CHAPITRE V
d^Angleterrè , là Hollande «t rélectorat de Bninswig-Lunebourg les prirent sous leur protection j h condition que Tarmée suédoise qui était en Poméranie sous les ordres du général Krassow ne ferait aucun mouyement. Le traité de neutralité fut signé à La Haye, le 10 mars 1710. La régence de Suéde y donna son adhésion \ mais Charles XII ne le ratifia pas , parce qu'il était contraire aux intérêts de la Suéde. Ses ennemis ne voulaient que paralyser cette armée qui faisait la principale force du royaume. L'année suiyante , les alliés entrèrent en Poméranie. Les généraux suédois résolurent de borner leurs opérations à la défense des places fortes, et notamment de Stralsund et de Stettin. L'invasion en Poméranie échoua cette année (1711); le roi de Danemark ne put pas même s'emparer de Wismar. Cependant les Russes restèrent pour bloquer Stralsund et observer Stellin,
I Charles attendit & Bender refflet des armemens de la Turquie : la guerre éclata enfin entre les deux empires , et les Russes , commandés par Pierre I«% se mirent sur les bords du Prutb, par l'imprudence de leurs généraux, dans une situation plus périlleuse que ne l'était celle de Charles XII à Pultava. Si le grand visir, gagné par l'argent de Pierre, n'avait consenti à la paix , celui-ci serait tombé avec toute son armée au pouvoir des Turcs. Ce ne fut qu'après la signature du traité que Charles XII arriva à leur camp : il eut alors la douleur de voir que le moment de rétablir ses affaires était perdu pour toujours. Ne comptant plus dés lors sur un secours sérieux de la part du sultan, il manifesta Tintention de partir si la Porte voulait lui en fournir les moyens.
II fut relardé par les pourparlers qu'amena cette proposition et surtout par le refus d'Au* guste de lui accorder le passage sur les terres de Pologne.
L'union des généraux suédois était nécessaire pour sauver les provinces allemandes -, mais au milieu de ces désastres , la Jalousie du marédial Gyllenstjerna contre Stenbock entrava toutes les mesures d'une exé« eution hardie. Le roi avait promu le vainqueur de Helsingborg au grade de général en chef de l'armée qui devait être transportée en Poméranie -| mais ce témoignage d'une insigne laveur aconit le nombre de ses envieux > qui redoublèrent d'activité pour I
lui susciter des obstacles. Il parait qu'une partie du sénat comptait sur la chute du roi pour rétablir l'ancienne constitution. Stenbock se rendit en personne à Stockholm, et ses paroles entraînantes et persuasives amenèrent les commerçans et d'autres habitaos à donner sur les reveiius de l'année 1713 des avances qui rendirent possible l'armement de la flotte. Cependant on perdit Brème , Stade capitula *, le tzar et Auguste étaient rentrés en Poméranie pour y assiéger les villes fortes ; la flotte da-* noise croisait dans la Baltique. Le transport des troupes offrait donc des difficultés sans nombre. Cependant 10,000 fantassins et 1,800 cavaliers débarquèrent heureusement sur les côtes de Râgen ; mais les vaisseaux qui por^^ talent une grande partie des approvisionnemens pour la campagne furent pris ou détruits par les Danois. Ce malheur jeta Stenbock dans un graQd embarras : il avait tout contre lui. Malgré tous ces obstacles , il entra dans le Meckienbourg pour attaquer le roi de Danemark, qui appela à son secours le tzar et Auguste -, mais avant que ceux-ci arrivassent , les Danois furent complètement battus à Gadebusch , le 20 décembre. Leur position entre des fleuves et des marais offrait tous les avantages. Les Suédois étaient au nombre d'environ 12,000 ; leur artillerie était bien servie. Les Danois eurent 3,000 morts et 4,000 prisonniers. On poUf» vait tirer un grand parti de cette victoire pour rehausser l'éclat des armes suédoise ; mais on ne le fit pas. Au lieu de marcher contre les Russes, Stenbock entra dans le Holstein^ il incendia la ville d'Altona dans la nuit du 9 Janvier 1713^ ce qui a laissé sur sa mémoire une tache Ineffaçable : cette cruauté , qui souleva tous les coeurs d'indignation contre les Suédois, excita l'horreur des soldats mêmes qui en avaient été l'instrument. Depuis ce moment , le malheur parut poursuivre aussi ce général : il ne put s'opposera la Jonction de plusieurs corps, qui venaient des Iles, avec la grande armée. Celle-ci comptait à la fin 46,000 hommes avec 86 canons , qui cernaient de toutes parts les Suédois : ils étaient encore 1 1,000 ; ils se Jet^ rent dans la citadelle de Tônningen , lieu insalubre où les maladies ne tardèrent pas & s'introduire. Le 16 mai 1714, cette armée sur laquelle reposaient toutes les espérances de la Suède Ait obligée de capituler. Stenbock luimême Alt arrêté et traité, contre le droit de$
gens, d'une manière qui n'honore pas la mémoire de Frédéric IV.
Après la perte de celte armée, on ne pouvait songer à défendre les provinces allemandes ^ la Suède ne pouvait sortir de Tablme où elle était plongée. Elle avait entraîné après elle la maison de Ilolstcin, que le Danemark s'efforça d'écraser. Elle eut dans la Prusse un ennemi de plus. L'incendie d'Altona servit de prélcxlc pour les représailles : Gartz et Woigast furent brûlés par les Russes \ d'aulres villes craignirent le même sort. L'assassinat et la dévastation marquaient tous les pas des vainqueurs; il régnait une misère impossible à décrire. Cependant la forteresse de Stralsund , bien défendue par Dûker, tenait encore, et sur la fin de l'année 1714 la disette contraignit les alliés À la retraite.
Les Suédois n'étaient pas moins malheureux en défendant la Finlande. Nous avons dit que la défense de ce pays avait été remise à un homme incapable, à Lubecker. Sa conduite fut telle qu'il fut traduit devant un conseil de guerre, à Stockholm , pour en rendre compte. H fut remplacé par Armfell, général hardi et actif*, mais celui-ci, ne recevant aucun renfort de la Suède et réduit aux forces du duché, se relira vers l'extrémité des frontières de l'Ostrobothnie (1714). A la lin , le sénat. Jugeant qu'il était impossible de conserver ce pays, ordonna à Armfclt de rentrer en Suéde. Les troupes revinrent en partie par mer, en partie par Torneâ. Les Russes occupèrent tout le pays ; leurs ravages s'étendirent Jusqu'à la Yeslrobothnie et jusqu'au séjour glacé des Lapons. On laissa les paysans se défendre comme ils purent. Armfelt étaità Gèfle, attendant l'ennemi s'il lui prenait envie d'y faire une descente. La nature elle-même paraissait conjurée avec un ennemi sauvage pour la ruine de ces pays : les provinces devenaient des déserts, la plupart des habitans avaient pris la fuite ; le reste avait succombé presque tout entier à la faim ou sous le fer de l'ennemi. Tout le royaume se sentit saisi de la terreur qu'inspire l'approche d'un conquérant. Les provinces se perdaient une à une : on eût dit qu'il ne dépendait que de la volonté de l'ennemi de porter le dernier coup à la Suéde. La Jalousie des grands et des généraux s'opposait à l'adoption de mesures énergiques. Charles XII lui-même attri- ))ua eu sénat cette situation malheureuse. Les
dernières ressources étaient épuisées*; Tadministration achevait de se dissoudre dans toutes ses parties. Une révolution semblait imminente et on la regardait même comme une ancre de salut. Il existait certainement un parti qui travaillait à détrôner le roi; mais l'amour du peuple pour son héros et la crainte du despotisme des nobles l'emportèrent sur le sentiment de ses propres souffrances. La position du sénat était bien difllcile ; il redoulail d'un côté la désapprobation du roi et de l'autre le mécontentement du peuple. Il invita la sœur du roi, Ulrique-Eléonore, fiancée au prince Frédéric de Hesse, à faire partie de la régence, et il résolut de convoquer les états. Les déUbéralions furent très-orageuses. On attribuait tous les désastres à l'absence du roi et à la faiblesse du gouvernement. On voulait acheter la paix à tout prix et proclamer la princesse régente ; mais ce projet avorta par l'opposition du parti du roi, à la tête duquel était l'archevêque. Charles , prévenu à temps de la convocation des états, déclara s'opposera toute délibération qui serait prise. L'assemblée le supplia de revenir en lui traçant une peinture déchirante de l'état du pays. Une question occupait encore les esprits, c'était celle de la succession. On pouvait craindre que le roi ne trouvât tôt ou tard la mort dans quelque expédition téméraire. Gôrtz , ministre du duc de Holslein , un des hommes les plus extraordinaires de son siècle, fertile en ressources, en projets et en vastes conceptions, intriguait dans l'intérêt du Jeune duc , neveu de Charles XII , auquel il était très-attaché , à qui la couronne appartenait de droit et qui avait beaucoup d'amis parmi les nobles et de nombreux partisans dans le peuple. L'union de la princesse Ulrique et du prince héréditaire de Hesse donna naissance à un nouveau parti. Charles avait vu ce mariage d'un mauvais œil : il aurait voulu que la princesse restât fille pour que le jeune duc de Ilolstcin n'eût pas de compétiteur. Le jour où cette union fut célébrée, Charles, qui était revenu à Stralsund, était sombre et plongé dans de graves pensées : a Ce jour, disait-il , enlève la couronne de dessus la tête de ma sœur. >»
Nous avons laissé Charles en Turquie , où le sultan chercha par tous les moyens à se débarrasser de cet hôte à charge à son trésor. Le roi avait reçu de fortes sommes pour les frais