DIÈTE DE 1720.— FRÉDÉRIC I" ROI DE SUÈDE
La maison de Chartes XI n'avait pas été heureuse. Quatre de ses fils étaient morts en bas âge. Les préjugés de sa grand-mére avaient répandu l'amertume^ sur son intérieur. La .princesse Ulrique - Éléonore fut privée de bonne heure de la surveillance de sa mère. La nature ne l'avait pas très-bien traitée^ aussi fut-elle toujours négligée par sa grand-mère , qui lui préférait sa sœur Sophie , mariée au duc régnant de Holstein, son neveu. Elle grandit en nourrissant dans son cœur contre la maison de sa sœur atnée une haine qui ne cessa de se produire dans toutes les circonstances pendant tout le cours de sa vie. Le prince Frédéric de Hesse-Cassel demanda sa main en 171 1]^ et les négociations durèrent
quatre ans avant que le roi l'accordât. Cette alliance fut la source des intrigues qui s'agitèrent relativement à la succession après la mort de Charles XII. Le prince Charles-Frédéric , né en 1700, fut le seul fruit de l'union de Frédéric lY, duc de Holstein , tué à la bataille de Clissov, et de Sophie, sœur de Charles XII. Il fut élevé â la cour de Suède : nourri par son père dans l'espoir de monter sur le trône de ce royaume , il fut le favori de la reine douairière ; il était généreux, vif et spirituel. Charles XII plaçait dans son cœur sa sœur ainéc bien au-dessus d'Ulrique-Éléonore , et cette afleclion, qu'il transporta de la mère sur le fils, était si profonde qu'il regardait son neveu comme son successeur. En 1714, le sénat, â l'assemblée des états , s'était prononcé en faveur de la princesse Ulrique-Éléonore , et son nom était devenu le mot de ralliement de l'opposition contre le pouvoir absolu et contre Charles. A la même époque, la succession du Holstein devint en Suède une ailaire russe. GOrlz avait secrètement sollicité le tzar de soutenir les prétentions du jeune duc et proposé une alliance entre ce prince et la fille du tzar, âgée de onze ans ^ ainsi on posait déjà les bases sur lesquelles on devait construire plus tard. C'est entre le nœud de ce drame et sa péripétie que se trouve compris le dernier acte des guerres et de la vie de Charles XII.
La période qui suivit la mort de ce roi fut une époque de transition. Ces sortes de phases sont souvent signalées par la destruction : ce fut ce qui arriva ici ^ mais cette destruction fut d'autant plus déplorable et d'autant plus odieuse qu'elle occasionna ^une plus profonde misère et qu'on ne peut la disculper d'avoir été préméditée. La dernière armée de Charles XII , fruit des ressources extrêmes du pays, fut une puissance qui survécut au héros , terrible par le respect aveugle des soldats pour ce qu'on regardait comme la dernière volonté du roi , tandis que les chefs, comme généralement toutes les classes élevées en Suède, avaient des opinions opposées. Cette armée, par sa retraite précipitée du nord et du sud de la Norvège , fut en proie au froid, à la famine et aux maladies : les approvisionnemens avaient été dissipés et les caisses vidées. Si ce malheur peut être attribué en partie au désordre, on ne peut s'empêcher de reconnaître â plusieurs traits un dessein prémédité. On craignait que l'armée
ne se déclarai pour Ie*dac de HoUtein. On regardait celui-ci comme imbu de la politique de Charles XII et des plans de GOrtz. Le Jeune duc, que le roi affectionnait particulièrement, se trouvait dans le camp lorsque la balle meurtrière termina la carrière du héros. Le général Dulcer lui conseilla de se présenter à Tarmée. Le prince, âgé de dix-huit ans, plongé dans rabattement et le deuil , et d*un naturel timide que son éducation n*ayalt pas réformé, n*osa prendre cette résolution et se perdit ainsi lui-même. Dominé par la crainte, il éloigna Gôrtz , objet de la haine générale, après avoir permis qu*on arrêtât ce Adèle serviteur : c'est là une tache pour sa mémoire.
Pendant que le duc de Holstein négligeait ainsi Toccasion de saisir la couronne, le prince Frédéric de Hesse ne perdait pas un moment pour le supplanter. Il envoya à Stockholm des officiers qui rapportèrent à son épouse la nouvelle de la mort du roi. Le même soir la princesse Ulrique-éléonore fit convoquer le sénat et fut saluée reine *, mais quoiqu'elle Peut emporté sur son rival , sa victoire n'était pas encore complète. Elle se considérait comme reine par droit d'hérédité ; mais le parti qui Pavait appelée au sénat, en 1714, comme héritière du trône , Tavait fait plutôt par calcul que par conviction. C'était le même parti qui voulait Tabolition de la souveraineté et de Thérédité, deux idées qu'il regardait comme connexes , parce que c'était au titre de roi héréditaire que Charles XI s'était emparé du pouvoir absolu. Ce sophisme avait servi à rendre odieux & la nation le droit du duc de Holstein. Ulrique-Étéonore se vit donc forcée par les circonstances de chercher un appui auprès des amis de la liberté, mais elle le fit avec une répugnance qui se déguisait mal. Cependant rien ne fût décidé à cet égard dans le sénat; ce ne fut qu'au moment où l'armée allait prêter serment de fidélité dans les environs d'Uddevalla, qu'on mit pour condition à ce serment l'abolition du pouvoir absolu , car le duc de Holstein avait d^à annoncé qu'il y renonçait. Les yeux toujours fixés sur son compéliteuri Ulrique- Éltenore était obligée d'abandonner une à une toutes ses prétentions.
L'armée que commandait Charles Xlt s'^ tait retirée Jusqu'à Uddevalla : les Norvégiens l'y suivirent. Marstrand fût prise par le fameux TordenskOld. Il semblait que dans ces
contrées, où commandait RenskMd, on fidsait tout pour faire oublier aux soldats ce qu'ils avaient été. Quant à l'armée d'Armfelt, dans le Nord , elle Ait encore plus malheunMise. A la nouvelle de la mort du roi, Armfelt résolut de quitter ces contrées inhospitalières et de franchir les montagnes -, mais toute Tannée périt mésirablement du fh>id pendant cette retraite. Plus de 4,000 hommes tombèrent le second Jour de Noël , et de 7,000 soldats, Q ii*en resta que 200.
Ce fût sous ces funestes ausplees que s'ou* vrit la diète qui avait été convoquée. P. Ribbing, préfet d'une province, fut nommé grand maréchal. Pour obtenir plus de concessions de la reine , on parlait hautement des droits du duc de Holstein , et le sénateur Arrid Hom les rappela à la reine en plein sénat. Aussi le jour même de l'ouverture des discusssions delà diète, la reine déposa son pouvoir en disant que ni elle ni personne n'avait le droit de l'exercer sans l'élection des états. Un mois après, elle remonta sur le trône par suite de Télection , et elle accepta la constitution qui lui fut présentée. Le gouvernement était confié à la reine et au sénat. Le pouvoir législatif était exercé par les états. Les décisions du sénat étaient prises à la majorité des suffrages } la reine en avait deux. S'il fallait remplacer un sénateur, la reine choisissait sur les trois candidats proposés par les états. On donne le nom d'érs de la Kb^rté é celle qui date de l'acceptation de la constitution de 1710. L'ancienne haine entre la noblesse et les états roturiers se réveilla dans cette diète et jeta la division dans les esprits.
Gôrtz fut une des victimes de la mort du roi. Il approchait des frontières de la Norvège, où il se rendait pour avoir une entrevue avec son maître, lorsqu'il fut arrêté et emmené é Stockholm. Plusieurs autres Holsteinois furent incarcérés. Une eof/miêfiontpécMê^ prAsidée par le grand maréchal Ribbing, fVit nommée pour les juger. Gôrtt ftal condamné A mort et la sentence exécutée, sur les ordres exprés de la reine, malgré l'observation du sénateur comte Cronhjelm, que le jugement n'était pas revêtu des (brmes légales. Les motif^ de rarrêt portaient que le condamné avait contribué A afhitbllr la confiance du roi dans ses sujets ; qu'il avait exclu les 8uéd(ris dea afftf res les plus Importantes du pays \ qoa aoo système financier avait été ruineux ,*et qu'A