CHAPITRE m
parti , dans lequel on distinguait BJôrnklo, à qui se joignirent Benoît Oxensljcrna , le» Gyîlenstjerna et plusieurs autres seigneurs; mais tous les conseils de la sagesse et de la prudence durent se taire devant la puissance de ror. De La Gardie appuya les efTorls des ministres français avec tant d'ardeur et de succès, qu'une alliance défensive fut conclue avec la France au mois d'avril 1672. La Suéde, dans le cas où quelque État d'Allemagne agirait contre le roi de France, s'engagea à envoyer des troupes en Poméranîe et à Brème. La France payait annuellement à la Suède 480,000 tha- 1ers, et en cas de guerre 600,000. Cette alliance eut des suites ftmestes, en enlratnant la guerre avec le Danemark et avec l'Allemagne. Il est vrai qne la Suède fit quelques tentatives pour la prévenir; mais ses avances paraissaient toujours suspectes, parce qu'on la regardait comme liée par l'argent de la France. Convain«eue de l'inutilité de ses démarches, elle se détermina i Texécution du traité. Le roi, par suite de l'éducation - qu'il avait reçue, avait grande envie d'essayer ses forces dans une guerre : Texpérience ne lui avait pas encore fait sentir le prix de la paix. Plusieurs grands d'ailleurs poussèrent le prince , dans l'espoir qu'il trouverait la mort dans les combats.
Mais on manquait de tout pour faire la guerre : on se trouvait hors d'état d'équiper une flotte ; les soldats n'étaient pas exercés ; la Suéde ne pouvait être prête à temps pour favoriser les projets de la France. Cependant Charles-Gustave Wrangel fut nommé général en chef en Allemagne. Mais ce grand capitaine n'était plus ce qu'il -avait été : brisé par les fatigues et retenu dans son lit, il refusa une mission dont le poids pouvait l'accabler -, toutefois le roi Tobligea de s'en charger^ lui donnant pour le seconder le général Helmfelt, guerrier distingué, mais qui , favori de La Gardie , était d'un parti opposé au sien. Ce dernier quitta l'armée avant qu'elle entrât en campagne, et il fut remplacé par Mardefelt, qu'on soupçonnait d'être en relations intimes avec le Brandenbourg. Quoique les troupes fussent rassemblées, on avait peur de rompre. La France promit d'augmenter les subsides ; mais elle avertit qu'elle les retirerait si les Suédois se tenaient l'arme au bras pendant qu'on se battait aux bords du Rhin. Alors Wrangel reçut l'ordre d'agir; il entra dans les Marches , sous prétexte <ie rétablir la
paix entre l'électeur et la France et s'annon^ çant comme ami. Wrangel avait promis do maintenir une discipline sévère; mais les habilans n'ayant rien voulu donner, les soldats commencèrent à se livrer à des excès plus violens que ceux qu'on reprochait & la guerre do trente ans : les récoltes furent détruites, les bestiaux tués et le's villes dépeuplées; la plupart des habitans se réfugièrent en Pologne. L'électeur se plaignit amèrement d'une telle conduite. L'Angleterre, le Danemark, la Hol* lande commençaient à s'armer; l'empire se déclara aussi pour l'électeur. Celui-ci se ballait contre la France, lorsqu'il reçut la nou* velle de l'invasion des Suédois dans ses Étals. Il se retira immédiatement en Franconie avec ses troupes pour les faire reposer et voler ensuite à la défense de son territoire. Il arriva si inopinément, qu'il trouva les Suédois disperses le long du Hawel. Il n'avait guère que de la cavalerie avec lui, tant sa marche avait été rapide. Les Suédois furent surpris à Ratenau et obligés d'accepter le combat à Fehrbellin% dans une position désavantageuse. Leur général n'était pas présent; la division régnait parmi les chefs, et le frère de Wrangel, qui prit le commandement, n'était pas en état de le remplacer : ils furent défaits et eurent 1,500 hommes lues plutôt en fuyant qu'en combattant. Cet échec fut une grande tache imprimée à la gloire de la Suède et devint pour ses ennemis le signal de l'attaque.
Les états s'assemblèrent à Upsala dans le mois d'août. Ils manifestèrent un grand mécontentement, non-seulement au sujet de la guerre et des désastres qui en étaient la suite, mais encore & cause de l'état dans lequel la régence avait remis le royaume au jeune roi à la suite d'une paix de quatorze ans , qui n'avait élé interrompue que par Tarmement destiné contre la ville de Brème ' en 1666. Us demandèrent que les comptes de la régence fussent vérifiés par un comité nommé & cet effet et dont les paysans seraient exclus. Le roi y consentit, non sans faire quelque difficulté. Celle première démarche n'annonçait pas seulement
< Le 18 Juin 1675.
* Cel ormemenr, (fof compromit raotorlCé et U Suède dans ses possessions allemandes , coûta â l'ÉUt plas de deux niitilons. Wrangel, qui avait mémo tiombardé la ville de Brème, fut contraint de se retirer devant les menaces de Tempirtf:
la chute de Magnus de La Gardie ; elle était encore le prélude des attaques qui deyaient bientôt miner la puissance et la fortune de la noblesse. — Le jeune Charles fut couronné à Upsala, au mois d'octobre.
Pendant que ces discussions troublaient la Suède, rAllemagne faisait les préparatifs d'une guerre formidable dans Vintention manifeste de chasser les Suédois de son territoire. La Suède fut déclarée ennemie de l'empire. Le Danemark et Lunebourg levèrent Télendard do la guerre; Tévèque de Munster lui-même osa tirer l'épée : réuni aux troupes brandenbourgeoises, il s'empara de la ville de Stade (15 août 1676). Le grand électeur dirigea toutes ses forces contre la Poméranie après la victoire qu'il venait de remporter à Fehrbellin ; Christian V, de Danemark, se joignit à lui, après avoir signé à Dobberan (le 26 septembre 1676) un traité par lequel ils se partageaient d'avance leurs futures conquêtes «. Ils entrèrent en Poméranie et menacèrent Stralsund ; mais ils furent bientôt obligés d'opérer leur retraite. Christian marcha sur Wismar, dont il s'empara malgré une résistance vigoureuse*.
Lorsqu'on apprit le désastre que Wrangcl avait essuyé dans le Brandenbourg, on arma la flotte, chargée de 10,000 hommes, pour renforcer l'armée dans ces contrées-, mais, soit qu'elle eût été retenue par les vents contraires ou qu'elle eût éprouvé des retards par l'inhabileté des amiraux, elle n'arriva pas à sa destination. Des maladies éclatèrent dans les équipages et les moissonnèrent. Le grand amiral, Stenbock, fut appelé plus tard à rendre compte de sa conduite dans cette circonstance j il perdit sa place et fut condamné à payer les frais de l'expédition. Ces malheurs contribuèrent à la supériorité des ennemis de la Suède en Allemagne; et malgré toute l'habileté de Kônigsmark, qui avait remplacé Wrangel dans le commandement, il ne fut pas possible de tenir tête aux forces des alliés. L'électeur s'empara des petites forteresses dont la Poméranie était alors hérissée \ il assiégea Stetlin, qui, après un long siège, ouvrit enfin ses portes ». Les Danois occupèrent toute l'tle de Rûgen ; ils en furent
• Une alliance formelle remplaça ce traité le 23 décembre 1676.
* Le 13 décembre 167&.
« U H décembre 1677.
bientôt chassés par Kdnigsmark, mais ils la reprirent concurremment avec les Brandenbourgeois. Kônigsmark, obligé de se jeter dans la forteresse de Stralsund, y fut assiégé, et une partie de la ville brûlée par le bombardement. Elle capitula le 15 octobre, et les Suédois en sortirent avec les honneurs de la guerre. Toute la Poméranie était donc perdue, et des braves guerriers qui avaient défendu ces possessions, bien peu seulement devaient revoir leur patrie; presque tous périrent dans la Baltique, prés de JBornholm, avec l'artillerie^ les archives et le butin recueilli dans tant de campagnes : 600 survécurent à ces désastres et rentrèrent en Suède. Une invasion en Prusse, tentée par Henri Horn, à la tète de 16,000 homaies, du côté de la Livonie, ne fut pas plus heureuse. Cette armée fut battue et presque détruite en entier : 2,500 à peine revirent leurs foyers.
Cependant l'orage le plus menaçant grondait du côté du Danemark; un grand mécontentement fermentait dans les provinces nouvellement acquises, et la régence n'avait su se concilier ni la confiance de la noblesse ni celle des paysans. La Scanie surtout était un foyer d'irritation, et l'on n'y attendait que l'arrivée d'une armée danoise pour prouver qu'un attachement cimenté par une réunion de quatre siècles ne se brise point d'un simple traité. La Suède avait tout fait pour prévenir une rup* ture. Le roi était fiancé à la sœur de Christian V, Ulrique-Éléonore : on y envoya plusieurs ambassades. Christian fit sa déclaration de guerre le 2 septembre 1675; la flotte danoise, réunie aux vaisseaux de guerre hollandais, parut dans la Baltique. Le gouverneur de Norvège, GyldenlOw, pénétra en Suède pendant que l'amiral N. Juel s'emparait de Gottland *, battait complètement la flotte suédoise en vue de l'tle d'Oland *, et que l'armée danoise, forte de 16,000 hommes, opérait une descente en Scanie. Helsingborg et Landskrona se rendirent, et les paysans, se formant en guérillas sous le nom de snapphanar ', unirent leurs efforts à ceux des Danois pour se soustraire & la domination suédoise. Christian envoya un
• Le 29 avrU 1676.
■ Le l«']uiD.
* De là est venu probablement en France le mol de chenapan, qui CD style vulgaire signifie Mgand, ban' dit, etc.