'il reçut avec solennité le jour suivant. Bientôt après il fit rassembler des troupes en Yestrogothie (elles se composaient surtout de mercenaires étrangers qui y avaient hiverné) pour se trouver au passage de son père à lônkOping , ce qui eut lieu. Il s'avança vers Kalmar , qui était assiégée, pour la secourir. Ce fut dans celte expédition que le jeune prince, alors duc, gagna ses éperons, en qualité de soldat, sous les yeux de son père. Il fut ensuite de toutes les affaires et de toutes les marches, qu'il dirigea le plus souvent*. Christianople' détruite, Ôland reprise par Gustave-Adolphe, et les événemens les pi us importans de cette guerre, prouvent que cette dernière assertion est vraie. Kalmar, quoique manquant de moyens de défense ^ aurait probablement tenu sans la trahison de Christer Some^ car , dit un historien de cette époque qu'on ne peut accuser de partialité pour les Suédois , « ils ne défendaient pas leurs soldats par des remparts, mais leurs remparts par des soldats courageux ". »
La nomination de Gustave, par le vieux roi, comme grand-duc de Finlande et duc d'Esthonie, n'est pas un fait sans importance. Le sénat avait déclaré, dans les statuts de Kalmar, que
* Jacques de La Gardie, qai fut appelé au commandemenl à la place de Gustave-Adolphe, prit la qualité de son lieutenaDt. (Voyez Hallcuberg, 1. 1, p. 47.
* Histoire de la Jeunesse de Gustave -Adolphe, par Axel Oxcnsljerna.
» Voyez Jahn, Historié om Kalmar krigen , RiobenhavD, 1820, p. 127.
* Il parait, par la réponse de Charles IX à Christian IV, que la justification de Christer Some, tirée de ce qu'il avait manqué de poudre, était Tondée : « S*il manquait de poudre, écrivît le roi , il pouvait se défendre avec des pierres. » La trahison de cet officier n*en est pas moins prouvée par la sommation de se rendre qu'il fit au commandant de Borkhoim et par la pension qu'il recevait de la Suède.
» Peleus, Histoire de la dernière guerre de Suède, Les sièges, combats , rencontres et batailles des Suédois et des Danois y sont amplement détaillés. (Paris, 1622.) L'auteur a suivi les récits des soldats français qui avalent été au service de la Suède.
ces provinces ne pourraient être érigées en duchés pour un prince suédois , probablement parce qu'elles avaient plus d'une fois, pendant les divisions des membres de la maison royale, couru le danger d'être séparées du royaume. Ce fut précisément ce qui engagea Charles à placer Gustave comme à des avant-postes contre la Russie et la Pologne. En effet, en lui cédant le Yestmanland et en donnant à son fils puîné son ancien duché de Sudermanie, la Néricie et le Yermland , il fondait la puissance de sa maison également dans le cœur du pays. Cela se fit en vue de l'avenir, car malgré le pacte de succession convenu à NorkOpîng, cette question était encore indécise, surtout par les scrupules de Charles, généralement trés-résolu. Ce qui caractérise ce roi , c'est qu'il fut le seul en Suéde qui ne voulut jamais méconnaître les justes droits de son neveu , le duc Jean , à la couronne, et c'est une victoire d'une noble politique d'avoir rendu ces prétentions sans danger en les reconnaissant. Jean fut traité comme son propre fils. Lorsque Charles, en 1605, traversa la mer pour se rendre en Livonie, il lui confia la régence. Jean, quoique plus âgé de cinq ans que Gustave-^ Adolphe, eut le même précepteur et reçut la même instruction que lui. Ce fut pendant les leçons qu'il recevait en commun avec ses cousins que le duc se prit d'amour pour la princesse Marie- Élisabeth , sœur de Gustave- Adolphe. Le roi favorisa cette passion, qui aboutit à une alliance. Charles, dans son testament, ne craignit pas de laisser aux états la faculté de choisir entre Jean et Gustave celui qu'ils voulaient porter au trône <•
I Le duc Jean , fils du roi Jean et de Gunnila BJelke, comme nous Tavons vu précédemment, était un prince savant et loyal, brave dans la guerre, tranquille et pieux dans la paix. Il n'avait ni la capacité ni renvio de porter la couronne, et il la céda avec empressement à Gustave-Adolphe. Il était fortifié dans ses opinions par ses favoris, surtout par Gôran Gyllenstjerna. D'autre part, on fit des tentatives pour faire de lui un instrument de troubles. Sigismond lui adressa une let' tre cachée dans le manche d*un couteau ; mais Jean renvoya sans retard à Gustave- Adolphe. Ce monarque traita le prince avec toutes sortes d'égards; il l'appelait la colonne de l'État {rikets pelare) et lui confia souvent des affaires do haute importance. Hais son duché fut négligé , et la riche Ostrogothie s'appauvrit par la suite ainsi que son duc : à sa mort, Il laissa des dettes considérables ; mais il avait demandé par soi. testament que les revenus de cette province fussent
Au$8i Guttave^'Adolphe ne prit-il pas le titre de roi immédiatement après la mort de son père; il y eut un interrègne de deux mois. I^a reine douairière et le duc Jean , qui , avec six sénateurs, composaient la régence, convoquèrent une diète à NykOping. Les états déclarèrent qu'ils ne voulaient rien changer aux résolutions prises précédemment. I^ duc Jean céda ses prétentions moyennant quelques accessions de territoire % et il renonça , ainsi que la reine, & ses droits à la régence, quoique le pacte de succession de NorkOping et le (es^ tamenl du feu roi les autorisassent à administrer le royaume jusqu'à ce que rtièritier du trône eût accompli sa dix-huitième année, et & prendre part aux délibérations jusqu'à ce qu'il eût atteint sa vingt-quatrième : a Le 10 décembre 1611 , écrit Axel Oxensljerna, s'ouvrit la diète de Nykôping. La première proposition se
attribuée pendant quelque temps A ses créanciers afio que ceux-ci n'eussent pas A se plaindre de lui après sa mort. Son état habituellement maladif, peut-être aussi son maliieureux mariage contribuèrent A la ruine de l'administration. Charles IX et Christine son épouse , remplis de pénétration tous deux , avaient prévu le danger de Tunion du duc Jean avec une princesse étrangère dont l'ambition eût pu allumer la sienne ; Ils préférèrent le marier A leur propre fille, la princesse Marie-Éllsabeth » dont la santé était chancelante. Il parait qu'ils ne ressentaient point d'amour l'un pour l'autre; mais ils étaient tous deux jeunes : Marie avait quinze ans et Jean vingt et un ; ils avaient l'habitude d'une obéissance aveugle aux volontés de Charles et de son épouse. Ils furent fiancés au commencement de l'année, malgré les lois alors en vigueur qui s'oppoaaient A leur mariage. Mais Charles ne prit conseil ni des étals ni du clergé , et la régence après sa mort suivit la même politique. Cependant, lorsqu'A la diète de 1612 il s'agit de doter la princesse, les prêtres protestèrent, Christine se fâcha, et le mariage fut célébré le 29 novembre 1612 avec toutes les solennités usitées en pareil cas.
Cette union fut malheureuse. Le duc n'avait pas de santé , la duchesse encore moins, son esprit paraissait même quelquefois troublé. Ils manquaient mutuellement d'amour et de confiance. Point d'enfans qui pussent servir de lien entre eux , point d'affaires importantes qui rompissent la monotonie de leur existence. Sans distractions, malades, fatigués l'un de l'autre et de la vie, ils promenaient leur tristesse tantôt an château de Br&borg , tantôt à celui de Kungsbro ou A celui de Vadstena. La joie fuyait des lieux où ils séjournaient et ils n'y trouvaient que l'ennui. Heureusement celte position fut de courte durée ; le duc mourut au mois de mars 1618, et son épouse le suivit cinq mois après. (Voyez Fryxell. t. 6.)
' Quatre districts furent ajoutés A ses principautés d'Ostrogothic et du Dalsland.
fit an nom de la reine , du duc Jean et des sé« naleurs. Le 17, la reine et le duc déposèrent par mon organe la tutelle et la régence, qu'ils confièrent au nom des états A Gustave-AdoN pbe. lie 26 1 ce prince reçut en présence des états les rênes du gouvernement. Gustave- Adolphe prit le titre de son père : roi élu eê prince héréditaire de Suide , des Gatht et de$ Fendes. » Il était dans le premier mois do sa dix-huitiéme année. Son chancelier, dont nous venons de citer les paroles, était ftgé de vbigthuit ans.
Jamais prince n'a pris la conduite d'un royaume dans une situation plus critique. Depuis la mort de Gustave !«' , la Suéde n'avait pas eu un instant de paix. Si Ton jette un coup d'œil sur l'état du pays pendant les cinquante dernières années, que de troubles, que de dissensions ! — Des guerres de frère à frère \ des insurrections \ des discordes sanglantes au su- Jet de la religion et de la couronne \ deux rois détrônés ! »— Charles laissa à son fils un trtoe souillé de sang et en butte aux coups de tous ses voisins, £t si l'on porte ses regards en avant, des guerres, des guerres non interrompues pendant un long avenir ! •— Nous sommes arrivés A une époque où Gustave-Adolphe donna du poids aux armes suédoises dans la balance du monde et où nous donnerons aussi une plus grande attention à la marche de la guerre -, mais il semble d'abord nécessaire de nous arrêter sur l'administration intérieure, qui généralement attire moins les regards et ne se fait connaître que par quelques traits saillans. Ce sera donc par ceux-ci que nous commencerons le tableau du règne de Gustave-Adolphe. C'est une avant-scène éclairée par les flammes de la guerre. Celle gloire, qui peut soutenir l'investigation la plus sévère, doit avoir d'autres prétentions aux hommages de la postérité que l'éclat des victoires.
Examinons ce qui a rapport & la constitution. La plus importante modification qu'elle eût subie était rétablissement de l'hérédité de la c&wronne* La lutte qu'elle avait produite était à peine terminée; les circonstances au milieu desquelles elle avait eu lieu prouvent combien le mot de liberté en politique est un indice peu certain des véritables intérêts des peuples. Qui doute que ces intérêts , en Suède , aient été représentés sous l'Union par la révolte des paysans et par le pouvoir illégal des régens ?