‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 223 sur 275 · CHAPITRE lU · texte numérisé non relu

CHAPITRE lU

Les posêessioDft suédoises en Alicmogne ne ftirent pas à Fabri 4u fléau de la guerre. Slel- .Un y assiégé par les impériaux, Tul vaillamment .défendu parWirz, qui, après avoir reçu des renforts de Charlos*Gustave Wrangel, contraignit les assailians à la retraite. La Poméranie fut envahie par les Brandenbourgeois, qui, repoussés devant Gripswald, s'emparèrent de Demmin, place forte sur le Peene. Ces irruptions dans les possessions suédoises en Allemagne étalent autant de violations de la paix de Weslphalie* Charles-Gustave en appela à la garantie de la France , et Alazarin déclara à Télecleur que son roi ne souffrirait pas la plus légère infraotion h cette paix. Tel était Tétat des affaires de la Suéde en Allemagne et en Danemark sur Ja fin de Tannée 1659.

LaCourlande était gouvernée depuis 1642 par le duc Jacques , prince qui aurait honoré le trône par ses belles qualités. Il avait épousé la sœur du grand électeur. Tous ses vœux tendaient à rendre ses sujets heureux et à s'a^ franchir de la dépendance de la Pologne. Jusqu'à la guerre avec ce dernier pays, les Suédois avaient fidèlement observé les traités en vigueur; mais à celle époque, Charles-Gustave voulu! que ce prince reconnût la suzeraineté de la Suède» Le duc refusa ei prêta néanmoins ôOyOOO thaiers à Charle»-Gustave. Cependant celui-ci suspectait la politique du duc : il le croyait en rapport avec le tzar et Taccusait d'avoir excité les Russes à lui faire la guerre ; mais il désirait d'autant plus vivement gagner le duc à ses intérêts que sa position était désespérée en Pologne. De La Gardie lui fit les offres les plus brillantes; mais il était plus qu'évident que Charles-Gustave était un mat- Ire plus exigeant que le roi de Pologne, et que la domination de la Suède coûterait cher à un pays aussi faible que la Courlande. Lorsque l'électeur eut rompu avec la Suède et qu'il eut même fait cause commune avec ses ennemis , Charles^ustave ne crut avoir aucune raison d'épargner le duc Jacques. Douglas » général suédois, entra dans ses Etats, s'empara par surprise de la résidence du duc , le fil prisonnier ainsi que son épouse et les envoya d'abord é Riga, puis A Ivanogorod ; mais loin que cette sévérité de Charles-Gustave améliorât sa position, l'occupation de la Courlande fut pour les armes suédoises une source de malheurs. Les nobles courlandais, exaspérési les combat-

tirent partout et se joignirent iiux Lithuaniens.

En Pologne , Thorn , la dernière place forte qu'occupaient les Suédois , se rendit par capi*> tulation après un long siège et une glorieuse résistance. Benoit Oxonstjema y commandait ; il avait arrêfé pendant plusieurs mois toutes les forces de la Pologne et des impériaux (40,000 hommes )) et lorsqu'il sortit de la place, il ne lui restait que 300 hommes, tant il avait perdu de monde pendant le siège. Le prince Adolphe-Jean commandait en Prusse ; mais comme on le laissa sans secours, il quitta de dépit son commandement et se rendit en Poméranie. Dans cet état de choses, le roi désirait faire la paix avec la Pologne, qui paraissait n'en être pas éloignée non plus. Le roi avoit choisi pour commissaires ad hoe Gyllenklo , Schlippenbach et de La Gardie : ils se rendirent à Danlzig et de lA au couvent d'Oiiva, dans le voisinage de cette ville, et les négociations commencèrent.

Nous avons dit que Charles-Gustave avait convoqué les états A Golhenbourg : c'était pour les exciter A redoubler dVfforts,.car ce n'é* tait qu'en mettant sur pied des forces impo* sentes qu'on pouvait obtenir une paix honorable. Les débats étaient presque terminés, les états avaient accordé de nouveaux seeours en hommes et en argent , lorsque le roi , qui s'était exposé pendant la guerre aux plus grands dangers et aux plus grandes fatigues , et dont l'Ame d'ailleurs était combattue par des sentimens opposés , la crainte , l'espéranoe, les chagrins et la Joie , fut atteint tout A coup d'une maladie dont les symptûmes ne présentèrent d'abord rien d'alarmant ; elle paraissait même perdre de sa force, lorsqu'elle prit, par l'ignorance du médecin , un caractèrê grave. La fièvre 9 en redoublant d'intensité, enleva toutes les forces au malade, qui sentit que sa fin approchait. Il fit mander les grands de son royaume : ils parurent devant hu, accablés sous le poids de la douleur. Charles leur adressa des paroles de consoiaiion et les pria de pourvoir au salut de la patrie en lui procu^ raot la paix. Rempli de sentimens chnètlens, H se prépara A la mort, qu'il n'avait Jamais re« doutée, et mourut, comme il avait vécu , en grand roi. Dans ses derniers instans, il se fit lire son testament , s'occupa de quelques affaires importantes , récompensa quelques ser-» viteurt fidèles, puis U parut tranquille, et il

expira dans les bras du maréchal Oxenstjeraa et du comte Nicolas Brahe en prononçant ces mois : (( Que Dieu me soit miséricordieux ! » II avait ordonné par son testament que Téducation de son fils et la tutelle fussent confiées k la reine et aux grands dignitaires de rÉtat. Son épouse devait présider le sénat, où elle aurait deux voix. Il avait élevé son frère Adolphe- Jean (k la dignité de riksmarsk et au grade de généralissime des armées. Pierre Brahe était nommé drols, Charles-Gustave Wrangel général en chef , Magnus-Gabriel de La Gardie chancelier du royaume, et Henri Fleming trésorier. Le sénat devait être consulté pour toutes les affaires d'un intérêt général. Au cas où la reine viendrait à mourir ou à contracter de nouveaux liens , la présidence avec doux voix écherrait au prince Adolphe , à qui le roi avait signifié la défense de quitter les frontières du royaume. Mais le frère du roi n'était pas aimé : sa conduite insolente envers ses créanciers, qu'il battait au lieu de les payer, lui avait aliéné tous les cœurs. La violence de son caractère détermina ses propres enfans à abandonner sa maison sans vouloir y rentrer. Une haine implacable s'était élevée entre lui et son beau-frère. Il avait si peu d'ordre, qu'à sa mort il ne laissa pas de quoi payer les frais de son enterrement. Ces considérations engagèrent donc les états , peu de jours après la mort du roi , à déclarer le testament nul , par la mison que le roi, en le faisant , n'avait pas l'usage de ses facultés , et le duc fut exclu de la tutelle.

Le sénat, par ses conseils, avait contribué à déterminer le roi à entreprendre la guerre de Pologne , car c'était le seul moyen d'empêcher l'entière restitution à la couronne des dotations faites par les gouvernemens précédens. Sans cette mesure, il était pourtant impossible de rétablir l'ordre dans les finances. De concert avec les états , le roi avait commencé à la mettre à exécution ; mais les guerres qui remplirent sa courte carrière l'empêchèrent de résoudre cette question importante pour la tranquillité future de la Suède. Les moyens employés dans une affaire d'un intérêt aussi grave n'étaient guère qu'une formalité, ce qui convenait parfaitement aux intérêts de la noblesse. Charles mourut au même âge que le grand Gustave. La mort en le frappant anéantit le vaste projet de la formation d'un empire dans le Nord. I^es Suédois le représentent comme

un des plus grands hommes qui aient porté la couronne : une bravoure à toute épreuve , le coup-d'œil d'un aigle , une résolution inébranlable, une connaissance profonde des hommes et des choses , telles étaient les qualités qui le distinguaient. Il avait appris l'art de la guerre sous Torstenson *, il lui ressembla pour la rapidité des opérations. U connaissait le prix du moment , et peut-être sa perte fut-elle une des plus grandes que la Suéde ait faites : lui seul avait pu réunir en faisceau les branches trop divergeantes du pouvoir; lui seul avait pu donner de la vigueur à l'administration intérieure. Une restitution des dotations se serait opérée avec plus de justice sous son règne et n'aurait pas éveillé les haines qu'elle produisit sous Charles XI ni préparé les malheurs qui éclatèrent sous Charles XII.

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