‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 222 sur 275 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

compensation, 11 s^emptfa de presque toutes les lies danoises, et la flotte ennemie, qui était sortie de Ck)penhagu^et avait été enfermée dans le golfe de Flensburg , ne fut sauvée que par l'arrivée de la flotte hollandaise , commandée par Opdam. Le danger dans lequel le Danemark était tombé de nouveau et la présence des Hollandais dans la Baltique déterminèrent le grand électeur à agir ^ il proposa à Monlecuculi de réunir leurs forces. Il parait que la France favorisa cette démarche par jalousie contre les projets ambitieux du roi de Suéde. Les alliés marchèrent sur le Holstein : le roi y avait laissé le comte de Waldeck et le comte palatin de Sulzbacb, à la tête de 8,000 cavaliers avec ordre de se défendre jusqu'à la dernière extrémité, et dans le cas où ils seraient obligés de plier devant les forces supérieures des assaillans, de se retirer dans la citadelle de Fredericsodde , où ils trouveraient tout en abondance. Le roi de Suéde espérait que les aUiés , quoique plus forts que les Suédois, seraient bientôt dans la nécessité de se retirer faute de vivres. Les Polonais, qui avaient pris le château de Kolding, pillèrent le pays d'une manière si révoltante que rélecleur pria Jean-Casimir de les faire rappeler * . Les alliés prirent leurs quartiers d'hiver dans le Julland , et les Suédois gardèrent Fredericsodde. Pour y être plus en sûreté, ils avaient ravagé tous les environs à plusieurs milles de distance \ mais comme ce lieu était insalubre , des maladies contagieuses qui survinrent emportèrent les soldats par grandes masses, ce qui détermina Wrangel à abandonner la rille. Il mina les fortifications et se retira en Fionie avec ses troupes. L'électeur voulait attaquer cette tie , mais les Hollandais lui refusèrent leurs concours. Il se hasarda alors à tenter une descente à ses risques et périls et réunit dans ce but tous les navires qu'il pat trouver dans les ports du Holstein et du Jutland ; mais cette expédition échoua avant d'avoir ireçu un commencement d'exécution.

Ce ne fut pas seulement dans les Iles danoises et sur la péninsule Gimbrique que la guerre se faisait sentir ; elle éclata aussi à l'extrémité de la Norvège. Les habitans de la province de Trondheim , cédée à la Suède par la paix de Roskild, se révoltèrent. Leur mécontentement

* Voyei Pofifendorf, Htc Fr^d, WM., p. S5t.

avait été provoqué par une levée de soldats qu'on avait formés en régiment et transportés en Prusse, loin de leurs foyers et de leurs montagnes. Rien d'aussi insupportable pour * l'homme libre que le joug militaire, et la jeunesse norvégienne, habituée à la mer, ne pouvait se plaire sous le harnais. En outre, le gouvernement suédois avait commis l'imprudence de frapper d'un impôt onéreux là pêche de Stockfisch, qui est une des branches les plus essentielles de l'industrie de ces contrées. Le roi envoya des troupes , stationnées dans le Julland, au secours de la garnison de Trondheim ^ mais eUes furent arrêtées par lès paysans dans les défilés des hautes montagnes qui séparent les deux pays. Le commandant suédois^ assiégé dans la citadelle par les habitans, avait été forcé de capituler, et au milieu des embarras où la Suède était alors engagée, on ne pouvait songer à reprendre cette possession. Les mêmes causes de mécontentement qui avaient fait naître la révolte de Trondheim armèrent la population de l'tle de Bornholm, dans là Baltique. De tout temps jaloux de leurs privilèges et jouissant, sous la domination danoise, d'une liberté assez étendue, ces insulaires crurent qu'on y attentait en enrôlant leurs fils et leurs parens comme soldats. Ils s'insurgèrent pour recouvrer leurs droits , bravant la flotte suédoise qui sillonnait les eaux de la Baltique. On se défit du gouverneur; le château de Hammerfest fût assiégé , et la garnison , frappée d'une terreur panique, mil bas les armes devant une troupe mal organisée de paysans et de bourgeois.

La flotte anglaise arriva dans le même temps: eHe s'étendait depuis l'entrée du Sund jusqu'aux côtes élevées de l'Ile dé Hven. Son aspect ranima l'espérance dans le cœur des Suédois et découragea leurs ennemis ; mais toute incertitude s'évanouit quand on connut les instructions dont l'amiral anglais était chargé. Non-seulement la flotte anglaise ne devait pas servir d'instrument à l'ambition de Charles- Gustave , mais encore elle venait pour s'opposer à ses prétentions. L'Angleterre voulait l'exécution de la paix de Roskild , ni plus ni moins. Les négociations continuèrent à Londres. Là Charles- Gustave avait proposé de partager le Danemark comme il avait fait autrefois pour la Pologne ; mais cette proposition fut rejetée. Pendant ces lenteurs éoiata la

HISTOinE DE SUÉDE.

féToluli<m qui brita le pouvoir de Richard Promwel et détourna pour quelque temps l'ai- (enlioo des Anglais des affaires eitérieures. Le parlement ne se crut pas Hé par ics promesses du protecteur. La Hollande gagna plus d'in* fluence dans les affaires du Nord \ elle concilia au roi d'accepter les conditions de la paix de Roskild, excepté dans ce qui louchait les Ues de Hven et de fiornhoim et la province de Trondheim, qui devaient rester au Danemark* Mazarin signifia au roi d'adhérer à ces conditions, à moins qu'il ne voulût avoir aussi la France contre lui.

L'Angleterre, la France et la Hollande déterminèrent les conditions sans consulter les parties belligérantes. Cette manière despotique d'agir excita naturellement un grand mèpontentemenl. Le roi de Danemark déclara fju'U se ferait plutôt ensevelir sous les ruines de son royaume que de souscrire à une telle paix. Sur ces entrefaites , les Hollandais envoyèrent une flotte nouvelle, sous les ordres du (Célèbre Ruyter, qui atationna entre les tles de J<essO et d'Anhalt. A la même époque arriva aussi une ambassade hollandaise, composée de Slingeland et de Pierre Hubert, qui avaient toujours paru portés pour les intérêts du roi de iSuède \ aussi fare-nt-ils bien reçus par lui. Mais Frédéric était plus que jamais opposé à ces projets pacifiques. Une ambassade anglaise à la tête de laquelle était Algernon Sidney, ce martyr remarquable des opinions républi-* caines , Joignit ses efforts à ceux des envoyés ^hollandais. On signa le premier traité de La Haye % où il fut arrêté que la paix serait rétablie dans le Nord, et quç cielui des rois qui ne ^accepterait pas y serait contraint par la force jdes armes. Quelques modifications furent in- .troduites dans le traité de Roskild : ainsi la province de Trondheim fut rendue au Dane- ;nark. Les Hollandais y étaient intéressés, parce qu'Us faisaient un grand commerce avec ces contrées, d'où ils tiraient beaucoup de matelots pour leur marine , et dont les revenus, presque .en totalité, se trouvaient engagés à leurs négoclans. Rien ne révolta l'esprit hautain du roi de Suède comme les menaces qu'on en4)loya pour lui imposer. Il reçut avec honneur les ministres de France et d'Angleterre , sans rejeter tout 4 fait leurs propositions ; mais celles

M«J«IUel«

que présentèrent les BoHandtfli ne forent pM acceptées. Il ne voulait dépendre que de lui«* même, let disait aux plénipotentiaires étran^ gers, lorsqu'ils lui pr^ntèrent en commun lo projet d'une nouvelle réconciliation : « Comp^ tant sur la force de vos flottes , vous éiaborës des projets, mais je les couperai avec mon épée. » Cependant Frédéric, plus politique que Charles-Gustave, consentit A adhérer i la paix aux conditions posées par les puissances, dans la persuasion que son ennemi ne racoepterail pas. Charles , voyant que ses efforts pour gagner le parlement étalât vains » se détermina à traiter, et les négociations avec le Danemark commencèrent le Sô août ; mais eUes furent presque ausûtôt rompues. La flotte anglaise quitta le Sund et les HoUandato y restèrent maîtres. Malgré les conférences diplomatiques, on ne déposa pas les armes. Les Danois furent repoussés dans des tentatives qu'ils firent sur Ystad en Scanie et sur KîOge dans l'Ile de Seeland \ la descente des alliés dans la Fionie fut plus heureuse. Charles^îustave n'avait pas plutôt eu vont de leur dessein , qu'il c'était rendu en toute hâte en Seeland : il voulait surtout sauver l'armée qui se trouvait dans cette tie et qui comptait 1,000 fantassins et 4,000 cavaliers : c'étaient des troupes d'élite ; elles avaient à leur tèle le comte palatin do Sulxbach. H avait Tordre de mettre une forte garnison à Nyborg et de se retirer en Seeland ; mais les vaisseaux hollandais qui couvraient le Grand-Belt s'y opposèrent. Les Suédois^ attaqués le 14 novembre près do Nyborg par des forces supérieures, furent battus-, S, 000 restèrent sur le champ de bataille et 3,000 furent faits prisonniers. Les chefs Sulxbach et Stenbock se sauvèrent sur une petite nacelto et revinrent sans armée. Charles-Gustave tA* cha de se consoler en pensant à la bravoure déployée par ses troupes et à l'inconstance do la fortune.

La reprise de la Fionie remonta le moral des Danois : ils voulurent porter la guerre dçtna l'fle de Seeland ^ mais l'amiral Ruy ter, qui avait seul déterminé la victoire en leur faveur, refusa sa coopération. Le roi expédia A ses ministre! l'ordre d'accepter le traité de RoskiU) il envoya Coyet, diplomate consommé , en Hollande , et BjOrnkk) en France*, luinnème se rendit en Suéde pour assister à la diète qu'il avait convoquée A Gothenbourg.

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