‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 225 sur 275 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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& toutes ses prétentions sur la Suéde, VEsthoDie et Osel, et les frontières de Suède furent reconnues jusqu^aux bords de la Duna. Le duc de Gourlande devait être rétabli dans son duché. La Suède restitua Marienbourg , Slumm et Elbing. Les conditions avec TAutriche et le Brandenbourg étaient telles , que la guerre ne leur avait produit aucun avantage , sinon que les obligations contractées par Télectcur dans les traités de Kônigsberg , de Marienbourg et de Labiau furent annulées. Les négociations avec le Danemark ne furent pas interrompues. Le ministre français n^eut pas plutôt appris la mort du roi qu'il engagea les autres minisires, médiateurs comme lui, à redoubler d'clTorts. La paix avec le Danemark fut conclue le 6 juin sur les bases de celles de Roskild. Trondheim et Bornholm restèrent au pouvoir des Danois. Les négociations avec la Russie se firent à Rardis, sur les frontières de PEsthonie et de la Livonie : elles traînèrent beaucoup en longueur; mais elles amenèrent à la fin une paix solide * , assise sur celle de Stolbova.

La guerre se trouvait ainsi éteinte -, mais il restait encore à régler des questions non moins graves. Les fonctions de la nouvelle régence devaient durer longtemps, et cette régence était faible. Magnus-Gabriel de La Gardic occupait la place qu'Axel Oxensljerna avait remplie avec tant d'honneur. Les divisions qui existaient dans la noblesse devinrent plus profondes; déjà se dessinaient les partis qui préparaient sourdement le despotisme. La reine manquait de qualités éminenles : elle n'avait point de volonté à elle et ne savait pas faire prévaloir son autorité. Le drols Pierre Brahe, consommé dans les affaires, était déjà chargé d'années: religieux, intelligent, ennemi des innovations , il avait un grand esprit d'ordre et d'économie. Le marsk Lars Kagg , vieillard qui avait blanchi sous les armes, était tellement ignorant qu'il savait à peine écrire son nom. L'amiral Charles-Gustave Wrangel , un des plus grands capitaines de son temps, probe, d'une grande résolution, ferme, plus propre aux combats qu'aux intrigues de cabinet, était riche et libéral ; mais ses dépenses ne dépassaient pas ses revenus. Magnus de La Gardie connaissait mieux l'art de représenter et de se concilier les cœurs; mais il manquait de.pro-

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fondeur, d'intelligence et de force de caractère, qualités indispensables pour régner : il donnait dans une libéralité extravagante. Gustave Bonde parlait peu , mais il était profondément versé dans les affaires de finance.

La diète se réunit au mois de septembre. Fleming, qui avait été aussi nommé dignitaire parle testament du roi, fut exclu par la noblesse, parce qu'U avait opéré le commencement de restitution des domaines qui eut lieu en 1655 et qu'on avait trouvé dans la cassette du roi le projet d'une semblable restitution des dotations faites au profit de la couronne. Gustave Bonde fut nommé, à sa place, trésorier du royaume. Le nombre des sénateurs fut porté à quarante. On ajouta un sixième collège, celui des mines et du commerce , à ceux qui existaient déjà.

L'éducation du jeune roi fut tout à fait négligée; mais Charles XI est un exemple de cetto vérité, que des dispositions naturelles extraordinaires, une éducation distinguée, des connaissances variées ne sont pas nécessaires pour occuper la place la plus élevée ; mais que le sentiment de sa propre dignité, une valeur éprouvée, un jugement droit, un bon cœur font souvent les meilleurs rois pour le peuple. Il paraît que ce fut à dessein que les tuteurs I9 laissèrent user ses premières années dans une complète ignorance i de celte manière on pensait qu'il resterait toujours sous leur dépendance et ne leur ferait rendre jamais un compte sévère de leur administration. Il est présumable du moins que telle était la pensée des plus puissans tuteurs, comme de La Gardie. Celte négligence doit être attribuée aussi en partie à la reine, qui aimait son enfant outre mesure et était satisfaite pourvu qu'il se portât bien : ((Ses frères, disait-elle, n'avaient rien appris et n'en étaient pas moins de bons princes. » Il avait pour gouverneur Christian Horn, homme sans capacité, et pour précepteur Figrclius, savant professeur d'Upsala , anobli sous le nom de Gripenhjelm : il se plaignait de ce que le jeune prince aimait mieux les exercices du corps que l'élude. Charles était entouré de jeunes gens qui pliaient toutes leurs volontés à la sienne , probablement pour la dominer un jour. Ils lui inspiraient de la haine contre le sénat; ils lui persuadèrent que les fonds publics étaient mal administrés et que les membres de la régence n'étaient pas désintéressés.

HISTOmE DE SUÉDE.

A rage dç vingt ans, lorsqu'il se rendit à 'Farmée de Scanie, il ne savait encore ni lire ni écrire. Les suppliques qu*on lui adressait le mettaient dans un embarras terrible-, il pâlissait et rougissait tour à tour : a J'ai appris à la guerre, disait-il souvent, ce que les autres y oublient généralement , à tire et à écrire. )>

On vit bientôt que la grande âme d'Axel Oxenstjerna manquait t la régence, ce sage ministre qui savait concilier les espérances et les prétentions de tous les partis. La discorde se mit entre les grands , les tuteurs, le sénat et la qoblcssc, qui en recueillirent plus tard les fruits les plus amers. Quoique le royaume eût besoin d'une longue paix pour se remettre de tant de sacrifices , la guerre avait beaucoup de partisans ; ils la croyaient utile pour écarter leurs adversaires, se rendre eux-mêmes indispensables et faire leur fortune. Dans de telles circonstances, les questions d'alliance sont des questions vitales , et ce fut avec ce caractère qu'elles se présentèrent dans les partis qui divisaient la régence et le sénat. La France d'un côté et l'Autriche avec des puissances maritimes de l'autre cherchèrent à les gagner à force d'argent) car la Suède était déjà regardée comme à vendra en Europe. Des reviremens subits de systèmes s'opéraient sur un signe des chefs de partis, attentifs à la marche des événemens. On entendait un langage démocratique; on démontrait que la Suède devait retirer des sommes énormes de l'étranger , sans avoir besoin de tirer l'épée. Une alliance avait été signée le 24 septembre 1661, à Fontainebleau, pour dix ans. La Suède , dans un article secret, s'engageait h envoyer 10,000 hommes en Pologne , en échange d'une somme de 480,000 thalers. On était sur le point d'entreprendre cette imprudente expédition , lorsque le comte Oxenstjerna l'empêcha par sa vigoureuse opposition. On songeait aussi à déclarer la guerre à la Russie ; ce projet fut également abandonné à cause de la résistance qu'il rencontra. De La Gardie était partisan avoué des Français; mais il se formait dans le sénat un parti tout contraire*. L'insolence du ministre français , qui avait dit que la Suède devait danser comme un canton suisse lorsque la France battait les tambours , avait suscité beaucoup d'ennemis à

* Les sénateurs Sten Bjelke , Canut Kurk, Glas RAlamb, BJOrnklo.

cette puissance. Ce parti fut cause que la Suède accéda aux mesures prises par l'Angleterre, la Hollande et l'empire pour mettre des bornes à l'ambition de Louis XIV. La paix signée & Aix-la-Chapelle fut le résultat de cette accession. Le ministre de France à Stockholm, à cette époque , était Pomponne ; aussitôt que la Suède se fut déclarée, 11 quitta la capitale. Louis XIV était très-mécontent ; mais il parvint bientôt , par ses intrigues et par son argent, à reprendre son ancienne influence en Suède. Le tableau de ces temps est triste. On pouvait tout avoir à Stockholm pour de l'argent : les flnances étaient épuisées. La reine douairière ne put échapper aux soupçons d'avoir accepté l'argent des Hollandais. Les forteresses qui couvraient les frontières étaient mal entretenues; tout était en désordre, et l'armée éprouvait un dénûment auquel on n'aurait pas dû s'attendre après tant de guerres glorieuses. Les ministres accrédités auprès des cours étrangères n'étaient pas payés ^ les paysans étaient maltraités et trompés par les prévôts, comme le prouvent les plaintes qu'Us firent entendre plus tard. Le roi commençait à montrer et à développer son caractère : son penchant pour la chasse, pour les chevaux et en général pour tous les exercices du corps se fortifiait avec les années. Au nombre de ses favoris, on remarque les frères Gyllenstjerna et Hans Wachtmeister, qui jouèrent plus tard un rôle si important; ils n'épargnèrent rien pour rendre de La Gardie odieux ft leur mattre. Celui-ci avait d'abord conçu une haute idée de la capacité de cet homme d'État; mais de La Gardie ne tarda pas à la détruire lui-même par son imprudence. A la diète (décembre 1672), Charles XI prit les rênes du gouvernement : il était alors ftgé de dix-sept ans. La régence présenta un compte que le Jeune roi accepta malgré les conseils de ses favoris. Plusieurs hommes nouveaux se présentèrent sur la scène et acquirent la confiance du roi. Nous nous contenterons, quant à présent, de nommer Lind^kôld , fils d'un bourgmestre d'une petite ville d'Ostrogothie , homme de capacité à qui le roi confia d'importantes missions qu*il rem* plit toujours avec distinction.

Charles monta sur le trône à l'époque où Louis XIV avait mûri ses projets ambitieux. Ce monarque n'avait rien épargné pour gagner la cour de Suède. 11 avait contre lut un fort

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