CHAPITRE VII
lie. Les députés des paysans élevèrent de grandes prétentions, et lorsqu'on reçut la réponse de la Russie , ils se déclarèrent pour le prince royal de Danemark. Les Dalécarliens se révoltèrent et marchèrent sur la capitale, où même ils entrèrent ; mais ils furent repoussés par quelques coups de canon chargé A mitraille. Le même Jour, on reçut du congrès, réuni pour traiter de la paix A Âbo, la nouvelle que la Russie consentait à restituer à la Suède la Finlande, jusqu'à la rivière de Kymène-Eif, si Adolphe- Frédéric , évèque de Lubeck , était élu prince royal. Cette élection eut lieu par les nobles , le 23 juin. Buddenbrock elLewenhaupt, condamnés à mort, furent décapités sur le monticule sablonneux du faubourg du nord, à Stockholm '. On avait pris les dernières résolutions en désespoir de cause. On était profondément pénétré de Thumiliation de recevoir un roi de la Russie comme condition de la paix. Le nouveau prince royal fut reçu A Hambourg par deux sénateurs et arriva A Stockholm le 23 octobre. Le général DQring, un des chefs des bonnets , fut envoyé A Saint-Pétersbourg pour complimenter rimpératrice et demander son assistance contre le Danemark , qui insistait encore sur le droit de son prince royal , comme ayant été élu par les trois étals. Il menaçait d'attaquer A la fois la Scanie et le BohuslAn. Pour prévenir l'effet de ces menaces, Elisabeth ordonna au général Keith de traverser la Baltique avec 12,000 hommes. Ils séjournèrent tout l'hiver en Suède, et ne s'en retournèrent qu'au mois de Juin 1744. Mais la Suède ne tarda pas A se détacher du système russe ; son premier motif fut la démarche du nouveau prince royal auprès de la cour de Berlin pour en obtenir une épouse. Au reste , Adolphe-Frédéric n'était pas Russe dans le fond du cœur ; c'est ce qui explique son penchant pour les chapeaux. Le traité défensif conclu avec la Russie en 1745 augmenta les craintes au lieu de les apaiser. Le prince , craignant pour sa propre indépendance et pour celle de son pays, s'éloigna des puissances, auxquelles il devait la couronne. Nous le voyons quitter le parti anglo-russe, auquel le vieux roi , recherchant ses anciens amis, comme disaient les howneU^ s'attacha sincèrement. L'influence de la princesse sur son époux donna plus de consistance au
* Le premier, le 16 Jaillet ; le second , le h août.
parti français , qui prédominait à la nouTdîe cour. Celle-ci, par la naissaiM^e du prince Gustave, devint doublement chère A la nation. Id commence l'époque la plus brillant&de la carrière de Tessin. Il était l'Ame de tous les phdlr sirs de la jeune cour et l'objet de la bienveillance de la spirituelle princesse ; on lui donna un témoignage non équivoque de la plus haute confiance en le chargeant de l'éducation de Gustave. Ainsi les chapeaux et la Franœ l'emportèrent de nouveau, parce que la nation ne pouvait ni ne voulait croire A la protection de la Russie pour la liberté suédoise. Il n'était donc pas difficile aux chapeaux de conserver une position assez avantageuse, malgré la nomination du baron Ungern von Stemberg, un des champions du parti opposé, A la dignité de maréchal de la diète de 1746. L'impératrice, mécontente de ce que le prince royal paraissait embrasser plutôt les intérêts de la France que ceux de la Russie, fit de fortes remontrances par l'entremise de son ambassadeur Korff. Des préparatifs de guerre eurent même lieu dans la Livonie , ce qui détermina l'envoi du sénateur Rosen en Finlande. On adopta pour la défense de celte importante province le projet de 1746*, l'exécution deee plan ne fut entièrement terminée qu'en 1768. On lui doit la fondation de Sveabourg et la création de la flotte canonnière par EhrenswArd. L'alliance de la Russie fut remplacée pair cdie de la Prusse, grAce A la médiation de la France, qui avança encore de fortes sommes pour mettre la Suède en état de se défendre. Enfin Elisabeth céda et son ambassadeur fut rappelé. Les honneîn^ dont les théories politiques étaient d'abord purement aristocratiques, cherchèrent A s'appuyer sur le peuple. Par opposition, les chapeaux parurent tourner au royalisme. Cette conversion, dont le vieux roi se défia, trompa la jeune cour, qui fonda sur elle des eîq)érances dangereuses. On accusa Tessin de les alimenter pour augmenter son influence; cependant tout ce qu'il fit A cet égard se borna A rinslitution de tfois ùràres royaux '. Les décorations en furent distribuées dès 1749. Frédéric dans ses derniers jours vit éclater une scission profonde entre la jeune cour et le sénat des chapeaux^ scission qui sous Adolphe-Frédéric devait faire couler le sang.
• Le» ordre» da Séraphin, de VÉpie et de VÉtoile polaire.