‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 250 sur 275 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

L6 major génAral Gbftr]e«-BmUe Lewenlmupt, si malheureux dans la guerre , maintenant ma« réohal de la diète , et qui ]usque-lk avait été du parti de Horn, se Jeta dans celui de 6yUenborg« Cettedièle (ùt irès-orageuse. L'état des paysans, qui n'était pas représenté dans le comité Becrtt^ protesta contre toute alliance qui serait formée à son insu, surtout si elle pouvait produire la guerre. Mais plus les paysans et le ministère désiraient le maintien de la paix , plus le parti de la guerre gagnait du terrain dans les grands cercles de la capitale. C'étaient les Jeunes offl-^ ciers de la garde qui donnaient le ton ^ les dames s'en mêlèrent aussi : celles de la cour pro^ posèrent des toasts pour ou contre la guerre , et ces toasts titrent répétés à toutes les tables. Les héroïnes patriotes et leurs admirateurs portèrent des rosettes , des bijoux » des taba* liéres en forme de chapeau^ comme symbole de la liberté ; le parti opposé fut appelé celui des bonnek. La Jeunesse belliqueuse répétait les paroles de l'ambassadeur Avançais , que^ptmr la pl%h part, le mniêière tuédoii éiait u$é et eampoêi de persanneê deêtituéee de courage et de ugu$ur. Le comité secret reconnut qu'il était de l'intérêt de la Suède de tenir à Vamtiéde la France^ d'appuyer le roiStanislae et d'abaisser la RuS'^ $ie. Six mois après la clôture de la diète, Tallianes avec la France fut décidée ; mais la cour de Versailles redisa de la ratifler, parce qu'on avait renouvelé avec la Aussie les traités existans, bien que contraires à l'esprit qui avait dé« terminé Tunion de la France et de la Suède. Cette déclaration de la France fut pour ainsi dire le signal de la déclaration de guerre des partis en Suède : uneem*ayante animosité s'em-para des eiprits. Les résultats de la diète de 1734 avaient ramené le roi à Horn et l'avaient éloigné de Gyllenborg, qui en appella à la nation. Les principaux soutiens de son parti étaient Charles-Emile Lewenhaupt et le comte Tessin« Le premier devait A sa bonne foi l'estime publique ; on savait qu'il agissait en honnête homme, même lorsqu'il s'abandonnait sans réserve A l'esprit de parti tant par l'effet de son caractère exalté que par suite de son intelligence bornée^ Mais une ambition turbulante , une véhémence qui dégén^ait souvent en emportement, une opiniâtreté qui touchait à l'obstination, étaient nécessairement des dispositions dangereuses, n'étant pas dirigées par un esprit éclairé» En se séparant du parti dé Horn

pour s'attacher A celui do Gyllenborg, il avait entraîné la plus grande partie des généraux et des officiers. Quant A Tessin, il réunissait tant de qualitésqu'il ne feot pas s'étonner s'il figura bientôt en première ligne sur la scène. Il se dis^ linguait par un génie profbnd, actif, fécond en expédient et par un Jugement sûr lors* qu'il ne se laissait pas égarer par son imagina'^ tion trop active ; né orateur, il séduisait les cœurs par son affabilité , sa prévenance et at popularité. Tel était l'état des choses et la situation des esprits lorsque la diète M convoquée pour le 15 mai 1738. Tessin en Hit nommé maréchal. On avait généralement adopté A cette époque s pour désigner les partis, les noms de chapeaux et de bonnets. L'alliance avec la France , qui d'abord n'avait pas été ratifiée ^ fut conclue pour dix ans. La France devait payer A la Suède 300,000 thalers par chacune des trois premières années. Cinq sénateurs , I6a comtes Bjelke, Bonde, HArd, Barcket Creutx, tous dévoués A Horn, perdirent leurs dignités ; le vieux Horn lui-même , cédant A l'orage ^ déposa SCS fonctions.

Cette diète dura longtemps et fût remarquaiblé par l'acharnement avec lequel les partis se combattirent. On pouvait se croire transporté aux séances les plus tumultueuses d'une dièle polonaise lorsque , le SI Janvier et le 7 mari 1730 , les épées Âirent tirées A la chambre des nobles aux cris de : « Pro putriâ et libêrteUe. )» Les chapeaux triomphèrent donc , et le comte Charles Gyllenborg fui mis A la tète du mtnis^ tére. L'époque que nous allons parcourir se distinguepar une vaine ostentation de puissance réunie A la faiblesse, par Taveuglement Joint A l'orgueil, par une animosité stupide qui ne sait pai même haïr. Le parti de la guerre, qui avait pris le dessus , envoya de suite deux rè^ gimens en Finlande et Tessin A Paris pour veiller aux intérêts de la Suède. Parmi les instructions que ce diplomate avait reçues^ se trouvait celle de conclure une triple alliance entre la Suède, le Danemark et la France. On devait proposer au Danemark de partager les provinces qui seraient enlevées aux Russes. An mois de Juin 1 738, Malcom Sinclair, major dans la garde, qui avait longtemps séjourné A Gons«tantinople, fut chargé d'une mission secrète auprès du divan ; A son retour, il fut lAohement assassiné en Slléste <17 Juin 1739) et dépouillé de ses dépêches. On accusa le ministère russe

de ce crime , qui produisit une grande exaspération en Suède. On décida immédiatement renvoi de 6,000 hommes en Finlande ( août ) sous les ordres du général Buddenbroek : on voulait la guerre de suite ou jamai$. Mais on se jela dans rembarras par cette proYocalion, qu'on ne s'était pas préparé A soutenir. Le cabinet msse paraissait vouloir éviter la guerre. L'impératrice Anne mourut (octobre 1740) ; elle avait , Â l'exclusion de la princesse Elisabeth , Mie de Pierre-le-Grand, laissé le trône de Rusaie au flls de sa nièce , enfant de deux mois , qui avait pow tuteur Biron , homme plus haï que craint. Cet enfant , c'était le malheureux Ivan, empereur dés son berceau, déposéfuresque aussitôt , emprisonné à perpétuité et asaasskié à l'Age de vingt-quatre ans. Toutes ces atrocités ne sont pas dans les mœurs européennes , et pourtant ceux qui les ont commise» voudront bientôt étendre leur influence sur cette partie du monde civilisé.

Une diète extraordinaire fut convoquée le 4 décembre 1738 pour aviser aux préparatifs de la guerre. Lewenhaupt fut encore maréchal de la diète. L'animosité contre les Russes allait croissant. Un baron , Jean Gyllenstjerna , secrétaire de la chancellerie, accusé de communiquer les actes du gouvernement A la légation russe, fut condamné A mort par une commission des états. Après deux heures d'exposition, il fut transféré A la citadelle de Kalmar, d'où il s'évada. Plusieurs personnes furent impliquées dans cette affaire , entre autres deux anciens sénateurs, BJclke et Crcuiz, qui perdirent leurs pensions. Le roi fut entraîné A la guerre par mademoiselle de Taube, et par le parti dominant, qui lui promit de faire admettre A la chambre des nobles le» deux fils qu'il avait eus de cette demoiselle, les comtes de Hessenstein. La guerre fut déclarée le 21 juillet 1741. Charles- Emile Lev^eohaupt fut nommé général en chef et quitta le port de Stockholm le 23 août. La Russie s'attendait A cette rupture. Le maréchal Lascy et le général Keith passèrent les frontières avec 10,000 hommes , et livrèrent au général Wrangel , A WiUmanstrand , une bataille où celui-ci fut complètement battu , blessé et fait prisonnier. Buddenbroek, qui n'était qu'A dix milles de cet endroit , ne vint pas A son Accours. Le général Lewenhaupt arriva après èette malheureuse affaire \ il forma son camp sous le canon de Frederikshamn. Les Russes

campèrent A Wiborg ; ils restèrent dans cette position jusqu'A l'automne.

Ce fut A cette époque qu'eut lieu la révolution qui plaça Elisabeth sur le trône de Russie. Levranhaupt, au lieu de profiter de cette occasion pour porter ses forces en Russie , resta dans l'inaction, en vertu d'une conventien tacite, faite sur la proposition du ministre français A St.-Pétersbourg. Lewenhaupt prit ses quartiers dans les environs de Frederikshamn. Gomme il n'y avait pas d'approvisionnemens , il se déclara des maladies qui enlevèrent plus de 10,000 soldats. Les Russes attaquèrent au mois de février 1742. L'armée suédoise se retira jusqu'A Helsingfors sans se défendre. L'ennemi , ea faisant un circuit , lui coupa le chemin d'Àbo , l'enveloppa complètement et lui offrit uoe capitulation. Les deux chefs Lewenhaupt et Buddenbroek avaient déjA été appelés A Stockholm pour rendre compte de leur conduite ; mais la migorité du conseil de guerre approuva cette capitulation, en vertu de laquelle l'armée suééoke déposa les armes : elle comptait 12,000 combattans ; les Russes en avaient 17,000. Les Finnois devaient se retirer dans leurs foyers ; les Suédois laissaient leur artillerie et s'en retournaient par mer. La cavalerie , réduite A 1 ,200 hommes, prit la route de Torneâ. Il n'y en eut qu'un bien petit nombre qui revirent leur patrie. Sur 25,000 hommes qui avaient quitté les rivages de la Suède, il en restait Apeine 3,0G0 en état de porter les armes. Toute la Finlande fut obligée de prêter serment de fidélité A Timpératrice.

Une nouvelle diète (1743) se rassembla dans des circonstances bien déplorables pour les chapeatuc,- qui avaient A répondre des résultats de la guerre, et cela devant leurs ennemis , car les bonnets étaient alors en majorité. Le baron Ungern von Sternberg, un de leurs chefs , fut nommé maréchal de cette assemblée. On résolut de sacrifier les généraux au mécontentement du peuple et de faire la paix avec la Russie en élisant un prince agréable A cette puissance. Ce choix tomba sur le duc de Holstein. Trois députés, envoyés A Saint-Pétersbourg, y furent froidement accueillis et reçurent pour réponse que le duc était déjA destiné au trône de Russie et qu'il avait embrassé la religion grecque.

Alors le mécontentement fut grand dans les provinces du royaume^ surtout dans la Dalécar-

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