‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 45 sur 275 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

après il fit sa tournée dans ses États (Eriksgata). Il déclara à cette occasion, en l'honneur de Dieu et de la vierge Marie , et pour le repos de Vâme de son père ei de sa mère^ que personne, né de parens clirétiens, ne pouvait être fait esclave. £n 1336, Magnus Tut couronné avec son épouse Blanche, comtesse de Namur. Mats Kettilmundsson mourut la même année * . Le roi perdit dans ce grand homme son n>eilleur conseiller et son plus ferme appui. IN'ils AmbjOrnsson * fut nommé drols avec un pouvoir presque absolu. Le roi et sa sœur Euphémie, avec vingt-trois seigneurs, s'engagèrent à le dérendre lui et ses partisans contre leurs ennemis. Des condamnations fréquentes contre ceux qui violent la paix du pays, et les courses et les déprédations des bandes armées , ainsi que les plaintes du roi sur Tinexécution de ses ordonnances, quoi qu'il prie, conseille ou commande, prouvent la licence des grands et le peu de respect qu'ils eurent pour les lois qu'ils avaient fondées.

Ce règne nous donne occasion de faire plusieurs remarques sur la législation. Dés le temps de la minorité de Magnus, la Loi de Sudennanie fut révisée et améliorée. Le roi la confirma en 13*27, ù l'exception de tout ce qui louchait aux dotations et aux testamens en faveur de l'Eglise. Il est dit en termes précis que les clercs et les laïques ne pouvaient tomber d'accord à ce sujet. Le même obstacle se présenta quand, vingt ans plus tard, une loi générale du pays remplaça les lois particulières des provinces. Les ecclésiastiques protestèrent à rassemblée des seigneurs d'Ôrebro, en 1347, et celte alTaire importante fut abandonnée. Mais la loi du pays du roi Magnus Eriksson, ù l'exception de la section relative à l'Eglise, fut mise en vigueur.

A l'entrevue de Yarberg, en 1343, à laquelle assistaient le roi Magnus, le roi Waldemar de Danemark, les sénats de Norvège et de Suède et des députés des provinces nouvellement acquises, le fils cadet de Magnus , le prince Hftkau, fut reconnu en qualité d'héritier du trône

* ncax anciennes chronologies fixent Fépoqae de sa mort en 132C. C'est une erreur, car dans la Chronique rifnée, le dernier acte public où se trouve consigné le Dom de Mats Kettilmundsson est de 1335.

• Fils du drots Aniiyorn Sixtensson Sparre dont noas venons de faire mention. Le ÛIs prit les armoiries de sa mère Oxensljcrna.

de Norvège, et son atné , le prince Erik , le fut également pour la couronne de Suède. La réunion de la Scanie, du Bleking et du Halland à la Suède fut confirmée , et le roi Waldemar abandonna toutes ses prétentions sur ces provinces.

Jusque-là le gouvernement de Magnus avait joui de la paix la plus profonde. Cependant le peuple était tellement appauvri par des impôts onéreux que le roi, voyant qu'un grand nombre de ses sujets quittaient leurs terres, accorda en 1346 une exemption d'impôts pendant six ans à tous ceux qui voudraient y rentrer et les cultiver. Dans une des proclamations qu'il faisait publier, il attribua cet état de souffrance à la nécessité où il s'était trouvé de racheter la Scanie^ mais le peuple n'en accusait que sa faiblesse, qui laissait dépouiller sa couronne de ce qui lui appartenait , à ses prodigalités pour de jeunes favoris auxquels il se'montrait si follement attaché qu'on lui avait donné l'humiliant surnom de SmekK Ses mœurs étaient un scandale public -, aussi ses contemporains l'en punirent-ils. Sa parente célèbre, sainte Brigitte, lui prédit son sort et lui reprocha de n'avoir pas plus de raison qu'un enfant ; en revanche il taxa de rêves les révélations de cette sainte. Dès sa minorité, un emprunt considérable avait été fait sous forme de dfme pour subvenir aux frais de la guerre contre les Russes infidèles, appelés païens par le pape et par les chroniques suédoises. Pour remplir cette obligation et, comme cela est probable, pour se réhabiliter dans l'opinion , il entreprit en personne, en 1348, une grande et ruineuse croisade contre les Russes, auxquels, s'il faut en croire la Chronique rimée^ il ne laissait d'alternative qu'entre le baptême et la mort : il fit baptiser et raser tous ceux qui se trouvèrent sur son passage : « Mais les Russes firent 1 iehtôt voir, ajoute la même chronique, que la barbe leur poussait. » Ils enveloppèrent le roi et son armée, et Magnus ne parvint à se sauver qu'avec beaucoup de peine et une perte considérable. Le comte Henri de Holslein, qui s'était engagé dans cette expédition , en fut récompensé par des fiefs -, les troupes mercenaires qui n'avaient pas reçu de solde ravagèrent le pays. De nouveaux emprunts contractés envers l'Église'

• Carcsseur.

* VoyexGelse, Bullarium, I, pages 109, 127.

pour faire face aux frais de la guerre restèrent dix ans sans être acquiltés, ce qui attira les foudres de rexcommunication sur la tète du roi. El au milieu de tous ces sujets de mécontentement s'avançait le fléau terrible qui, vers Tan 1350, venant de l'extrémité de Flnde, parcourut le monde en moissonnant les populations. Ce fléau avait été apporté à Bergen, en Norvège, sur un vaisseau venu de Londres, dont tout réquipage avait péri et dont on avait imprudemment débarqué la cargaison. De la Norvège, où il avait détruit les deux tiers des habitans, il s'élança sur la Suède, où il fit un grand nombre de victimes. Une grande sécheresse ajouta encore aux malheurs du temps ', et Tannée suivante, 1351 , fut signalée par l'absence des récoltes. La maladie se manifestait par une pleurésie, des crachemens de sang et des pustules ; elle emportait en peu de temps les hommes et les animaux. Des contrées entières furent dépeuplées*. Longtemps après on retrouva des églises dans les forêts : on dit que l'église d'Ekeshflrad, dans le Wermeland , fut ainsi découverte. Dans le district des mines du Wermeland , il ne resta qu'un jeune homme et deux filles. Les habitans de l'UpIand furent réduits à un sixième '. Le fléau fit invasion dans la Russie occidentale, au printemps de 1352 pi y reparut souvent dans le cours du siècle qui suivit ; on ne le ressentit plus qu'une fois dans le reste du Nord. Une autre maladie épidémique éclata en Suède en 1360-, elle attaquait principalement les jeunes gens^, ce qui lui fit donner le nom de peste des mfans {barnadôden). Cette maladie est en général appelée la grande mortalité ou la peste noire {stor dëden eller digerdôden). On a encore une ordonnance du roi Magnus Eriksson, en date de 1 350, relative aux jours de prières et de pénitence publiques pour la cessation du fléau. Le roi dit que la plus grande partie de la

*Sahm (HUtor. af Danemark, t. 13, p. 240. ) * Ramuft raconte, d'après une ancienne tradition ( Description de la Norvège, p. 166), que le Justedajen, dans la paroisse de Bergen, servit de retraite a cette époqne à plusieurs ramilles qui fuyaient la peste; mais tous moururent, à Texception d*une petite fille qui devint sauvage comme un oiseau dans la solitude, ce qui fit qu'on rappela Ripa (gelinotte de neige) quand elle fut trouvée. Elle se maria , et ses descendans formèrent plus tard la célèbre famille de Ripa,

^ « Vîx se&ta pars hominum remansit. » {Script, rerumsvecie., 1. c.) *Jbid, , laci. CeUe peste a reparu en Danemark.

population dans les contrées qui avoisinenl la Suède à l'ouest a été frappée de mort subite (brada ddd)yque la Norvège et le Halland souffrent cruellement de l'épidémie , et que le mal . sévit en Suède avec une telle violence que les^ vivans ne peuvent plus suffire à enterrer les morts.

Ce fut au milieu de ces calamités publiques que le fils cadet de Magnus , le prince Hftkan, prit possession d'une grande partie de la Norvège, en 1350', à la même époque, son filsatné, Erik, fut appelé au trône de Suède par les mécontens. La guerre éclata entre le père et le fils, ou plutôt entre ce dernier et Benoît Âlgotsson, un des jeunes favoris du roi, qui avait su gagner aussi les bonnes grâces de la reine, et qui après avoir été élevé à la dignité de duc, était devenu l'homme le plus puissant^du royaume. La fuite du favori mit fin à la guerre, et Magnus céda alors à son fils une grande partie du royaume avec les provinces qu'il avait nouvellement acquises et qu'on le soupçonnait de vouloir abandonner au Danemark pour les secours qu'il attendait de ce côté. Le roi Waldemar, en qualité d'allié de Magnus , fit une invasion en Scanie, et la guerre fut sur le point d'éclater de nouveau entre le père et le fils lorsque celui-ci mourut soudainement en 1359. Erik, à son lit de mort, déclara qu'il se croyait empoisonné de la main de sa mère*. Les annales islandaises disent au contraire que le jeune roi, son épouse', et deux enfans furent victimes de la peste. Après la mort d'Erik , le vieux roi Magnus fut de nouyeau reconnu avec condition que le favori ne pourrait être rappelé, ce qui eut cependant lieu'. La Scanie, le Halland et le Bleking furent cédés au Danemark, en 1360, en échange d'une promesse de secours contre, le sénat de Suède. Tandis que la nouvelle de cette convention suscitait la haine du peuple contre le roi \ Ôland était ravagée par le roi danois, que Magnus appelle son ami. Gottland fut occupé après trois combats où la population et les bourgeois de Yisby eurent le dessous , et cette yUle

* Voyez la O*ronique rimée.

* Beatrix de Brandenbourg. ( Voyei Torfœus, Hist. Norv , t. 4, p. 184.)

'Benoit Algotsson fut massacré après être rentré en

faveur.

* I^ Chronique rimée dit que jeunes et vieux crachaient sur lui , lui lançaient des ordures et le honnt-

[ rent dans leurs chansons.

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