CHAPITRE V
de son voyage, mais elles avaient été dissipées avant même qu'on en eût fait le» premiers préparatifs : il ne demanda plus d'argent. Ces demandes réitérées avaient fait baisser le héros dans l'opinion des Turcs et surtout dans celle du sultan. Le khan des Talares , gagné par Auguste, persuada à Achmet III que Charles était un prince ingrat. Ainsi prévenu, le sultan lui envoya un ordre de départ ^ mais Torgueil du roi se révolta, et il s'obstina à rester. Il s'était définitivement établi à Bender,où il habitait une maison en pierres qu'il avait fait construire et meubler -, d'autres logemens avaient été disposés pour les gens de sa suite -, des baraques abritaient ses soldats, et le tout était entouré d'un rempart. Des défenses sévères interdisaient tout trafic avec les Suédois; pour se procurer des vivres , il leur fallait corrompre les jannissaires. Enfermé dans son camp, le roi paraissait désirer qu'un accident, quelque grave qu'il fût,vtnt rompre l'uniformité de la vie qu'il menait-, il travailla jour et nuit à ses fortifications , et fit toutes ses dispositions pour le cas d'une attaque. Des courriers arrivaient chaque Jour, apportant l'ordre du sultan de faire partir le roi vivant ou mort. Celui-ci resta sourd aux prières, comme aux menaces. Enfin le 11 février 1714 l'attaque commença. Les jannissaires, gagnés par les observations et les présens de Grothusen , un des colonels et des favoris du roi, refusèrent de faire usage de leurs sabres contre leur ami , comme ils l'appelaient. Les Jours suivans , ils avancèrent aux cris de Mlah! Mlah! Les canons tonnèrent; les Suédois, forcés dans leur retraite, furentpour la plupart faits prisonniers. Un traban et deux de ses domestiques entraînèrent presque de force le roi, qui voulait combattre à découvert. Il trouva sa maison remplie d'Osmanlis et de vingt à trente des siens. Il excita ceux-ci à purger son habitation de ces hôtes importuns , et il donna la preuve du plus brillant courage dans la lutte qui s'engagea ; il se battit dans sa chambre contre trois Turcs. Quoique blessé dans trois endroits, il se défit de ses adversaires. Mais les Turcs avaient mis le feu à Ja maison, cl Charles en se retirant à la chancefierie fut pris et dépouillé. Ce fut le jour remarquable du combat (calabalique) de Bender ; plus de soixante hommes furent tués de part et d'autre. Charles XII reçut des Turcs le nom de Demir^ ha$eh (Téte-de-Fer). Le bâcha le traita avec
honneur ; seulement on ne lui rendit pas sdh épée. Charles fut conduit à Andrinople; on lui assigna pour résidence le château de Demotica. Dans cet excès d'infortune, il conserva la dignité et la fermeté qui conviennent à un roi ; il refusa de voir le grand-visir, et se mit au lit, où il resta quarante-trois semaines.
A la fin le ministre français parvint à désarmer la colère du sultan. Il se reprocha son emportement contre un malheureux, an hôte , un roi. Il ne put refuser son admiration aa courage héroïque de Charles , et 11 eût voulu pouvoir réparer ses torts envers lui. Mais une grande hésitation dominait dans toutes les résolutions du sultan : tantôt il voulait la paix, tantôt la guerre; il se détermina enfin pour la paix. Poniatowski et Funk, envoyés du roi auprès du sultan , furent obligés de quitter la capitale. Tous les Suédois perdirent courage; le roi seul conserva sa fermeté. Il était resté si longtemps au lit, qu'il fut, à la fin , saisi d'une fièvre qui dura plusieurs mois. Dans cet état de choses, ceux qui l'accompagnaient étaient bien éloignés de s'attendre au départ. Mais le sénat avait dépêché vers le roi le comte H.-H. Llewen pour l'engager à rentrer dans ses Etats, On ne pouvait choisir, pour une telle mission , une personne plus habile. Honnête , intelligent et courageux, cet homme n'hésita pas à dire au roi , face à face , la vérité sans détour. A cette franchise militaire , il joignait un sel de plai-santcrie, que Charles aimait, dont il assaisonnait son langage avec un goût exquis. Liewen fit observer au roi que s'il ne revenait pas , le peuple était dans l'intention de nommer un régent. Les lettres du baron Gôrtz n'éveillèrent pas moins sérieusement les réflexions du roi , auquel il annonçait qu'on craignait que des troubles n'éclatassent à l'intérieur. A peine l'entrevue fut-elle terminée que le roi voulut partir. Il envoya son favori Grothusen à Constantinoplc pour se procurer l'argent nécessaire, et dès le 4 octobre 1715 il était avec sa suite sur la frontière des États autrichiens. Là il se sépara des siens et prit deux officiers avec lui, le baron Rosen et le colonel During. Tous trois avaient des passeports sous des noms supposés : le roi était le capitaine Charles Frisch ; Rosen, Jean Palm; et During, Jean de Hongrie. Une perruque noire, un chapeau galonné d'or, un habit brun et un manteau bleu rendaient Charles méconnaissable. Ils marchèrent jour et
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nuit I sans guidesi Roseo retla ea arrière, Du*» riDg tomba évanoui de son cheval \ Charles seul supporta les fatigues. A son grand déplaisir, il lui fallut traverser la Hongrie en voiture; mais i Vienne, il monta & cheval avec During. Per* sonne ne devinait Charles XII dans ce voyageur en perruque; et si quelque soupçon perçait de temps à autre « il suffisait pour le dissiper que le voyageur aval&t un verre de vin, car toute TEurope connaissait Jusqu'à ses moindres ha- | bitudes ei savait qu'il avait renoncé de bonne heure à Tusage du vin. Les cavaliers avaient parcouru à cheval en quinze jours un espace de 380 milles : ils sellaient eux-mêmes leurs montures et leur donnaient le fourrage. Le 22 novembre, à minuit, il se présentèrent aux portes de Stralsund. Les gardes refusèrent de leur faire ouvrir ; mais sur leurs instances , on avertit le commandant, comte DQker, de Tarrivée de deux voyageurs. Le commandant eut le pressentiment que c'était son maître -, il sauta du lit , mais avant qu'il fût babillé, Charles et son compagnon étaient dans sa chambre.
L'arrivée du roi servit à expliquer la conduite tortueuse qu'avait tenue antérieurement le roi de Prusse, car lorsqu'il vil que Char* les XII ne voulait entrer dans aucun arrangement pour la cession de Stettin , il se déclara ouvertement pour les alliés et réunit ses troupes aux leurs. Le roi d'Angleterre, George P% plutôt dans l'intérêt du Hanovre, dont il était électeur, que dans celui de son royaume , accrut le nombre des ennemis de la Suède en achetant du Danemark Brème et Yerden, dont ils s'étaient emparés. Charles fit pourlant lots ses cfTorls pour défendre ce qui lui restait de ses possessions d'Allemagne ; mais le grand nombre de ses ennemis l'accablait ; les Prussiens finirent par Tassiéger dans Slralsund. Un combat meurtrier fut livré ; Charles, comme en toute occasion , y courut les plus grands dangers. Une balle morte l'atteignit & la poitrine. Il tomba sous son cheval ; toute sa bravoure ne lui servit de rien : ses meilleurs officiers, ses plus fidèles amis, tels que Grothusen, Bassevits , Daldorf et Torstenson, périrent à ses côtés. Il commanda la retraite. Stralsund fut bombardé; les ouvrages furent enlevés Tun après l'autre; la ville et la citadelle seules tenaient encore* Charles résolut de s'ensevelir sous leurs ruines* Ce ne fut qu'avec beaucoup dQ P^QO qu^ ^^ officiers obtinrent
qu'il se retir&t. Il y avait presque impossibiUlé de traverser la Baltique , qui était d^i couverte de glaces. Le feu tonnant des ennemis ne l'em* pécha pas de suivre l'étroit passage qui sépare l'Ile de Rûgen de la Poméranie. Charles montait un yacht : c'était un voyage pénible autant que dangereux. Le roi mit pied è terre i Trelleborg, petite bourgade sur les côtes de Scanie. Il touchait enfin le sol de la patrie après cinq ans d'absence. Que de changemens son obstination avait produits pendant cette longue période ! Il avait quitté son pays florissant au dedans , respecté au dehors, et il le retrouvait saignant de ses pertes et frappé au cœur par tous les maux qui accompagnent une guerre désastreuse !
Stralsund tomba quelques jours aprèa entre les mains de l'ennemi (24 décembre 1715). Wismar éprouva le même sort au mois d'avril 1716. La Suéde perdit ainsi le reste de ses Iiossessions en Allemagne.
I^ crainte seule de voir son autorité méconnue avait ramené Charles dans son royaume , ainsi que nous l'avons dit. Un nouveau personnage parut alors sur la scène ; c'était le baron Gôrtz, homme plus fait pour les grands projets que pour les grandes affaires, aussi fécond en ressources que peu scrupuleux sur les moyens. Ces qualités étaient une bonne fortune pour Charles XII dans l'extrémité où il se trouvait. Pendant trois ans, ce ministre soutint son système de remèdes violons et travailla à isoler le tzar de ses alliés, CequeM. deFabrice, ministre du Holstein, avait d^à dit au roi en Turquie de cet homme d'État lui en avait fait concevoir la plus haute opinion. Il le connaissait personnellement , l'ayant eu à son quartier général lorsqu'il était en Saxe, Gôrtz lui avait rendu d'exceUens services et lui en prometlait de plus grands. Une conversation qu'il eut avec le roi è Stralsund suffit pour convaincre celui-ci de ses grandes qualités. Gôrtz avait un génie vaste et fait pour une époque difficile. La connaissance qu'il avait de tous les États européens, de leurs princes et de leurs ressources , donnait encore plus de poids & ses conceptions ; et certes, il était le seul qui eût la hardiesse et la capacité nécessaires dans une situation aussi affreuse que ceUe où Charles s'était placé. Cependant Gôrtz chercha, par tous les moyens, à se soustraire à la dangereuse confiance que Charles plaçait en lui ^ il M céda
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qu'aux prières rëitéréei du roi et ne coiMenlit à «e charger de rimfuense fardeau des afTaires que pour uo an , encore ce ne fut que sous la Gooâitton expresse que Charles se prêterait & la paix et que toutes les négociations tendraient Tors ee but* Le plus grand obstacle qui arrêtait le roi, c'était Tëtat de ses finances, car Tédillce qu'avait élevé son père s'était écroulé : les revenus ne suiBsaient phis pour couvrir tesdépenses. Le baron de GOrtz avait une connaissance ap** profondie de la nature du crédit, et il fut bientôt au courant de Tétat financier du royaume. De grandes difficulté» l'attendaient sur cette route : les rapports intimes qui l'unissaient au prince en qualité d'ami et de conseiller , non comme serviteur » pouvaient en rendre la solution {dus facile -, mais la confiance dont cet étranger fut investi lui attira la haine et la jalousie des Suédois. Les grands et le sénat surtout s'irritèrent de sa manière d'agir toute indépendante, et les fonctionnaires subalternes trouvaient mauvais qu'il atlaquftt tous les abus. U était évident qu'il fallait chercher à sortir des embarras du moment : un plan de finances sagement combiné, mais dont le peuple n'apercevrait les résultats avantageux qu'au bout de quelques années , ne pouvait convenir au moment actuel , et si Gôrtz ne vît pas ses efforts couronnés de succès , c'est que son plan ne fut pas suivi , que la haine des grands et du peuple élevèrent devant lui des obstacles insurmontables et qu'on donna des interprétations perfides à ses opérations.
Dana la répartition des impôts, Gôrtz épargna les paysans autant qu'il était en son pouvoir \ mais tous les moyens pour se procurer de l'argent ayant échoué , il fallut recourir & des emprunts forcés, qui devaient être remboursés dans deux ans. Les riches devaient y contribuer , ou facultativement ou par taxation. Labanqueayantété affaiblie par la guerre, les députés refusèrent de s'engager pour la couronne. Gôrtz ne put même se procurer des renaeignemens exacts sur l'état de oette banque. Le roi avait pensé dq^uis longtemps à frapper une fmnmaie de ditretH; il pria Gôrts d*employ^ cette mesure. Celui-ci proposa l'émisrsion de petites pièces de cuivre (mytU-tecft^n) dont la valeur intrinsèque équivalait à peine à un sou de France, tandis que la valeur fictive en fut portée à un thaler d'argent. La crainte 4a çwlre&ifioa en fit changer A chaqœ instant
le poinçon , et l'on veilla soigneusement à ce qu'on n'en introduisit point dans les ports. Elles n'étaient destinées qu à former le billon du pays , et devaient être échangées , après un certain temps, contre une meilleure monnaie d'argent \ on en devait fabriquer pour une va* leur d'un million. Les premières qui parurent portaient une courouM^ d'où elles tirèrent leur nom. Il en sortit encore de huit sortes , sous différentes dénominations, et quatre étaient sur le point d'être mises en circulation lorsque le roi mourut. Les peines les plus graves étaient appliquées à ceux qui les refusaient. Elles eu** rent d'abord une heureuse influence sur les af*faires, auxquelles elles imprimèrent une grande activité : la flotte fut équipée , des magasins furent ouverts et l'armée fut habillée. Gôrta voulait, par une circulation abondante, mettre le peuple é même de payer ses impôts*, mais dans ce moment important , il quitta la direc^ lion des finances pour se charger des négocia** tiens extérieures. Son système fut détruit. Le roi employa ces pièces de monnaie comme si elles eussent été véritablement d'argent; GOrtz n'avait Jamais songé à en faire un pareil usage. En trois ans, Charles en émit pour 36 millions, dont 18 étaient en circulation. Ce fut à cette époque que GOrtz revint et trouva les finances plus délabrées que jamais. Il proposa d'abolir le cours de l'ancienne monnaie en l'échangeant contre de l'argent à titre inférieur. On donna à ces nouvelles pièces le nom de thalers de Gi(^\:i\G^tX'-dalrar)JTo\xK9Miv^ argent qu'on trouvait était confisqué au profit de la couronne. Cette violation du droit de propriété attira sur Gôrtz une haine implacable. Tout le royaume fut traité comme une place assiégée. Cependant l'idée fixe de Gôrtz était de procurer au pays une paix honorable : muni de pleins pouvoirs, il s'embarqua pour les Pays-Bas; il voulait opérer une scission entre les ennemis de la Suède en séparant le tzar de l'alliance Ibrmée contre elle. Pour les pertes que la Suède avait éprouvées & l'est , elle devait être indemnisée d'un autre côté. Pierre était indisposé contre le Danemark; il avait envoyé enSeeland 90,000 hommes, qui , réunis aux forces danoises, devaient faire une descente en Scanie. Mais le roi de Danemark commençait à craindre les Russes plus encore qu'il ne craignait Charles Xil : aucune descente n'eut lieu, et le tzar fit revenir ses troupes.
Le roi d^Anglelerre avait entre les mains quelques lettres de Gôriz, saisies sur mer; elles lui servirent à accuser leurs auteurs de conspirer contre la sûreté de TAngleterre : 8,000 suédois, suivant ces lettres, devaient faire une descente en Ecosse et y établir le prétendant. Gôriz et le ministre suédois, Gyllenborg, au mépris du droit des gens, furent arrêtés à Arnheim dans les Pays-Bas; mais ils furent remis en liberté quelque temps après. Lorsque le tzar arriva dans ces contrées , Gôrtz lui fit une visite et obtint de lui la promesse de s'abstenir de toute hostilité pendant trois mois. Gôrtz entama également des pourparlers avec la Prusse, eut la liberté de passer par ce royaume et arriva en Suéde. LoR>n , une des Iles de Tarchipel d'Àland fut choisie pour y placer le siège du congrès. Gôrtz et Gyllenborg s'y rendirent en qualité de ministres de la Suède, et Pierre P' y envoya deux plénipotentiaires qui traitèrent avec eux dans le plus grand secret. On convint que le tzar garderait toutes ses conquêtes, à Texceplion de la Finlande, et que Charles serait indemnisé par celle de la Norvège. L'armée suédoise de Finlande devait être transportée sur des vaisseaux russes en Ecosse pour y remettre le prétendant sur le trône. Stanislas remonterait sur celui de Pologne avec l'aide de la Russie , et les Suédois rentreraient dans leurs provinces d'Allemagne. Les arniemens de Charles XII, séparé de ses autres ennemis par la Baltique, ne pouvaient être dirigés que contre le Danemark. A son retour, il donna l'ordre d'assembler des troupes, et des milliers d'hommes coururent aux armes à l'appel de leur roi bien-aimé. Mais les tristes résultats de cette conflance illimitée en lui-même, qui le distinguait jadis, avaient changé en irrésolution, en versatilité cette hardiesse sans laquelle les grands projets ne peuvent s'exécuter. Une attaque contre la Norvège parut offrir quelque chance de succès ; elle devait s'efTectuer sur deux points , par le Bohus et par le Vermland. La campagne s'ouvrit les premiers jours du mois de mars 1716. On s'élança jusqu'à Christiania^ mais n'ayantpu prendre ni Fredericstad ni Frederlcshall,le roi fut obligé de se retirer avec son armée, qu'il distribua dans l'intérieur de son royaume. Cette expédition lui coûta 4,000 hommes. La Séante était menacée -, le roi séjourna à Lund , petite ville de celte province, afin de pouvoir
résister à l'attaque des Danois, qu^on attendait. Mais le débarquement n'ayant pas eu lieu, Charles s'occupa exclusivement de la formation d'une nouvelle armée. Ce projet offrait les plus grandes difficultés. Le reste de l'année 1716, toute l'année 1717 et une partie de 1718 furent consacrées aux préparatifs de cette expédition. Pendant que le général Armfell, & la tête des sept mille hommes de l'armée finlandaise , gagnerait dés le mois de septembre le nord des Alpes norvégiennes , dont les cimes couvertes de neiges éternelles sont près* que inaccessibles au voyageur, le roi devait se porter sur Fredericshall pour s'en emfparer. Armfelt s'avança en effet vers Trondheim,mai8 il s'arrêta à ses portes, de sorte quMl laissa aux Norvégiens le temps de reprendre courage et d'en terminer les fortifications. Ce retard contraria sensiblement le plan du roi, qui, à la tête de dix-huit mille hommes, résolut de s'emparer de Fredericshall par un siège en règle. Ce fut durant les travaux de ce siège que Charles fut assassiné par les siens d'un coup de pistolet, le 11 décembre à dix heures do soir. On le trouva étendu dans la tranchée, le visage tourné du côté de la citadelle, la main sur la garde de son épée, à moitié tirée du fourreau.
La première réflexion que suscite la mort de Charles XII , c'est que la vie de ce héros était une vie usée. Il savait bien lui-même qu'il Jouait un Jeu désespéré , et il était mieux informé qu'on ne le croyait de ce qui se tramait contre lui \ mais il garda toujours le silence sur la certitude morale qu'il avait de sa fin prochaine. Sa répugnance à régler les affaires de sa succession prouve qu'il se savait sans avenir : (( Il y aura toujours une tête à qui cette couronne pourra convenir, dit-il ; il m'a été difficile de me faire obéir pendant ma vie, comment pourrais-Je espérer qu'on m'obéira après ma mort ? »
Le caractère de Charles se peint dans toutes ses actions privées. Il sera toujours regardé comme un des princes les plus remarquables qui aient régné ; son peuple a conservé de lui un souvenir plein d'enthousiasme. Charles XII était d'une taille avantageuse , bien fait de corps , la tête très-dèveloppée , garnie de cheveux peu épais, courts et hérissés sur le sommet-, ses grands yeux brillaient d'un éclat extraordinaire; il avait une mémoire prodigieuse, beaucoup de pénétration et de présence