GUSTAVE IV ADOLPHE
NAISSANCE DE GUSTAVE-ADOLPHE. — CHAR- LES DE SUDERMANIE , RÉGENT. — REU- TERHOLM. — CONSPIRATION. — VOYAGE A SAINT-PÉTERSBOURG. — MAJORITÉ DU ROI. — MARIAGE AVEC LA PRINCESSE DE BADE. ^-G¥ERRE AVEC LA FRANCE, AVEC LA RUSSIE ET LE DANEMARK. — DÉ- CHÉANCE DU ROK
Il y avait onze ans que Gustave III était marié quand il lui vint un fils : c'était Gustave- Adolphe. Il ne nous appartient pas de discuter la valeur des bruits qui coururent é cet égard. La joie fut grande à la cour. A la mort de Gustave III , son fils fut proclamé roi , et le prince Charles régent avec tout l'exercice de Tautorité. Reuterbolm se signala pendant cette ré-
gence *, n avait été un des membres les plus véhémens de l'opposition. A la mort du roi, il était en voyages ; il fut rappelé par le duc. Il ne manquait ni de vertus ni de talens \ mais son ambition démesurée jointe à un caractère soupçonneux ;ie firent souvent dévier de ses principes. Il se laissait entraîner & tout ce qui portait un caractère de noblesse. Son expérience des affaires était nulle et sa haine contre l'ancien régime implacable; mais il exerçait tant d'influence que le prince ne faisait rien qu'en sa présence, même sa correspondance privée. Le baron Staël von Holstein, qui était tombé en disgrâce auprès de Gustave III à cause de ses idées libérales, fut envoyé en France avec des instructions secrètes. Tous deux étaient des visionnaires, et ils se livraient, comme le duc Charles, aux aberrations du mysticisme. D'après le conseil de Reuterholm, le régent éloigna au bout de deux mois tous ceux qui avaient joui de la confiance de son frère. Les auteurs de l'acte de sûreté furent les premières victimes : Toll fut envoyé en Pologne et Armfelt à Naples. Les hommes de l'opposition remplirent les vides laissés par les favoris de Gustave III. La régence publia plusieurs ordonnances qui respiraient un grand esprit de liberté. L'école militaire fut fondée. Six mois ne s'étaient pas écoulés que Reuterholm , le plus grand adversaire de Gustave III, proclamait l'acte de sûreté son meilleur ouvrage. Les faveurs étaient exclusivement réservées à la noblesse. Thorild, grand écrivain qui avait publié un livre sur la liberté de la presse, fut arrêté et |X)ndamné à l'exil. Le mécontentement devint menaçant ^ il se forma des rassemblemens, et le gouvernement crut voir la capitale assiégée par le Jacobinisme. Malgré le commerce assez important, que la Suède faisait avec la France, les finances du royaume étaient dans un état déplorable. La dette s'était accrue jusqu'à 23 millions pendant le règne précédent. Les hommes les plus versés dans les affaires demandaient la convocation de la diète ; mais Reuterholm s'y opposa. Sur ces entrefaites, on crut avoir découvert une grande conspiration, à la tête de laquelle était Armfelt, ministre à Nafries, et dont le but était d'opérer une révolution en Suède avec l'aide de la Russie ; la dame d'honneur de la princesse , M"* Rudenschôld, en était l'âme. Armfelt fut condamné à mort et son nom attaché au-pilori *, te
beUe RudehscMld subit la peine de TexposltiOD. Ce cruel jugement aliéna tous les esprits, qui ne désiraient plus que la majorité du roi. L'alliance avec le Danemark^ à TefTet de protéger le commerce , nécessita des armemens -, le patriotisme procura les moyens de subvenir aux dépenses.
Le mariage du roi était pour la régence un objet très-important ; elle comptait sans doute proflter de Tempire qu'une femme pourrait avoir sur le jeune cœur du prince. On s'adressa d'abord & Louise-Charlotte de Mecklenbourg- Schwerin; mais Timpératrice Catherine fil tellement jouer les ressorts de IMnirigue que non-seulement elle fit rompre Talliance déjà convenue , mais qu'elle amena le duc à conduire son pupille à Saint-Pétersbourg pour y faire connaissance avec la grande-duchesse Alexandre. Les conventions de cette union nouvelle étaient déjà arrêtées ^ lorsque la question du libre exercice de sa religion pour la princesse vint tout déranger et tout rompre.
Le voyage en Russie avait été entrepris pour favoriser les desseins secrets de Reuterholm , qui donna plus d'une preuve d'inconséquence dans le cours des négociations. Le jeune roi avait été soumis aux plus grandes épreuves , et sa constance fut même admirée en Russie. A son retour, Reuterholm changea de système : tous ceux qu'il avait persécutés furent comblés de bienfaits : Thorild eut un emploi en Poméranie , mademoiselle de RudenschOld une pension et un domaine en Gottland , Toll re» çut aussi sa grâce. On projeta de faire couronner le roi sans convoquer les états, afin de les priver de leur participation à la confection des lois. Le roi repoussa cette idée et adressa à Reuterholm des reproches bien mérités sur son orgueil , son esprit vindicatif, sa haine contre la mémoire de Gustave III et de ses amis , et sa mauvaise gestion des finances du
Gustave-Adolphe ftit déclaré majeur le 1*' novembre 1796 et prit dés lors les rênes du gouvernement. Le duc Charles déiK)sa toutes ses fonctions. On remarqua beaucoup de froideur entre le duc et le roi , et la cour adopta une économie conforme à l'état des finances. La Justice et Tordre qui présidèrent à toutes les
* Beaterholm quUta la Suède et vécat dans la plus tràBdetolltade A Sleswig, où il mourat en I6i4.
affaires promirent un gouvernement sage et paternel , quoique peu brillant. Le Jeune roi , ne voulant s'abandonner à personne, n'eut point de favoris : il partagea l'aversion profonde que le peuple suédois a toujours ressentie pour cette espèce d'hommes. U traitait avec honneur les fonctionnaires que les affaires appelaient auprès de sa personne. Au moyen de cette sage administration, les dépenses n'excédèrent pas les recettes. On avait repris les négociations relatives au mariage du roi avec la princesse russe \ mais elles furent définitivement rompues. Le roi jeta les yeux sur la princesse Frédérique-Dorothée*Wilhelmine, et leur union fut célébrée en 1797.
Ce règne avait commencé sous d'heureux auspices ; mais on ne tarda pas à s'apercevoir que le roi n'agissait pas toujours d'après de mûres réflexions. Il commença par manifester de l'horreur pour les événemens qui s'étaient passés en France et par rechercher l'alliance de la Russie. La liberté de la presse reçut de nouvelles entraves.Quelques années de stérilité occasionnèrent des troubles. Le système prohibitif qu'on adopta porta ses fruits. Les négocians se plaignirent de la stagnation des affaires, les employés de l'insulfisance de leurs traitemens , et le peuple de la cherté des denrées : c'était à la fois l'effet de la disette, de la guerre sur mer et d'une mauvaise politique. On avait longtemps évité de convoquer une diète; il fallut y recourir pour ne pas encourir de graves reproches pour l'avenir. La situation des finances rendait du reste cette convocation indispensable. Le jour de Touverture fut fixé au 10 mars 1800, à NorkOping. Il s^éleva à h chambre des nobles une forte opposition dans laquelle se firent remarquer H. Hjerta et G. Adlersparre. Le comte Brahe était maréchal , et quoiqu'on eût accordé au gouvernement tout ce qu'il demandait, le roi perdit cependant beaucoup de sa popularité à cause du penchant qu'il manifesta pour le despotisme. Le général Toll figurait aussi sur cette scène : mauvais génie du père , 11 Joua le même rôle auprès du fils. On remarqua plusieurs accidens au couronnement, qui eut lieu le 3 avril : le peuple entrevoyait des présages funestes , qui ne tardèrent malheureusement pas à se réaliser. Ce fût à cette diète qu'on proposa une contribution, payable en argent, de quatre millions et demi pour améliorer la valeur du pa-