‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 47 sur 275 · ROIS ÉTRANGERS. — L'UNION JUSQU'AUX · texte numérisé non relu

ROIS ÉTRANGERS. — L'UNION JUSQU'AUX

STURE.

AJibrckl de Meckleiibourg. — Blarguerilc et Erik de PomôraDie. -KEogelbrekt). '-Christophe de BaTiére.—Charies Rnutsson et ChrVtlian d'Oldenbourg.

Il n'y avait réellement plus de royauté chez la nation suédoise quoiqu'elle en eût conservé le nom. Les grands , excités par une jalousie mutuelle , introduisirent des souverains étrangers dans leur patrie^ mais leur domination

fit regretter Afagnus Eriksson lui-même, et longtemps encore après sa mort on trouvait son règne préférable à la tyrannie des étrangers. Les grands disposaient du trône et décidaient du sort du pays, d'après leurs intérêts particuliers, et c'est dans ce sens que fut contractée la fameuse unian des trois couronnes ,|^événement qui semble sorti d'une pensée , quoiqu'on ne trouve chez ceux qui l'ont formée ni chez aucun autre la prévision de ce qui pouvait résulter de cette concentration de toutes les forces du Nord ; c'est pourquoi l'Union donna naissance à des dissensions intestines^ mais on; se laissa éblouir par l'éclat du nom de V Union; la chose elle-même ne fut pas comprise. Les sources de l'histoire coulent plus abondamment dans ces temps de troubles ; la narration de la grande Chronique rimée devient plus explicite. Éricus Olai S^ans ses Annales écrites en latin , les frères Olaus et Laurentius Pétri, dans leurs Chroniques suédoises \ nous font principalement connaître les temps pendant lesquels l'Union se maintint, et ils parlent , en partie du moins|, comme témoins oculaires. Johannes Magnus lui-même , malgré les fables qu'il a débitées sur cette même époque , peut être consulté avec avantage, pourvu toutefois qu'on le fasse avec réserve. L'ouvrage de son frère dai Magni est précieux pour la connaissance des mœurs antiques '.

La victoire d' Albrekt sur son concurrent ne le rendit pas mattre du royaume. Le vieux Magnus , quoique prisonnier , avait encore de nombreux partisans ^ la plupart des commandans des forteresses lui restèrent fidèles pen-

« Chroniea Erici Olai {Script, rerum^vêcie., t. 2) va Jusqu'en 1464. L'auteur, archidiacre A Upsal et professeur à l'université que venait d'y fonder Sien Sture, y termina ses jours en 148C.

* Imprimées d*abord dans Script, rerum ivecicarum , tomes 1 et 3 , elles vont Jusqu'aux sanglantes Journées de Stockholm en 1570. La chronique de Laurentius Pétri est un abrégé de celle de son frère ; il en a retranché les passages qui déplaisaient à Gustave V* et les a remplacés par les exploits des anciens Golhs.

* JoKannii Magni Gothorum Svêonumque hUtoria , ou (selon le titre de la première édition) Historia de omnibus Gothorum Sveonumque regibus. Elle fut publiée A Rome par les soins de son frère Olai Magni, qui mit au Jour lui-même : Historia de gentibus septentrionalibus earumqnediversis statibus, conditUmibus, moribus, etc.

niSTOIRB DE SUÈDE.

dant plusieurs années. Les faveurs qu^AlLrekt accordait à ses compatriotes et les violences que ceux-ci se permettaient dans le pays exaspérèrent ^tellement le peuple que les Suédois du haut pays , dans une adresse aux habilans de la Gothie et à ceux qui demeurent au-dessous de la grande forêt, se plaignent hautement de l'oppression du roi Albrekt et des Allemands et déclarent qu'ils lui refuseront Fobéi»sance parce qu'il a rompu tous ses engagemens envers eux. Ils exhortent les populations suédoises à tourner les yeux versMagnus, roi bon et loyal , et à le délivrer : « Nous réclamons , ajoutent- ils, l'assistance des séqaleurs du royaume ^ s'ils nous la refusent , ils attireront sur eux et sur nous les plus grands malheurs.» Cette haine paraît avoir pour cause principale la fausse idée que le roi et ceux qui l'entouraient avaient prise de la position des paysans, qui de leur côté trouvaient insupportable la conduite hautaine de ces étrangers. Une ancienne pièce de vers , intitulée En lusiig liknel$e om konung Alhreki och Si érige (Comparaison aiïectueuse entre le roi Albrekt et la Suède), nous en offre une peinture vivante '. Quand on considère quel nombre d'Allemands étaient alors membres du sénat et commandaient les forteresses royales, on comprend que les plaintes de la nation n'étaient pas sans fondement. L'opinion publique s'était fortement prononcée, et la guerre civile ravageait le pays, que menaçait encore la guerre avec le Danemark et la Norvège. Les puissantes villes anséatiques, alliées d'Albrekt, forcèrent les ennemis extérieurs à faire la paix*, mais Hâkan, n'ayant pu obtenir la liberté de son père, malgré ses sollicitations, envahit la Suède avec des forces imposantes et conduisit son armée jusqu'aux portes de Stockholm, qu'il assiégea. Dans ce danger, il ne restait â Albrekt d'aulre ressource que de se soumettre à la volonté du sénat. Les pleins pouvoirs accordés par le roi à Bo Jônsson (Grip) en 1369 avaient revêtu ce seigneur suédois d'une autorité égale à celle du souverain : il était chargé des intérêts du roi, du gouvernement de ses châteaux , de Tintendance de ses domaines; il devait de plus surveiller la conduite des serviteurs du roi, et il avait sur eux droit de vie et de mort. Dans les arrangemens pris avec le sénat (9 août 1 371 ),

• Script, rerum svecic, t. i, sect. ?, p. 210.

le roi déclare que c'est contre ses intentions que les gouverneurs et commandans de ses châteaux s'étaient livrés à des déprédations et à des violences contre les habitans de toutes les classes du royaume; c'est pourquoi il abandonne toutes les places fortes et les châteaux au sénat, afin que celui-ci en confie la garde à des Suédois , à l'exclusion des étrangers. Les rênes du gouvernement tombèrent donc aux mains du sénats qui devenait ainsi d'autant plus puissant que des fortunes énormes s'étaient concentrées dans un petit nombre de familles par suite de la peste. Il n'y eut jamais en Suède d'homme plus riche que le drots Bo JOnsson : outre un vaste patrimoine , il possédait toute la Finlande et une grande partie de la Suède, avec les places fortes les plus importantes du royaume et les propriétés d'Upsala- Ode en gage des emprunts que la couronne avait contractés envers lui. Aussi un ancien document le représente comme ayant gouverné suivant son bon plaisir. Le fait suivant prouve ce qu'osèrent lui et ses égaux. Le chevalier Mats Gustafsson assassina l'évêque Gotskaik , à Linkôping, en 1372, par suite de discussions relatives à des propriétés. Bo Jônsson lui-même, en 1381, dans une querelle particulière avec le chevalier Charles Nilsson (Fârla) le poursuivit jusque dans le sanctuaire de l'église des Franciscains, à Stockholm, et l'immola au pied de l'autel. De telles mœurs chez les grands nous dispensent de toute réflexion sur le serment qu'ils firent au roi Albrekt, en 1375, d'observer la paix du pays {Umàs-freden) en Suède *.

Le peu de succès des tentatives faites par le roi pour reconquérir la Scanic augmentèrent ses embarras, nécessitèrent de nouvelles usurpations même sur les biens de l'Église et, par suite, de nouveaux arrangemens qui mirent le roi de plus en plus sous la dépendance de la haute noblesse, ce qui dura jusqu'à la mort de Bo Jônsson, en 1486; alors seulement il osa rompre publiquement avec les grands et s'attribuer le tiers des biens du clergé et des seigneurs * ; et pour l'exécution de cette mesure , il employa les moyens de rigueur. Tel est le récil poétique de la Chronique rimée^ qu'on a pris à la lettre , de sorte qu'il en résulterait que le

* Pour trois ans.

*« Hvar Iredje gird the sicirvc ngn.

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